CLIV PROLÉGOMÈNES
lui aussi, s'il persistait à s'associer à tant d'abominations, au lieu de revenir à la vertu chrétienne, à l'humanité, « aux saints » . Rien n'est plus aisé à comprendre que les sentiments qui portèrent le méticuleux empereur à écouter un instant les suggestions effrénées de ses conseillers épiscopaux. Lorsqu'ils affirmaient rimpossibilité d'échapper à une désastreuse débâcle de la politique suivie depuis quatre années, autrement que par la suppression de Martin, ils ne se trompaient guère. Le danger était aussi évident que redoutable, et, pour y mettre fin, le procédé offert avait l'avantage d'être d'une exécution facile et prompte. Evodius, qui venait de régler en un tour de main le sort des clercs et des épiscopes espagnols, ne ferait de Tévêque de Tours qu'une bouchée. Avec la législation sur le manichéisme et la magie, c'était si peu de chose, pour un magistrat « sévère et juste », de ruiner toute une troupe de dignitaires ecclésiastiques. Mais si de telles réflexions étaient parfaitement fondées au point de vue général, seraient-elles de même applicables au cas présent? Martin, c'est autre chose qu'un prélat; c'est plus qu'un évéque; c'est le thaumaturge intensément populaire, le chef, ou mieux le créateur de cette fraction la plus passionnée et la plus remuante de la populace d'alors, les moines errants. « Usez de votre force contre lui, » avaient crié les Ydace et les Ithace, « il n'est qu'un homme. » Sans doute ; mais cet homme, des milliers et des milliers d'hommes, grands et petits, le vénéraient et le chérissaient ; en sorte que nul n'aurait pu lui être comparé pour mettre en mouvement une certaine catégorie de Topinion. Le judicieux usurpateur,