L. II
l8 SVLPICII SEVERI
6 Antîchristum manifeste exposuit. Quod si qui studiosor erit, rectius ibi quaesitum reperiet ; nobis propositum est rerum tantum ordinern contexere. Darius duodeviginti annos régnasse traditur : qua tempestate Astyages Médis imperabat. 5
8 Hune Cyrus, ex filia nepos ejus, regno expulit, Persarum usus armis; unde summa imperii ad Persas translata est. Babylonii quoque in potestatem ditionemque ejus
2 concessere. Igitur initio regni, propositis publiée edictis, dat potestatem Judaeis in solum patrium redeundi, sacra 10 etiam vasa, quae Nabuchodonosor de templo Hierosolymae abstulerat, reddidit. Itaque pauci tum in Judaeam regressi : ceteris redeundi animus an facultas defuerit
3 parum comperimus. Erat ea tempestate apud Babylonios Beli antiquissimi régis, cujus etiam Virgilius meminit, ex i5
l'Antichrist. Le lecteur, désireux de s'instruire, trouvera [dans le livre de Daniel] des détails complets. Pour nous, notre but est simplement de marquer la suite des événements. Darius, dit-on, régna dix-huit années, A la même époque, Astyage gouvernait les Mèdes.
VIII. Cet Astyage fut renversé du trône par Cyrus, son petitfils né de sa fille ; il commandait l'armée des Perses et fit ainsi passer l'empire aux mains de cette nation. Cyrus soumit, en outre, les Babyloniens à sa domination. Dès le début de son règne, le nouveau roi publia des édits pour autoriser les Juifs à rentrer dans leur patrie. Il leur restitua aussi les vases enlevés du temple de Jérusalem par Nabuchodonosor. Le nombre ne fut pas grand de ceux qui retournèrent en Judée ; je ne saurais dire si les autres ne rentrèrent pas faute de le vouloir ou de le pouvoir. Il y avait alors chez les Babyloniens une statue de bronze de Belus, roi très ancien [dont parle Virgile]. Elle avait été
i) Antichristum. Sulpice, à plusieurs reprises, parle de T Antéchrist (cf. Il, 28. I, 24; 29, 6, 8; VUa, XXIV, 3; Dial. II, 14). Saint Jérôme écrit aussi: Antichristus. Les Traités de Priscillien présentent une fois la forme anti et quatre fois la forme ante. (cf. Priscilliani quae supersunt, public par Scheps, 7, 21, 22, et 23, 3i, 3o.) Les deux formes se justifient ég^alement. La première constate que le personnage dont il 8*agit viendra pour lutter contre le Christ, ce
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS IQ
aère simulacrum, quod superstitione hominum consecratum Cyrus quoque adorare erat solitus, antistitum ejus dolo illusus, qui vesci effigiem illam atque potare affirmabant, cum diurnam pensitationem quae idolo infere-
ao batur clam ipsi absumerent. Igîtur Cyrus cum Danielo 4 familîarîter uteretur, quaerit ab eo cur simulacrum non adoraret, cum manifestum vîventis Dei esset indicium, absumentis ea quae inferebantur. Daniel, ridens hominis 5 errorem, negare id posse fieri ut aes illud, id est bruta
3S materies, cibo uteretur aut potu. Acciri ergo rex sacerdotes jubet (nam fere ad septuaginta erant) adhibitoque eos terrore increpitat quis inpensa consumeret, cum Daniel vir prudentia insignis minime id ab insensibili simulacro posse fieri contenderet. Tum illi, confisi parato 6
3o dolo, sueta inferri et obsignari a rege templum deposcunt,
consacrée par la superstition des hommes; Cyrus lui-même Tadorait assidûment, trompé par la fourberie des prêtres. Cette image mangeait et buvait, affirmaient-ils, alors que seuls ils consommaient clandestinement les provisions qu'on lui apportait chaque jour. Or, comme Cyrus vivait familièrement avec Daniel, il lui demanda pourquoi il n'adorait pas une statue qui était manifestement une divinité vivante, puisqu'elle se nourrissait des oblations qui lui étaient présentées. Daniel, riant de l'erreur du Roi, nia que ce bronze, cette matière brute, bût et mangeât. Cyrus aussitôt ordonne d'appeler les soixante-dix prêtres de Belus : car tel était leur nombre. Avec des menaces terribles, il leur enjoint de dire par qui sont consommées les provisions ; car Daniel, renommé pour sa sagesse, nie qu'on puisse en attribuer l'absorption à un simulacre insensible. Confiants dans l'artifice machiné par eux, les prêtres demandent que les offrandes habituelles soient apportées, qu'ensuite le roi scelle le temple ; si le
qui est exact. La seconde, qu'il viendra quelque temps avant le retour annoncé du Christ, ce qui est également exact.
i3) ctijusVirgilius.., meminit. Sigonius, le premier, a signalé cette phrase incidente comme un glossema. C'en est un, en effet, et des plus baroques.
3o) sueta V, omis par B. < Aliquid déesse recte Vorstius senaerat. » Halm. -* inferri V; inferre B.
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uti, nisi omnia postero die absumpta deprehenderentur, morte poenas persolverent, dum eadem conditio Danielo
7 maneret. Itaque signo régis templum obsignatur, cum prias Daniel sacerdotibus insciis pavimentum cinere aspersisset, ut introeuntium occultos aditus vestigia pro- 5 derent. Igitur, postero die, rex templum ingressus animad-
8 vertit absumpta quae idolo apponi jusserat. Tum Daniel occultam fraudem vestigiis prodentibus reserat, sacerdotes cum uxoribus et filiis, subfosso foramine ingressos, ea quae idolo apposita fuerant dévorasse. Ita omnes jussu lo régis interfecti, templum ac simulacrum Danielo in potestatem datum atque arbitrio ejus dirutum.
9 Interea Judaei, quos ex permissu Cyri in patriam regressos supra memoravimus, urbem ac templum restituere aggressi, ut pauci atque inopes, parum proficiebant, i5 donec, centesimo fere anno, Artaxerse, rege Persis, impe-
lendemain tout n'a p£i$ été absorbé, qu'on les punisse de mort; dans le cas contraire, que la même peine frappe Daniel. Le roi scella donc les portes ; mais, auparavant, Daniel répandit de la cendre sur le pavé, à Tinsu des prêtres, en telle sorte que les traces [de pas] devaient déceler les passages secrets par où Ton entrait. Le jour suivant, en pénétrant dans le temple, le roi constata qu'il ne restait rien de ce qui avait été apporté à Tidole par son ordre ; mais alors Daniel lui dévoila la fraude que trahissaient les empreintes : les prêtres, leurs femmes et leurs enfants, sUntroduisant par un couloir souterrain, avaient dévoré le repas destiné à l'idole. Le roi les fit tous mettre à mort; quant au temple et à Tidole, ils furent abandonnés à Daniel, qui ordonna de les détruire.
IX. Cependant les Juifs, qui étaient, ainsi que je l'ai dit plus haut, rentrés dans leur patrie par la permission de Cyrus, entreprirent de reconstruire la Ville et le Temple; mais, trop peu nombreux et dépourvus de ressources, leurs progrès étaient très lents. Au bout de cent ans environ (Artaxerxès était alors roi
i8) agehatur V; regebatur B et Haltn.
24) et tisqtte Pr.
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 21
ritante, per eos qui locis praeerant ab aedificando deterriti : etenim tum Syria atque omnis Judaea, sub a Persarum imperio, per magistratus acpraesides regebatur. Igitur his consilium fuit régi Artaxersi scribere, non opor-
9o tare Judaeis restituendae urbis suae copiam dari, ne» pro contumaci ingenio resumptis viribus, aliis gentibus imperare soliti, non paterentur sub alieno imperio degere. Ita, 3 comprobato a rege praesidum consilio, prohibita urbis aedificatio usque in secundum Darii régis annum dilata
a5 est. Sed hoc tractu temporum, qui reges Persis imperaverint, inseremus, quo facilius annorum séries in ordinem contexta prodatur. Post Darium Medum, quem duodevi- 4 ginti annos régnasse significavimus, Cyrus uno et triginta annis rerum potitus est. Scythis bellum inferens in
3o proelio cecidit, secundo anno postquam Tarquinius Superbus Romae regnare coeperat. Cyro Cambyses, filius 5
des Perses), ils durent cesser de construire, effrayés par les menaces de ceux qui administraient le pays. A cette époque, en eflfet, la Syrie et la Judée entière appartenaient aux Perses et étaient régies par des magistrats et des gouverneurs. Or, ces fonctionnaires s^étaient concertés pour écrire à Artaxerxès qu'il ne fallait pas permettre aux Juifs de rétablir leur ville : ce peuple, animé d'un esprit de révolte et habitué à commander aux autres nations, ne se résignerait pas à vivre sous un joug étranger s'il parvenait à reconstituer ses forces. Le roi ayant approuvé l'avis des gouverneurs, la réédification du Temple fut interdite et resta suspendue jusqu'à la seconde année du règne de Darius. Mais, d'abord, pour fixer plus aisément et en meilleur ordre la suite des dates, consignons ici [les noms] des rois qui, à cette époque, gouvernèrent les Perses. Après Darius le Mède, de qui nous avons dit qu'il régna dix-huit ans, Cyrus disposa du pouvoir suprême pendant vingt et un ans. Ayant porté la guerre chez les Scythes, il périt dans une bataille deux ans après que Tarquin le Superbe eut commencé de régner à Rome. Cam-
27) coniextà V.
28) unù et XXX annis V.
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ejus, successit; regnavit annos viiii. Hic, cum Aegyptum atque Aethiopiam bello premeret et subegisset victorque in Persas reverteretur, casu se ipse vulneravit, ex eoque ictu periit. Post hujus mortem, magi duo fratres, natione
6 Medi, menses vu Persarum regnum optinuerunt. Ad hos 5 interficiendos septem nobilissimi Persae conjuraverunt, quorum princeps fuit Darius, Hystaspis filius, natus ex fratre patruele Cyri, omniumque consensu regnum ei
7 delatum : regnavit annos vi et xxx. Hic, ante quadriennium quam decederet, apud Marathonam pugnavit, celeberrimo 10 Graecis !Romanisque historiis proelio. Id gestum post Romam conditam anno fere ducentesimo et sexagesimo, Macerino et Augurino consulibus, abhinc annos, si tamen investigatio Romanorum consulum non fefellit, Dccc Lxxx et VIII : omne enim tempus in Stiliconem i5
byse, fils de Cyrus, lui succéda et régna huit ans. Il avait combattu les Égyptiens et les Éthiopiens, les avait soumis et revenait victorieux en Perse, lorsqu'il se blessa lui-même accidentellement et mourut de cette blessure. Deux frères mages, Mèdes de nation, s'emparèrent du pouvoir après la mort de Cambyse et le gardèrent pendant sept mois. Sept Perses de la plus haute noblesse se conjurèrent pour les tuer. Leur chef était Darius, fils d'Hystaspe, cousin germain de Cyrus; ce fut à lui que le consentement de tous déféra la couronne. Il régna trente-six ans. Quatre années avant de mourir, il avait combattu à Marathon, bataille très célèbre dans les histoires grecque et romaine. Elle eut lieu la deux cent soixantième année de la fondation de Rome, sous le consulat de Macerinus et Augurinus; et, si mes reicherches dans les fastes des consuls romains ne me trompent pas, il y a de cela huit cent quatre-vingt-huit ans. J'ai pris, en effet, pour point de départ de tous mes calculs le consulat de Stilicon. Après Darius
3) ipse Vj ipsum B.
16) unum et XX annos B.
18) exemplaribus... Pline dit dans sa lettre 4, 7, 2 : lihrum in exemplario transcriptum mille in totam Italiam dimisit.
19) meminimtis V; mentionem fecimus B.
