PROLÉGOMÈNES CXLI
s'étendant de proche en proche — chaque procès fournissait la matière d'un procès nouveau — sur des centaines de victimes, tour à tour enlacées comme par les plis et les replis d'un serpent. Telle est la comparaison qui revient sans cesse dans les saisissantes descriptions d'Ammien Marcellin. Il parlait de ce phénomène en témoin oculaire, et c'est merveille de le voir multiplier les images pour en faire comprendre le caractère redoutablement herpétique. Mais ce qu'il met mieux encore en relief, c'est l'effrayante promptitude avec laquelle les affaires de ce genre se transformaient en procédé financier. Dans ces circonstances et avec de semblables précédents, l'exultante joie que firent éclater les mandataires des évêques et aussi les confidents de Maxime en apprenant le coup de tête de Priscillien, se comprend sans peine. Un hérétique pouvait être destitué, excommunié, banni, mais point confisqué; au contraire, la perte de la vie et des biens était le lot assuré de chaque sorcier. Ces quelques mots condensent le fond du fond de l'affaire. Tout se prépara donc activement pour métamorphoser sans délai la causa fidei engagée devant le synode de Bordeaux en un judicium publicum, poursuivi devant lempereur qui, depuis Dioclétien, avait le titre de juge au criminel. Or, c'était là une besogne que pouvaient exécuter, en un clin d'œil les jurisconsultes expérimentés qui entouraient Maxime. Nulle procédure ne leur étant aussi familière que les incriminations pour sorcellerie, tout marcherait avec la rapidité rendue si souhaitable par le vide des caisses du fisc. Seulement, il y avait Martin.
Goo^^