CXLVIII PROLÉGOMÈNES
de simples esclaves. C'était un des progrès, sinon conquis, du moins consolidé et fort étendu par Tempire chrétien, que cette extension de la torture quand il s'agissait de magie. Après quoi, cinq têtes tombèrent sous la hache du licteur, y compris celle de rillustre et très opulente, hélas! Euchrocia; — le fretin, les complices qui n'avaient pas le sou, n'étant frappés que de déportation. Financièrement, ce premier coup de filet fut splendide. Il y eut bien dans l'opinion un frisson d'effroi, puis un haut-le-cœur de mépris, bientôt contenu comme je l'indique ailleurs; mais enfin l'affaire était lancée.
ïl a été expliqué que ces crises de sorcellerie, une fois la première amorce posée, se continuaient, de témoignage en témoignage, chaque cas particulier fournissant presque automatiquement la matière de cas nouveaux. C'est le but qu'on se proposa à Trêves quand on se mit à chercher, tant en Gaule qu'en Espagne, de quoi alimenter l'activité des agents du fisc. L'entreprise devait ici se poursuivre avec une exceptionnelle vigueur, son mobile étant double : la passion sectaire dont les orthodoxes étaient animés; la soif de l'or commune à tous et également enragée chez les orthodoxes et chez ceux qui ne se souciaient pas d'orthodoxie. C'est ainsi que, sur l'avis des évêques, ex sententia episcoporum, Maxime ordonna de choisir les « tribuns » les plus experts à dépister un hérétique bien rente, à prouver qu'il méritait la mort et à s'emparer de ses possessions ' . Ces émissaires —
I. c Qui,,, dêprehensia vitam et bona adimerent, » {DiaL III, 11,4.)
PROLÉGOMÈNES CXUX
qu'il faut se garder, sur leur nom, de prendre pour des soldats — allaient partir munis « du droit de glaive », avec pouvoirs illimités', en sorte qu'il existait toute espèce de chances pour que, dans un délai assez bref, les provinces gauloises et espagnoles, surtout les espagnoles, fussent « dépeuplées de tous leurs saints», comme dit Sulpice. Tout marchait donc à Trêves au gré des évêques et des financiers, lorsque se répandit le bruit de l'arrivée de Martin. Le tonnerre tombant en éclats sur la ville sereine et paisible n'eût pas produit une plus profonde sensation.
Dans sa retraite des bords de la Loire, le vieil evêque avait appris Fignoble manquement de foi de Magnus Maximus. Ces meurtres judiciaires le remplirent d'horreur; cependant, le mal étant irréparable, il aurait probablement enseveli son indignation et son chagrin dans le silence. Mais quand il entendit dire que des limiers, flairant le sang et respirant la rapine, allaient être déchaînés à travers toutes les provinces, spécialement en Espagne, son troisième voyage fut aussitôt résolu. 11 l'exécuta avec une promptitude juvénile. Les évêques politiciens de Trêves le croyaient encore au fond de la Touraine que déjà il avait mis le pied en pays rhénan. Dès qu'ils le surent si près d'eux, leur trouble fut indicible. Sulpice en a donné la description dans une de ses meilleures pages. Il y met en vif relief l'exacte nature de leurs appréhensions et aussi les motifs que Maxime avait de les
I. c Tribunos summa potestate armatos > (Dial. III, 11,4), et ailleurs : cum Juré jfiadiorum. Il s*agit dç iribuni notarii. Voir Tindex de Boeckin^.