CHRONIGORVM LIBER SBCVNDVS 23
consulem direxi. Post Darium, Xerses fuit, isque uno 8 et XX annis régnasse traditur : quamquam in plerisque exemplaribus xx et v annos imperii ejus fuisse repperi. Huic successit Artaxerses, cujus supra meminimus. Hic 9
io cuminhiberiaedifîcationemurbisjudaeae templiquejussisset, suspensum opus usque in secundum Darii régis annum pependit. Sed, ut usque ad eum temporum ordo conexus sit, Artaxerses regnavit annis uno et xl, Xerses duobus mensibus. Postque eum, Sucdianus vu mensibus fuit.
25 Darius deinde, sub quo templum est restitutum, regnum 10 adeptus est, cui Ochus tum nomen erat. Hic, eum ex Hebraeis très adolescentes spectatae fidei corporis custodes haberet, unusque ex bis prudentiae documento admirationem régis in se convertisset, delata sibi optione
3opetendi si quid animo concepisset, ingemiscens patriae
vint Xerxès, qui régna vingt et un ans, à ce que Ton rapporte; cependant, j*ai trouvé dans la plupart de [mes] exemplaires [des Chroniques d'Eusèbe] que ce règne avait duré vingt-cinq ans. A Xerxès succéda cet Artaxerxès que j'ai déjà mentionné; c'est lui qui, ayant fait défense de reconstruire le Temple et la ville de Jérusalem, amena ainsi la suspension des travaux jusqu'à Tan deuxième du roi Darius. Mais, pour rattacher à ce règne la série des temps, [disons] qu'Artaxerxès resta quarante ans sur le trône, Xerxès deux mois et Sucdien sept mois.
X. Après eux, le pouvoir fut occupé par ce Darius qui s'appelait Ochus; sous son règne, le Temple fut rebâti. Ce prince avait, parmi ses gardes du corps, trois jeunes Hébreux d'une fidélité à toute épreuve. L'un d'eux, ayant donné une marque de grande sagesse, s'attira ainsi l'admiration du Roi, qui l'autorisa à demander ce qu'il désirait dans son cœur. Gémissant de la ruine de sa patrie, le jeune homme sollicita la permission
23) annos unu V; annis uno Halm.
26) ademptus V.
28) unusque ex is. Zorobabel spiritu Danielis praeditum. Drusius. 3o) si guis animo concupisset, vel concupisceret Pr.; petCt si quid vis Pseudo-Esdras.
24 SVLPICII SBVERI
ruinis, copiam restituendae urbis poposcit, meruitque a rege, ut subregulis ac praesidibus imperaret, aedificatio-
a nem sacrae aedis praebitis impendiis maturarent. Ita templum quadriennio consummatum, sexto post anno quam Darius regnare coeperat, idque Judaeis satis visum ; et, 5 quia magnae molis erat urbem restituere, diffisi viribus, opusmultilaborisincipere nonausi,tempIo continebantur.
3 Per idem tempus, Esdras, scriba legis, post xx fere annos quam templum fuerat consummatum, defuncto jam Dario, qui unum de viginti annos rerum fuerat potitus, permissu x» Artaxersis secundi, non illius qui inter duos Xerses fuit, sed hujus qui Dario Ocho successerat, Babylonia profectus multique eum secuti Hierosolymam pervexere vasa diversi operis et dona quae rex templo Dei miserat,
de reconstruire la ville de Jérusalem. Elle lui fut accordée, et le roi ordonna aux vice-rois et aux présidents de hâter la réédification du saint Temple, en subvenant aux dépenses. Aussi l'édifice sacré fut-il achevé en quatre ans, à la fin de la sixième année du règne de Darius, et les Juifs pensèrent qu'ils devaient s'en tenir là. Réédifier la Ville était une entreprise d'un poids bien lourd; se défiant de leurs forces, ils n'osèrent aborder cette œuvre accablante, et ils vécurent dans Tenceinte du Temple. Il était achevé depuis vingt ans, et Darius était mort après avoir régné vingt et un ans, lorsque Esdras, scribe de la loi, fut autorisé par Artaxerxès (non pas TArtaxerxès qui vécut entre les deux Xerxès, mais celui qui succéda à Darius Ochus) à quitter la Babylonie. D'autres Juifs le suivirent en grand nombre. Ils portèrent à Jérusalem des vases diversement travaillés et des présents envoyés par le roi au Temple de Dieu. Douze lévites les accompagnaient; c'est avec peine, dit -on,
2) imper ar et ut B.
7) continebantur, se bornaient au Temple, c*est-à-dire à construire le Temple.
1 3) multisque eunt secuti Hierosolimam pervenere vasa diversi operis V; multisque eum sequutis, Hierosolymam pervenere, Vasa quoque diversi operis B; multique eum sequuti Hierosolymam pervenere ; vasa quoque diversi operis Pr., d'accord avec Giselin, Drusius et Hom; multique eum secuti Hierosolymam Pervexere vasa diversi operis Halm.
CHRONICORVM LIBER SEGVNDVS 25
i5 cum XII Levitis : vix enim hic numerus ex illa tribu [\ repertus traditur. Is, cum deprehendisset Judaeos gentilium conubiis permixtos, multis increpitos renuntiare istiusmodi matrimoniis ac filios ex his susceptos extrudi jubet, omnesque dicto paruere. Purgatus populus veteris
ao legis ritu agebat. Ceterum Esdram nihil super reficienda 5 urbe egisse comperio, credo potiorem curam ratus piebem corruptis moribus reformare.
Erat ea tempestate apud Babyloniam Neemias minister 1 1 regius, gente Judaeus, Artaxersi merito obsequiorum caris-
as simus. Is Judaeos percontatus quis paternae urbis status 2 esset, ubi comperit in isdem ruinis jacere patriam, totis sensibus conturbatus cumgemîtu multisque lacrimis orasse ad Deum traditur, delicta gentis suae reputans, miseri-
qu'on trouva ce nombre de membres de la tribu. Esdras, ayant constaté que certains Juifs s'étaient unis en, mariage avec les gentils, leur adressa de vifs reproches, avec injonction de rompre ces unions et de chasser les enfants qui en étaient issus. Tous se soumirent à ce commandement. Le peuple, ainsi purifié, se mit à vivre selon les rites de l'ancienne loi. Pour le surplus, je n'ai pas trouvé qu'Esdras se soit occupé de la reconstruction de la Ville ; il était, je crois, persuadé que ses soins devaient avoir pour but principal de réformer les mœurs corrompues du peuple. XL En ce temps-là, il y avait en Babylonie un officier royal, de race juive, nommé Néémias, qui, par son dévouement, s'était fait aimer d'Artaxerxès. Ayant interrogé quelques Juifs sur l'état de la ville de ses pères, Néémias apprit qu'elle gisait toujours dans ses mêmes ruines. Troublé jusqu'au fond de son être, il pria Dieu, dit-on, avec des gémissements et avec des larmes, faisant le compte des crimes de son peuple et implorant
20) rUû V, B; ritu Pr.
i\) credo, «Disaolute positum. > Goelrer. Ci, fateor, confiteor, perhibeo, nescio à VIndex.
23) apud. Cette façon de parler, très familière à Sulpice, avait déjà pris, dans les comiques, la place de in avec Tablatif ou le locatif. Sulpice dit aussi : Non erat apud Martinum lahor iste difficilis {Dial, III, i5, 6). Apud remplace ici le datif. Ainsi s'opérait peu à peu la démolition des déclinaisons.
28) misericordiamque B,
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26 SVLPICII SEVERI
3 cordiam divinam efflagitans. Igitur cum eum rex inter epulas maestum extra solitum animadvertisset, poposcit ab eo causam dolorum ut exponeret. Tum ille adversa gentis suae et ruînam civitatis deflere, quae jam per annos fere ducentos et quinquaginta solo strata, s malorum testimonium, spectaculum inimicis praeberet;
4 daret sibi eundi et restituendae ejus potestatem. Paruit rex piis precibus, statimque eum cum praesidio equitum, quo tutîus iter ageret, dimisit, datis ad praetores epistulis ut necessaria praeberent. Is cum Hierosolymam perve- lo nîsset) viritim populo opus urbis distribuit, et certatim jussa omnes curabant. Jamque ad médium machinae processerant, cum, flagrante invidia gentium, vicinae urbes conspirant opéra interrumpere Judaeosque ab
la miséricorde divine. Or, pendant un festin, le roi, s'étant aperçu que Néémias donnait des marques d^une tristesse inaccoutumée, lui demanda la cause de son chagrin. Celui-ci répondit quUl pleurait sur les malheurs de son peuple et sur la ruine de sa ville, dont les débris jonchaient le sol depuis deux cent cinquante ans, témoignage de la misère des Juifs et spectacle pour leurs ennemis. Que le roi lui permette d^aller rétablir sa nation et lui en fournisse les moyens. Artaxerxès ne résista pas à ces supplications pieuses ; sur-le-champ il autorisa Néémias à partir, en lui donnant une escorte de cavaliers pour protéger sa route, et en écrivant aux préteurs de subvenir à toutes les dépenses. Aussitôt arrivé à Jérusalem, Néémias assigna au peuple, homme par homme, le travail à exécuter; tous à l'envi obéirent à ses ordres. Déjà Tentreprise était à moitié accomplie lorsque, dans le dessein de l'interrompre, les villes voisines, dévorées de jalousie, se liguèrent pour faire suspendre les travaux et détourner les Juifs de bâtir. Mais Néémias organisa des postes
2) extra, ponr praeter, solitum. Cf. avec extra ftaturam hominis (Vita, XXVII. I).
5) et sexaginta Sigonius, d'accord avec Drusius, mais non avec de Prato.
1 3) conflagrante V.
14) Judeosjfi,
i5) depositis^V; dispositis B.
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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 27
i5 aedificando deterrere. Sed Neemîas, dispositis adversum 5 incursantes praesidiis, nihil territus, coepta explicuit; consummatoque muro et valvis portarum perfectis, per familias construendis interius domibus urbem dimensus est. Censuitque populum minime urbi parem, neque
aoenim amplius quam ad quinquaginta milia promiscui sexus atque ordinis reperta : tantum ex illo quondam inmani numéro frequentibus bellis absumptum aut captivitate detentum. Nam olim hae duae tribus, quarum hoc 6 residuum fuit, cum ab his decem tribus separatae sunt,
s5 CGC et XX milia virorum armaverant. A Deo ob peccatum intemecioni et captivitati datae ad hanc usque paucitatem devenerant. Sed haec, ut dixi, plebs duarum tribuum fuit; 7 decem vero prius deductae, per Parthos, Medos, Indos
de défense contre les agresseurs, et, sans se laisser effirayer, acheva tranquillement ce qu'il avait commencé. Une fois [le mur] construit et les portes posées, il mesura et distribua la ville entre les familles pour y élever des maisons dans Tintérieur de l'enceinte. Un recensement montra que la population n'était nullement proportionnée à la Ville, où l'on ne compta pas plus de cinquante mille individus de tout sexe et de toute condition, tant les guerres fréquentes et la servitude étrangère avaient enlevé d'hommes à ce peuple autrefois prodigieusement nombreux. En effet, ces deux tribus, réduites à ce faible reste, avaient pu, à l'époque de la séparation avec les dix autres tribus, armer trois cent vingt mille soldats. Dieu, en les livrant à Textermination et à la captivité, à cause de leur péché, les avait fait descendre à ce chiffire infime. Et cela, je viens de le dire, ne se rapporte qu'aux deux tribus. Quant aux autres, emmenées et dispersées chez les Parthes, les Mèdes, les Indiens et les Éthio-
1 7) muro, « Consentiunt omnes (sauf Giselin) hoc loco ezcudisse vocem : muro. » Sic^onios ajoute : opère.
18) dimisBus V; dimensus Galesinus et Giselin.
25) adeo edd. priores ; a Deo, correction de de Prato, qui dit : « Adeo. non cohaerebat cum conaequentibus nec cum praecedentibus. Contra^ si legas a Deo, omnia concordant et sententia ipsa quantum perspicuitatis acquiriti »
28) ductoê V; deductae Halm.
