PROLÉGOMÈNES CXXXVII
observation aurait suffi pour montrer la vanité et le ridicule d'un plan de distributions partielles, secrètement opérées. Véritablement, pour des hommes ayant en face d'eux un maître en voies obliques comme Maxime, la méprise paraît inexcusable. On lui mettait en main la faculté d'instituer le plus régulièrement du monde un système de spoliations par avance légalisées et justifiées. Pour cela il n'aurait qu'à écarter les questions de dogme et de discipline à l'égard desquelles, au surplus, la compétence lui manquait. Restaient alors les « arts magiques », les conciliabules ou conventicules nocturnes, avec leur inséparable accompagnement de dépravations sexuelles ; enfin le manichéisme ' , qui contenait tout cela. Instantanément les « accusés », au lieu d'un simple risque de déchéance ecclésiastique ou hiérarchique, allaient se voir assaillis dans leurs personnes, dans leur liberté, dans leur vie, et menacés de toutes les peines capables d'entraîner la perte des biens. Ce dernier point est essentiel : il laissait entrevoir au juge une abondante source de profits sous forme d'amendes et de confiscations. Mais ce n'était pas tout.
La catégorie d'incriminations sous lesquelles les « priscillianistes » allaient tomber était susceptible d'une extension indéfinie. Pour comprendre ce qui se passa et qu'il me faut résumer en quelques lignes, je souhaiterais que le lecteur eût pris connaissance
1 . Sulpice dit c gnosticitme »; mais, pour son igfnorance, les deux désignations, bien que doctrinalement très différentes, s'équivalent. Cf. infra, le Gnosticismê et ha Gnoêtiquêê, p. 570; — U Portrait de Priacillien, p. 612, et aussi /« Carnaval prUcillianUte, p. 63 1 .
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CXXXVni PROLÂGOMÈNBS •
préalable des « petits essais » à Taide desquels j'ai tenté de fixer la place exorbitante qu'occupa, sous Tempire chrétien, le crime de « maléfice ». (Cf. infra la note 26 en bas de la page 11 3.) Assurément ce n'était point un délit nouveau. Le Haut Empire Tavait connu, et aussi l'ancienne République. Toujours les Romains condamnèrent la magie : Semper Romani magica damnaverunt, dit Servius, le fidèle témoin de l'Antiquité finissante. Mais quand vinrent les seconds Flaviens, principalement ceux de la deuxième génération, le goût des pratiques magiques prit un développement tel qu'on peut y voir un trait bien spécial de la physionomie de ce dernier tiers du siècle. L'accusation de maléfice fut alors Tarme préférée des partis comme des individus pour se défaire d'un ennemi ou pour dépouiller un riche. Détail important à relever : ceux qui se servaient le plus perfidement de cette incrimination redoutable ne nourrissaient point de doutes quant à la possibilité et à la réalité des délits ainsi commis; ceux qui en étaient les victimes n'en doutaient pas davantage, tout en niant leur culpabilité personnelle. La croyance aux magiciens, la peur des sorciers constituaient un article de foi qui ne connut pas de sceptiques, depuis le misérable esclave que les bas sortilèges de la diseuse de bonne aventure faisaient trembler au fond de son ergastule, jusqu'au prince très auguste, empereur et plusieurs fois consul, qui, dans les somptueuses retraites de sa domus divina, était brûlé par les mêmes convoitises et secoué par les mêmes épouvantes. Rien de plus inexact de dire que les procès de magie furent un
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