‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 154 sur 198 · L. n. II · texte numérisé non relu

L. n. II

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82 SVLPICII SEVERI

3 synodi décréta subvertere. Etenim eis color quidam subpetere videbatur ut tam injuste fuisset pro Âthanasio judicatum quam Marcellus fuerat absolutus, qui nunc

4 etiam Âthanasii judicio esse haereticus probaretur. Namque Marcellus Sabellianae haeresis assertor extiterat : s Photinus vero novam hyresim jam ante protulerat, a Sabellio quidem in unione dissentiens, sed initium Christi

5 ex Maria praedicabat. Igitur, Arriani astuto consilio, mi* scent innoxium criminosis, damnationemque Photini et Marcelli et Athanasii eadem sententia comprehendunt, lo illud nimirum apud imperitorum animos praestruentes ut non putarentur de Athanasio perperam judicasse, qui de

6 Marcello atque Photino vera sensissent. Verumtamen ea tempestate Arriani perfidiam suam occultabant : non ausi

Cet incident, en effet, permettait de dire, avec une certaine couleur de vérité, que le jugement qui avait absous Athanase [à Sardique] n'était pas plus solidement fondé que celui qui avait absous Marcellus, actuellement reconnu hérétique par Athanase lui-même. Marcellus était partisan de Thérésie Sabellienne. Photinus, lui, avait, dès longtemps, soutenu sur l'union [des trois personnes divines] une hérésie nouvelle, différente de celle de Sabellius; il affirmait aussi que le Christ avait pris son commencement dans le sein de Marie. Mettant habilement ces circonstances à profit et affectant de confondre l'innocent avec le criminel, les ariens enveloppent dans une seule et même appréciation les jugements portés autrefois contre Photinus, Marcellus et Athanase. Par ce moyen, ils jettent dans l'esprit des gens naïfs cette prévention que des juges, qui ont si bien jugé Marcellus et Photinus, n'ont pas pu mal juger Athanase. Il faut savoir qu'à cette époque les ariens dissimulaient leur fausse doctrine; n'osant soutenir ouvertement

2) uiV; quod B. -^ fuisse V. « Adverbium injuste repetendum mox videtur: quam injuste Marcellus fuerat absolutus. » Pr.

Il) imperatorum Y t B. «Contendo pro imperatorum legendum tM.t imperitorum. » Pr.

14) non V; nec Pr.

i5) catholicos. Ce mot, pour Sulpice, signifie les partisans du symbole de Nicée. Cf. avec Dial, I, 9, où il* dit en parlant de Jérôme : catholica hominis

CHRONIGORVM LIBER SEGVNDVS 83

i5 palam erroris sui dogmata praedicare, catholicos se gere> bant, nihil sibi prius agendum rati quam ut Athanasium ecclesia submoverent, qui semper eis velut murus obstiterat : quo remoto, reliquos in libîdinem suam cessuros sperabant. Sed pars episcoporum quae Arrios seque- 7

30 batur damnationem Athanasii cupitam accepit; pars, coacti metu et factione, in studia partium concesserant : pauci, quibus fides cara et veritas potior erat, injustum judicium non receperunt : inter quos Paulinus, episcopus Treverorum, oblata sibi epistola ita subscripsisse traditur,

aô se in Photini atque Marcelli damnationem praebere consensum, de Athanasio non probare.

Tum vero Arriani, ubi doli parum processerant, vi 38 agere decemunt. Nam quidlibet audere atque agere facile

des dogmes erronés, ils se faisaient passer pour catholiques. Avant tout, pensaient-ils, une chose était à faire : mettre hors rÉglise Athanase qui, pareil à un mur, leur avait toujours résisté. Une fois écarté, les aatres obéiraient à leur bon plaisir. Le groupe des' évêques qui soutenaient les ariens approuva donc la condamnation, tant souhaitée par eux, d' Athanase. Les autres, contraints par la peur ou gagnés par Tintrigue, se laissèrent entraîner au courant des partis. Quant à ceux, en très petit nombre, à qui la foi était chère, et qui préféraient la vérité à tout, ils refusèrent d'acquiescer. On raconte que l'un d'eux, Paulin, évêque de Trêves, lorsque la lettre d'adhésion fut présentée à sa signature, répondit qu'il était prêt à approuver la condamnation de Photinus et de Marcellus, mais non celle d' Athanase.

XXXVIII. Les ariens se décidèrent alors à recourir à la violence, là où leurs ruses avaient échoué. Ils pouvaient tout entreprendre et aussi tout exécuter sans peine : car ils s^appuyaient

scientia. Au moment de la rédaction des Dialogues et de la Chronique^ la soumission au dogme de Nicée est devenue impérativement obligatoire d'après les lois de l'Empire {Cod, Theod., 1. XVI, t. I), et le concile œcuménique de Constantinople a fait défense de célébrer le culte divin à ceux qui n'acceptent pas sans réserve la consubstantialité du Père et du Fils.

i8) concessuros Vorstius. Cf. infra in studiis partium concesserai.

26) de Athanasio non praebere Giselin.

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erat régis amicitia subnixis, quem sibi pravis adulatio-

a nibus devinxerant. Quin etiam ex consensione multorum

inexpugnabiles erant ; nam omnes fere duarum Pannonia-

rum episcopi multique Orientalium ac tota Asia in perfîdia

3 eorum cionjuraverant. Sed principes mali istius habe- s bantur a Singiduno Ursatius, Valens a Mursa, Heraclia Theodorus, Stephanus Antiochenus, Acatius a Caesarea, Menofantus Epheso, Georgius Laodicia, Narcissus a

4 Neronopoli. Hi ita palatium occupaverant, ut nihil sine eorum nutu ageret imperator, obnoxius quidem omnibus, lo

5 sed praecipue Valenti deditus. Nam eo tempore quo apud Mursam contra Magnentium armis certatum, Constantius descendere in conspectum pugnae non ausus, in basilica martyrum extra oppidum si ta, Valente tum ejus loci episcopo in solatium assumpto, diversatus est. Ceterum is

sur Tamitié du roi gagné par leurs coupables flatteries. Ils étaient d'ailleurs rendus invincibles par l'adhésion d'un grand nombre d' évoques. Tous ceux des deux Pannonies, la plupart de ceux d'Asie, s'étaient associés à cette perfide conjuration, qui avait pour chefs principaux Ursace de Singidunum, Valens de Mursa, Théodore d'Héraclée, Etienne d'Antioche, Acatius de Césarée, Menofantus d'Éphèse, Georges de Laodicée et Marcus de Néronopolis. Ces personnages dominaient le palais, à ce point que Tempereur ne faisait rien sans leur consentement ; mais s'il leur était soumis à tous, il était plus particulièrement livré à l'influence de Valens. Le jour du combat contre Magnence, près de Mursa, Constance, n'osant pas descendre sur le champ de bataille, se retira dans une basilique de martyrs, située hors de la ville, et emmena avec lui, pour se rassurer, Valens, évêque du diocèse. Or, celui-ci avait adroitement posté le long des routes quelques affidés chargés de l'informer avec promptitude du résultat de l'engagement : s'il pouvait annon-

i) Régis, Rex est pour empereur, comme infra 38, 3, 17 et 6, 10. Cf. siib rege Constantio {Vita, II, 2, 3o). Il m'a paru impossible de traduire textuellement, l'usage serait trop choqué. Au iv« siècle et mÔme longtemps avant, re« désigne TÂuguste ou le César. C'est la traduction de ^avtXeu;. Voir Hilaire, Jérôme, Âmbroise, Ammien Marcelltn, passim,

6) mursia V.

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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 85

Valens callide per suos disposuerat, ut quis proelii

fuisset eventus primus cognosceret, vel gratiam régis captans, si prior bonum nuntium detulisset, vel vitae consulens, ante capturas fugiendi spatium, si quid contra

ao accidisset. Itaque paucis qui circa regem erant metu 6 trepidis, imperatore anxio, primus nuntiat hostes fugere. Cum ille indicem ipsum intromitti ppsceret, Valens ut reverentiam sui adderet, angelum sibi fuisse nuntium respondit. Facilis ad credendum imperator, palam postea 7

aS dicere solitus se Valentis meritis, non virtute exercitus vicisse.

Ab hoc initio illecti principis extulere animos Arriani, 39 potestate régis usuri, ubi auctoritate sua parum valuissent. Igitur, cum sententiam eorum quam de Athanasio dede-

3o tant nostri non reciperent, edictum ab imperatore

cer le premier au roi une issue heureuse, il capterait ses bonnes grâces; si, au contraire, le combat tournait mal, il aurait le temps de sauver sa vie par la fuite, avant d^ètre pris. L'empereur, entouré de serviteurs peu nombreux et tremblants, était lui-même dévoré d'inquiétude, lorsque Valens vint le premier lui annoncer la déroute des ennemis. Constance demanda à voir le porteur de cette bonne nouvelle; mais Valens répondit qu'elle lui avait été révélée par un ange, certain d'accroître ainsi la vénération et l'estime du roi. Dans la suite, le crédule empereur déclara hautement et souvent que c'était aux mérites de Valens, non au courage de son armée, qu'il avait dû la victoire.

XXXIX. Â partir de ce moment, les ariens excitèrent Tesprit du prince séduit, en vue d'obtenir, par l'emploi de la puissance impériale, ce que leur autorité propre ne leur aurait jamais donné. C'est pourquoi, comme la sentence qu'ils avaient portée contre Athanase n'était pas acceptée par les nôtres, l'empereur

8) menofantuM V. NeronipoU Sigonius; Neapoli V, B.

10) obnostiuê sive devincius, obstricius, morigerua (voir Dial, lU, 12). Dans le Code Théodosien, ohtioxiuB est pris pour debitor.

la) ConstafUius V; Constantinus B.

16) « Snspicor excidisse aliqaid : ex. gr, per agros vel caixipum suos dispo- Mutrat, 9 Pr.

