‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 139 sur 198 · CLXXIV PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CLXXIV PROLÉGOMÈNES

un tacite concert pour transmuter en un épisode de quelques semaines les six, ou du moins, les cinq années du règne de Magnus Maximus. Les uns visaient à effacer la mémoire d'un personnage qui, ayant été, à son heure, le champion adulé des orthodoxes et leur plus fidèle représentant, fit néanmoins une très mauvaise fin. Les autres pensaient principalement à rayer de la biographie de Théodose le souvenir de Tassez lâche reculade qui porta ce « grand homme » à accepter pour co -auguste le meurtrier de Gratien'. Au surplus les descriptions de Sulpice Sévère et de Pacatus Drepanius nous feraient défaut que nous resterions, tout de même, solidement renseignés par ce seul fait : les caisses du fisc se remplirent. Elles se remplirent, puisque la guerre d'Italie eut lieu. Elles se remplirent si bien, l'argent des prétendus sorciers ou manichéens fut récolté en telle abondance, qu'au cours de l'été de 387, à la suite d'imprudentes mesures semi-ariennes qui brouillèrent Justine avec l'évêque de Milan et où celui-ci se montra insupportablement factieux (c'est ce qu'on appelle sans rire la persécution contre Ambroise^); à la suite aussi de ruses et de

1 . Cela n'est nulle part plus clair qu'au livre V de la CUé de Dieu, Voir notamment le chapitre 26, intitulé : De la félicité et de la pUté de Théodose, Au chapitre 35, on lit : « Gratien fut vengé par Théodose. »

2. Un édit de janvier 387 avait rendu aux partisans de la foi de Riminila liberté de culte. Ces partisans, c'étaient l'impératrice et tous ses amis. lien résultait pour eux le droit d'user des églises ou basiliques. Ils le tentèrent, et en furent empêchés par l'émeute que l'évêque dirigeait. C'est ainsi qu'Ambroise fut persécuté. Il y a assez d'autres motifs d'admirer le grand épiscope ^ son courage à soutenir les pauvres, ses impitoyables dénonciations contre les riches, son infatigable ardeur à instruire, éclairer, guider les petits — pour qu'on ne craigne pas de lui reprocher 9^9 attitudes hautaines, son absence de scrupule en politique et ses procédés c prépotents >, comme on dit en italien. Lorsque Probus le nomma consulaire de Ligurie, il lui dit : c Va et conduis-toi, non en magistrat, mais en

Page 1