‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 158 sur 198 · Ihid., p · texte numérisé non relu

Ihid., p

Je n'ai pas eu tort d'avertir que S3me8iu8 manquait un peu d'esprit pratique et qu'il ne se gênait point pour déclamer. Parler d'accroître une armée indigène, de laquelle on vient d'exposer la totale extinction ; la vouloir remplir de citoyens romains, alors qu'on a établi que les Romains, s'il en restait, ne voulaient plus à aucun prix de la vie militaire, c'est vraiment pousser un peu loin l'incohérence. Quant au Ou]io< d'Arcadius, subitement métamorphosé en une redoutable force publique, c'est la plus plaisante des hallucinations que la rhétorique ait pu engendrer. Sulpice s'en trouve dépassé. Lui aussi, il tombe dans cette contradiction de déclarer que l'Empire est usé jusqu'à la corde, et, en même temps, de proclamer son immuable solidité, mais, au moins, évaluait-il à plus juste prix le Ou(io< d'Arcadius et d'Honorius.

Maintenant s'il est incontestable que l'orateur du \De Regno, aussi bien que l'auteur de la Chronique, aient été tous les deux dépourvus de sens politique et d'expérience, il n'est pas du tout sûr que ce soit de là que proviennent les sentiments contradictoires que je viens de signaler. Chaque symptôme de l'irrémissible dissolution qui menaçait l'Empire pouvait être discerné par quiconque y regardait d'un peu près; mais cette possibilité, incontestable pour le détail, ne s'étendait point à l'ensemble. L'Empire restait tellement grand et majestueux qu'il éblouissait, tellement vaste qu'il semblait se soutenir tnole sua. On entrevoyait si peu comment il pourrait être remplacé que, même après les plus terribles secousses, dès que se montrait une main quelque peu valide pour le diriger, la conviction de sa durée indéfinie rentrait dans tous les esprits. Il y a vers la fin des Histoires d'Ammien Marcellin un mot bien curieux quand on songe aux habitudes judicieuses de celui qui l'a écrit et, plus encore, à la date où il l'a écrit, c'est-à-dire à la veille de la catastrophe qui frappa Gratien. Ammien hésite à raconter certains faits déplorables accomplis sous les règnes antérieiirs. C'est parfois, dit-il, pousser à commettre un acte que d'exposer comment, à une autre époque, cet acte a déjà été commis. Mais^ ajoute-t-il, je dirai tout, c rassuré par le calme profond du temps présent, praesentis temporis mcdestia fretus » (XXXI, 4). L'historien vient de voir fonctionner depuis quelques années un gouvernement très ferme. U n'en faut pas davantage pour lui faire concevoir l'avenir conune pleinement assuré. Sans doute, pour nos yeux de spectateurs historiques, l'absence ou la rareté de ces mains fermes est encore plus visible que l'affaiblissement général des ressorts. Nous nous rendons compte que le moindre à coup qui va se produire amènera une irrésistible démolition. C'est même pour cela que nous sommes portés à attribuer aux barbares une importance tout à fait disproportionnée. Mais ces jugements, suggérés par une situation, vue d'ensemble et de loin, Sulpice, ni Synesius, ni aucun des contemporains, n'aurait pu les concevoir. Ce qu'ils observent isolément, ib le décrivent avec une netteté parfaite ; ils en comprennent le danger; mais, quand du détail ils passent à la masse, leur faculté

CerUtude

mibranlabU

en

la durée indéfinie

de VEmpire.

Causes de cette illusion qui fut générale.

Sulpice

la partageait

autant que

personne.

Son dédain pour les barbares

égale celui de Synesius»

Comme quoi

ce sentiment

n^était pas erroné.