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proponitur ut qui in damnationem Athanasii non suba scriberent in exilium pellerentur. Ceterum a nostris tum apud Arelatem ac Bitteras, oppida Galliarum, episcoporum concilia fuere. Petebatur ut priusquam in Athanasium subscribere cogerentur, de fide potius disceptarent, s ac tum demum de re cognoscendum, cum de persona Sjudicum constitisset. Sed Valens sociique ejus prius Athanasii damnationem extorquere cupiebant, de fide certare non ausi. Ab hoc partium conflictu agitur in exilium Paulinus. Interea Mediolanum convenitur, ubi lo tum aderat imperator ; eadem illa contentio nihil invicem 4 relaxabat. Tum Eusebius Vercellensium et Lucifer a Carali Sardiniae episcopi relegati. Ceterum Dionysius, Medioianensium sacerdos, in Athanasii damnationem se consentire subscripsit, dummodo de fide inter episcopos quaereretur. i5

lança un édit qui ordonnait d'envoyer en exil quiconque ne souscrirait pas à la condamnation de l'êvêque d'Alexandrie. Les nôtres tinrent alors des conciles dans deux villes des Gaules, Arles et Béziers; ils demandèrent à discuter la question de foi, avant d'être forcés à se prononcer contre Athanase : lorsqu'on aurait traité de la doctrine, on s'occuperait des personnes. Mais ce que Valens et ses complices désiraient avant tout, c'était la condamnation d'Athanase, et ils n*osaient pas discuter les questions de foi. Dans ce choc entre les partis, Paulin fut exilé. Enfin, on se réunit à Milan, où séjournait alors l'empereur ; mais la querelle continua, toujours là même, sans aucune concession de part ni d'autre. Eusèbe, évoque de Verceil, et Lucifer, évêque de Caralis en Sardaigne, furent frappés de relégation. Enfin, Denys, évêque de Milan, se déclara prêt à souscrire à la condamnation d' Athanase, pourvu que la question de foi fût en même temps examinée. Valens, Ursace et les autres [ariens],

a) cum V; tum B.

6) ac tum V; nec tum B.

7) judicium V ; Judicum Pr.

1 3) episcopisW\ peat-6tre Vs final est-il là pour uns abréviatif égalant SMii/.Halm. 19) inf^ciam V; refertam B.

22) et ipsa, fortasse ipsi Halm.

CHRONÎCORVM LÎBER SECVNDVS 87

Sed Valens et Ursatius ceterique metu plebis quae catholicam fidem egregio studio conservabat, non ausi piacula proSteri, intra palatium congregantur. Illinc epistolam sub 5 imperatoris nomine emittunt, omni pravitate infectam, eo

3o nimirum consilio ut, si eam aequis auribus populo recepisset, publica auctoritate cupita proferrent; sin aliter fuisset excepta, omnis invidia esset in rege, et ipsa venialis, quia etiam tum catechumenus sacramentum fidei merito videretur potuisse nescire. Igîtur, lecta in ecclesia épis- 6

a5 tola populus aversatus. Dionysius, quia non esset assensus, urbe pellitur, statimque ejus in locum Auxentius episcopus subrogatur. Liberius quoque urbis Romae et 7 Hilarius Pictavorum episcopi dantur exilio. Rhodanium quoque, Tolosanum antistitem, qui natura lenior, non tam

3o suis viribus quam Hilarii societate, non cesserat Ârrianis,

redoutant la population milanaise, qui maintenait énergiquement sa foi catholique, et n'osant pas proférer en public leurs impiétés, se retirent dans le palais impérial; de là, ils lancent, sous le nom de l'empereur, une lettre infectée d'abominations de tout genre. Évidemment, leur plan était de formuler leurs doctrines favorites avec la force de Tautorité publique, si cette lettre recevait un bon accueil du peuple; dans le cas contraire, ils en laisseraient retomber la culpabilité sur le roi — culpabilité vénielle, après tout, car celui-ci, n'étant que catéchumène, pouvait ignorer le sacrement de la foi. La lettre fut donc lue à l'église ; le peuple la repoussa. Alors Denys, qui avait refusé de l'approuver, se vit chasser de la ville, et [Auxentius] fut aussitôt nommé évêque à sa place. On punit aussi par l'exil Libère et Hilaire, qui étaient l'un évêque de Rome, l'autre évêque de Poitiers. Le prélat toulousain Rhodanius subit le même sort ; un peu faible de nature, ce fut moins son courage person* nel que l'inâuence d'Hilaire qui le porta à résister aux ariens.

24) lêcta in êccUsia episiola populus aversatus V ; Uctam in Ecclesia epistolam populus aversatur B.

26) Auxentius, nom omis de révoque qui fit fouetter Martin.

27) efs V.

28) ÂkodaniumY. « Sed infra Rhodanus. » Halm.

29) Tolosanum V, et Dolosanum B.

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eadem conditio implicuit, cum tamen hi omnes parati essent Athanasium a communione suspendere modo ut

8 de fide inter episcopos quaereretur. Sed Arrianis optimum visum praestantissimos vires a certamine submovere. Ita pulsi in exilium quos supra memoravimus abhinc annos 5 quinque et xL, Arbitione et LoUiano consulibus. Sed Liberius paulo post urbi redditus ob seditiones Romanas.

9 Ceterum exules satis constat totius orbis studiis celebratos, pecuniasque eis in sumptum afFatim congestas, legationibusque eos plebis catholicae ex omnibus fere lo provinciis frequentatos.

40 Interea Arriani non occulte, ut antea, sed palam ac publice haeresis piacula praedicabant; quin etiam, synodum Nicaenam pro se interprétantes, quam unius litterae adjectione corruperant, caliginem quandam injecerant is

Or, tous ces évèques étaient prêts à suspendre Athanase de leur communion, pourvu que la question de foi fût examinée par Tépiscopat. Seulement, les ariens trouvaient bien préférable d'éloigner du terrain de la lutte tant d'hommes éminents. Ainsi furent poussés en exil tous ceux que je viens de nommer; il y a de cela quarante-cinq ans, Arbition et LoUien étant consuls. Un peu plus tard, Liberius fut réintégré sur son siège pour apaiser les séditions du peuple de Rome. Du reste, il est bien connu que les exilés furent couverts d'éloges par le monde entier; on recueillit de l'argent en grande quantité pour subvenir à leurs dépenses, et ils recevaient sans cesse des députations du peuple catholique de toutes les provinces.

XL. Cependant les ariens prêchaient leurs impiétés hérétiques, non plus en secret, mais au grand jour et en public. Bien plus, interprétant à leur manière le symbole de Nicée, falsifié par Tadjonction d'une simple lettre, ils jetaient comme un brouillard

i) ht omnes V; hominea B.

2) commune V.

i6) ôjjLOoufftov et 17) ^tJLoiorjdiov V. — est unius substantiae V ; unius est B. c Substantiam pro easentia dicit. * Vorstius. Mais de Prato ajoute : « Sane vox oùcrt'a ad verbum est essentia et ita interpretatur eam alicubi Hilarius; verum tum ipse, tum caeteri latin! patres xo étio'jfftov constanter interpretati sunt, quod est unius substantiae (eodem modo to â(AOtou<Ttov quod est similis sub-

CHRONICORVM LIBER SEGVNDVS 89

verîtati. Nam ubi ôiJLooJatov erat scriptum, quod est unius a substantîae, illi ôîJloisuaiôv, quod est similis substantiae, scriptum esse dicebant, concedentes similitudinem, dum adimerent unitatem, quia multum ab unitate similitudo

aodîstaret; ut, verbi gratia, pictura humani corporis esset homini similis, nec tamen haberet hominis veritatem. Sed 3 quidam ex his ultra processerant, (zvofxstdusfav, id est dissimilem substantiam, confirmantes. Eoque his certaminibus processum ut istiusmodi piaculis orbis terrarum implica-

a5 retur. Nam Italiam, Illyricum atque Orientem, Valens et 4 Ursatius ceterique, quorum noraina edidimus, infecerant. Gallias nostras Satuminus Arelatensium episcopus, homo impotens et factiosus, premebat. Osium quoque ab Hispa- 5 nia in eandem perfidiam concessisse opinio fuit ; quod eo

So mirum atque incredibile videtur, quia omni fere aetatis

sur la vérité. Là où il était écrit 5;jioo6(jtov, c*est-à-dire d'une seule substance, ils prétendaient qu'il était écrit 6jjLStou7tov, c'està-dire d'une substance semblable. En concédant la ressemblance, ils supprimaient Tunité; or, bien grande est la distance qui sépare la ressemblance de Tunité. Par exemple, une peinture du corps humain ressemble à l'homme, mais elle n'a rien de la réalité d'un homme. Quelques-uns d'entre eux, allant beaucoup plus loin, soutenaient rivojxotcucfav, c'est-à-dire la différence absolue de la substance. La querelle se prolongea pendant si longtemps que le monde entier se trouva comme enveloppé daife ces impiétés. Valens, Ursacius et les autres évêques, dont j'ai donné les noms, en avaient infecté l'Italie, l'Illyrie et l'Orient. L'évêque d'Arles, Satuminus, homme violent et factieux, opprimait notre Gaule. Le bruit se répandit aussi qu*Osius d'Espagne s'était laissé entraîner lui-même dans cette détestable erreur; ce qui me semble tout à fait extraordinaire et comme incroyable,

stantiae) inde facta vox consubatantialiSt quae tamen antiquia fere^. ig^nota fuit.

2 1) hominis uniiatêtn, correction de Sigonius.

27) Gallias nostras. Sulpice dit toujours Gallias, Hispanias, Britannias, Cf. 41, 2, 14, un« énumération qui renferme tous les pays de l'empire d'Occident, excepté les Bretagnes (Dial. I, 21, i, 14, et 26). — homo impotens, effréné, emporté, violent, féroce. Cf. supra, 14, Vimpotentia de Nabuchodonosor.

29) concessisss, pour perfidiam ampiexum esse Haim.