28 SVLPICH SEVERI
atque Aethiopas dispersae, numquam in solutn patrium regressae, hodieque barbararum gentium imperiis continentur. Sed consummatio restitutae urbis xxx et ii
8 imperii Artaxersis anno refertur. A quo tempore usque ad Christi crucem, id est Fufium Gemînum et Rubellium 5 consules, anni cccxc et viii ; ceterum, a restitutione templi usque in eversionem quae sub Vespasiano, consule Augusto, per Titum Caesarem consummata est, anni cccc Lxxx et III. Praedictum id olim est a Daniele, qui
9 ab instauratione templi usque in eversionem, lx et viiii lo hebdomadas futuras pronuntiaverat. A die autem captivitatis Judaeorum usque in tempus restitutae civitatis, fuerunt anni cclx.
12 In hoc temporum tractu, Esther atque Judith fuisse arbitramur : quarum quidem actus quibus potissimum i5 regibus conectam, non facile perspexerim. Nam, cum
piens, elles ne revirent jamais le sol natal. A cette heure encore, elles vivent sous la domination des peuples barbares. La reconstitution de Jérusalem fut achevée, dit -on, pendant la trente -deuxième année du règne d'Ârtaxerxès. A partir de cette date jusqu'à la passion du Christ, sous le consulat de Fufius Geminus et de Rubellius, on compte trois cent quatrevingt-dix-huit ans. D'autre part, depuis le rétablissement du Temple jusqu'à sa destruction, consommée par le César Titus, Vespasien étant Auguste et consul, il s'écoula quatre cent quatre-vingt-trois ans. C'est bien ce qu'avait prédit Daniel quand il annonçait que le relèvement du Temple serait séparé de son renversement par soixante-neuf semaines. Entre le jour de la captivité des Juifs et le rétablissement de Jérusalem, il y eut un espace de deux cent soixante ans.
XII. A cette époque, je crois, se placent Esther et Judith; mais il n'est pas facile de discerner exactement à quel règne
6) malim cotils (sic cod.) s (i. e. sunt) anni Halm.
i6) actus pour acta. Cf. infra 26, 4; et Dial. III, 1 1 : muUiê boHisque actibus praeditus,
18) repperi V; reppererim Halm.
21) qui ah fuit V; quae ante fuit B; quia non sit Halm*
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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 29
Esther sub Artaxerse rege referatur, porro duos hujus nominis Persarum reges fuisse reppererim, multa cunctatio est cujus haec temporibus applicetur. Mihi 3
îotamen visum est huic Artaxersi, sub quo Hierosolyma est restituta, Esther historiam conectere, quia non sit verisimile ut, si sub priore Artaxerse fuisset, cujus tempora Esdra complexus est, nullam tam illustris feminae mentionem retulisset, maxime cum ab illo
a5 Artaxerse inhibitam templi aedifîcationem, sicut supra memoravimus, constet : neque Esther passura fuerit [tum], si in illius matrimonio tum fuisset. Nunc gesta edisseram. Erat ea tempestate régi in matrimonio Vastis 3 quaedam, mirae femina pulchritudinis. Cujus cum for-
3omam omnibus praedicaret, die quodam, cum publicum convivium dabat, adesse reginam demonstrandae pulchritudinis gratia jubet. Illa vero stulto rege consul* 4
leurs actions se rapportent. On dit bien qu^Esther vivait sous le roi Artaxerxès; seulement je trouve que deux souverains des Perses ont porté ce nom ; et, quand on veut décider duquel des deux il s'agit, on hésite beaucoup. Il m'a paru, quant à moi, que Thistoire d'Esther devait être rattachée à TArtaxerxès sous qui Jérusalem fut reconstruite. Si Esther avait vécu sous le premier roi de ce nom, celui dont [le livre d'Esdras] embrasse le règne, il est invraisemblable qu'aucune mention n'y eût été faite d'une femme si illustre, surtout quand il est constaté, nous l'avons dit plus haut, que cet Artaxerxès empêcha la réédification du Temple. Assurément^ Esther ne l'aurait pas souffert, si elle eût été sa femme. Je vais reprendre mon récit. Le roi avait alors pour épouse une certaine Vastis, femme d'une beauté admirable et dont il vantait, devant tous, les perfections. Un jour, dans un banquet public, il fait signifier à la reine d'avoir à paraître afin qu'on pût juger de sa beauté. Plus sensée que ce roi stupide et
a 3) Esdra, cVeriaimiliter Esdrae nomen excidisse. » Pr. a 5) sic supra V.
27) < Utrumque tum vitiosum et expungendum arbitrer Pr. Nos priua saltem incloatinus. > Halm.
3i) demonstrandae, La r«in« devait se montrer nue, disent les rabbins.
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3o SVLPICII SEVERI
tior, pudens virorum oculis spectaculum corporîs praebere, jussa abnuit. Qua contumelia barbarus animus
5 permotus, uxorem matrimonio ac regia depellit. Igitur cum in locum ejus puella régis conjugio quaereretur, reperta est Esther ceteras specie vîncere. Haec Judaea ex 5 tribu Benjamin, utroque parente orba, a Mardochaeo,
6 patrueli fratre, educta. Cum ad regales nuptias duceretur, mandante educatore, genus et patriam occultavit, admonita ne, paternarum traditionum immemor, etsi in matrimonium alienigenae captiva succederet, gentilium cibis lo
7 participaret. Igitur, juncta régi, brevi, ut fit, vi pulchritudinis totum ejus animum facile cepit, adeo ut eam aequatam imperio insigni regio, veste purpurea donaret.
13 Qua tempestate Mardochaeus inter proximos régis erat, pro virili portione negotiorum familiarium curator. i5
honteuse de donner son corps en spectacle aux regards des hommes, Vastis refusa d'obéir. Cet affront irrita le roi qui, dans son orgueil de barbare, la chassa de son lit et de son trône. Comme on cherchait une jeune fille pour la remplacer, ce fut Esther qui l'emporta sur toutes les au^es. Esther était une Juive de la tribu de Benjamin; orpheline de père et de mère, elle avait été élevée par Mardochée, son cousin germain. En épousant le roi, elle dissimula sa race et sa patrie, sur les instructions de son tuteur, qui Texhorta en même temps à ne jamais oublier les usages de ses pères et à ne point manger des mets des gentils, bien que captive et femme d'un étranger. Or, dès qu'elle fut mariée, Esther, comme il arrive d'ordinaire, s'empara aisément de l'esprit du Roi par l'ascendant de sa beauté ; au point qu'il lui donna le même rang qu'à lui et lui fit porter les insignes de la royauté et une robe de pourpre.
XIII. En ce temps -là, Mardochée avait rang parmi ceux qui approchaient le roi, étant chargé d'une portion considérable de ses affaires domestiques. Comme il avait dénoncé les embûches tendues par deux eunuques contre Artaxerxès, celui-ci le prit
7) patruele B. — educta de educere : élevée, se trouve chez Tite-Live, Tacite, Térence.
8) et, omis par V et B.
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 3l
Is compositas a duobus spadonibus régi insîdias prodiderat, atque ex eo carior summisque honoribus donatus. Erat ea tempestate régi Aman quidam perfamiliaris, quem 2 aequatum sibi adorari more regum praeceperat. Id Mar-
ao dochaeus, anus ex omnibus, facere fastidiens odia Persae in se graviter accenderat. Igitur Aman, ad perniciem 3 Hebraei animum intendens, regem adit affirmatque esse in regno ejus hominum genus pravis superstitionibus Deo hominibusque invisum, extemis legibus vivens, dignum
35 exitio : rectum esse omnes hujus gentis internecioni dare, exque eorum bonis inmensas opes pollicetur. Facile id 4 barbaro persuasum : edictum emittitur Judaeos necandos, missique continuo qui per omne regnum ab India usque Aethiopiam promulgarent. Id ubi Mardochaeo comper-
3o tum, conscissis vestibus, sacco obvolvitur, conspersusque
en plus grande amitié encore et lui accorda des distinctions éminentes. A la même époque vivait aussi à la cour un certain Aman, très avant dans l'intimité royale. Artaxerxès, voulant l'égaler à lui, ordonna de l'adorer comme un souverain. Mardochée, seul entre tous, ayant témoigné de son mépris pour cet ordre, avait allumé dans Pâme du Perse la haine la plus violente. Donc Aman, exclusivement occupé du désir de perdre cet Hébreu, alla trouver le roi et lui dit qu'il existait dans soa empire une race haïe de Dieu et des hommes pour ses abominables superstitions, vivant sous des lois étrangères et, partant, digne d'être détruite; livrer à la mort tous les individus de cette nation serait un acte de sage politique; enfin. Aman affirmait qu'en s'emparant des biens des Juifs, on se procurerait d'immenses richesses. Le barbare se laissa aisément persuader : un édit, ordonnant le massacre des Juifs, fut aussitôt porté et des délégués eurent mission de le promulguer par tout le royaume depuis l'Inde jusqu'à l'Ethiopie. Quand ces nouvelles parviennent à Mardochée, il déchire ses vêtements, s'enveloppe d'un sac et, couvert de cendres,
21) Le Vaticanua écrit ici Amman; mais ailleurs Aman. 12) intendens B; incendens V. — adiii V, B. 29) promulgarent V; edictum promt§lgarent B.
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32 SVLPICII SEVERI
cinere pergit ad regiam, îbique ejulatu multo cuncta questibus replet : facinus indignum immeritam gentem
5 perire neque uUam pereundî causam dari. Esther lamentantis voce excita rem, ut erat, cognoscit.Tum vero anceps consiliî, quia adeundi regem potestas non erat — etenim, 5 more Persarum, reginae introire ad regem nisi accersitae non licet, nec tamen, cum fuerit régi libitum, sed statuto tempore admittitur — et forte tum ita evenerat ut diebus XXX proximis separata a conspectu régis Esther habe-
6 retur. Igitur, audendum aliquid pro civibus rata, etsi certa lo pestis adesset, pulchro in negotio occumbere parata, invocato prius Deo, aulam régis ingreditur. Ât barbarus, re insolita percussus, paulatim blandimento muliebri delinitus, postremo ad cenam reginae perducitur, unaque cum illo Aman ille régi carus et Judaeae genti i^
court vers le palais royal qu'il remplit tout entier de cris lugubres et de plaintes : c'est un crime abominable de faire périr une nation innocente*, sans donner aucun motif pour sa destruction. Ces lamentations parvinrent jusqu'à Esther, qui apprit ainsi ce qui se passait. D'abord, elle hésita sur ce qu'elle devait faire, n'ayant pas le droit d'aller chez le roi. En effet, les usages des Perses ne permettent à la reine de se rendre auprès du roi que si elle y est appelée ; le roi même le désirât-il, elle ne peut être admise qu'à des époques fixes. A ce moment-là, par un effet du hasard, Esther devait rester les trente journées suivantes sans voir le roi. Cependant, convaincue qu'il fallait oser quelque chose pour ses compatriotes, sa perte fût -elle certaine, résolue à mourir, au besoin, pour une entreprise si généreuse, elle invoque Dieu et pénètre dans l'appartement du roi. Le bar. bare, choqué d'abord de cette démarche inusitée, peu à peu se laissa adoucir par les caresses de sa femme ; puis il consentit à
i) Têgiam V. c Antea erat (in B) ad réginam, sed mendose. » Pr.
1 1) parât V, B; parata Pr.
i5) ille semble prendre ici la signification d*un article, comme il arrive en j^rec. Cf. Dial. I, lo, 2. — geutisVt correction de Galesinus.
23) modicum, «pro paulisper, exiguo tempore non plane barbarnm etaç notât. > Vorsti\)9.