visuelle se modifie, éblouie qu'elle est par la gloire, la puissance, la majesté dont la vieille fabrique impériale offrait encore le tableau; et cette impression était considérablement fortifiée par l'intense certitude que Punique agresseur possible, le barbare, est un être insignifiant, négligeable, digne de mépris. Si Tacite eût vécu au iv» siècle, et non sous le régime impérial naissant, il n'aurait pas vanté les Germains ni dénoncé les périls qu'ils faisaient courir à l'Empire, urgentihus imperii Il représentait faits; OU, en ce cas, il se serait attiré l'universelle moquerie. Au preuni vue mier abord, cela paraît fou; au fond, c'était absolument exact. exacte et profonde Les barbares ne furent qu'im incident sans grande importance. Leur des choses, ^^i^ ^ ^^^ ^^j avant comme après la catastrophe. Avant, ils n'ont pas plus détruit l'Empire que les chrétiens n'ont détruit le polythéisme. Ce sont ceux Pénétrer dans un bâtiment, dès longtemps miné, à l'heure où il s'écroule, qui répèunt ce n'est pas renverser ce bâtiment. Après, très différents, dans cette aujourd*huiencore seconde phase, des Chrétiens qui, au contraire, furent les actifs ouvriers ^^ont renversé ^^ ^ reconstitution, ils continuent à n'être rien. Assister au relèvement l'Empire d'une fabrique ruinée sans fournir aux nouvelles murailles, fÛt-ce une qui se trompent, humble brique ou un simple moellon, ce n'est pas rétablir cette fabrique. Sulpice et Synesius avaient raison.

Que la Rien de tout ce qui précède, bien entendu, ne met en doute la valeur

valeur intrinsèque intrinsèque des races germaniques, si on veut absolument parler de des Germains races. Je ne donne pas mon temps à de vides et puériles polémiques. " " en^am "^"^ Comment la contester, cette valeur, quand on voit aujourd'hui les Germains au premier rang? Il s'agit de ce qu'ils valaient étant barbares. Je répète qu'on pouvait faire d'eux des soldats, des officiers, des gendarmes, des fonctionnaires; des honmies politiques même, très Qu'elle est exceptionnellement, mais cela se pouvait. Ce qui ne se pouvait absoinconîestabUment lument pas, c'était recevoir d'eux une impulsion nouvelle, une directris grande, ^^^ résultant de leurs vues propres, un effort intellectuel quelconque capable de réagir efficacement, à titre d'amélioration ou de modifica* Mais qu'elle tion du désordre social, moral et religieux. Or, en cela uniquement ne se manifesta pas consiste l'influence exercée sur l'histoire. Les quelques hommes distin* au IV siècle, g^^g sortis des rangs barbares — Stilicon, par exemple, qui est pleinement dans mon dossier — ne firent autre chose que ce qu'ils avaient vu faire et qu'ils voyaient faire encore aux hommes de naissance grécoromaine. Et il en fut ainsi lorsque, au lieu d'être des ministres subordonnés à un mcdtre, ils devinrent des souverains.

Les quelques rois distingués de race germanique, tels que Théodoric qui en est le type le plus avancé, ne furent « distingués > que parce qu'ils agirent à la Ron^aine. En cela, et rien qu'en cela consiste leur distinction^ Plus tard, la supériorité du plus éminent d'entre eux n'eut Ni aux V;\ pas d'autre sens et ne découla pas d'une autre source. Karl le Grand, VI* et Vlh siècles, ayant compris la vacuité des prétentions de race, se subordonna réso-

i^iii^^f'^ IV. lument au service de la civilisation que vingt races différentes — ^mais Vllh et au IX: . , ,1 , , »^ . ^ • ^ r ±

parmi lesquelles la germanique n'apparait pomt ^ avaient formée et

que, pour la commodité du langage, nous appelons gréco-romaine. Il employa tout ce qu'il avait d'énergie à remettre au moule de sa main