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suae tempore constantissimus nostrarum partium, et Nicaena synodus auctore illo confecta habebatur : nisi fatiscente aevo — etenim major centenario fuit, ut sanctus 6 Hilarius in epistolis refert — deliraverat. Quis rébus perturbato orbe terrarum et morbo quodam ecclesiis lan- s guentibus, segnior quidem, sed non minus gravis cura principem exercebat, quod licet Arriani, quibus favebat, superiores viderentur, necdum tamen de fide inter episcopos conveniret.

41 Igitur apud Ariminium, urbem Italiae, synodum congre- lo gari jubet : idque Tauro praefecto imperat ut coUectos in unum non ante dimitteret quam in unam fidem consentirent, promisso eidem consulatu, si rem effectui tradidisset.

lui qui avait été, en son temps, le plus courageux [des évèques] de notre région et qui était considéré comme l'auteur du symbole de Nicée. Il est possible que l'affaiblissement, suite de son grand âge, l'ait fait délirer. (Il était, en effet, plus que centenaire, ainsi que saint Hilaire le rapporte dans une de ses lettres.) Pendant que ces divisions troublaient le monde et que les églises semblaient languir dans la maladie, ime préoccupation moins irritante, mais non pas moins sérieuse, tourmentait le prince : sans doute, lés ariens, qu'il favorisait, étaient les maîtres partout; mais l'accord ne se faisait pas entre les évêques sur la question de foi.

' XLI. En conséquence, l'empereur décida de réunir un concile dans Ariminium, ville d'Italie, et le préfet Taurus eut ordre, une fois les évêques assemblés, de ne les laisser se séparer que s'ils se mettaient d'accord pour un symbole unique. Taurus avait promesse du consulat, si ce résultat se produisait. Aussitôt les

3) ut sanctus Hilarius in epistolis refert»

4) deliraverat» Sigonius croit avec raison que ce passage est un glossema. De Prato l'admet, mais il défend le mot deliraverat en établissant que, dans son Contra Constantium, Hilaire caractérise les décrets du concile de Sirmium par ces mots : deliramenta Osii. — Quibus rébus B.

14) Ita missis per Illyricum... magistris officialibus. Toutes les éditions portent cette leçon que Godefroy (Cod, Theod., 1. 1, t. X) avait pourtant corrigée en citant le passage de Sulpice. Le Vaticanus a confirmé la correction de Godefroy.

i5) aut mactiV; aut etiam coacti Giselin; aut coacti Sigonius; aut adacti

CHRONICORVM LIBER SBCVNDVS 91

Ita missis per Illyricum, Italiam, Africain, Hispanias a i5 Galliasque magistri offîcialibus, acciti aut coacti, quadringenti et aliquanto amplius occidentales episcopi Ariminum convenire; quibus omnibus annonas et cellaria dari imperator praeceperat. Sed id nostris, id est Aquitanis, Gallis 3 ac Britannis, indecehs visum : repudiatis fiscalibus, pro- 9o priis cum sumptibus vivere maluerunt. Très tantum ex Britannia inopia proprii publico usi sunt, cum oblatam a ceteris collationem respuissent, sanctius putantes fîscum gravare quam singulos. Hoc ego Gavidium episcopum 4 nostrum quasi obtrectantem referre solitum audivi, sed aS longe aliter senserim, laudique attribuo, episcopos tam pauperes fuisse, ut nihil proprium haberent, neque ab aliis

agents du maître [des offices] furent envoyés en Illyrie, en Afrique, en Espagne, en Gaule, et bientôt quatre cents et quelques évêques, venus de bon gré ou par contrainte, se trouvèrent réunis à Rimini. A tous on devait fournir (c'était Tordre de Tempereur) les provisions de bouche et le logement. Cette disposition ne parut pas convenable aux nôtres (j'entends les Aquitains, les Gaulois et les Bretons), qui, aimant mieux s'entretenir à leurs propres dépens, repoussèrent les secours du fisc. Il n'y eut pour les accepter que trois évoques de Bretagne, dépourvus de ressources personnelles. Ils ne voulurent pas se laisser aider par leurs collègues, qui le leur proposaient; il leur semblait plus honnête d'être à charge au fisc qu'aux particuliers. J'ai entendu Gavidius, notre évêque, raconter ce fait en l'accom* pagnant d'une espèce de blâme. Mais je pense tout autrement que lui, et je tiens à éloge pour ces évêques d'avoir été si pau« vres qu'ils ne possédassent rien en propre, et d'avoir préféré aux

Bemays. En faveur de sa leçon adacii, Bemays donne de fortes raisons paléo- £^aphiques. Cependant Halm a maintenu co<icti, qui est tout à fait en accord avec le sens général du passage.

17) annonas... On varie sur Tinterprétation de ces deux mots; mais ils désignent les aliments, le logement et peut-être aussi le vêtement. Je renvoie aux Notes historiques pour des détails plus étendus sur annonas et cellaria. — dare V ; dari Sigonius ; id est Aquiianis, Gallis et Britannis (voir mon petit sai : Aquitains et Craulois),

20) cum V, omis par B.

2b) spiscopis B.

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potius quam a fîsco sumerent, ubi neminem gravabant : ita in utrisque egregium exemplum. De reliquis nihil

5 memoria dignum traditur^ sed redeo ad ordinem. Posteaquam omnes, ut supra diximus, in unum coUecti sunt, fit partium secessio. Ecclesiam nostri optinent; Arriani 5 autem aedem tum de industria vacantem orationis loco capiunt; sed hi non amplius quam Lxzx, reliqui nostrarum

6 partium erant. Igitur frequentibus conciliis nihil actum : nostris in fide manentibus ; illis de perfidia non cedentibus. Âd postremum placuit decem legatos mitti ad impera« lo torem, ut quae esset partium fides vel sententia cogno* sceret, sciretque pacem cum haereticis esse non posse.

7 Idem Arriani faciunt mittuntque numéro pari legatos, qui

secours de leur entourage ceux du fisc, par quoi personne ne se trouvait grevé; à ce double point de vue ils donnaient un excellent exemple. Quant aux autres, il ne se passa entre eux rien qui mérite d'être rapporté, et je reprends Tordre de mon récit. Donc, lorsque tous les membres du concile furent réunis ainsi qu'il a été dit plus haut, ils se divisèrent en deux partis. Les nôtres purent occuper l'église ; les ariens durent adopter, comme lieu de prière, une maison rendue vide à cette intention. D'ailleurs, ils n'étaient pas plus de quatre-vingts ; tout le reste appartenait à l'orthodoxie ; on tint de fréquentes séances, mais sans résultat : les nôtres se maintenant fidèles dans la foi, les ariens persistant dans leur coupable erreur. Finalement il fut résolu qu'on enverrait vers l'empereur dix délégués pour l'informer de ce que pensaient et déclaraient les deux partis, et afin qu'il sût qu'aucune paix n'était possible avec les hérétiques. De leur côté, les ariens en firent autant et choisirent un nombre égal de délégués, char-

i) a V, omis par B. — sumerênt est impossible à construire log^iquement, et Bernays propose suntere voluisse.

2) in utriusque V ; in utrisque Drusius. c Ista in utriusque pauperiatis simul et abstinentiae exempium. » Jean Leclerc {Bibliothèque choisie, t. XX).

4) omneis, ut supra dictum B.

5) Ecclesia est ici pour Tédifice où se rassemble le conventus, ou communauté des fidèles. Cf. pour les divers emplois du mot : Vita Martini, X, 3 ; Jbid., XUI, 9; Chr. U, 33, 4; et Âuimien Marcellin, 21, 2.

6)'^tmedeutû V; Edentum B; Aedem tum, correction de Giselin. J'ai fait relever dans le Vaticanus, la représentation ^aphique des mots abrégés que

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 98

adversum nostros coram imperatore confligerent. Sed ex i5 parte nostronim leguntur homines adulescentes, parum docti et parum cauti;ab Arrianis autem missi senes, callidi et ingenio valentes, vetemo perfidiae imbuti, qui apud regem facile superiores extiterunt. Sed nostris man* 8 datum ne quo modo' cum Arrianis communionem inirent ao omniaque intégra synode reservarent.

• Intérim in Oriente, exemplo Occidentalium, imperator 42 jubet cunctos fere episcopos apud Seleuciam Isauriae oppidum congregari. Qua tempestate Hilarius, quar- 2 tum jam exilii annum in Phrygia agens, inter reliquos 93 episcopos, per vicarium ac praesidem data evectionis copia, adesse compellitur, cum tamen nihil de eo 3

gés de les défendre contre les nôtres devant l'empereur. Seulement, alors que nous avions envoyé des hommes jeunes, sans beaucoup de science et de peu d*habileté, les ariens firent choix de vieillards pleins de ruse, très intelligents, pénétrés à fond du venin de l'hérésie, et qui n'eurent pas de peine à prendre le dessus auprès du roi. D*autre part, il avait été enjoint à nos délégués de n'accepter de communion d'aucune sorte avec les ariens. Tous les points importants devaient être intégralement réservés à la décision du concile.

XLII. Sur ces entrefaites, voulant que l'Orient suivît l'exemple des Occidentaux, l'empereur ordonna de rassembler les évêques dans Séleucîe, ville d'Isaurie. Hilaire, qui achevait alors sa quatrième année d'exil en Phrygie, dut se rendre au concile comme tous les autres : car il avait, ainsi qu'eux, reçu du vicaire et du gouverneur de la province une permission de voyager dans les voitures publiques. Aucune instruction le concer-

Flaccius n'avait pas su déchiffrer. At¥iAft«?fncclctre«l Jcmâ)«|t<Ptklfflf .

8) couciliis, dans le sens de délibération d'assemblée, de g^roupe où l'on discutait les intérêts du groupe. Frequentihus intra GalHas conciliia (Chr. II, 45, 3, 29). J'ai eu tort de traduire conciles : il s'agit, je crois, de réunions épiscopales préparatoires. En un seul cas, Sulpice emploie concilium dans le sens de tynode : < omnes episcopos ad concilium cogrere jubebantur » (Chr. II, 42, 3, 23). Voir aussi aux Notes historiques un relevé des conciles tenus au cours du IV* nècle.

