CLXXVI PROLÉGOMÈNES
d'agir en faveur d'un gouvernement hérétique contre un champion orthodoxe qu'hier encore l'épiscopat occidental admirait et prônait. D'autre part, Magnus Maximus était maître de la péninsule; il possédait une armée où les meilleurs soldats du temps, les Germains, abondaient, affirme Orose qui, dans son ridicule langage, les qualifie « d'immanissimes ». Le même auteur ajoute que les troupes de l'Auguste d'Orient étaient misérables ' . Et pourtant, avec ces multiples avantages, le très profond, très habile et très rusé Espagnol trouva moyen de se laisser piteusement prendre, maltraiter ignominieusement, et finalement décapiter, — après avoir été, bien entendu, décoiffé, dévêtu et déchaussé ^, — sans que, d'ailleurs, on puisse
1 . Ab immaniasimis Germam>rum grentibus, 11 parle du chef de cette terrible armée comme d'an croquemitaine : Hostem illutn Magnum Maximum trucêm. Puis, sans autre détail, il ajoute tout à coup que Théodose 8*empara d'un si redouté personnage comme d*un rat dans un piège, sans y employer ni stratégie, ni stratagème, ni violence : Sine dolo, sine controversia^ clausU, coepit, occidit. Le glaive n'avait pas même été tiré du fourreau : Nullns gladius de vagina. Une guerre très effroyable, formidoloaissimum hélium, prit donc fin avant que la moindre goutte de sang eût coulé : Sine sanguine confedum est, {Hisiaria' rum lib. VII, 35, p. i i5o de l'édition Migne.)
2. Jai signalé p. Lviii le respect superstitieux qu'inspirait le costume impérial. Il ne devait à aucun prix être souillé de sang : Ne regalem isium sacro^smncium vesHium im^io cruore polluerei, dit Drepanius § 42. Il faut que les souliers, — pourpre, or et pierreries, XP^^> ^^ X(Ooi; xa\ a\Lapiy5o\z, — aient été particulièrement significatifs, car on voit dans Ammien les meurtriers de Gallus apporter les chaussures du jeune César égorgé à son oncle Constance; et Drepanius revient à plusieurs reprises sur les pieds nus de Magnus Maximus : Pedibus ornatus evelliiur (42); auro gemmisque privatis pedibus (43); se planiis nudis apparet (45). Quant aux faits qui précédèrent immédiatement l'humiliante exécu* tion de Maxime, je donne ici l'impression générale fort bien exprimée par les exagérations d'Orose. Il y eut deux rencontres, — le mot bataille ou mftme conflit serait inexact : Si confiictus illê dicendus est^ — dit Drepanius : la première, sur la Save, fut une déroute sans essai de résistance, les soldats ayant tourné le dos à la vue Je l'ennemi; la seconde, où un frère de Maxime essaya de lutter, fut à peu près pareille. Mais ni à Siscia ni à Hémona on ne vit paraître Magnus Maximus. Il ne sut pas même se fortifier dans Aquilée. La démence le
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