‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 144 sur 198 · PROLÉGOMÈNES CLXXIX · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES CLXXIX

répugnant à se rencontrer avec ses collègues, fût-ce à Toccasion d'un concile. Lorsqu'il mourut, on le remplaça sur le siège de Tours par un certain Brice ou Brictio, jeune aristocrate qui, bien qu'élevé par les soins et aux frais du vieil évêque, raillait les singularités et les vulgarités de son bienfaiteur. Sulpice, l'ayant bien connu, le haïssait et le méprisait. Ce fait semble avoir porté le dernier coup aux plus ardentes préoccupations et aux plus chères affections de l'auteur de la Chronique. C'est alors qu'il dut tracer les lignes finales de son livre où se reflètent, sous une forme passionnée, les tourments d'une âme que ronge le désespoir. Les « saints » proscrits, leur incomparable chef couché dans la tombe, comme it a emporté avec lui la toutepuissante domination qu'il exerçait sur les âmes, le parti ascétique, selon les vœux impies des Idaoe et des Ithace, va rester anéanti. On ne verra plus la sainteté exercer sa bienveillante hégémonie; les cœurs d'élite ne pourront plus entourer le saint de leur reconnaissante vénération. Ainsi, du moins, raisonne Sulpice; peu capable de généraliser, quand il parle de la sainteté, il ne pense qu'à Martin, et ne voit qu'en lui ce culte que cependant ses écrits devaient tant contribuer à fonder. A la rigueur, peut-être, eût-il consenti à admettre que les disciples immédiats du grand évêque auraient eu la capacité relative de le suppléer. Mais, quoi! ne sont-ils pas, eux aussi, hors d'état d'agir, hués, conspués, ainsi qu'il est facile d'en juger par l'élection de Brictio, type trop fidèle de ces prêtres que le transfuge de Tascétisme, Jérôme, appelait naguère lautos, delicatos et levés! Martin, en dépit de

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