‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 11 sur 198 · PROLÉGOMÈNES XVII · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES XVII

un penseur, mais un saint. Ce point de vue a beau gêner nos souvenirs d'école, contrarier nos préjugés classiques et politiques, heurter nos partis pris de « libres penseurs », il faudra se résigner à l'admettre pour peu qu'on ait le souci de la véritable histoire.

Des diverses manifestations de la vie humaine, celle qui met en jeu la conscience intime et fixe le devoir n'avait pas été seulement sacrifiée à Tintelligence et à l'activité politique: elle avait subi de graves souillures. Je crois avoir fait quelques efforts pour revendiquer la valeur morale et religieuse du polythéisme, niée avec ime stupidement sectaire opiniâtreté par la théologie' . Mais que la vie intérieure, la discipline sentimentale, la culture du cœur, aient eu, en ces temps, beaucoup à souffrir, surtout pendant les heures de déclin, le fait est indéniable. C'est à ce mal qu'il était devenu urgent de pourvoir, en réorganisant la moralité abaissée, en relevant et disciplinant le sentiment, en donnant des soins persévérants à la partie affective de notre nature. Aussi le régime nouveau décerna-t-il l'hégémonie de l'existence morale à l'amour de Dieu. C'est la note qui résonne partout : aimer Dieu éperdûment et, à travers lui, ses créatures, — l'art, la pensée, le savoir, le pouvoir, ne comptant plus pour grand'chose ; plusieurs même les considérant comme ennemis. Évidemment, pour réaliser ce programme il n'était besoin ni d'un bras exercé, ni d'une tête résolue comme l'exigeait la guerre; ni d'un cerveau vigoureux, secondé par des sens subtils et prompts, comme le

I. Sar la piété antiqu«, cf. 1. 1, p. 390; — sur la dévotion polythéiste, voir mfra, p. 297 sqq.

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