CLXXX PROLÉGOMÈNES
la partialité qu'il éprouvait à l'endroit de ce fils de nobles, n'avait-il pas dû souvent le réprimander pour son goût de la dépense, des beaux habits, des beaux chevaux et pis encore. Un pareil successeur scandaleusement donné au représentant de la vie austère, cela caractérise nettement la réaction qui s'opérait. Sulpice, avec la roideur accoutumée de ses étroites déductions, en conclut que les soixante années de succès oflSciel de la religion chrétienne ont abouti à la ruine des merveilleux progrès moraux que trois siècles de souffrances, de misères et de proscriptions avaient vus surgir. Il la tient pour d'autant plus irrémédiable cette ruine, que ceux-là l'ont provoquée qui avaient mission spéciale d'en préserver le peuple chrétien; à savoir, notamment, la bande coupable des prélats hispano-gaulois : le temps n'est plus où n'existaient que très peu d'évêques et beaucoup de martyrs, remarque-t-il amèrement. Il croit assister à une débâcle universelle où tout s'engloutit, même l'espérance; et ce spectacle l'émeut, le secoue, le bouleverse au point de lui faire prendre, en désaccord avec ses habitudes d'élégante réserve, l'allure agitée d'un Voyant Biblique ou — terme qui sera mieux compris chez nous — d'un prédicant lamennaisien. La fatidique date, systématiquement choisie par lui pour y rattacher sa narration entière, ressemble alors à un poste d'observation, une tour de vigie du haut de laquelle, comme les guetteurs de nuit dans VAgamefnnon d'Eschyle, il scrute des yeux les choses que l'année 400 va laisser derrière elle, en même temps qu'il surveille anxieusement les choses qui vont