PROLÉGOMÈNES CXLIII
trois, également susceptibles de devenir très graves si les accusateurs le désiraient. Mieux vaut peut-être dire — car ils rentraient les uns dans les autres — qu'il n'y en avait qu'un : la magie; lequel, les contenant tous, ouvrait carrière aux plus terribles répressions. Désormais, il ne s'agira plus de quelques destitutions probables d'évêques, de quelques interdictions de prêtres, de quelques exclusions du service divin appliquées à des laïques, ces dernières peines tout au plus sanctionnées par l'exil. La torture, la prison, la confiscation, la mort, entraient en perspective; et ces peines possibles, la dernière notamment, communiquaient une signification odieuse et radicalement anti-chrétienne au plan de conduite qu'adoptèrent alors, avec l'approbation sinon par ordre de leurs collègues, Ydace de Mérida et Ithace d'Ossonoba. La « cause » étant transférée de Bordeaux à Trêves, ils y suivirent leurs ennemis afin de se porter « accusateurs » ; par suite, ainsi que l'exigeait la loi romaine, soutenir de leur serment et garantir de leur personne la dénonciation qu'il avaient formulée'. Au su de ces nouvelles qui faisaient prévoir que le sang allait couler, et couler à rinexpiable déshonneur de l'Église puisque ce serait sur les réquisitions de ses ministres, l'âme de Martin s'emplit d'indignation et de colère. 11 ne permettrait pas de pareils attentats. Il était bien vieux; sa longue existence militaire et les fatigues qui accablent le soldat, sa vie de moine errant plus pénible encore, ses labeurs d'évêque destructeur de sanctuaires, l'avaient
I. « Omn&s quos causa inyolverat ad regem dêdueii; secuii etiam accusa^ tores, Ydaiius et Ithacius Episcopi» » (C/ir. H, 5o» i, 26.) |