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 33
infestus. Igitur, cum jam post epulas multis poculis 7 convivium calere coepisset, Esther genibus régis advolvitur, gentis suae perniciem deprecatur. Rex vero nihil se petenti, si quid ultra peteret, negaturum polli-
w cetur. Tum Esther, arrepto tempore Âmanis mortem 8 flagitat in ultionem çentis, quam perditam cupierat. Sed rex, amici memor, paulisper cunctatus, deliberandi gratia modicum secessît. Deinde régressas, ut vidit Aman reginae genua complexum, succensus ira et ap-
a^petitam reginam clamitans, morte eum affici jubet. Et 9 tum régi compertum poenam crucis per Aman Mardochaeo paratam. Ita Aman eaedem cruci afiîgitur, omniaque bona ejus Mardochaeo data, Judaeique sunt absoluti. Artaxerses regnavit annos duos et lx, eidemque Ochus
3o successit.
dîner chez elle avec cet Aman, son favori et l'ennemi des Juifs. Après le festin, quand les coupes vidées en grand nombre commençaient à échauffer les convives, Esther se jette aux genoux du roi et le conjure d'empêcher l'extermination de son peuple. Le roi s'engage à ne lui rien refuser, dût-elle demander encore davantage. Alors Esther, saisissant l'occasion, le supplie de venger les Juifs en faisant tuer Aman qui a voulu les détruire. Le roi, assez hésitant, car il se souvenait qu'Aman était son ami, s'éloigne à peu de distance pour réfléchir. Quand il rentre, il voit Aman qui tient embrassés les genoux.de la reine; une colère furieuse le saisit; il crie qu'Aman a voulu outrager Esther, et il ordonne de le mettre à mort. Il apprit alors que son ministre avait fait préparer une croix pour Mardochée, et c'est sur cette croix même qu'Aman fut cloué. Tous ses biens furent donnés à Mardochée; les Juifs furent absous. Artaxerxès régna soixante-deux ans et eut pour successeur Ochus.
23) vidit V; ui vidit Sigonius.
24) Drosias ayant proposé de compléter la signification de appetitam par les mots ad stuprum, Vonck s'y refuse énergiquement. Les Septante emploient ici le mot ^laÇeiv, vint inferre, violare. La Vulgate dit : < Vult reginam opprimere, me praesente. > Cest bien avec ce sens que Sulpice a choisi appetere, une expression qu'il a utilisée ailleurs avec Tidée de stupre.
34 SVLPICII SEVERI
14 Huic rerum ordinî recte Judith actus conseram : traditur enim post captivîtatem fuisse; sed quis eo tempore Persis regnaverit, historia divina non edidit : regem tamen sub quo illa gesta sint, Nabuchodonosor nuncujl pat, non utique eum qui Hierosolymara ceperit. Sed;^ nuUum hoc nomine post captivitatem apud Persas régnasse reperio, nisi si ob inpotentiam et pariles conatus quicumque ille rex Nabuchodonosor a Judaeis vocitatus
3 est. Plerique tamen Cambysen, Cyri régis filium, putant, eo quod victor Aegyptum atque Aethiopiam penetraverit. lo Sed huic opinioni eadem sacra historia répugnât: nam
4 duodecimo régis illius anno Judith fuisse signatur. Porro Cambyses non ultra viiii annos rerum potitus est. Unde, si in historia opinari licet, sub Ocho rege, qui post Artaxersen secundum fuit, haec gesta crediderim : idque vel is
XIV. Je crois pouvoir, sans risque d'erreur, rattacher Judith à cette période d'événements. On dit bien qu'elle a vécu après la captivité. Mais qui gouvernait alors la Perse? C'est ce que rhistoire sainte ne marque pas. Elle donne le nom de Nabuchodonosor au roi sous lequel ces faits se passèrent; seulement il ne peut être question du Nabuchodonosor qui prit Jérusalem ; et je ne trouve aucun prince de ce nom ayant régné sur les Perses, postérieurement à la captivité. Peut-être les Juifs ont-ils ainsi nommé le roi [contemporain de Judith] parce que son orgueil et ses entreprises le faisaient ressembler à Nabuchodonosor. Selon quelques auteurs, il s'agit ici de Cambyse, fils de Cyrus, le conquérant de l'Egypte et de l'Ethiopie; mais l'Écriture sacrée ne permet pas d'admettre cette opinion : elle assigne, en effet, comme date de Thistoire de Judith, la douzième année du règne du roi [qui fut son contemporain]. Or Cambyse occupa le trône pendant neuf ans seulement. C'est ce qui me porte à penser, si les conjectures sont permises en histoire, que les
i) conseram V; conférant B.^ 2) sed quis de quo magna controversia est. Horn. 4) gesta sunt Pr.
7) impatientiam V. c Vix dubito cum Sigonio quin Severus scrtpaerit : ob impotentiam, quae est ferocis et effrenati animi vitium. > Pr. — pariles. Cf.
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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 35
ex hoc conjicîo quod idem Ochus, ut in saecularibus legi, natura immitis cupidusque bellorum traditur. Nam et arma finitimis intulit, et Aegyptum, quae ante multos annos desciverat, bello recuperavit. Quo tempore etiam 5
3o sacra eorum et Apim in deum receptum irrisisse traditur: quod postea Baguas, spado ejus natione Aegyptius, indigpiatus, contumeliam gentis morte régis ultus est. Meminit autem hujus Baguae historia divina : nam, cum Holofernes 6 jussu régis adversum Judaeos duxit exercitum, Baguam in
i5 isdem castris fuisse memoravit. Unde non immerito in argumentum nostrae opinionis adduxerim ut rex îlle, Nabuchodonosor nuncupatus, Ochus fuerit, sub quo Baguam fuisse mundiales historici prodiderunt. Ceterum 7 illud nemini mirum esse oportebit quod scriptores saecu-
3o larium litterarum nihil ex his quae sacris voluminibus
faits se passèrent sous le roi Ochus, celui qui succéda à Artaxerxès II. Ma conjecture se fortifie quand je lis dans les écrivains profanes que cet Ochus était cruel et aimait passionnément la guerre. Il la fit à ses voisins et recouvra, les armes à la main, TÉgypte qui s'était révoltée longtemps avant. Ce fut même pendant cette expédition qu'il tourna en risée la religion des Égyptiens et les honneurs divins rendus par eux à Apis. L'eunuque Baguas, qui était Égyptien, vengea plus tard Tinsulte faite à sa nation, en tuant Ochus; dont le langage l'avait indigné. Or, l'histoire divine mentionne ce Baguas; il faisait partie de l'armée qu'Holoferne conduisit contre les Juifs par ordre de son roi. Je tiens ce fait pour un argument [favorable] à mon opinion, à savoir que le roi appelé Nabuchodonosor n'est autre que l'Ochus sous le règne duquel les historiens des gentils font vivre Baguas. Personne, au reste, ne devra s'étonner si les écrivains du siècle n'ont rien dit des faits racontés dans les livres sacrés. Sous l'influence de
avec JHal, III, 9, 2. Cest un archaïsme. Voir Varron et Lucrèce. — quicumq, V et Sigonias.
10) eo V; esse B.
]6) iff B, omis par V; secularibus quibusdam scriptis B.
24) adversus B. — dux V; duKerat B; ducerei Pr; duxit Laubmann.
36 SVLPICII SEVERI
scripta sunt, attigerunt; Dei spiritu praevalente ut, intaminata ab ore corrupto vel falsis vera miscente, intra sua tantum mysteria contineretur historia, quae separata a mundi negotiis, et sacris tantum vocibus proferenda, per-
8 misceri cum aliis, velut aequali sorte, non debuit; etenim 5 erat indignissimum ut alla agentibus aut alia quaerentibus haec quoque cum reliquîs miscerentur. Sed pergam ad cetera ac per Judith gesta, ut potero, paucis absolvam. 15 Igitur reversis, ut supra memoravimus, în solum patrium Judaeis, necdum composito rerum aut urbis statu, lo rex Persarum Médis bellum infert, atque adversus regem eorum, Arphaxad nomine, acie conflîgit secundo eventu :
a perempto rege, gentem împerio adjungit. Idem reliquis nationibus facit, praemisso Holoferne, quem principem militiae delegarat, cum milibus peditum c et xx, equi- 15
Dieu, à Tabri de la souillure de ces bouches corrompues ou qui mêlent le faux au vrai, l'histoire sainte s'est renfermée exclusivement dans ses mystères; séparée des affaires du monde, révélée seulement par des voix sacrées, elle ne pouvait être confondue et mise en quelque sorte sur le pied d'égalité avec les autres [histoires]. C'eût été chose très indigne de la mêler à des récits qui diffèrent d'elle et par leur sujet et par leur objet. Mais je passe à d'autres questions et je vais exposer, en aussi peu de temps qu'il me sera possible, les gestes de Judith.
XV. Donc, les Juifs, comme il a été dit plus haut, étaient rentrés dans leur patrie; mais l'état de leurs affaires et de leur ville restait encore inachevé lorsque le roi des Perses porta la guerre chez les Mèdes, livra bataille à leur roi, nommé Arphaxad, et eut la chance heureuse de le vaincre. Ce roi ayant été tué, sa nation fut incorporée à la Perse. Autant en advint à d'autres peuples par le fait d'Holofeme, qui avait été placé à la tête des forces militaires, composées de cent vingt mille fantassins et de douze
i) contigérunt V; attigerunt B; attigerint Pr.
2) vel V, B.
8) Sigonius voudrait effacer per et lire : vel atque Judith gesta; mais Drusius soutient que Sulpice a voulu dire gesta per Judith, façon de parler familière à notre auteur.
i5) delegerat B.
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS Bj
tum xii. Is, Cilicia et Arabia bello vastatis, multas urbes aut vi capit aut metu in deditionem compellit. Jamque 3 Damascum admotus exercitus magno Judaeos terrore perculerat. Sed impares ad resistendum, neque ad deditio- 4 3o nem adquiescentibus animis, expertis quippe usque antea captivitatis mala, ad templutn fréquentes concurrunt. Ibi communi gemitu per m îx toque ululatu divinum auxilium implorant : satis se Deo ob peccata vel crimina dédisse poenarum; reliquiis saltem servitio nuper exemptis paras ceret. IntereaHolofemes, Moabitis in deditionem acceptis 5 atque adversum Judaeos in societatem belli assumptis, cum ab eorum principibus inquireret qulbusnam viribus freti Hebraei deditioni animos non dédissent : Achior qui- 6 dam comperta edisserit Judaeos Dei cultores, pio a patri- 3o bus ritu institutos, olim in Aegypto pependisse servitium;
mille cavaliers. Holofeme ravagea la Cilîcie et l'Arabie, prit d'assaut un grand nombre de villes ou les contraignit à se rendre à lui par la crainte. Déjà ses troupes approchaient de Damas, et les Juifs étaient frappés de terreur. Trop inégaux en forces pour résister, ils ne pouvaient, d'autre part, se résigner à se rendre, car ils connaissaient les misères de la captivité pour les avoir éprouvées. Ils courent donc en foule vers le Temple, et là, gémissant et parfois hurlant tous ensemble, ils implorent l'assistance divine. L'expiation de leurs péchés et de leurs crimes n'est-elle donc pas achevée ? Que Dieu épargne au moins ces restes échappés hier à la captivité! Cependant Holoferne, après avoir reçu la soumission des Moabites et les avoir admis à titre d'auxiliaires dans sa guerre contre les Juifs, s'informe auprès de leurs chefs des ressources sur lesquelles ce peuple croyait pouvoir compter pour ne pas se soumettre. Un certain Achior lui exposa alors ce qu'il savait : les Juifs sont des adorateurs de Dieu ; leurs pères leur ont enseigné des pratiques pieuses ; ils ont autrefois subi en
2o) atUsadV; ante B ; antea Haim, qui ajoute à la leçon aniead de V : an ex antèhac ?
34) salutem V.
26) assumptis V.
s8) Acitor Y, et de même, plus loin, pour Achior^ qu'on lit dans les auteurs ^ec8 et latins.
