‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 126 sur 198 · PROLÉGOMÈNES CLVII · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES CLVII

ment, le nouveau culte s'était laissé pousser dans une direction radicalement opposée. Fondé et cimenté par le sang des martyrs, cent fatalités objectives et subjectives ravaient peu à peu conduit à considérer, à son tour, la violence comme seule capable de le sauver du discrédit que la libre discussion entraînait. Bien que j'aie essayé en maintes pages du présent volume d'esquisser la marche de cette évolution, dont le point d'arrivée allait si radicalement contredire le point de départ, je n'espère guère y avoir réussi; les nuances s'emmêlent trop. Ainsi, je me suis donné pour tâche de démontrer qu'à l'époque où vécut Priscillien, un procès en hérésie était absolument impossible, faute de lois. Mais des poursuites appliquées à l'erreur de dogme en tant que délit juridique et dirigées seoln les formalités de la justice criminelle, sont une chose; — le sentiment qu'aucun crime, vol, nieurtre, adultère, n'était autant que l'hérésie haïssable, dangereux, contagieux, partant indispensable à punir, en est une autre. En 383, nul juriste n'ignorait le premier de ces deux faits; pareillement, tous les chefs du nouveau culte, sans exception, tenaient le second pour une vérité indubitable qui devait recevoir, au plus vite, de pratiques applications. Pour mieux éclaircir les propos confus qui nous déconcertent dans lés écrivains de l'époque, notamment dans Sulpice, il faut se rappeler qu'après la paix gagnée et l'égalité obtenue, les chrétiens furent tout aussitôt tourmentés du désir de faire profiter leur foi des procédés coercitifs sous lesquels l'ancienne croyance s'était longtemps abritée. A ce courant, entré en formation visible vers 33o ou 340

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