1 1) esset Partium fides et B.

17) vetemo, « Veneno legendum esse facile apparet. > Pr.

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speciâliter mandasset imperator, judices tantum generalem jussionem secuti, qua omnes episcopos ad concilium cogère jubebantur, hune quoque inter reliquos volentes misère. Ut ego conjicio, Dei nutu ita gestum, ut vir dîvinarum rerum instructissimus, cum de fide disceptandum 5

4 erat, interesset. Is ubi Seleuciam venit, magno cum favore exceptus omnium in se animos et studia converterat. Ac primum quaesitum ab eo quae esset Gallorum fides; quia tum, Arrianis prava de nobis vulgantibus, suspecti ab Orientalibus habebamur trionymam solitarii Dei unionem lo secundum Sabellium credidisse. Sed exposita fide sua juxta ea quae Nicaeae erant a patribus conscripta,

5 Occidentalibus perhibuit testimonium. Ita, absolutis

nant n'avait été envoyée par l'empereur, et les magistrats — simplement pour exécuter l'ordre général en vertu duquel la présence de tous les membres de l'épiscopat était exigée à Séleucie — le firent partir en même temps que ceux qui s'y rendaient par devoir. Ceci, je crois, advint par la volonté de Dieu, afin que l'homme le plus instruit des choses divines fût présent quand on discuterait sur la foi. Dès son arrivée à Séleucie, où il reçut un accueil des plus favorables, il gagna le cœur et l'estime de tous. Dès l'abord, on lui avait demandé quelle était la foi des Gaulois. Les ariens nous avaient attribué de mauvaises doctrines, et nous étions suspectés par les Orientaux de croire, d'après Sabellius, en l'union frionyme d*un Dieu solitaire. Mais Hilaire n'eut qu'à exposer sa foi, qui était celle que les pères de Nicée ont souscrite, et il rendit par là témoignage en faveur des Occidentaux. Cette satisfaction donnée à l'esprit de tous [les orthodoxes], il fut

I) speciâliter appartient à la langue des philosophes et des i^rammairiens, comme visibiliter et invisibiliier. Cf. DiaL lU, 9, 2.

4) misère V; miscere B. Giselin, Horn et de Prato dissertent longuement sur ce mot, mais sans résultat utile. — ut ego conjicio. Sigonius et Horn placent le point après misère; de Prato le place après conjicio.

5) instructissimus. On lit aussi eruditus avec le génitif dans la Chronique d'Eusèbe, partie finale rédigée par Jérôme : eruditus legis.

10) tryohymû V.

i3) absolutus J. -C. Hofmeister. c Scilicet omnium Orientalium animis a suspicione quam de Occidentalium fide conceperant, solutis et liberatis. Pr.

GHRONICORVM LIBER SECVNDVS gS

omnium animis» iatra conscientiam communionis nec i5 non etiam in societatem receptus concilioque ascitus est. Agi deinde coeptum, repertique pravae haeresis auctores atque ab ecclesiae corpore avulsi. In eo numéro fuere 6 Georgius ab Âlexandria, Âcatius, Eudozius, Uranius, Leontius, Theodosius, Evagrius, Theodulus. Sed confecta ao synodo décréta ad imperatorem legatio, quae gesta insinuaret. Damnati quoque ad regem profecti, satis freti sociorum viribus et principis societate.

Interea legatos Ariminensis cbncilii ex parte nostrorum 43 compellit imperator uniri haereticorum communioni, eis- 95 demque conscriptam ab improbis fidem tradit, verbis fallentibus involutam, quae catholicam disciplinam per-

admis non seulement à participer à leur communion^ mais aussi à leur intimité, et on le rechercha dans le concile. L'assemblée s'était mise à l'œuvre • Les fauteurs d'hérésies coupables furent découverts et retranchés du corps de l'Église. Dans le nombre on comptait Georges d'Alexandrie, Acatius, Eudoxius, Uranius, Léontius, Théodosius, Evagrius et Théodule. Quand le concile eut rédigé ses décrets, une députation fut chargée de notifier à l'empereur ce qui avait été fait. Les évoques condamnés se rendirent, eux aussi, auprès du roi, comptant beaucoup sur l'influence de leurs associés et sur l'amitié du prince.

XLIIL Cependant les délégués, que notre parti au concile de Rimini avait envoyés vers l'empereur, avaient été par lui contraints d'entrer en communion avec les ariens. L'empereur leur remit ensuite une confession de foi que ces pervers avaient rédigée, en la remplissant de termes équivoques, où la discipline

14) inira cartscientiam communionis, locution fort obscare qae de Prato embrouille encore en essayant de l'éctaircir. On trouvera sur ce point une tentative d'explication au mot communio de VInde» verhomm,

2 1) insinuareiy c'est-à-dire notum faceret ; insinuare, sens du mot enseigner, qui en est tiré.

24) compellit. Sulpice le construit fréquemment avec Tinfinitif. En examinant d'autres passages de Sulpice où le verbe compellere se trouve, on voit que notre auteur lui a donné le sens de : engager quelqu'un à consentir à ce que (ut) un autre fasse telle ou telle chose (DQbner), verbe pris du langage populaire. — unire V; uniri B.

Goo^^

96 SVLPICII SEVERI

a fidia latente loqueretur. Namque usiae verbum tamquam ambiguum et temere a patribus usurpatum, neque ex auctoritate scripturarum profectum, sub specie falsae rationis abolebat, ne unius cum pâtre substantiae fîlius crederetur. Eadem fides similem patri filium fatebatur. 5 Sed interius aderat fraus parata, ut esset similis, non

3 esset aequalis. Ita, dimissis legatis, praefecto mandatum ut synodum non ante laxaret quam conscriptae fidei consentire se omnes subscriptionibus profiterentur; ac, si qui pertinacius obsisterent, dummodo is numerus intra 10

4 quindecim esset, in exilium pellerentur. Sed, regressis legatis, licet vim regiam deprecantibus, negata commu- • nio. Enimvero compertis quae décréta erant major rerura et consiliorum perturbatio ; dein paulatim plerique nostro-

catholique était proclamée pour cacher Thêrésie. Ainsi, le mot : substance (usiaj, ambigu, selon eux, témérairement employé par les pères et nullement appuyé sur les Écritures, on le supprimait sous ces faux motifs, mais réellement pour que le Père ne fût pas cru être d'une seule substance avec le Fils. La même confession reconnaissait le Fils semblable au Père; mais c'était au fond une fraude visant à montrer le Fils semblable, et non égal. L'empereur renvoya donc les délégués à Rimini et, en même temps, renouvela au préfet Taurus l'ordre de ne dissoudre le concile que lorsque les évêques auraient constaté leur adhésion à la confession de foi, en y apposant leurs signatures. Ceux qui s'opiniâtreraient dans leur refus seraient exilés; toutefois leur nombre ne devait pas dépasser quinze. Cependant les délégués rentrés à Rimini, bien que s'excusant sur la violence du prince, se virent repousser de la communion. Mais, quand les décrets [de l'empereur] furent connus, une confusion extrême se répandit dans les affaires et dans les conseils. Dès ce moment,

i) usiae verbum. Transcription du grec outria. Jérôme écrit à Damase (Epist i5, 3): * Si guis autem hypostasim, usiam infelligens. > Et quelques lignes plus bas : c Quisquis tria esse, hoc est, très esse hypostases, id est, usias, dicit. » {Chalcid» in Tint., 129.) (Voir mon petit essai: Sulpice théologien.)

12) deprecantibus, pour detestantibus.

21) Constantissimus V; Constantissimi.., habebantur, leçon proposée par

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 97

>5 rum, partim imbecillitate ingenii, partira taedio peregrinationis evicti, dedere se adversariis, jara post reditura legatorum superioribus et ecclesiam, nostris inde detrusis, optinentibus : factaque semel inclinatione animorum catervatira in partem alteram concessum, donec ad viginti

90 usque nostrorura numerus inminutus est.

Sed hi quanto pauciores, tanto validiores erant. Con- 44 stantissimus inter eos habebatur noster Foegadius et Servatio Tungrorum episcopus. Hos, quia minis et terriculis non cesserant, Taurus precibus aggreditur ac lacrimans

a5 obtestatur mitiora uti consulerent. Clausos intra unam urbem episcopos jam septimum mensem agere, injuria hiemis et inopia confectis nuUam spera reversionis dari. Quis tandem esset finis? Sequerentur pluriura exemplum, 2

et petit à petit, presque tous les nôtres, tant par faiblesse de caractère, que par Tennui d^un [trop long] séjour à l'étranger, commencèrent à se soumettre. Déjà, du reste, leurs adversaires, devenus les plus forts depuis le retour des délégués, nous avaient expulsés de Téglise et s*y étaient installés. Une fois les esprits placés sur cette pente, on se rendit par troupes dans le camp opposé; à tel point que le chiffre [des résistants] fut réduit à vingt.

XLIV. Cependant, mpins ils étaient nombreux, plus ils se montraient énergiques. Notre Fœgadius fut de tous le plus ferme, et aussi Servatius, évêque de Tongres. Alors Taurus essaie d'agir par prières sur ceux que ni menaces ni terreurs n'avaient fait céder. Il les conjure en pleurant de devenir plus conciliants. Tout espoir de retour [au pays natal] devait-il être enlevé à ces évêques, depuis sept mois relégués dans une ville où les rigueurs de Thiver et les privations les accablaient? Quand donc cela pourrait-il finir? Pourquoi ne pas suivre Texemple de

de Prato. — Superlatif singulier incorrectement appliqué à deux personnes. 22) noster Foegradiua et Servatio, Le contexte ne laisse ici aucun doute que no9ter signifie notre ivêqtêe ou bien notre compatriote. H ne peut signifier : 4e noire ftarti, comme c'est le cas infra .-professiones pro nostris erant (Chr, II, 44, 8, 27). Sur remploi du possessif noster, cf. supra : Ecclesiam nostri obtinent, H, 41, 5, 5, et aussi H, 40, 4, 27, 40, 5, i ; 41, 3, 18; 41, 4, 24; 43, 4, 14; 44i 8, 4; — Dial, 1, 21, i, 14, et Ibid,, 26.

