‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 127 sur 198 · CLVIII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CLVIII PROLÉGOMÈNES

(cf. t. I, p. 278, sur Firmicus Maternus), chaque journée écoulée apporte un acte, un texte, un précédent par où il grossit et se développe. Graduellement, l'emploi de la violence se présente comme une méthode légitime pour préserver le dogme; que dis-je? la seule capable de maintenir soit la discipline, soit la hiérarchie. Et le plus terrible, c'est que c'est vrai. Aussi voit-on l'esprit persécuteur reprendre ses forces que la patience des martyrs avait lassées. Une fois rentré en scène, il prodigue, sous des prétextes de police, les destitutions, les expulsions, l'exil, le bâton parfois. Cependant, c'est surtout dans la littérature qu'on pevit distinctement voir le monstre essayant de nouveau ses griffes en train de repousser. Plus un polémiste est pieux, plus il s'abandonne à la rhétorique virulente et sanguinaire; à tout propos il frappe, il torture, il brûle, il tue. La pratique. Dieu merci, ne réalisait point ces fureurs du langage quotidien; mais qui lie sait que les descriptions de mort et de meurtre familiarisent avec ridée de verser le sang? J'ai quelque part un choix d'extraits, — Maternus, Lucifer, Ambroise,Gaudence, Optât, Zenon, Chrysostome, Augustin, — remplis d'atrocités épouvantables et de descriptions à faire frémir. Je les résume en rappelant qu'Augustin, dans un délire d'admiration pour la Genèse, avait commencé par dire: « Ceux qui n'aiment pas les Écritures, oh! que je voudrais pouvoir les tuer. » Or, il allait bientôt finir, par réclamer la persécution et en déclarant dogmatiquement que persécuter « les méchants », I. e. les non-croyants, ce n'est point exercer la persécution, car il peut être bon qu'on les tue.

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