PROLÉGOMÈNES CLXVII
misère; Tincapacité pour cet être moralement exquis de supporter la pensée des tourments et de la mort des « autres », alors que pour son compte il lui était si parfaitement indiffèrent qu'on le torturât ou qu'on lui prît la vie. Ce fut donc dans cette direction que Maxime se proposa d'agir. Martin avait entrepris son troisième voyage à la cour pour empêcher les exécutions qui restaient à opérer en application des procès engagés à Trêves même, après le supplice des priscillianistes de la première fournée, — car il y en eut plusieurs'. Mais, outre cette préoccupation, une autre infiniment plus grave remplissait son cœur : s'opposer au départ de ces « tribuns » qui, avec leur effroyable K droit de glaive » , allaient noyer dans le sang et couvrir de ruines les provinces Aquitaniques et Espagnoles. L'astucieux empereur, ayant soigneusement remarqué la place énorme qu'occupait ce double souci dans les pensées du vieil évêque, se conduisit en conséquence. Sans perdre une minute, à peine avait-il essayé d'impressionner Martin par le spectacle de sa colère concentrée, que l'ordre était envoyé aux bourreaux de procéder sur-le-champ aux exécutions jusque-là restées en surséance 2. D'autre part, il enjoignait au « Maître des Offices » de hâter le départ de ses émissaires, — ceux qui avaient mandat « de dépeupler les églises » , comme s'exprime notre auteur. Ces instructions furent naturellement données de manière à parvenir très vite à la connaissance de
1. € Jittm deinde in rêliquot sêqueniibus Judidis» » {Chr» II, 5i , 4, 18.)
2. « Mo» PércuêsoTês, pro quibua Mariinum rogaveraif dirigtêntur, > (Dial. ni. 12,4.)