98 SVLPICII SEVERI

auctoritatem saltem ex numéro sumerent. Enîmvero Foegadius paratum se exilio atque ad omne supplicium, in quod deposceretur, profîteri; se ab Arrianis conceptam

3 fidem non recepturum. Ita in hoc certamine aliquot dies tracti; ubi parum ad pacem profîciebant, paulatim et ipse 5 infractior, ad extremum proposita conditione evincitur.

4 Namque Valens et Ursatius afiSrmantes, praesentem fidem catholica ratione conceptam, ab Orientalibus imperatore auctore prolatam cum piaculo repudiari : et quis discordiarum finis foret, si, quae Orientalibus placuisset, lo

5 Occidentalibusdispliceret? postremo, si quid minus plene praesenti fide editum videretur, ipsi adderent quae addenda putarent : praebituros se in his quae essent adjecta consensum. Favorabilis professio pronis omnium animis

la majorité ; c'était bien le moins de s'incliner devant l'autorité du nombre. Mais Fœgadius répondit en se déclarant prêt à souffrir l'exil ou toute autre peine qu'on voudrait; quant à la profession de foi élaborée par les ariens, il ne l'accepterait jamais. Pendant plusieurs jours le débat se prolongea; mais si mince en était le profit pour la paix qu'insensiblement Fœgadius lui-même, moins obstiné, se rendit aux conditions proposées. Voici, en effet, ce que déclaraient Valens et Ursacius : le symbole en discussion est conçu d'après la raison catholique; les Orientaux l'ont adopté, poussés en ce point par l'empereur; il y aurait impiété à le repousser; car, enfin, [disaient-ils] quand finiront les discordes si ce qui plaît aux Orientaux déplaît [toujours] aux Occidentaux? Après tout, pour le cas où quelque chose paraîtrait manquer au symbole en discussion, ceux qui croyaient à des lacunes n'avaient qu'à les remplir eux-mêmes; les évêques orientaux s'engageaient à adhérer à ce qui serait ajouté. Cette proposition, agréable à tous — car les esprits penchaient en ce sens — fut

I) Etenim vero V; Enimvero Pr.

5) proficiebat, scilicet Taurus. Sigonius.

7) affirmantes, < Valente et Ursacio affirmantibus. > Pr. C'est le nominatif absolu pour Kablatif absolu.

9) et quis Pr. ; ut qnis V.

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 99

i5 excepta, nec ultra nostri repugnare ausi, jam quoquo modo finem rébus imponere cupientes. Dein conceptae 6 a Foegadio et Servatione professiones edi coepere; in quis primum damnatus Ârrius totaque ejus perfidia ceterum etiam patri aequalis, et sine initio, sine tempore Dei

9o fîlius pronuntiatur. Tum Valens, tamquam nostros adju- 7 vans, subjecit sententiam cui inerat occultus dolus, filium Dei non esse creaturam sicut ceteras creaturas : fefellitque audientes fraus professionis. Etenim his verbîs quibus similis esse ceteris creaturis filius negabatur, creatura

35 tamen, potior tantum ceteris pronuntiabatur. Ita neutra 8 pars vicisse se penitus aut victam putare poterat : quia fides ipsa pro Arrianis; professiones vero postea adjectae pro nostris erant, praeter illam quam Valens subjunxerat

acceptée; les nôtres ne se hasardèrent pas à prolonger leur résistance; eux aussi souhaitaient voir les choses prendre fin, de manière ou d'autre. En conséquence, on s'occupa à formuler les adjonctions que Fœgadius et Servatius avaient conçues. En première ligne, Arius y était condamné avec toute sa détestable doctrine; ensuite, le Fils de Dieu était proclamé [égal] même au Père, sans commencement et sans temps. Alors Valens, feignant d^appuyer les nôtres, suggéra cette sentence, où se cachait un artifice : le Fils de Dieu n^est pas une créature comme les autres créatures. La formule de cette fraude échappait aux auditeurs, et, en effet, si, par ces paroles, il était nié que le Fils fût semblable aux autres créatures, il était cependant affirmé être une créature, seulement plus puissante que les autres. On le voit, aucun des deux partis n^avait le droit de se croire ni complètement vainqueur, ni complètement vaincu, car, si le symbole en lui-même était favorable aux ariens, les professions postérieurement ajoutées appartenaient aux nôtres, sauf pourtant celle de Valens qui, d'abord, mal entendue, ne

19) oêqualis B, omis par V. — sine initio.,. Je pourrais prendre occasion ici de justifier ma méthode de traduction du mot par le mot, tout écart risquant de produire une erreur s^raLVc, en ces matières où un ioia de moins décidait de rorthodozie ou de Thérésie; rien de moins sûr d'ailleurs que le lang^age de Salpice quand il touche à de tels sujets. U les comprenait fort mal.

100 SVLPICII SEVERI

quae, tum non intellecta, sero demum animadversa est. Hoc vero modo conciliutn dimissum, bono initio foedo exîtu consummatum.

45 Igitur Ârriani, rébus nimium prospère et secundum vota fluentibus, Constantinopolim ad împeratorem con- 5 currunt : ibi repertos Seleuciensis synodi legatos vi regia compellunt, exemplo Occidentalium, pravam illam fidem

2 recipere. Plerîque, abnuentes injuriosa custodia ac famé etiam vexatî, captivam conscientiam dedere. Multi constantius renitentes, adempto episcopatu, in exilium detrusi 10

• atque in eorum locum alii dati. Ita, optimis sacerdotibus aut metu territis aut exilio deductis, perfîdiae paucorum

3 cuncti concesserant. Aderat ibi tum Hilarius, a Seleucia legatos secutus, nuUis certis de se mandatis opperienç

fut comprise que plus tard. C'est dans ces conditions que le concile fut dissous : il avait eu un bon commencement et une déplorable fin.

XLV. Cependant les ariens, dont les affaires marchaient plus qu'heureusement et tout à fait à leur souhait, vinrent à Constantinople s'empresser autour de l'empereur. Ils y rencontrèrent les délégués du synode de Séleucie et les contraignirent, de par l'autorité royale, à recevoir cette perverse profession de foi, à l'exemple des Occidentaux. Presque tous ceux qui, d'abord, s'y étaient refusés, torturés par les humiliations de la prison et de la faim, finirent par livrer leur conscience, privée de liberté. Beaucoup, en résistant avec fermeté, perdirent l'épiscopat et furent jetés en exil, tandis que d* autres étaient investis de leurs sièges. Et, alors, les meilleurs évèques étant ainsi abattus par la peur ou exilés, la pernicieuse doctrine de quelques-uns se trouva être acceptée par tous. Hilaire, qui séjournait en ce temps-là à Constantinople, où il avait suivi les délégués de Séleucie, n'ayant reçu aucun ordre précis,

I) non Bt omis par V.

4) c Num legendum nitnirum ? »

7) fidem B, omis par V.

9) etiam, omis par V. — captivam, pour invitam. 10) retinentes V, correction de Giselin.

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS lOI

i5 imperatoris voluntatem, si forsitan redire ad exilium jubé-

retur. Is, ubi extremum fidei periculum animadvertit,

Occidentalibus deceptis, Orientales per scelus vinci, tribus libellis publiée datis, audientiam régis poposcit, ut . de fide coram adversariis disceptaret. Id vero Arriani 4 10 maximo opère abnuere. Postremo, quasi discordiae semi-

narium et perturbator Orientis, redire ad Gallias jubetur,

absque exilii indulgentia. Verum, ubi permensus est orbem 5

paene terrarum, malo perfidiae infectum, dubius animi et

magna curarum mole aestuans, cum plerisque videretur 35 non ineundam cum his communionem qui Ariminensem

synodum recepissent, optimum factu arbitratus revocare

cunctos ad emendationem et paenitentiam, frequentibus

intra Gallias conciliis, atque omnibus fere episcopis de

attendait la volonté de Tempereur pour savoir s*il devait regagner son lieu d'exil. Voyant que la foi courait un péril extrême, les Occidentaux ayant été trompés et les Orientaux succombant sous le crime, il écrivit trois requêtes pour demander audience à l'empereur et discuter le symbole en sa présence avec les adversaires [de l'orthodoxie]. Les ariens repoussèrent absolument cette proposition, et bientôt H il aire, comme semeur de discorde et perturbateur de TOrient, reçut ordre de rentrer en Gaule, sans que sa sentence d'exil fût révoquée. Comme il eut à traverser le globe terrestre presque entier, et qu'il le vit partout empoisonné par Thérésie, son âme se prit à douter. Haletant . sous le poids d'une grande inquiétude, alors que la plupart des orthodoxes voulaient qu'on n'entrât pas en communion avec les adhérents du synode de Rimini, il jugea, lui, que mieux valait les exhorter tous à faire réparation et pénitence. C'est pourquoi il multiplia les réunions par toute la Gaule, et, les évêques, en grande majorité, ayant confessé leurs erreurs, il put condamner ce qui

i8) audientiam dans le sens français d'audience, c'est-à-dire réception où l'on écoute ceux qui ont à vous parler. Cf. Ammien (3, 29) : c Quant t*iam vobiê pandere deorum ad audientiam creditis;* et aussi Cod.t 2, i3, i : € Inier litigatores audientiam tuam impertiri debebis. » Cf. Ibid., 3, i3, i; I

102 SVLPICII SEVERI

errore profitentibus, apud Ariminum gesta condemnat et

6 in statum pristinum ecclesîarum fidem reformat. Resistebat sanis consiliis Saturninus Ârelatensium episcopus, vir sane pessimus et îngenio malo pravoque. Verum is, praeter haere3is infamiam, multis atque infandis criminibus s convictus, ecclesia éjectas est. Ita partium vires atnisso

7 duce infractae. Paternus etiam a Petrocoriîs, aeque vecors nec detrectans perfidîam profiter!, sacerdotio pulsus : ceteris venia data. lUud apud omnes constitit unius Hilarii beneficio Gallias nostras piaculo haeresis libe- lo