38 SVLPICII SEVERI
inde divino munere eductos ac siccatum mare pedibus emensos» postremo, omnibus gentibus devictis, habitatas
7 majoribus terras récépissé. Exin vario rerum statu floruisse aut concidisse, atque iterum malis emersisse, secundum mérita iratum aut placatum Deum vicissitudine 5 expertos, dum peccantes incursionibus hostium aut captivitatibus coercentur, propitio numine semper invicti. Ceterum, si praesenti tempore absque peccato sint, nullo modo eos posse superari; sin aliter se habeant, facile
8 vincendos. Ad haec Holofernes ferox multis victoriis, lo nihil sibi invictum ratus, ira accensus, cur ex peccato potissimum Judaeorum pendere illius Victoria putaretur, propelli Achior in castra Hebraeorum jubet, ut cum bis
g périr et, quos vinci non posse afïirmaverat. Ac tum Judaei montes petiverant; ita quibus id negotii da- 15
Egypte une servitude dont ils furent délivrés par le secours divin; ensuite ils traversèrent à pied la mer, que [Dieu] avait mise à sec; enfin, après avoir vaincu toutes les nations, ils occupèrent le pays jadis habité par leurs ancêtres. Depuis lors, leur fortune a été très diverse, passant d^un état florissant à un abaissement extrême, pour, de nouveau, surmonter le malheur et se relever selon que leur conduite excitait la colère ou appelait l'indulgence de Dieu, Toujours leurs crimes attirèrent sur eux Tinvasion ennemie ou la captivité ; toujours invincibles quand la Divinité leur était propice. Pour le moment présent, si leur conduite envers Dieu est sans reproche, nul ne pourra venir à bout d'eux; s'il en est autrement, rien de plus aisé que de les battre. Holoferne, enflé par ses nombreux triomphes, était persuadé que tout devait plier devant lui ; il fut pris d'une grande colère d'entendre dire que sa victoire dépendrait de l'état de péché des Juifs; il ordonna de jeter Achior dans le camp hébreu, afin qu'il y pérît en compagnie de ceux qu'il venait de proclamer invin-
4) etneruisse V.
6) captivitatis V. — coercerentur Vorstius. 1 1) cur pour quod.
14) vincti V.
16) successeret dans le sens de approcher de..., parce que ces objets sont très élevés et celui qui s'en trouve très près est en quelque sorte au-dessous (DUbner).
GHRONICORVM LIBER SECVNDVS 3g
tum, ima montîum successere ibique vinctum Achior reliquerunt. Quod ubi Judaei animadverterunt, exemptum vinculis in coUem perducunt. Causas rei quaerentibus gesta exponit, receptusque in pacem exitum
30 opperiebatur. Is, post victoriam circumcisus, Judaeus factus est. Igitur Holofernes, difScultate locorum com- lo perta, quia adiri praecelsa non poterant, montes miiitibus circumdat et summa cura Hebraeos aquationibus prohibet; eoque maturius obsidionem sensere.
33 Itaque, victi penuria aquae, ad Oziam principem concurrunt, proni omnes ad deditionem. lUe vero, opperiendum paulisper et divinum auxilium expectandum respondens, quinto demum die deditionis tempus constituit.
3o Quod ubi Judith compertum, quae viro vidua, praedives 16
cibles. Comme les Juifs s^étaient postés sur les hauteurs, les gens chargés de conduire Achior gagnèrent le pied de la montagne et laissèrent leur prisonnier chargé de chaînes. Dès que les Juifs l'aperçurent, ils vinrent le détacher et l'amenèrent sur la hauteur. On lui demande d^expliquer ce qui arrive, il raconte les faits, et, au lieu de la mort qu'il attendait, il se voit traiter en ami. Ajoutons qu'après la victoire, il fut circoncis et devint Juif. Cependant Holoferne, qui s'était rendu compte de la difficulté des lieux, car il était impossible d'aborder les sommets, fit cerner la montagne par ses soldats, en prenant particulièrement soin d'empêcher les Hébreux de renouveler leur provision d'eau, ce.qui hâta les effets du siège. Le manque d'eau abattit les courages; tous, ils courent vers Ozias, qui les commandait, et demandent à capituler. Ozias les invite à prendre encore patience et à attendre le secours de Dieu; enfin, il fixe à cinq jours de là la reddition de la ville.
XVI, Il y avait alors dans le camp des Juifs une veuve très
17) amin adverterunt V et les anciennes éditions; animadverterunt toutes les anciennes éditions; animadvertunt Hom et Vorstius. 19) imparew V; parent B; in pacem Halm.
32) milibus V.
33) aquiUionibus prohibet incide curavit aquaeductum eorum. Drusius. 38) decimo V; demum Sigonius.
40 SVLPICII SEVERI
opibus, insignis specie, sed moribus quam vultu illustrior, tum in castris erat, artis suorum rébus, etiatn certo sibi exitio, audendum aliquid et temptandum rata, caput cotnit, vultu expolitur, comité ancilla, castra hostium ingreditur. a Statimque ad Holofernem deducta, perditas res suorum 5 memorat, se transfugio vitae consuluisse. Deinde a duce poscit liberum extra castra nocturne tempore egressum orandi gratia. Mandatum id vigilibus portarumque custo-
3 dibus. Sed, ubi per triduum egrediendi ac redeundi consuetudinem sibi barbaris fidem fecit, Holofernem 10 cupido incessit dediticiae corpore abuti; etenim forma excellenti Persam facile permoverat. Ita ad ducis tentorium per Baguam eunuchum deducitur, initoque convivio
4 barbarus multo se vino obruit. Tum, remotis ministris,
riche, très belle et plus renommée encore pour sa vertu que pour sa beauté : c'était Judith. Aussitôt qu'elle apprit la réponse d'Ozias, elle jugea que« dans l'état désespéré des affaires de sa nation, il fallait concevoir et accomplir quelque action forte, au risque même d'une mort certaine. Elle arrange sa chevelure, orne son visage et, accompagnée d'une servante, se présente au camp ennemi. Immédiatement conduite à Holoferne, elle expose l'état de son peuple, réduit à l'extrémité; c'est pour sauver sa vie qu'elle s'est faite transfuge. Elle sollicita ensuite du général l'autorisation de sortir librement du camp pendant la nuit pour pouvoir faire ses prières. Ordre fut donné en conséquence aux sentinelles et aux gardiens des portes; si bien qu'au bout de trois jours, les barbares s'étaient habitués à la voir sans défiance entrer et sortir. A ce moment, un violent désir de jouir du corps de sa prisonnière s'empara d'Holofeme, que Texceptionnelle beauté de Judith n'avait pas eu de peine à mettre hors de lui. L'eunuque Baguas la conduisit donc à
2) arctis B. Cest presque mot à mot la phrase de Chr, II, i3, 6, 7, sur Esther.
9) egrediendi ac redeundi consuetudine sibi apud barbares fidem fecU Vorstius.
10) fideY.^ 1 1 ) àbutendi Drusius.
i3) deducitur V; deducunt B. — initioque convivii V; initoque convivio Pr.
CttRONICORVM LIBER SECVNDVS , 4t
i5 priusquam vim mulieri inferre t, somno captus est. Judith, tempore arrepto, caput hostis desecat secumque aufert. Et cum, secundum consuetudinem, castris egredi crederetur, incolumis régressa. Postero die Hebraei, caput 5 Holofernîs de superioribus ostentantes, eruptione facta ad
ao castra hostium pergunt. Tum vero barbari, signum pugnae poscentes, tabernaculum ducis fréquentes assistunt. Ubi truncum corpus repertum, foeda formidine in fugam versi, terga hostibus praebuerunt. Judaei fugientes persecuti 6 caesisque multis milibus castris ac praeda potiti. Judith,
30 summis laudibus celebrata, c et v annos vixisse traditur. Haec si Ocho rege, ut opinamur, gesta sunt, anno imperii 7 ejus duodecimo, a tempore Hierosolymae restitutae usque in id bellum fuerunt anni duo et xx. Ceterum Ochus xx
la tente du Perse; on se mit à table; le barbare se noya de vin, et, lorsque les serviteurs furent congédiés, le sommeil le saisit avant quMl eût pu faire violence à Judith. Celle-ci, sans perdre de temps, tranche la tête à son ennemi, l'emporte avec elle, et, grâce à l'habitude qu'on avait de la voir librement sortir, revient saine et sauve parmi les siens. Le lendemain, les Hébreux exposent en haut de leur camp la tête d'Holoferne; puis, opérant une brusque sortie, ils marchent à l'ennemi. Alors, les barbares se présentent en foule autour de la tente de leur général et réclament à grands cris le signal du combat; mais, à la vue de ce tronc mutilé, une panique abjecte les saisit; ils fuient devant les Juifs, qui les poursuivent, les tuent par milliers et s'emparent du camp et du butin. Judith, grandement louée et glorifiée, vécut, dit-on, cent cinq ans. Si, comme nous le croyons, ces faits se sont passés la douzième année du roi Ochus, entre cette guerre et la restauration de Jérusalem, on doit compter vingt-deux ans. Ochus, qui régna
i8) régressa V; ad suos régressa est B.
22) truncum. Les Septante, qui donnent une version beaucoup plus étendue que ceUe que Jérôme a traduite pour la Vulgate, disent ici : « Les chefs de l'armée assyrienne ne trouveront pas Oloferne et seront saisis de frayeur. > La leçon, bien plus vraie et plus énergique, que donne Sulpice, est celle de la Vulgate. Donc, pour Judith, notre auteur n*a pas employé les Septante.
26) si V, omis par B.
42 SVLPICII SEVERI
8 et III ânnos regnavit. Fuit autem ultra otnnes cruentus et plus quam barbaro animo. Hune Baguas spado aegrotantem venenis sustulit. Post eum, Ârses, filius ejus, triennio imperium tenuit, Darius annos iiii. 1 7 Âdversum hune Alexander Macedo acie conflixit. £o 5 victo Persis imperium ademptum, quod ab initio Cyri
2 steterat annos ce et l. Alexander, victor fere omnium gentium, adiisse Hierosolymae templum dicitur ac dona intulisse, edixitque, per omne imperium quod sui juris effecerat, ut Judaeis ibidem degentibus esset liber um in lo patriam reverti. Exacto duodecimo imperii anno, septimo posteaquam Darium devicerat, apud Babylonam defun-
3 ctus est. Regnum amici ejus, qui simul cum illo maxima illa bella gesserant, partiti sunt. Hi aliquanto tempore» sine usurpatione regali, susceptas partes procuraverunt, i5
vingt-trois ans, fut sanguinaire plus que pas un et d'un naturel plus que barbare. L'eunuque Baguas l'empoisonna pendant qu'il était malade. Il eut pour successeur son fils Arsès, qui occupa le trône pendant trois années, et fut remplacé par Darius, qui régna quatre ans.
XVII . C'est à ce Darius qu'Alexandre le Macédonien fit la guerre. Sa défaite mit fin à l'empire des Perses, qui, à partir de Cyrus, avait duré deux cent cinquante ans. On dit qu'Alexandre, après avoir vaincu presque toutes les nations, visita le temple de Jérusalem, y apporta des présents et décréta, dans tous les pays qu'il venait de soumettre à ses lois, que les Juifs auraient la liberté de rentrer dans leur patrie. Il mourut à Babylone, la douzième année de son règne et sept ans après avoir vaincu Darius. Ses compagnons qui avaient fait avec lui les grandes guerres, se partagèrent ses royaumes. Pendant quelque temps, chacun d'eux gouverna les pays qui lui avaient été attribués, sans prétendre au titre royal; c'était un certain Arridée Phi-
7) omnium B, omis par V.
10) liberum esset B.
14) Hi V; Inde B.
17) perimhecillo. J'ai déjà n3té la variété des emplois de per. Ici» il entre dans la composition de l'adjeclif pour lui donner la force du superlatif. — vide' batur, « Hic positum pro erat^ ut cap. vu, lib. II. » Vorstius. — res V; re Pr.
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CHRONICPRVM LIBER SECVNDVS 43
Arridaeo quodam Philippe, Alexandri fratre, régnante, cui perimbecillo verbo datum imperium videbatur, re autem pênes eos erat qui sibi exercitum et provincias distribuerant. Nec vero hic rerum status diu mansit, omnes 4
«o que se reges appellari maluerunt. Primus in Syria post Aiexandrum Seleucus rex fuit, subjecta eidem Perside ac Babylone. Qua tempestate Judaei annuum stîpendium 5 trecenta argenti talenta régi dabant, nec tamen per externes magistratus, sed per sacerdotes suos regebantur.
a5 Patrioque ritu vivebant, donec plerique eorum longa rursum pace corrupti, miscere omnia seditionibus et turbare coeperunt, affectantes summum sacerdotium libidine, avaritia et dominandi cupidine.
