PROLÉGOMÈNES CXXXV
discrédités et pour longtemps privés d'influence sur le personnel administratif, précédemment leur très humble serviteur. C'était un minimum qu'il était possible, après tout, d'estimer provisoirement suffisant. Déjà la déclaration d'indignité de Tun des évêques qui avaient ordonné Priscillien venait de procurer au parti de Tordre un avant -goût de revanche'. En outre, une décision analogue se préparait contre Priscillien lui-même, qui le ferait descendre de son siège; lorsque le jeune chef des ascètes, ainsi menacé, adopta une résolution tellement peu prévue qu'elle ressembla à un coup de théâtre. La scène en fut bouleversée de fond en comble. Jusque-là réputé pour
earent été surmontés, Théodose vacillait encore si bien qu'il fit consulter le célèbre solitaire Jean de Lycopolis (cf. t. III, dialog^ue I), lequel, remplaçant en cette occurrence les anciens sanctuaires divinatoires, promit le triomphe au timoré et superstitieux empereur. Quoi qu*il en soit, tant de réflexions et de délibérations remplirent un assez long espace de temps, pour que Maxime ait pu, tout à son aise, agir en maitre, dix ou douze mois durant, dans la seconde moitié de l'empire occidental qu'il venait d'envahir. Il y a donc lieu d*6tre un peu surpris quand on entend M. Beugnot parler de cette expédition en Italie c comme trop audacieuse pour avoir jamais eu quelque chance de succès >. Cela est aussi singulier que son langage sur la puissance redoutée de Théodose. Il se peut que le deuxième essai d'usurpation de Maxime eût peu de chances. Il n'en réussit pat» moins pendant près d'une année, en telle sorte que l'échec et le succès, longtemps balancés, ne tinrent au fond qu'à un fil. Essentiellement, tout dépendit de la question d'orthodoxie. Ambroise en accusant l'envahisseur de s'être fait juif: XeM iëUjudeus foetus est, lui porta un coup sérieux, bien que le reproche fût absurde. Cest probablement ce qui mit fin aux tergiversations de Théodose. En résumé, de même que le désastre de Gratien avait été la conséquence des faveurs accordées par ce malheureux petit prince aux ascètes anti-hiérarchiques, de même le renversement de Valentinien II, au premier abord complet et décisif, résulta des imprudents efforts de l'impératrice -mère pour relever le semiariattisme, les circonstances purement religieuses ayant été, dans ces deux cas, exploitées avec une industrie merveilleuse par le génie d'intrigue de Magnus 3faximus. Voilà la vérité. Mais je l'exposerai plus au fond dans le tome III, en traitant des vicissitudes politiques par lesquelles passa le grand ami de notre auteur Pontius Meropius Paulinus, vicissitudes qui influèrent sur sa conversion et sur celle de Sulpice en tant qu'adhérents aux principes ascétiques.
I. « Instantius, indiens esse episcopaiupronuntiatus, » {Chr, II, 49, 8, r8.)