CXLIV PROLÉGOMÈNES
sensiblement usé. En ce temps-là, tout déplacement quand il n'était pas exécuté avec VEvectio publica entraînait des périls de toute sorte; et certes le trajet de la Loire à la Moselle ne faisait point exception. Notre vieil évêque, il avait plus de soixante -dix ans, n'en entreprit pas moins le second de ces trois voyages dont je me suis servi — tant ils délimitent avec précision les actes successifs du drame priscillianiste — pour guider mon lecteur parmi les ignorances, les bévues et les faussetés à l'aide desquelles on a délibérément obscurci cet épisode ' .
Martin, en partant, s'était assigné un double but à poursuivre. En premier lieu, contraindre le ou les mandataires des évêques — il semble bien que d Sabord Ydacius avait assumé, au point de vue du procès, la même attitude militante qu'Ithacius — à abandonner leur abominable rôle d'accusateurs criminels et mettre ainsi un terme à l'outrage cruel, inouï, saeviim et inauditum nefas, infligé par eux aux lois divines. Sur cette question, le succès n'était nullement impossible, la prééminente autorité morale de Martin s'y trouvant appuyée par le sentiment unanime des chrétiens. En second lieu, il s'agissait d'obtenir de l'empereur qu'il n'y eût pas de sang versé 2, ce qui impliquait, au fond, l'abandon total d'une accusation libellée en termes conduisant nécessairement à un arrêt de mort. Quant à ce second point, Martin pouvait encore, sans être taxé d'illusion, en escompter la réussite, étant données les preuves récentes de
I. Cf. p. 652 la notule intitulée : Les trois voyages à la Cour de Trêves. I i. « Nihil cruentum in reos consHtuendum, » (Chr. Il, 3o, 6, 22.)