8 ratas. Ceterum Lucifer tum Antiochiae longe diversa sententia fuit. Nam in tantum eos qui Arimini fuerant condemnavit, ut se etiam ab eorum communione secreverit, qui eos vel sub satisfactione vel paenitentia rece-

9 pissent. Id recte an perperam constituerit dicere non is

s'était passé à Rimini et rétablir ainsi Tancien état de la foi dans les églises. Saturnin, évêque d'Arles, résista pourtant à ses sages conseils ; c'était certainement un très mauvais homme, à l'esprit pervers et méchant. Outre son goût pour les infamies hérétiques, il avait commis plusieurs crimes abominables, et on le chassa de l'Église. La perte de ce chef brisa les forces de la faction. Il fallut aussi dépouiller de Tépiscopat Paternus, de Périgueux, non moins insensé, et qui osait proclamer tout haut sa perfidie. On pardonna aux autres. Ce fut alors chose reconnue de tous que, par le bienfait du seul Hilaire, nos Gaules avaient été délivrées de la souillure de l'hérésie. Lucifer, qui vivait à Antioche, suivit de tout autres sentiments; non seulement il condamna les membres du concile de Rimini, mais il se sépara de la communion de ceux qui consentaient à les recevoir soit après rétractation, soit après pénitence. Lucifer avait-il tort, avait-il raison? C'est ce que je n'ose dire. Cependant Paulinus et Rhodanius étaient morts en Phry-

4) si V; etiam "É; is Halm. •

7) infractae, Gryneut le change enfractae; mais c'est corriger Cicéron. 1 1) c FÏAcerci Lucifero, ut diversa sententia esset recto casu. » Lucifer Antio" chiae pour episcopus Antiochiae, Emploi anormal du génitif avec omission du substantif qui le régit. En français d'ancien régime, on aurait dit : Monsieur de Paris, 14) eos vel V; vel pour et.

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS Io3

ausim. Paulinus et Rhodanius in Phrygia defuncti : Hilarius sexto anno postquam redierat in patria obiit.

Sequuntur tempora aetatis nostrae gravia et periculosa, 46 quibus non usitato malo pollutae ecclesiae et perturbata

ao omnia. Namque tum primum infamis illa gnosticorum haeresis intra Hispanias deprehensa, superstitio exitiabilis, arcanis occultata secretis. Origo istius mali Oriens 2 atque Aegyptus, sed quibus ibi initiis coaluerit haud facile est disserere. Frimas eam intra Hispanias Marcus

a5 intulit, Aegypto profectus, Memphi ortus. Hujus auditores fuere Agape quaedam, non ignobilis mulier, et rhetor Helpidius. Ab bis Priscillianus est institutus, fami- 3 lia nobilis, praedives opibus, acer, inquies, facundus, multa lectione eruditus, disserendi ac disputandi prom-

3o ptissimus, felix profecto, si non pravo studio corrupisset

gie; Hilaire mourut aussi, la sixième année après son retour dans sa patrie.

XLVI. Viennent ensuite les affaires de notre temps, affligeantes et périlleuses, au cours desquelles les églises ont été souillées d'un mal jusqu'alors inconnu et toutes choses profondément troublées. C'est de nos jours, en effet, que cette infâme hérésie des gnostiques fut découverte en Espagne, superstition exécrable, qui se cachait dans le secret et le mystère. Ce fléau naquit en Orient et en Egypte, mais il ne serait pas facile d'exposer en détail quels furent ses débuts et ses progrès. Un homme de Memphis, Marcus, l'apporta le premier d'Egypte en Espagne. Marcus eut pour disciples une certaine Agapé, femme de bonne condition, et le rhéteur Helpidius ; ils furent à leur tour les maîtres de Priscillien. De parents nobles, extrêmement riche, actif, remuant, élégant parleur et devenu savant grâce à ses vastes lectures, Priscillien était toujours prêt à discourir et à disputer; heureux s'il n'eût pas gâté par des occupations per-

22) Oriena ab Aegyptiis B ; Oriens et Aegyptus V ; Oriens atque Aegyptus Halm et Beraays. Cf. Tacite, Ann. XV, 44.

23) inU, i. c., initiis V.

2D) Memphis V, correction de Giselin, d'accord avec de Prato, 29) promptissimus est ici construit d'une façon insolite avec le génitif. Cf. Justin : parcendi promptior.

r04 SVLPICII SEVERI

4 optimum ingenium Prorsus multa în eo animi et corporis bona cerneres : vigilare multum, famem ac sitim ferre poterat, habendi minime cupidus, utendi parcissi-

5 mus. Sed idem vanissimus et plus justo inflatior profanarum rerum scientia : quin et magicas artes ab adole- 5 scentia eum exercuisse creditum est. Is, ubi doctrinam exitiabilem aggressus est, multos nobilium pluresque populares auctoritate persuadendi et arte blandiendi allicuit

6 in societatem. Âd hoc mulieres novarum rerum cupidae, fluxa fîde et ad omnia curioso ingenio, catervatim ad lo eum confluebant; quippe, humilitatis speciemoreet habita praetendens, honorem suiet reverentiam cunctis injecerat.

7 Jamque paulatim perfidiae istius tabès pleraque Hispaniae

verses un si excellent naturel! Certes vous eussiez trouvé chez cet homme, et en abondance, les dons de l'esprit et du corps. Il pouvait supporter les longues veilles, soufifrir la faim, endurer la soif. Sans goût pour acquérir la richesse, c'est à peine s'il faisait usage de ce qu'il possédait. En revanche, sa vanité était extrême; son savoir dans les choses profanes T enorgueillissait à l'excès; même, il passait pour s'être mêlé de magie dès sa première jeu* nesse. Il n'eut pas plus tôt entrepris [de propager] ses pernicieuses doctrines que, grâce à sa puissance pour persuader et à ses dons pour séduire, il attira dans sa société beaucoup de nobles et des gens du peuple en plus grand nombre. Accoururent aussi vers lui en foule des femmes avides de nouveautés, flottantes dans leur foi, et dont l'esprit était curieux de tout connaître. II faut dire que Priscillien, en montrant sur son visage et dans son maintien l'apparence de l'humilité, avait réussi à se faire honorer et révérer de tous. La contagion de ses dangereuses erreurs se

T 7) quoadyginus V ; quo Adyginus B ; quoad Hyginus Pr.

i8) comperto, ad Idatium, emeritcte aetatis sacerdotem, refert B; corn- Perta ad Ydacium, Emeritae sacerdotem, referrat V. J*ai corrig'é Ydaiiutn d'après Priscillien lui-même. (Corpus scriptorum eccleiioiticorum latinorum, vol, XVIIL Priscilliani quae supersunt recensuit Georgius Schepss,) Priscillien écrit : Hemeratensium civitas. On verra les nombreuses variantes des noms de Tévêque d'Ëmerita (ou Merida) et de l'évêque d'Ossobona dans les articles très détaillés qui leur ont été consacrés, les deux étant sans cesse pris Tun pour l'autre. La biographie Didot, au mot Idœe, évêque

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS I05

pervaserat; quin et nonnuUi episcoporum depravati, inter i5 quos Instantius et Salvianus Priscillianum non solum consensione, sed sub quadam etiam conjuratione susceperant, 8 quoad Hyginus, episcopus Cordubensis, ex vicino agens, comperta ad Ydacium, Emeritae sacerdotem, referret. Is 9 vero, sine modo et ultra quam oportuit Instantium socios- 90 que ejus lacessens, facem quandam nascenti incendio subdidit, ut exasperaverit malos potius quam compressent.

Igitur, post multa inter eos nec digna memoratu certa- 47 mina, apud Caesaraugustam synodus congregatur, cui tum etiam Âquitani episcopi interfuere. Verum haeretici com- 2 a3 mittere se judicio non ausi; in absentes tamen lata sententia, damnatique Instantius et Salvianus episcopi, Hel-

répandit sur une grande partie de PEspagne, à ce point que quelques évêques, entre autres Instantius et Salvianus, en furent infectés. Non seulement ils donnèrent leur adhésion à Priscillien, mais ils formèrent avec lui une conjuration qu'Hyginus, évêque de Cordoue, qui vivait dans le voisinage, découvrit enfin et dénonça à Ydace, évoque de Mérida. Celui-ci attaqua sans mesure Instantius et ses associés; beaucoup plus qu'il n'eût fallu en tout cas : car il ajouta un brandon de plus à ce naissant incendie. Les méchants furent ainsi plutôt surexcités que contenus.

XL VIL Donc, à la suite de nombreuses querelles qui ne méritent pas d'être rappelées, on réunit un synode à Saragosse, où même assistèrent les évêques aquitains. Les hérétiques n'ayant pas osé s'en remettre au jugement [de cette assemblée], elle n'en porta pas moins sentence contre eux, bien qu'ils fussent absents, et condamna les évêques Instantius et Salvianus et les laïques

d*Ossa6offa, met: (voyez Ithace); poia à ce nom elle écrit: Ithace, èviqué «rOssofrofia. .. suit l'analyse de tous les faits où Idace et Ithace ont joué un rôle; mais ces faits sont attiibués à Ithace seul alors qu' Ydace devrait être cité comme ayant pris, au début, toute Tinitiative.

32) n€c, correction de Vonck; et V, B. — et digna memoratu, «Mendum esse snspicor neque enim silentium praeterisse debuisset Severus quae ipsa dig^na memoria judicasset. » Pr.

25) tamen V ; tikm B.

26) eps V; epUcopi. Cf. II, Sg, 7.