Le bronze qui restait du vieux monde romain

et c'est pourquoi il a été nommé Charlemagne, une dénomination que les pédants ne lui enlèveront pas. Cette subordination prolongée, cette infériorité insurmontable, est une loi de chimie humaine et historique. Quand les peuples entrent en fusion et sont livrés à un rapprochement destiné à créer de nouvelles nations, l'état plus ou moins vigoureux des groupes ethniques influe très légèrement sur les résultats du mélange. Les Romains se portaient très^mal^jnais ils avaient avec eux toute la civiIÎ8âtidirl[gcngûlêe"'depuisvingt siècles". Xës GefttlgJns étaient en très bonnelanté, mais ils trsSnaient comme un boulet au pied cette barbarie que trois cents ans de contact avec VOrbia Rotnanus avaient à peine entamée. Or, la barbarie est un élément lourd et inerte ; la civilisation, au contraire, fût-elle à son minimum de vitalité, n'est qu'énergie et progrès. Dans la rencontre de ces deux corps, le premier pouvait très dangereusement affaiblir et entraver le second; mais le second devait à la longue et inévitablement éliminer le premier ou l'absorber. Voilà pourquoi j'ai dit que les Germains n*avaient pas renversé l'Empire. Plutôt retardèrênt-ils la chute de cette conitruction, àdibiraoïe mais prématurée, qui succombait sous sa précocité. C'est aussi pour la même raison que, lorsque l'Empire fiit tombé, les Germains, au lieu de le remplacer, firent le possible pour l'aider à se perpétuer; les royautés mérovingiennes et ^çarlqvingiennes n'ayant pas été autre chose'qu'une jérie d'efforts accomplis.ç^^çe sens. Le côté yplus saillant du rôle de Charlêmagne consista à écraser les Gennains^guTse refusaient à devenir Romaiiis.

Maintenant, si les barbares germains ont réellement occupé dans nos orig^es européennes la place que je viens de leur assigner, chacun peut voir à quel point il serait raisonnable de faire de l'entrée de ces peuplades dans l'enceinte civilisée un événement assez fondamental pour que l'ère nouvelle puisse en tirer son nom, ainsi que le veulent certains Allemands, avec l'assentiment de quelques Français '.

Le

haut moyen âge,

opération

de

chimie historique,

dont

le premier effort

fut d'éliminer

la barbares.

Et dont

le premier effet fut

de changer

lesla^mim

Les Germains

sont-ils nos ancêtres?

I. Georges-G.-F. Hegel (Philosophie de F histoire) diviec les annales universelles en quatre compartiments successifs, chacun dominé par une race prédes* tinée : Torientale, la grecque, la romaine, la germanique. Rome disparue, s'ouvre le quatrième moment historique dévolu à l'influence de la race germaine. C'est l'âge mûr dé Thumanité, au cours duquel le principe chrétien c va devenir réel et concret par l'intermédiaire des nations germaniques». (Cf. Filosofia délia storia, traduzione dell* originale par A. Novelli.) Je me sers d'un texte italien, faute d'avoir sous la main l'allemand que, d'ailleurs, je déchiffre mal. — Quant ans Français, il faudrait citer bien des noms et en tête Montesquieu, qui avait» par avance, dicté à Hegel une partie de sa théorie. Le nombre de ceux, que leur

23o PETITS ESSAIS

Je remarque quHl s^agirait encore d'une mutation d'ancêtres, analogue

à celle dont j'ai parlé plus haut, comme nous ayant été proposée par

les Pères de l'Église. Le monde moderne, inspiré, modelé, formé par

« l'esprit germanique », ce n'est pas là une conception faite pour plaire à

Le ceux qui sont attachés à notre descendance gréco-romaine. Je n'ai pas

monde occidental voulu d'Abraham le sémite pour aïeul : mon penchant, s'il se peut, est

est'il devenu moindre encore pour Herman, fils de Teutsch. A option forcée, mieux

enVanAoôf vaudrait le vieil Arabe. Au moins avait-il une histoire, tandis que le

Teuton, hier encore, était un sauvage; et ce qu'il a acquis de civilisa*

tion, il me le doit à moi, ûls de la Grèce et de Rome, Gallo-Romain.

Je puis bien consentir à ce que cette distorsion du matériel historique

soit accueillie de l'autre côté du Rhin; à vrai dire, on l'y a prônée

surtout à l'époque où, faute de mets plus substantiels, les Allemands se

nourrissaient de fumée'. Mais chez nous, il serait inouï qu'elle pût

[k survivre aux circonstances^qui l'avaient mise en vogue. Le rôle extraor-

quelques opinions dinaire attribué au soi-disant principe de nationalité et de race par

dis historiens quelques-uns de nos historiens, Augustin Thierry notamment, est un

