‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 13 sur 198 · PROLÉGOMÈNES XIX · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES XIX

mépris cruel des pauvres gens». Et il ne se borna pas à combattre ces fléaux alors spécialement déchaînés ; il apprit à d'autres à les combattre comme il faisait lui-même, ameutant contre eux des troupes entières de lutteurs qu'il munissait de la seule arme appropriée à une telle bataille, c'est-à-dire cette force morale dont il était exceptionnellement pourvu.

Je m'arrête sur ce dernier trait. Il commande tous les autres. Martin, sans la connaître, réalisa la profonde maxime d'Aristote : que ce qui importe, c'est non de savoir mais d'agir. Il fut un infatigable producteur de force morale, à un moment où on en demandait partout, et où, presque partout, elle faisait défaut. Sous ce rapport, son énergie ne fléchit jamais; sans que, d'ailleurs, l'extrême tension intérieure qu'un tel état suppose ait jamais non plus amoindri le flot de douceur et de bienveillance qui, intarissablement, coulait de lui. Rien que cette ccxistatation suffirait à établir le droit, que pour lui je revendique, de figurer dans la haute histoire. Je n'y ajouterai donc pas un mot; et, sans autre préambule, je vais décrire le milieu politique où il parut à titre d'évêque. Cette fonction impliquait, non seulement charge d'âmes, mais charge d'hommes et d'intérêts. A vrai dire, c'est le grand rouage politique et social autant que religieux; et ce fait d'une immense signification n'a nulle part été aussi fortement exprimé que par Sulpice Sévère, qui le saisit dans sa pleine nouveauté. Nous l'examinerons, ici et dans les petits essais, sous toutes

I. Cf. infra, p. LXI et pasaim ce qui est dit du parti ascétique; et voir p. 199 le petit essai : VascHiame et le» ascèiês.

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