PROLÉGOMÈNES CLXI
pas la même opinion que nous; et alors il conclut passionnément que son vrai devoir d'évêque du Christ c'est de résister aux bourreaux et de sauver les misérables. Tel est le contraste. Je crois avoir bien pénétré et franchement exposé les motifs de diverse nature qui rendaient un système de rigoureuse répression indispensable au progrès et à Tordre ; mais mon admiration pour Martin, quand il adopte le contre-pied de ce point de vue, ne s'en trouve pas diminuée : elle augmente. Rien ne servirait de remarquer que, s'il eût été généralement imité, c'en était fait de la nouvelle fabrique. L'hypothèse est trop contradictoire à la naturelle bassesse de l'homme pour mériter un examen. C'est justement parce que l'attitude du noble évêque était tout à fait exceptionnelle que la portée en fut immense, je répète ce mot; — immense comme avait dû l'être l'incomparable énergie de cœur qui l'inspira. Vous remarquerez qu'il ne s'agit point ici de belles phrases, fièrement écrites ou éloquemment prononcées; mais d'un acte qui engageait directement la dignité, la situation, la personne et aussi la vie. Les limites assignées aux courages les plus hauts se trouvaient dépassées. Ce vieillard, ce simple, cet illettré, venait de poser — avec un étonnant effort dans le sens d'une application immédiate et en face de circonstances très hostiles — un programme que nul homme du iv* siècle n'avait pu seulement soupçonner et dont l'avenir le plus reculé, même notre présente époque, devait encore avoir à souhaiter la complète réalisation.
Maintenant, cette question de grandeur vidée, il est