^ . ^^^ pur mirage, né des ardeurs d'une polémique aujourd'hui parfaitement

Restauration, ^^ ^ 3^^^^ ^^^^ oubliée. Pour donner quelque apparence à cette creuse

chimère, il fallut exagérer outre mesure les effets de l'invasion dont

l'importance ne fut jamais que très limitée. Pour ma part, je ne vois

qu'une région de VOrbis Romanus où elle ait agi radicalement : c'est

la Grande-Bretagne. Là, elle s'attaquait à une fraction de la population

celtique très imparfaitement romanisée et qui avait été abandonnée par

ùe l'abus des mots Rome longtemps avant la venue des envahisseurs. Ceux-ci, du reste^

conquiu il est permis de le supposer, n'auraient pas eu une destinée aussi

et conquérant,

aveuglante admiration pour la monarchie anglaise a poussés à germaniser Thlstoire de l'Europe est considérable. J'en cite un seul, très représentatif parce que très modeste» un humble écho : < Cet ouvrage (le Dé Moribuê Oermanorum) peint les mœurs de nos ancêtres.,. Elles régirent longtemps l'Europe... il n'est pas une nation qui n'en conserve quelque trace. > Cela se lit page v de l'introduction aux Œuvres de Tacite, traduites par J.-L. Burnouf, qu'il ne faut pas confondre avec Eugène Burnouf, pas môme avec Emile.

I. Leasing, longtemps si représentatif de ce que l'Allemagne eut de meilleur, déclarait ne pas se faire une idée de l'amour de la patrie : c C'est une faiblesse héroïque dont je suis bien aise de me passer, > ajoutait-il. On peut retrouver cette théorie dans un article de la (rironde,k l'occasion de certaines fêtes publiques en l'honneur de Gœthe. Il y est dit, d'un ton fort détaché, que l'Allemand n'a qu'une patrie intellectuelle et qu'il s'en contente. Cela est signé de moi, rédigé par moi ; à cette époque, la loi punissant durement les articles anonymes, qui ne voulait ou ne pouvait donner son nom, devait avoir un parrain complaisant Mais en réalité, l'écrit dont il s'agit appartenait au fond à Karl Hillebrand, un Badois, jadis révolutionnaire, que nous avions accueilli dans sa détresse, naturalisé, doté de fonctions universitaires et finalement installé dans une chaire de Saint- Cyr. En 1870, le dit Hillebrand lacha la France sans hésiter, se fit journaliste bismarckien et finit, je crois, sa digne existence dans une sinécure administrative, qpi'il avait d'ailleurs bien gagnée.

NOTES ET NOTULES 25l

brillante, sans la part ultérieure que prirent à leurs affaires les habitants romanisés du nord -ouest de la Gaule, très à tort qualifiés, eux aussi, de conquérants. Nous devrions bien nous débarrasser définitivement des vues inexactes que le désir de rendre haïssables les nobles de Louis XVIII et de Charles X fit entrer chez nous en circulation, concernant une prétendue opposition radicale entre Gaulois et Franks.

J'ai pour mon compte essayé en cette question de tirer quelques clartés du témoignage oculaire de Sulpice. La question de savoir si les barbares nous ont conquis est, à mes yeux, bien vidée. Les peuplades qui, au V® siècle, entrèrent en Gaule, n'eurent jamais une attitude de vainqueurs à vaincus. Rien ne montre que les Gaulois aient été des opprimés, ni les Franks des maîtres. Mais cette opinion — qui En admettant, était la mienne longtemps avant que Fustel de Coulanges l'eût renou- " ?"' "'«^ />« velée avec éclat * — il n'est pas nécessaire d*y adhérer pour recevoir ^''p comme valables les observations qui me restent à faire. Je puis même ^ aiaitcMe^s*^ admettre, afin que l'argumentation soit ainsi rendue plus rapide, que f Occident les Germains nous ont subjugués, qu'ils ont étendu leur main victo- où sont les traces rieuse sur l'Occident comme Rome avait précédemment posé la sienne de leur maîtrise? sur l'Afrique, la Grèce, l'Espagne, la Gaule, la Bretagne. Le fait est absolument inexact; mais si, l'acceptant pour vrai, je m'enquiers de ce que ces conquérants surent faire de leur prétendue conquête, je constate un résultat remarquablement analogue à celui que la victoire d'Andrinople avait pu produire en l'an 879. Les Germains sont devenus les maîtres du monde occidental, soit. Quelle fomïe a revêtue leur maîtrise? Quels signes la révèlent? Dans l'organisme politique, dans les arrangements sociaux, dans l'existence religieuse, dans le culte, dans le langage public, dans l'aetivité esthétique, dans la vie populaire, où trouver quelque chose qui se puisse qualifier de germain? Hegel Hegel consulté me répond: ce que vous cherchez apparaît partout et glorieusement; sur cette question, c'est l'esprit germanique, lequel représente et résume l'esprit du monde nouveau. Son but est < la réalisation de la vérité absolue, comme infinie auto-détermination de la liberté ; de cette liberté qui a pour son contenu, sa forme absolue elle-même»^. Ce langage est profond, mysté-