Namque primum, sub rege Seleuco, Antiochi magni 18
3o filio, Oniam sacerdotem, virum sanctum atque integrum,
lippe, frère d'Alexandre, qui régnait. Très faible d'esprit, de l'empire il n'avait reçu que le nom, tandis que la puissance réelle était exercée par ceux qui s'étaient partagé l'armée et les provinces. Au surplus, cet état de choses ne dura guère et tous ces chefs voulurent bientôt être appelés rois. Seleucus, le premier, prit ce titre en Syrie ; il gouvernait aussi Babylone et la Perse. A cette époque, les Juifs — qui payaient au roi un tribut de trois cents talents d'argent — n'étaient pourtant pas gouvernés par des magistrats étrangers, mais par leurs [grands-] prêtres. Ils vivaient ainsi sous leur rite national, quand plusieurs d'entre eux, que la longue paix avait pervertis, se mirent à tout brouiller et troubler par leurs séditions, en vue de la souveraine sacrificature, convoitée dans un but de débauche, d'avarice et de domination.
XVIII. Tout d'abord, sous Seleucus, fils d'Antiochus le Grand, un certain Simon accusa de crimes imaginaires le grand-prêtre Onias; mais il ne réussit pas à perdre cet homme pieux et
« Apad Arridaeum verbo imperium fuisse dicturo est et re apud prefectos. > — Sibi est là pour inter se. C'est le pronom réfléchi substitué à la formule dite réciproque. Cf. avec haa religiones, licet contrarias sibi (Chr. II, 3o» 7).
3i) eadem Perside ac Babylone V.
24) iemos V; externes Sigonius.
28) avarie et donandi V, correction de B.
44 SVLPICII SEVBRI
Simon quidam falsis apud regem criminibus insimulatum
2 excutere nequiverat. Interjecto deinde tempore, Jason, frater Oniae, Antiochum regem, qui Seleuco fratri successerat, adiit, augmentum stipendii pollicens, si sibi sum-
3 mum sacerdotium traderetur. Et, quamquam insolitum 5 neque ante permissum erat perpetuo sacerdotio perfungi, sollicitus tamen régis animus, aeger avaritia, facile superatus est. Ita, depulso Onia, Jasoni sacerdotium man-
4 datum. Is foede admodum cives patriamque laceravit. Dein, cum per Menelaum quendam, Simonis illius fratrem, 10 promissam régi pecuniam misisset, patefacta semel ambition! via, isdem artibus, quibus Jason prius, Menelaus
5 sacerdotium obtinuerat. Nec multo post, cum promissum argenti modum non reddidisset, loco pellitur : Lysimachus
intègre. Plus tard, Jason, frère d'Onias, alla trouver le roi Antiochus, frère et successeur de Séleucus, et s'engagea à augmenter considérablement le tribut annuel si on lui accordait la grande-prêtrise. Et, quoiqu'il fût sans exemple — c'était d'ailleurs interdit — de s'emparer des fonctions sacerdotales, qui sont inamovibles, le roi, vivement sollicité et poussé en outre par son avarice, se laissa persuader sans beaucoup de peine. Onias fut donc chassé. Jason devint grand -prêtre et tyrannisa honteusement ses concitoyens et sa patrie. Comme il avait chargé un certain Ménélas, frère de Simon, de porter au roi la somme d'argent convenue, le chemin se trouvant tout tracé pour les ambitieux, Ménélas, grâce aux pratiques qui avaient réussi à Jason, obtint à son tour la grande-prêtrise. Seulement, n'ayant pu payer l'argent qu'il avait promis, il fut expulsé de son poste et remplacé par Lysimaque. Une lutte honteuse s'engagea alors entre
2) exquire V; exquirere B ; excutere Giselin, d*accord avec Halm ; excipere Vonck ; extinguere Sigonius ; exirudere Clericus. « Quod aptius huic loco videtur. > Pr.
6) permissum. Cette phrase a été fort discutée par les commentateurs. Nous avons adopté la version de de Prato, de laquelle il résulte que le sacerdoce n*avait jamais été usurpé jusque-là, parce qu'il était perpétuel et héréditaire {?). Joséphe dit à cette occasion : « Nemo enim ea dignitate spoliatus fuit quum semel eam obtinuisset. >
7) solUHus V; sollicitatus Pr.
i3) ohtinuit Sigonius.
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 4$
i5 substituitur. Inde inter Jasonem et Menelaum foeda certamina, donec Jason profugus patria excessit. His 6 initiis corruptis moribus eo usque processum ut plerique popularium ab Antiocho poscerent pertnitti sibi more gentilîum vivere. Quod cum rex petentibus annuisset,
so certatim pessimus quisque delubra extruere, idolis supplicare, legem profanare occeperat. Interea Antîochus 7 rediens ab Alexandria — namque tum bellum régi Aegyptio intulerat, quod jussu senatus et populi Romani deposuit, Paulo et Crasso consulibus — Hierosolymam adiit.
^^ Cum discordantem superstitionibus susceptis populum repperisset, legem Dei destruens et his favens qui impia sequebantur, omnia templi ornamenta detraxit ac multa caede vastavit. Id gestum ab excessu Alexandri anno cen- 8
Jason et Ménêlas, laquelle ne cessa que par la fuite et l'expatriation de Jason. Après de pareils débuts, la corruption des mœurs fit de tels progrès que presque tous les hommes du peuple demandèrent à Antiochus de les autoriser à vivre à la manière des gentils. Le roi y consentit, et alors tous les plus méchants d'entre eux se mirent à Tenvi à élever des autels aux idoles, à leur adresser des prières et à profaner la Loi. Vers ce temps, Antiochus se rendit à Jérusalem; il revenait d'Alexandrie, après avoir, sur Tordre du Sénat et du peuple romain, — Paulus et Crassus étaient consuls, — mis fin à la guerre par lui entreprise contre le roi d*Égypte. En voyant les Juifs ainsi divisés par les superstitions introduites parmi eux, il abolit la loi de Dieu, se montra favorable à ceux qui pratiquaient des rites impies, dépouilla le Temple de ses ornements, et remplit [la Ville] de carnage. Ces choses se passaient cent cinquante et
22) ab. Sans la préposition, redire Alexandria signifie revenir de l'intérieur de la ville; avec la préposition, redire ab Alexandria signifie revenir des environs d'Alexandrie» du dehors de la ville. Mais Sulpice veut bien dire revenir de l'intérieur de la ville ; par conséquent» remploi de la préposition ab est ici défectueux.
33) susceptis. Cette expression, signalée par Haïra, et par Goelzer diaprés Halm, comme < plébéienne >, est tout à fait classique, de même que beaucoup des expressions qui ont fait l'objet d'une remarque semblable de leur part. In religionibus suscipiendis (Gicéron); Nef aria sacra suscipere (Idem).
27) templo Vorstius.
28) iKistavit. D'après Drusius, Vorstius et de Prato, le mot urbem manque.
46 SVLPICII SEVERI
tesimo uno et quinquagesimo, Paulo, ut diximus, Crassoque consulibus, post quînquennium fere quam Antiochus regnare coeperat.
19 Sed, ut temporum ordo consertus sit, ac liqueat evidentius quis hic fuerit Antiochus regum qui post Alexan- 5 drum in Syria fuerant, et nomina et tempora enumera-
2 bimus. Defuncto, ut supra retulimus, rege Alexandro, ab amicis ejus regnum omne divisum ac regio nomine aliquamdiu administratum est. Seleucus post novem annos in Syria rex est appellatus, regnavitque annos ii et xxx. lo
3 Post eum Antiochus, fîlius ejus, annos unum de viginti. Inde Antiochus, Antiochi filius, qui et Theus cognominatus est, annos xv. Post hune, Seleucus filius, cognomine Callinicus, annos unum et viginti. Item Seleucus, filius
un ans après la mort d'Alexandre, sous le consulat de Paulus et Crassus, environ la quinzième année du règne d' Antiochus.
XIX. Maintenant, pour bien établir Tordre des époques et afin que Ton voie plus clairement quel fut cet Antiochus, je vais donner les noms et les dates des rois qui gouvernèrent la Syrie après Alexandre. J'ai déjà dit que lorsque le roi Alexandre eut quitté la vie, tout son empire fut partagé par ses compagnons et pendant quelque temps administré sous un roi nominal. Au bout de neuf ans, Seleucus prit, en Syrie, le titre royal et régna trente -deux ans. Après lui, son fils Antiochus resta vingt et un ans sur le trône. Il y fut remplacé par un fils portant le même nom que lui, et qui avait reçu le surnom de Theus. Cet Antiochus, fils d*Ântiochus, régna quinze ans. Seleucus [II], surnommé Callinicus, conserva la couronne pen dant vingt et un ans; le fils de Callinicus, qui s'appelait Seleucus comme son père, ne la garda que trois ans. A sa
6) fuerant Vj fuerunt B.
12) qui et theus V.
1 5) c Redundat certe Callinici, > Pr.
i"]) ut suspicio V; Scipio B. — Post eum Antiochus,., adversus quem,,. Asiaticus bellavit. Ce texte a été interpolé, et de Prato l'avait très bien vu. L'Antiochus qui régna trente-sept ans, et qui fut appelé le Grand, n'est pas le frère, mais le fils de Seleucus Callinicus ; c'est du Seleucus (qui régna trois ans
CHRONICORVM LIBER SEGVNDVS 47
i5 Callinici, annos très. Hoc defuncto, Ântiochus frater 4 [Callicini] Asiam et Syriam tenuit annos vu et xxx. Hic est Antiochus, adversus quem Lucius Scipio Asiaticus bellavit : quo bello victus et imperii parte multatus est. Hic duos filios habuit, Seleucum et Antiochum, quem
30 obsidem Romanis dederat. Ita, Antiocho magno mortuo, 5 Seleucus, fîlius ejus natu major, regnum indeptus est, sub quo Oniam sacerdotem a Simone insimulatum diximus. Tum Antiochus a Romanis dimissus, datusque in locum ejus obses Demetrius, Seleuci régis, qui eo tempore
35 regnabat, filius. Seleuco mortuo anno imperii duodecimo regnum frater Antiochus, qui Romae obses fuerat, occupavit. Is, post quinquennium quam reg^are coeperat, ut 6 supra docuimus, Hierosolymam depopulatus est. Etenim,
mort, Ântiochus, frère de [Callinicus], domina sur TÂsie et la Syrie pendant trente-sept années. Ce fut contre cet Antiochus que Lucius Scipion TAsiatique engagea une guerre, à rissue de laquelle le roi vaincu se vit dépouiller d'une partie de ses états. Sur deux fils qu^il avait eus, Séleucus et Antiochus, le dernier dut être livré aux Romains à titre d'otage. Quand Antiochus le Grand mourut, son fils aîné Séleucus prit les rênes du gouvernement et c'est sous lui que le grand-prêtre Onias, ainsi que nous l'avons dit, fut accusé par Simon. Cependant [le jeune] Antiochus fut mis eiï liberté par les Romains, qui acceptèrent à sa place, comme otage, Démétrius, fils du roi régnant Séleucus. Celui-ci quitta la vie, après avoir régné douze années ; son frère Antiochus — l'ancien otage des Romains — monta alors sur le trône, et il Toccupait depuis quinze ans lorsque, comme on Ta vu plus haut, il saccagea Jérusalem. Il faut dire qu'il payait un lourd tribut aux Romains, et que, par suite, ses dépenses
et fut appelé Kepauv6c) qti*il est le frère. La leçon adversiis quem Lucius Scipio Asiagenes bellavit est due à Bemays, qui a démontré excellemment que Asiagènes, changé en Asiana gens par le manuscrit du Vatican, avait été la forme primitive du surnom de Lucius Scipion» frère du grand Publius Scipion et vainqueur d* Antiochus. Cf. Ueber die Chronik des Sulpicius Severus, von J. Bernays.