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I06 SVLPICII SEVERI

3 pidius et Priscillianus laici. Additum etiam ut si qui damnatos in communionem recepisset sciret in se eandem sententiam promendam. Atque id Itacio f , Sossubensi episcopO} negotium datum ut decretum episcoporum in omnium notitiam deferret et maxime Hyginum extra com- s munionem faceret, qui, cum primus omnium insectari palam haereticos coepisset, postea turpiter depravatus

4 in communionem eos recepisset. Intérim Instantius et Salvianus, damnati judicio sacerdotum, Priscillianum etiam laicum, sed principem malorum omnium, una secum lo Caesaraugustana synodo notatum, ad confirmandas vires suas, episcopum in Abilensi oppido constituunt, rati nimi-

' rum, si hominem acrem et callidum sacerdotali auctoritate

5 armassent, tutiores fore sese. Tum vero Ydacius atque Itacius acrius instare, arbitrantes posse inter initiais

Helpidius et Priscillien. Il fut ajouté que quiconque communierait avec eux devrait se considérer comme atteint par les mêmes peines. En conséquence, Ithacius, évêque d'Ossobona, reçut charge de faire connaître à tous le décret synodal, surtout de mettre hors de communion Hyginus. D'abord, et le premier de tous, Hyginus avait publiquement dénoncé les hérétiques; mais ensuite, honteusement dévoyé, il avait communié avec eux. Ainsi frappés par ce jugement des évêques, Instantius et Salvianus, afin d'accroître leurs forces, élevèrent au siège d'Avila Priscillien encore que laïque ; mais il était le chef des méchants et avait été, comme eux, flétri à Saragosse : ils comptaient rendre leur position plus solide, en armant de Tautorité épiscopale cet homme plein d'audace et de ruse. Cependant Ydacius et Ithacius, de leur côté, redoublèrent d'énergie agressive; ils jugeaient possible d'étouffer le. mal à son début. Mais, par une inspiration des moins sages, ils s'adressèrent aux juges séculiers

. i) s* quis B.

3 ) J'écris Itacius comme dans les traités récemment découverts de Priscillien.

5) et Halm. — ntaximeque B. — Yginum V. — extra communionem faceret B; communions (sed erasum) /actfr^^ V. c Portasse communione arceret vel secerneret, » Halm.

12) labilensi Sigonius.

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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS 107

malum comprimi. Sed parum sanis consiliis saeculares judîces adeunt, ut eorum decretis atque executionibus haeretici urbibus pellerentur. Igitur, post multa et foeda 6 certamina, Ydacio supplicante, elicitur a Gratiano tum

20 imperatore rescriptum quo universi haeretici excedere non ecclesiis tantum aut urbibus, sed extra omnes terras propellî jubebantur. Quo comperto, gnostici, difiSsi rébus 7 suis, non ausi judicio certare, sponte cessere qui episcopi videbantur : ceteros metus dispersit.

35 Ac tum Instantius, Salvianus et Priscillianus, Romam 48 profecti, ut apud Damasum, urbis ea tempestate episcopum, objecta purgarent. Sed iter eis praeter interiorem 2 Âquitanicam fuit, ubi tum ab imperitis magnifice suscepti sparsere perfidiae semina; maximeque Elusanam plebem,

3o sane tum bonam et religîoni studentem, pravis praedica-

en vue de faire chasser les hérétiques hors des villes, par voie de sentences et d'exécutions. Après de longues et ignobles luttes, Ydace, à force de supplier, obtint de l'empereur alors régnant, Gratien, un rescrit qui enjoignait aux hérétiques non seulement de sortir des églises et des villes, mais qui ordonnait de les chasser de toutes les terres. A cette nouvelle, les gnostiques, perdant confiance en leurs affaires, n'osèrent pas résister en justice. Ceux qui étaient évêques se soumirent spontanément. La peur dispersa les autres.

XL VIII. Instantius, Salvianus et Priscillien partirent pour Rome afin de se purger des accusations dirigées contre eux devant Damase, présentement évêque de la ville. Ils avaient pris route à travers l'Aquitaine intérieure, où l'accueil magnifique qu'ils reçurent de gens inconsidérés les aida à répandre la semence de leurs pernicieuses doctrines, surtout parmi le peuple d'Éause, qui, jusqu'alors bon et pieux, fut perverti par de

19) certamina V, comme au début de ce chapitre, omis par B. foeda Sulpice fait un très fréquent usage de ce vague qualificatif (voir à V Index); mais il remploie plus volontiers pour marquer son ineffable mépris envers ceux qui déshonorent la vie religieuse.

33) acium V; ai tum B.

36) Urbis episcopum, Eusèbe, Jérôme, Augustin s'expriment ainsi.

2^) Aquitaniam B.

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Io8 SVLPICII SEVERI

tionibus pervetere. A Burdigala per Delfinum repulsi, tamen in agro Euchrotiae aliquantisper morati, infecere

3 nonnullos suis erroribus. Inde iter coeptum ingressi, turpi sane pudibundoque comitatu, cum uxoribus atque alienis etiam feminis, in quis erat Euchrotia ac filia ejus 5 Procula, de qua fuit in sermone hominum Priscilliani

4 stupro gravidam partum sibi graminibus abegisse. Hi, ubi Romam pervenere, Damaso se purgare cupientes, ne in conspectum quidem ejus admissi sunt. Regressi Mediolanum, aeque adversantem sibi Ambrosium reppererunt. lo

5 Tum vertere consilia ut, quia duobus episcopis quorum ea tempestate summa auctoritas erat non illuserant, largiendo et ambiendo ab imperatore cupita extorquèrent. Ita, corrupto Macedonio, tum magistro o£Sciorum, rescriptum eliciunt quo, calcatis quae prius décréta erant, i^

détestables prédications. Delphin les repoussa de Bordeaux ; mais un court séjour sur les terres d'Euchrotia leur permit de communiquer leurs erreurs à quelques personnes. De là, ils s'engagèrent enfin dans le voyage dès longtemps projeté, suivis d^un cortège vraiment infâme et scandaleux, composé de leurs épouses et aussi de femmes étrangères, entre autres Euchrotia et sa fille Procula. Le bruit courut alors que cette dernière, enceinte des œuvres de Priscillien, s'était fait avorter avec des herbes. Aussitôt arrivés à Rome, ils eussent souhaité se justifier devant Damase; mais celui-ci ne les admit pas même en sa présence. Retournant par Milan, ils trouvèrent Ambroise tout aussi hostile. Alors ils changèrent de plan : n'ayant pu tromper les deux évêques, ils eurent recours aux présents et à la brigue pour arracher à Tempereur ce qu'ils désiraient. Macédonius, maître des otiices, corrompu par eux, leur obtint un rescrit qui mettait à néant les décrets précédemment portés et ordonnait de les rétablir dans

i) Delphinum B.

2) euchrotiae V ; Euchrociae B.

4) De Prato veut qu'on renverse la phrase; il faut, dit-il, récrire : cum feminis atque alienis etiam uxoribus, sous prétexte que les Priscillianistes condamnaient le mariage. Mais ce dernier point reste à démontrer.

9) conspectu V.

14) Macedonio, tum magister officiorum. B avait écrit c%tm. Sigonius le

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CHRONICORVM LIBER SECVNDVS I09

restitui ecclesîis jubebantur. Hoc freti, Instantius et Pri- 6 scillianus repetivere Hispanias; nam Salvianus in urbe obierat; ac tum sine uUo certamine ecclesias quibus praefuerant recepere.

lo Verum Itacio ad resistendum non animus, sed facultas 49 defuit, quia haereticî, corrupto Volventio proconsule, vires suas confirtnaverant. Quin etiam Ithacius, ab bis quasi 3 perturbator ecclesiarum reus postulatus, jussusque per atrocem executionem deduci, trepidus profugit ad Gallias;

)5 ibi Gregorium praefectum adiit. Qui, compertis quae gesta erant, rapi ad se turbarum auctores jubet ac de omnibus ad imperatorem refert ut haereticis viam ambiendi praecluderet. Sed id frustra fuit, quia per libidi- 3 nem et potentiam paucorum cuncta ibi venalia erant.

3o Igitur haeretici suis artibus, grandi pecunia Macedonio

leurs sièges. Forts de cette décision, Instantius et PriscilUen (Salvianus était mort à Rome) regagnèrent TEspagne et, sans lutte aucune, purent reprendre la direction de leurs églises. XLIX. Â dire vrai, si Ithace s^abstint de résister, ce ne fut pas manque de courage, mais parce que tout lui fît défaut. En achetant le proconsul Volventius, les hérétiques s^ étaient rendus très forts; Ithace se vit par eux traduire en justice comme perturbateur des églises, et, sur Tordre qui fut donné de le jeter en prison, il s*enfuit, épouvanté, dans les Gaules, où il se présenta au préfet Grégoire. Informé de ce qui se passait, le préfet ordonna que les auteurs des troubles fussent amenés devant lui, et il soumit Tensemble de l'affaire à Tempereur, afin de couper court aux menées des hérétiques. La tentative n'aboutit pas : tout était vénal [à la cour de Gratien], où dominait la licence de quelques hommes. Avec leur habileté ordinaire et en donnant à Macédonius de très grosses sommes, les hérétiques obtinrent

corrigea par ia^m, et sa correction se trouve pleinement confirmée par le Vaticanus.

20) liachio V; Trtickio B. Sig^onius et Baronius avaient corrigé.

21) Volventius n'est nommé nulle part. Baronius change ce nom en Viventius, D*après le Code Théodosten -(Livre II, 9, i, 14), le vicaire des Espagnes, en 383, était Marinianus.

23) per atrocem executionem deduci. t Puta in carcerem vel in judicimm. * Pr.

