‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 122 sur 198 · CLII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

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préoccupation de Magnus Maximus à faire agréer par Martin une invitation à dîner. Mais, si le fait de manger ensemble à une table ordinaire constituait une marque sérieuse d'adhésion et de sympathie, combien cette considération gagnait en force dès qu'il s'agissait du repas eucharistique. C'est pourquoi Martin comprit fort bien ce qu'on exigeait de lui lorsque les policiers lui déclarèrent qu'il ne continuerait sa route qu'après s'être engagé à garder, vis-à-vis des évêques réunis pour l'intronisation de Félix sur le siège de Trêves, une attitude pleinement pacifique. C'est un ordre de les absoudre qui lui était donné, ou plutôt de les approuver en se solidarisant avec eux'. Maxime, quand il construisit cette élégante combinaison, avait dû se dire : « Ou bien il résistera, et il lui faudra revenir sur ses pas sans entrer dans la ville; ou bien l'extrême désir d'y pénétrer le contraindra à des concessions; et, de toute façon, les risques de crise seront écartés. » Mais Martin, bien que totalement dépourvu de malice, trouva dans sa naïve cervelle des habiletés inattendues pour se tirer du piège à double issue imaginé par le subtil empereur. Aux agents qui le pressaient de leur donner parole de ne se présenter à Trêves « qu'avec la paix des évêques », il répondit, plein de bonhomie, qu'assurément, arrivé à Trêves, « il y garderait la paix du Christ. » Les Curiosi, comme on les désignait, très fins d'ordi-

I. La portée de la communion ou acte de « communiquer >, selon Texpretsion consacrée, est nettement indiquée daoe le dialogue III, où il est dit que les évdques en c communiquant » tous les jours avec Ithace avaient épousé la cause soutenue par lui : « Episcopi, qui cotidie commimicantea Ithficio, communem sibi causam fêcêrant. > (DiaL III, 1 1, 3.)

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naire, mais mal initiés aux nuances du parler ecclésiastique, prirent cette formule pour équivalente à celle qu'on leur avait indiquée; et ils laissèrent passer Martin. Le lendemain, à la nuit tombante, il franchissait les murailles de cette ville dont on aurait tant souhaité le tenir éloigné; et il y pénétrait libre de toute gênante compromission.

Cette première manche gagnée était peut-être le présage d'autres succès; en tout cas, ses adversaires durent en juger ainsi, car leur terreur atteignit au comble. C'est certainement à cette heure critique, qu'exaspérés et affolés, ils remirent sur le tapis la proposition de traiter Martin comme un simple hérésiarque et même la firent presque accueillir par Tempereur. Quant à Févêque de Tours, parfaitement insoucieux des fureurs qui le circonvenaient, au premier rayon de l'aube il se rendit tranquillement à l'église sans visiter ni saluer personne; puis, ses oraisons faites, on le vit se diriger vers le palais, où il demanda avoir le prince. Son dessein était droit et simple; rien ne semblait pouvoir désormais l'empêcher de le mettre à exécution. Il proclamerait à voix très haute le mépris que lui inspiraient les complices d'Ithacius, c'està-dire tous les évêques, à ime seule exception près, ainsi que l'avait établi le synode réuni quelques jours plus tôt; il les écraserait par son refus de rompre avec eux le pain sacré; ensuite, laissant ces courtisans de Maxime sous le coup d'une aussi accablante excommunication, il essaierait de reconquérir celui qu'ils avaient « dépravé »• Pour cela, il le mettrait en face de l'exécration et de l'impopularité qui l'attendaient

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