2 1) major V; minor B. — adeptus B.
48 SVLPICII SEVERI
grave Romanis stipendium pensitans, ipse inmensis sumptibus paene necessario cogebatur pecunias rapto quaerere
7 neque ullam praedandi occasionem omittere. Post bîennium deinde, pari rursum clade alTectis Judaeis, ne forte frequentibus malis compulsi beilum sumerent, praesidium 5 arci imposait. Inde, sacram legem evertere agressus, mittit edictum ut omnes relictis majorum traditionibus genti-
8 lium ritu viverent. Nec defuere qui profano imperio volentes parèrent. Tum vero foedum spectaculum : per universas urbes palam in plateis litabatur, sacra etiam 10 legis et prophetarum volumina igni cremata.
20 Ea tempestate Matthathias, Johannis filius, sacerdos erat. Hic, cum a regiis cogeretur edicto parère, egregia constantia profana contemnens, Hebraeum publice profaa nantem in ore omnium jugulavit. Tum demum, reperto i5
étaient énormes, ce qui le forçait à se procurer de l'argent par voie de rapines et à ne laisser échapper aucune occasion de pillage. Deux années plus tard, en effet, les Juifs eurent à subir de sa part de nouvelles vexations, et comme ils pouvaient être poussés par ces violences continuelles à prendre les armes, il établit une garnison dans la citadelle. A partir de ce moment, résolu à renverser la Loi, il lança un édit qui ordonnait l'abandon des traditions des ancêtres et l'adoption du culte des gentils. Il ne manqua pas de Juifs pour obéir complaisamment à ces prescriptions sacrilèges et Ton vit alors un dégoûtant spectacle : dans toutes les villes, sur les places publiques, ouvertement, on sacrifiait aux idoles, et les volumes sacrés, contenant la Loi et les Prophètes, étaient jetés au feu.
XX. En ce temps- là vivait un prêtre Mathatias, fils de Jean. Comme les agents royaux le pressaient de se soumettre à redit, il exprima, avec un admirable courage, son mépris pour ces commandements impies et, sous les yeux de tous, il égorgea un Hébreu qui sacrifiait en public aux idoles. La sécession avait
i) c Âliquid déesse videtur, puto deditus vel ohnoxius.% Pr. 10) universels urbes V, correction de Pr. 1 2) sacerdos, c'est-à-dire esc sacerdotum numéro, 14) profanare, c Hic intransitive positum pro profana» sacra facere.
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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 49
duce, facta secessio est. Matthathias, oppido egressus, multis ad eum confluentibus, speciem justi exercitus eifecerat; quis omnibus destinatum erat adversus profanum imperium se armis tueri, et vel in bello occumbere
>o quam impias cerimonîas exercere. Interea Ântiochus per 3 Graecas quoque urbes, quae in illius imperio erant, repertos Judaeos sacrificare cogebat, inauditisque cruciatibus reluctantes afficiebat. Qua tempestate, illustris illa 4 passio septem fratrum matrisque fuit : qui omnes, cum
13 legem Dei, instituta majorum violare suppliciis cogerentur, mori maluerunt. Ad extremum poenas mortesque eorum comitata mater est.
Interea Matthathias moritur : vicarium exercitui quem 21 paraverat ducem Judam filium substituit. Hujus ductu,
3oadversum regios frequentibus proeliis prospère pugnace jour-là trouvé un chef, et elle s'accomplit. Mathatias, sorti de la Ville et suivi d'une foule de compagnons qui s'étaient rangés autour de lui, forma une sorte d'armée régulière. Elle se composa de tous ceux qui étaient décidés à se défendre par les armes contre un gouvernement impie et à succomber par la guerre plutôt que pratiquer des cérémonies sacrilèges. Cependant Antiochus contraigpiit aussi, dans les villes grecques de son royaume, les habitants de race juive à sacrifier aux idoles et faisait infliger des supplices inouïs à ceux qui résistaient. C'est alors que les sept frères et leur mère souffirirent cette passion célèbre : on essayait de les forcer à violer la Loi de Dieu et les institutions de leurs ancêtres; tous, ils aimèrent mieux mourir; dans leur supplice comme dans leur mort, leur mère les accompagna jusques au bout.
XXI. Sur ces entrefaites, Mathatias mourut et fut remplacé par son fils Judas à la tête de Tarmée qu'il avait lui-même organisée. Sous la conduite de ce nouveau chef, des combats fréquents et heureux furent livrés contre les forces royales,
idolis sacrificare, » Vontius. Il s'agit ici de l'immolation d'un porc. iS) queis B.
19) et vel in bello V; et in bello potius B. 3o) adversus B.
5o SVLPICII SEVERI
2 tum. Nam primum Apollonium ducem hostium, qui magnîs copiis in conflictum descenderat, cum omni exercitu delevît. Quod cum Seron quidam, qui tum Syrîae praeerat, comperîsset, multiplicatis legionibus Judam agressus, ferox quia numéro praestabat, ubi in aequum 5 descensum, fusus ac fugatus, octingentis ferme amissis,
3 in Syriam regressus est. Id ubi compertum est Ântiocho, ira et dolore succensus, quippe angebatur duces suos cum magnis exercitibus devictos, auxilium per omne regnum contrahit, donativum militibus, exhaustis penitus io
4 thesauris, largitur. Etenim tum praecipue graviter pecuniae inopia affectus erat. Nam deficientibus Judaeis ab eo, qui ei ultra trecenta argenti talenta annua pensitaverant, praeterea Graecis urbibus multisque regionibus
Tout d'abord, Apollonius, général d'Antiochus, qui avait sous ses ordres des troupes considérables, fut écrasé avec toute son armée. Quand un certain Séron, alors gouverneur de Syrie, apprit ce désastre, il réunit des légions plus nombreuses encore et fier de se sentir supérieur en forces, il marcha sur Judas; mais, dès que Ton en vint aux mains, battu et mis en fuite, il regagna la Syrie, laissant derrière lui huit cents morts. Ces événements remplirent Ântiochus de colère et de chagrin. Il était effrayé de voir ses généraux toujours vaincus, quoique disposant de grandes armées. Il fit donc appel au concours de tout le royaume et distribua aux soldats un donativutn, qui épuisa complètement son trésor. En réalité, son plus grand mal était le manque d'argent. Les Juifs» en se séparant de lui, le privaient d'une somme annuelle de plus de trois cents talents d'argent. En outre, les impôts avaient cessé d'être payés par les villes grecques et par plusieurs provinces où sévissait le fléau de la persécution. N'épargnant
2) in conflictum descenderat, c Quod ab optimorum scriptorum abhorret. » Goelzer, p. 3i.
5) in aequum V; in certamen B.
8) < Num leg-endum duces duos ?> Pr.
g) auxilia contrahit Pr.
14) graecis est là pour gentilibus et sigfnifie les villes de Syrie habitées par des païens.
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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 5l
»5 persecutionis malo turbatis — ne gentilibus quidem pepercerat, quos deserere inveteratas superstitiones et ad unum ritum deducere temptaverat, illis quidem, ubi nihil sancti erat, facile relinquentibus, sed tamen omnibus metu ac clade afFectis — vectigalia cessaverant. Quibus 5
ao rébus aestuans — etenîm ipse, olim omnibus regibus opulentior, suomet scelere inopiam persenserat — copias cum Lysia partitur, eique Syriam et bellum adversus Judaeos committit, ipse in Persas ad cogenda vectigalia profectus. Igitur Lysias duces belli delegit Ptolemaeum, Gorgiam,
" Doronem et Nicanorem : his xl milia peditum, vu equitum data. Ac primo impetu magnum Judaeis terrorem intule- 6 runt. Tum Judas, cunctis desperantibus, suos adhortatus, forti animo descenderent in proelium : Deo fretis nihil
pas même les gentils, Antiochus avait tenté de les amener à un culte unique, en les arrachant à leurs superstitions invété* rêes. Ils les abandonnaient, il est vrai, sans trop de peine, parce qu'il n'y avait en elles rien de saint ^néanmoins, ils étaient tous en proie à la terreur et à la violence. Exaspéré par la perte de ces [ressources], — et son propre crime l'ayant jeté dans la pauvreté, lui jusque-là plus riche que tous les rois ses prédécesseurs, — Antiochus dut faire deux parts de son armée. Il confia l'une à Lysias, avec mission de [contenir] la Syrie et de pousser la guerre contre la Judée; l'autre fut conduite par lui chez les Perses, pour y lever des contributions forcées. Or, Lysias, ayant choisi pour lieutenants Ptolémée, Gorgias, Doron et Nicanor, leur confia quarante mille fantassins et sept mille cavaliers. Leur première irruption jeta une grande épouvante parmi les Juifs. Mais, alors que tous désespéraient. Judas exhorta ses compagnons à marcher au combat d'un cœur ferme : qu'ils aient foi dans l'aide de Dieu, et rien ne leur résistera;
i6) iuveterata V.
1 7) nihil sancti peut aussi s'appliquer non aux croyances des Gentils, mais aux Gentils eux-mêmes, et alors il faudrait lire : c Parce qu'il n'y avait en eux aucune piété vraie. >
24) delegiiurV.
25) c Doronem videtur delendum, nisi Sulpicius edidit : Ptolomeum Dorymeni filium» > Drusius,
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52 SVLPIGII SEVERI
invictum fore; saepe antea a paucioribus adversum
7 plures bene pugnatum. Jejunio indicto celebratoque sacrificio, in aciem descensum : fusae hostium copiae, Judas castris potitus, multumque ibi auri et Tyriarum opum repertum. Namque ex Syria negotiatores, nihil s de Victoria dubitantes, regium exercitum secuti spe cap-
8 tivos mercandi, praedae fuere. Haec ubi Lysiae ex nuntiis comperta, majore cura copias parât, annoque post immani exercitu Judaeos aggreditur : victus Antiochiam se recepit. lo
22 Judas pulsis hostibus Hierosolymam regressus purgare templum et restituere animum intendit, quod eversum ab Antiocho profanatumque a gentibus foedam 2 sui speciem praebebat. Sed, Syris arcem tenentibus,
déjà, à maintes reprises, un petit nombre n'a-t-il pas lutté avec bonheur contre des ennemis très nombreux? Un jour de jeûne est ordonné; on célèbre un sacrifice; la bataille s'engage; les troupes royales sont mises en déroute ; Judas s'empare de leur camp et y recueille une grande quantité d'or et d'objets précieux provenant de Tyr. Les marchands de S3rrie avaient suivi Tarmée du roi avec Tespoir d'acheter des prisonniers ; nul d'entre eux ne mettait en doute la défaite des Juifs; ils devinrent le butin du vainqueur. Dès que ces nouvelles parvinrent à Lysias, il s'empressa de lever de nouvelles troupes. L'année suivante, à la tête d'une armée formidable, il attaqua les Juifs, fut vaincu et se réfugia à Antioche.
XXn. Après avoir défait les ennemis, Judas, rentré dans Jérusalem, n'eut plus qu'une pensée : purifier et réparer le Temple qui, bouleversé par Antiochus, profané par les nations, ne présentait qu'une repoussante image de lui-même. Mais les
3) in acie V.
9) victus V; victus denuo B.