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no SVLPICII SEVERI

data, optinent ut imperîalî auctoritate praefecto erepta

4 cognitio Hispaniarum vicario deferretur; nam jam proconsulem habere desierant; missîque a magistro officiales qui Ithacium tum in Treveris agentem ad Hispanîas retraherent. Quos ille callide frustratus, ac postea, per Britan- 5

5 nium episcopum defensus, illusit. Jam tum rumor incesserat clemens, Maximum intra Britannîas sumpsisse imperium ac brevi in Gallias erupturum Ita tum Ithacius statuit, licet rébus dubiis, novi imperatoris adventum

6 expectare : intérim sibi nihil agitandum. Igitur, ubi Maxi- 10 mus oppidum Treverorum victor ingressus est, ingerit preces plenas in Priscillianum ac socios ejus invidiae

7 atque criminum. Quibus permotus, imperator, datis ad

une décision impériale, qui retirait la connaissance de Taffaire au préfet et la renvoyait devant le vicaire des Espagnes. Â cette époque, cette province avait, en effet, cessé d'être gouvernée par un proconsul. En même temps, le maître [des offices] expédiait des agents pour saisir Ithace (qui vivait à Trêves) et le ramener en Espagne. Mais celui-ci les dépista adroitement et bientôt leur échappa tout à fait, Tévêque Britannius Payant pris sous sa protection. Or, déjà le bruit se répandait sourdement que Maxime s'était emparé du pouvoir dans les Bretagnes, et qu41 allait bientôt envahir la Gaule. En des conjonctures aussi incertaines, Ithace résolut d'attendre l'arrivée du nouvel empereur. Pour le moment mieux valait ne rien entreprendre. Mais aussitôt que Maxime fut entré victorieux dans Trêves, il lui adressa, contre Priscillien et ses amis, une dénonciation pleine de haine

2) deferretur. Évidemment, il y a là une lacune. Galesinius propose defe^ ratur. Baronius traderetur et aussi Fabricius.

4) in Treveris V; in aère verts B.

5) frustratus V; frustratur B, — Britonium. Hontheim. Prodr, hist, Trevir., I, 134.

7) Clemens MaximûV. Clementem Maximum B. Ce clemens appliqué par Sulpice à rumor était trop archaïque et salustien pour Flaccius, qui le mit à Taccusatif, en faisant ainsi un nom propre. Sa leçon, adoptée par toutes les éditions, a valu à Maxime l'avantage d'un double cognomen. Vainement Maffei avait démontré par un examen attentif des inscriptions et des médailles que le mot clemens n'avait rien à voir avec Maxime. (De Senatorum Nominibus Dissertatio, in tom. II, Observât, liiter,) Tout le monde a persisté, même M. Duruy, à gratifier Maxime du prénom de Clément. Voici, un peu abrégée,

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS III

praefectum Galliarum atque ad vicarium Hispaniarum i5 litteris, omnes omnino quos labes illa involuerat, deducî ad sjrnodum Burdigalensem jubet. Ita deducti Instantius 8 et Priscillianus; quorum Instantius prior jussus causam dicere, postquam se parum expurgabat, indignus esse episcopatu prônuntiatus est. Priscillîanus vero, ne ab 9 aoepiscopis audiretur, ad principem provocavit. Permissumque id nostrorum inconstantia, qui aut sententiam vel in refragantem ferre debuerant, aut, si ipsi suspecti habebantur, aliis episcopis audientiam reservare, non causam imperatori de tam manifestis criminibus perïô mittere.

Ita omnes quos causa involverat ad regem deducti. 50

et d'inculpations atroces. Elle frappa Tempereur, qui écrivit au préfet des Gaules et au vicaire d'Espagne pour ordonner la comparution devant un synode, réuni à Bordeaux, de tous ceux, sans exception, que cette souillure [de l'hérésie] avait atteints. Instantius et Priscillien y furent conduits. Instantius fut sommé d'avoir à se défendre le premier ; comme il se justifiait très faiblement, on le déclara indigne de l'épiscopat. Quant à Priscillien, il en appela à l'empereur pour ne pas être jugé par les évêques. Cela se produisit par le manque de fermeté des nôtres. Ils auraient dû ou bien juger Priscillien malgré son opposition, ou bien, s'il les récusait comme suspects, transmettre la cause à d'autres évêques, et non pas laisser à l'empereur le jugement de crimes aussi manifestes.

L. On amena donc tous les inculpés à Trêves, devant Maxime *,

la partie importante des observations de Maffei : « At, quod ad praenomina pertinet, Magnas iis accessit qu» tribus litteris si^ificabantur, quod memorati Magni Maximi numismata docent, et adhuc certius duo illa, quae tyranni hujus unice, quod sciam, supersunt marmorea documenta. Cippi milliarii sunt, quorum alterum

atinspicerem ad Bononiensis agri villulam olim mecontuU Âlterum lapidem

nondum vulgatum inagro Veronensi aliquando reperi, acquisitumque in Musaeum publicum transtuli ac dedicavi : IMP.P — AVGG. MAG. MAXIMO I. FL. VICTOR PERPETUIS PRINCIPIBUS M. P. V. » De Prato, qui reproduit les observations de Maffei et les approuve, n'en a pas moins maintenu l'accusatif clementem dans son texte, ce qui prouve que le comte abbé Trurio n'avait pas •u discerner la bévue de Flaccius. — imperiunt V.

10) agendum,., statuit sibi nihil agitandum (De Bello Jugurthino, 3g).

23) vel V, omis par B. — aut sibi B.

112 SVLPICII SBVERI

Secuti etiam accusatores Ydacius et Itacius episcopi, quorum studium super expugnandis haereticis non reprehenderem, si non studio vincendi plus quam oportuit a certassent. Ac mea quidem sententia est mihi tam reos quam accusatores displicere. Certe Itacium nihil pensi, 5 nihil sancti habuisse definio : fuit enim àudax, loquax, impudens, sumptuosus, ventri et gulae plurimum imper-

3 tiens. Hic stultitiae eo usque processerat ut omnes etiam sanctos viros quibus aut studium inerat lectionis aut propositum erat certare jejuniis, tamquam Priscilliani to

4 socios aut discipulos in crimen arcesseret. Ausus etiam miser est ea tempestate Martino episcopo, viro plane Apostolis conferendo, palam objectare haeresis infamiam.

leurs accusateurs, les évèques Idace et Ithace, les y suivirent. Assurément, je ne blâmerais pas leur zèle à poursuivre les hérétiques si le désir passionné de triompher ne les avait entraînés plus loin qu'il ne fallait. Pour dire mon sentiment} les accusés et les accusateurs me déplaisent autant les uns que les autres. Je puis affirmer qulthace n'avait ni scrupule ni conscience; il était présomptueux, bavard impudent, excessif dans ses dépenses, donnant trop à son ventre et à la gourmandise. Il portait la folie jusqu'à incriminer comme complice ou disciple de Priscillien tout homme pieux, ayant le goût de l'étude ou s'imposant des jeûnes prolongés. Le misérable osa même lancer publiquement une infamante accusation d'hérésie contre Martin, homme de tout point comparable aux apôtres. Martin se trouvait alors à Trêves

2) super in V; in B; super Halm.

4) mihi non iam reos quam accusatores displicere Sigonius, blftmé par de Prato, mais qui a le bon sens pour lui.

6) habuisse. Cf. avec De Bello Jugurthino, 41.

10) certan jejunius pour per aliquot dies jejunium continuare.

11) Ausus etiam miser est. Miser ^ d'après Goelzer, serait ici pour iueptus. Non; il a plus de force, il peut être traduit par c le scélérat 1 » c Tinfâmel » et aussi, en très bon français, c le misérable 1 > car cette épithète, ainsi placée, marque la réprobation. Cf. Epist, I, 3. Dans Sulpice, miser a encore le sens : indigne que je suist Cf. Vita, XXV, 3 : miserttm me!

18) sevum V; novum B.

19) indicaret V; iudicaret ou vindicarei Halm. 2b) is\; qui B.

CHRONICORVM LIBER SECVNDVS Il3

Namque tum Martinus, apud Treveros constitutus, non 5 iS desinebat increpare Ithacium ut ab accusatione desisteret, Maximum orare ut sanguine infelicium abstineret; satis superque sufficere ut episcopali sententia haeretici judicati ecclesiis pellerentur : saevum esse et inauditum nefas ut causam ecclesiae judex saeculi judicaret. Denique 6 30 quoad usque Martinus Treveris fuit, dilata cognitio est, et mox discessurus egregia auctoritate a Maximo elicuit sponsionem nihil cruentum in reos constituendum. Sed 7 postea imperator, per Magnum et Rufum episcopos depravatus, et a mitioribus consiliis deflexus causam praefecto 2b Evodio permisit, viro acri et se ver o. Is Priscillianum ge- 8 mino judicio auditum convictumque maleficii, nec diffi-

et ne cessait de presser Ithace pour qu'il abandonnât Paccusation; il suppliait aussi Maxime de ne pas répandre le sang de ces malheureux : une sentence épiscopale, expulsant les hérétiques des églises, suffirait, et au delà; ce serait une infraction cruelle, inouïe, à la loi divine que de constituer le pouvoir séculier juge dans une cause ecclésiastique. Aussi longtemps que Martin resta à Trêves, Tinstruction du procès fut ajournée, et même, au moment de partir, sa haute influence arracha à Maxime la promesse que le sang des accusés ne serait pas versé. Mais bientôt, détestablement inspiré par les évêques Rufiis et Magnus, Tempereur écarta tout sentiment d'indulgence et livra TafiEsûre au préfet Evodius, homme violent et inflexible. Priscillien comparut deux fois devant lui et fut convaincu de maléfice.

25) gemino judicio. Voir aux Notes historiques l'explication du principe de comperendinatio.

26) Maleficium, méfait, forfait, mauvaise action, à Tépoque classique. Au sens juridique de la lég^lation du Bas-Empire : homicide commis par le poison. Malëficus et vênenarius sont synonymes dans la Collatio Legum Mosatcaruntt tit. XV, édit. Mommsen. Maleficua au sens de sorcier est déjà dans Lactance. Naturellement, Jérôme en use beaucoup : < McUeficum quidam me garriunU > Epist» XLV, 6. Thielman {Archiv f. Lai. lex.j I, p. 77) essaie de montrer la transition des sens et croit devoir invoquer, en outre, un effet indirect de bétacismê. On aurait prononcé beneficium ou bien veneficium; puis, afin d'éviter le malentendu résultant de là, on aurait dit : maleficium, M. Bonnet {Latiniié de Grégoire de Tours, p. 283) juge cette interprétation bien invraisemblable. C'est trop dUndulgence : elle est absurde.

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