‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 128 sur 198 · PROLÉGOMÈNES CLIX · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES CLIX

Je me ferais reproche, après ces constatations attristantes, de ne pas répéter que, véritablement, les motifs indiqués pour les justifier avaient du poids; — tellement de poids que, si Tempire chrétien s'était défendu pendant quelques dizaines d'années encore contre les causes de ruine qui l'assaillaient, la formation d'un code complet et régulier destiné à réprimer pénalement rhérésie eût été inévitable. Le Codex Theodosianus qui, certainement, ne contient rien de pareil quoi qu'on dise, nen renfermait pas moins, à l'état épars, les matériaux d'une semblable législation. Ce prodigieux délit, dont l'ancien Préteur se serait tant émerveillé, — un délit possible à commettre sans le concours des sens, au fond de notre nature morale, sous forme d'outrage dirigé par l'âme impalpable et invisible contre l'invisible et impalpable divinité, — il ne l'a pas créé, cela est certain. Mais il n'est pas douteux, non plus, que ses textes confus et incohérents fournirent ultérieurement le canevas sur lequel devaient travailler les juristes de l'Inquisition. En triant, classant et systématisant ce fouillis, ils mirent debout la prodigieuse théorie du crime mental que perpètre l'hérétique sous des espèces exclusivement intellectuelles, le péché des péchés, qui ne saurait jamais être assez châtié, car il va cruellement oflFenser Dieu, même quand nul ne sait qu'il a été commis, excepté Dieu lui-même'.

Voilà l'idée qui germait et mûrissait pendant le der-

I. Snr cette question que j'effleure, voir un petit eatai intitulé : Le Canon ei FHàréHe, surtout p. 403*406» où j*ai indiqué la source profonde d'où Jaillirent 1m lois contre l'erreur dogmatique. Le même point est fortement indiaué p. 260- 6ii et aussi p. 397-99.

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