‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 125 sur 198 · CLVI PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CLVI PROLÉGOMÈNES

étala même imprudemment la mortelle angoisse qui étreignait son cœur à l'idée des atroces projets de persécution que l'on préparait sous prétexte d'hérésie. Des hérétiques, Martin n'était pas bien sûr qu'il n'y en eût point quelques-uns. Les chefs priscillianistes, admirables par l'austérité, mais savants, cultivés, enclins à lire des livres interdits, avaient bien pu se laisser a dévier » et ne pas respecter suffisamment la « hiérarchie ». N'importe; de ces hérétiques -là, y en eût-il plusieurs, y en eût-il même beaucoup, lui, Martin, évêque de la cité de Tours, archevêque de la Lugdunaise troisième, il voulait les sauver. Cette assertion, — immense pour qui sait un peu quel était alors l'état d'esprit des meilleurs et des plus humains concernant la répression de Thérésie, — Sulpice la formule sans réticence ni réserve. Mais ce n'est pas dans la Chronique. Il n'eût point osé y tenir un tel langage. Même, parlant d'Ydace ou d'Ithace, il ne les blâme que d'avoir dépassé la mesure. Pour s'exprimer aussi nettement, il a fallu la liberté que lui offraient les expansions familières, confidentielles, presque posthumes, du Dialogue ÏII. C'est seulement là qu'il déclare que Martin, à coup sûr préoccupé du péril dont les tribuns armés du droit de glaive menaçaient les « chrétiens » , faisait cependant porter son principal souci vers les hérétiques qu'il voulait arracher aux bourreaux.

Il faut lire et relire ce capital passage en se remémorant ce qu'était devenue, vers Tan 383, la pure notion de liberté religieuse qui avait illuminé les premiers temps du iv* siècle. Pas à pas mais continu-

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