12) eversum, Antiochus n'avait pas renversé le Temple, remarque Drusius. Le mot sversum s'applique donc au culte qui avait été effectivement aboli et détruit. Mais, si Tédiûce n'avait pas été démoli, de considérables dégradations lui avaient été infligées. (Voir Machabées I, sur les portes incendiées, les pastophores ruinés, etc.) Sulpice a ces détails en vue quand il écrit ce mot : eversum. |3) gentibust les nations, c'est-à-dire les non-juifs qui habitaient la Judée et
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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 53
i5 quae continua templo et loci natura superior atque înexpugnabilis erat, adiri subjecta non poterant, crebris eruptionibus prohibentibus. Adversum hos Judas vali- 3 dissimam suorum aciem objecit. Ita opus sacrae aedis curatum templumque muro circumdatum, constitutique
3o qui perpetuum praesidium armati agitarent. Ât Ly- 4 sias, multiplicato exercitu, in Judaeam regressus rursum vincitur, magna clade exercitus et auxiliorum quae ei a civitatibus missa in bello conspiraverant. Interea 5 Ântiochus, quem in Persidem profectum supra memo-
)5 ravimus, oppidum Elymum, regionis illius opulentissimum, fanumque ibi situm multo auro refertum, diripere conatus, confluente undique ad defensionem loci multitudine, fugatus; insuper nuntium accepit, res [vel] a Lysia
Syriens occupaient la citadelle qui, contiguë au Temple, le dominait par sa situation et était inexpugnable. Des sorties fréquentes rendaient, d'ailleurs, ses approches inabordables. A cet ennemi ainsi fortifié, Judas opposa Télite des siens ; ce qui lui permit de poursuivre les travaux du Temple. En outre, il entoura d'un mur Tédifice sacré et y établit une garnison permanente pour le défendre. Cependant Lysias, qui avait renforcé son armée, reparut en Judée pour y subir une nouvelle défaite, suivie d'un grand désastre où succombèrent ses soldats et les auxiliaires que lui avaient fournis les villes alliées. A la même date, Antiochus, dont nous avons mentionné plus haut le départ pour la Perse, essaya de piller Élyme, une des plus opulentes cités du pays et dont le temple contenait une grande quantité d'or. Mais les habitants accoururent en foule de tous côtés pour défendre la ville; leur grand nombre força le roi à prendre la fuite. A la suite de cet échec, Antiochus apprit les désastres
pratiquaient Tidolltrie; gentiles, les gentils ou sectateura des cultes polythéistes : les deux mots s'équivalent et s'emploient indifféremment.
i5) cùtUigua, comme (II, 34, et i>ta/.III, 10) habitacula... confisqua flumini,
23) in bello V; in hélium B.
27) confluxente V; sed confluente Pr.
28) \yel\ a Lyaia [vel] a Lysimacho], Sigonius, d'accord avec Drusius et Vorstins, supprime ces mots, c ut inepto glossatore addita > : vel a Lysia, vel a Lyaiae ducibus.
54 SVLPICII SEVERI
6 [vel a Lysîmacho] inprospere gestas. Ita ex maerore animi corporis morbo incubuit. Sed, cum intemis doloribus angeretur, reminiscens malorum quibus populum Dei vexaveratj merito sibi illa accidisse confitebatur. Deinde, post paucos dies moritur, cum regnasset annos undecîm. 5 Antiocho fîlio regnum reliquit, cui Eupator nomen fuit. 23 Ea tempestate Judas Syros in arce positos obsidebat. Qui cum famé atque inopia afficerentur, missis ad regem nuntiis praesidium implorant. Ita Eupator cum centum milibus et equitum viginti milibus suis subsidio venît, lo
2 praeeuntibus aciem cum ingenti terrore elefantis. Tum Judas, laxata obsidione, régi obviam tendit primoque proelio Syros fundit. Rex petit pacem : quia infido
3 ingenio maie usus, perfidiam consecuta ultio. Nam DemetriuS) Seleuci filius, quem Romanis obsidem datum supra i5
subis soit par Lysias, [soit par Lysimaque]. Du chagrin de son âme naquit la maladie de son corps: il s'alita; des douleurs internes le torturaient; alors, se remémorant tous les maux qu'il avait infligés au peuple de Dieu, il avoua que ses souffrances étaient méritées. Il succomba au bout de quelques jours; il était resté onze ans sur le trône, où le remplaça son fils Antiochus, surnommé Eupator.
XXIII. En ce temps-là. Judas assiégeait les Syriens qui occupaient la citadelle. Pressés par la faim et manquant de tout, ils envoyèrent au roi» des messagers pour demander du renfort. Eupator vint à leur secours avec cent vingt mille [fantassins] et vingt mille cavaliers que précédaient des éléphants, semant partout la terreur. Judas, alors, abandonna le siège pour marcher contre le roi et mit les Syriens en déroute dès la première rencontre. Eupator demanda la paix, mais il en usa traîtreusement et sa perfidie fut tout aussitôt châtiée. En effet, Démétrius — ce fils de Séleucus qui, ainsi que je Tai dit plus haut, avait été livré en otage aux Romains —
2) Cf. I, 5i : Ezechias aeger cor pore, morbo incubuerat. 10) milibus, ajouter le mot peditum^ d'après Drusius et Vorstlas. — suis obsidio V.
i3) ^uia V; gwa Prusius; qua quia Vorstiys,
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 55
memoravimus, ut audivit Antiochum decessisse, petivit, ut se in regnum remitterent. Quod cum ei negatum fuisset, clam Roma profugit, in Syriam venit regnumque occupavit, Ântiochi filio, qui annum unum et menses sex
3o regnaverat, interfecto. Hoc régnante, primum Judaeî a 4 populo Romano amicitiam foedusque petiere : benigneque excepta legatio, decreto senatus socii atque amici appellati. Intérim Demetrius adversus Judam per duces suos bellum gerebat. Ac primum per Bacchidem quendam et 5
a5 Alcimum Judaeum ductus exercitus ; post Nicanor bello praepositus in proelio occubuit. Tum Bacchides et Alcimus, resumptis viribus auctisque copiis, adversum Judam confligunt. In ea pugna victores Syri cruente admodum Victoria usi. Hebraei in locum Judae Jonatham, fratrem
3o ejus, deligunt. Interea Alcimus cum foede Hierosolymam 6
n^eut pas plus tôt appris la mort d^Antiochus [le Grand] qu'il demanda d'être renvoyé dans sa patrie ; sa requête fut repôussée. Alors il s'enfuit de Rome secrètement, arriva bientôt en Syrie et s'empara du pouvoir suprême, après avoir tué le fils d'Antiochus [Eupator], lequel n'avait régné que dix-huit mois. C'est sous Démétrius que, pour la première fois, les Juifs sollicitèrent l'amitié et l'alliance du peuple romain. Leurs députés furent accueillis avec bienveillance, et un décret du Sénat leur accorda le titre d'amis et d'alliés. Pendant ce temps, les généraux de Démétrius poursuivirent la guerre contre Judas. L'armée syrienne fut commandée d'abord par un certain Bachide et par le Juif Alcime. Après eux, Nicanor, chargé de la conduite de la guerre, périt dans une bataille. Alors Bachide et Alcime, qui avaient repris leurs commandements et augmenté le nombre de leurs soldats, attaquèrent Judas. Dans cette rencontre, la victoire resta aux Syriens, qui en usèrent cruellement. Pour remplacer Judas, les Hébreux élirent son frère Jonathas. Sur ces entrefaites, Alcime, qui avait abominablement ravagé Jéru-
17) remitteret V.
19) AfUiocho, Aniiochi filio Dnisius,
28) cruente pour saeve, crudeliter, latinité de décadence.
29) usi V; 8unt u»i B. — in locum occisi Judaeae Sig-onius.
56 SVLPICII SEVERI
vastasset, moritur ; Bacchides socio destitutus ad regem redit. Dein, post biennium, rursus Bacchides bellum Judaeis intulit, victus pacem petit. Quae propositis conditionibus data, si perfugas captivosque et omnia bello rapta redderet. s
24 Dum haec intra Judaeam geruntur, adolescens quidam Rhodi educatus, nomine Alexander, Ântiochi se essefilium dictitans, quod falsum erat, adjutus opibus Ptolemaei, régis Alexandrini, in Syriam cum exercitu venit ; Demetrium bello superatum occidit, cum regnasset annos xii. lo 2 Hic Alexander, priusquam adversus Demetrium confligeret, foedus cum Jonatha fecerat eumque veste purpurea et insignibus regiis donaverat. Ob quod eum Jonatha auxiliis juverat, victoque Demetrio primus omnium congratulatum occurrerat. Neque postea Alexander datam fidem corrupit. i5
salem, mourut, et Bachide, privé de son collègue, s'en retourna vers le roi. Deux années plus tard, il portait de nouveau la guerre chez les Juifs; mais il fut vaincu et demanda la paix. £lle lui fut accordée, sous condition que les transfuges et les prisonniers seraient rendus, en même temps que tout le butin fait au cours de la guerre, j XXIV. Pendant que ces événements s'accomplissaient en
Judée, un certain jeune homme élevé à Rhodes, appelé Alexandre, et se disant fils d'Antiochus, ce qui était faux, vint en Syrie avec une armée que soutenaient les ressources de Ptolémée, roi d'Alexandrie. Il vainquit et fit tuer Démétrius, qui avait régné douze ans. Avant la bataille, cet Alexandre s'était attaché Jonathas par un traité et lui avait fait don d'une robe de pourpre et des insignes royaux. Jonathas, en échange, lui fournit des troupes auxiliaires et fut le premier à le féliciter après la défaite de Démétrius. Dans la suite, d'ailleurs, Alexandre resta fidèle à cette alliance, et, pendant les cinq
1 3) insig^nibus regiis. Le livre I*' des Machàbées dit : purpuram ei coronam auream. Ce ne sont pas là les insignes du grand-pontificat, comme le croit Sigonius.
i5) innerat... occurrerat, c Legendum omnino videtur innit.,, occurrit. » Pr. — corrupit V; violavit B.
17) Démétrius, ajouté par Sigonius.
CHRONICORVM LIBER SECVNDVS Sj
Ita, quinquennio quo rerum potîtus est, res Judaeorum 3 tranquillae fuerunt. Igitur Detnetrius^ Demetrii filius, qui post mortem patris Cretam confugerat, hortante Lasthene Cretensium duce, regnum patrium bello repetens, impar
ao viribuSjPtolemaeumPhilometoremregemAegyptijAlexandri socerum, jam tum genero infestum, ut sibi sit auxilio, implorât. Ille vero, non tam supplicis precibus quam 4 spe Syriae occupandae illectus, copias cum eo jungit, ac filiam Alexandro nuptam dat Demetrio. Adversus hos
a5 Alexander acie confligit. Eo proelio Ptolemaeus cadit, Alexander vincitur; paulo post interfectus, cum régnas- 5 set annos quinque vel, ut in plerisque auctoribus repperi, novem.
Demetrius, regnum indeptus, Jonatham bénigne habuit, 25
3o foedus cum eo fecit, Judaeos legibus suis reddidit. Interea
années que dura son règne, les Juifs jouirent de la paix. Or, [Démétrius], fils de Démétrius, qui s'était réfugié en Crète à la mort de son père, poussé par Lasthénès, général des Cretois, songea à reconquérir le trône paternel; seulement, ses ressources étant insuffisantes, il implora l'appui de Ptolémée Philométor, roi d'Egypte, beau-père d'Alexandre, mais que son gendre haïssait. Ptolémée, bien moins sensible à ses prières qu'à l'espoir de s'emparer de la Syrie, unit son armée aux troupes du [jeune] Démétrius, à qui il donna en même temps sa fille, déjà mariée à Alexandre. Celui-ci leur livre bataille; pendant l'action, Ptolémée est tué, mais Alexandre est vaincu et peu après mis à mort. Il avait régné cinq années, ou peut-être neuf, comme je l'ai lu dans plusieurs auteurs.
XXV. Démétrius, une fois établi sur le trône, traita très favorablement Jonathas, conclut alliance avec lui et rendit les Juifs à leurs lois. Cependant Tryphon, ancien partisan d'Alexandre,
23) Eo proelio vincitur Ptolemaeus, cadit Alexander, Vincitur Ptolemaeus, et Paulo post B; Eo proelio vincitur Ptolomeus, cadit Alexander, vincitur paulo post V. Nous adoptons la correction de Halm, qui lui-mâme a suivi celle de G. Ritcher.
26) interfectus V; inierficitur B.
3o) legibus SUIS... J'ai traduit le mot par le mot. Sulpice n*a pas pu vouloir