1. InaiiiutioHS politiques de la France, t. I*'', i* édit. Paris, 1877.

2. Philosophia délia storia di Giorgio C. F, Hegel, Napoli, 1864; il mondo Vesprit germanico; quarta parie, p. 340. La traduction de M. Â. Novelli doit être germanique exacte si le fait d*adorer l'auteur que Ton traduit est une gfarantie. Cependant a renouvelé les deux dernières lignes m'échappent. C'est pourquoi voici le texte italien : le monde

c Le spirito germanico é lo spirito del nuovo mondo ; il cui scopo é la realiza- au K* siècle.

> zione délia verita assoluta, corne infinita auto-determinazione délia libertà ; di

> quella libertà che ha per suo contenuto la stessa sua assoluta forma. La des- • tinaxione de' popoli germanici é quella di sostegno del principio cristiano. «L'assioma fondamentale délia spirituale libertà, il principio délia reconcilia- » zione posato nei cttori ancora spontanei ed inculti di quei popoli, non solo

rieuz et beau, mais il me laisse perplexe, faute de sufiSsante clarté. Quand Hegel ajoute que « la destination des peuples germaniques fut de soutenir le principe chrétien et la liberté spirituelle; que leurs cœurs spontanés et incultes apportèrent la notion de la véritable essence religieuse et de la conscience subjective ; que c'est là un axiome qu'ils ont répandu dans le monde >, je continue à ne pas refuser mon admiration à ces majestueuses généralités. Mais j'aimerais bien à voir paraître quelque chose d'un peu plus concret, ayant forme de réponse. Puisque l'esprit germanique est l'esprit du monde renouvelé par les 5'f7efi est ainsi, Barbares au v* siècle, où sont ses œuvres à partir de cette date? Entre quelles traces Pan 400 et l'an mil, période que j'appellerais volontiers le régime de les Germai/is pinvasion, qu'est-ce qui signale son» influence ? Hegel, mieux que peront-ils laissées .^ 1 j- 1 ^ • ^ j

entre Pan 400 ^*^^» aurait pu nous le dire, non seulement comme inventeur du

et Pan mil. ^ quatrième monde germanique >, mais parce qu'il fut vraiment un penseur exempt de tout chauvinisme, — il admirait Napoléon et il fît paraître sa Phénoménologie de l'esprit, le jour de la bataille d'iéna, — le plus positif des métaphysiciens; que dis-je, un parfait positiviste s'il eût su débarrasser son clair et vaste cerveau des nébulosités démodées sur l'absolu, l'être, le non-être, l'indéterminé, dont il l'obstruait à plaisir. Dans le livre même que je viens de citer, Hegel s'était remarquablement approprié le mot célèbre, — et celui-là vraiment profond, — d'Anaxagore sur l'esprit. Noue, qui gouverne je monde, entendant par là, non la soi-disant Providence des déistes, mais l'énergie mentale de l'homme, laquelle étudie l'univers et peu à peu en révèle les lois pour arriver à se connaître elle-même. Seulement cette force intellectuelle, ce Noue universel, à quel titre l'afiuble-t-on de l'épithète de < germanique ^ pendant ime période de l'histoire où les Germains ressemblaient à s'y méprendre à des sauvages, entrés dans la civilisation € comme un bœuf dans une boutique de faïencier > ? Bilan exact Je vois très bien qu'ils ont apporté du sang frais et des muscles ^< ' dispos là où les populations anciennes étaient très usées, une grande leur apport social, aptitude à la vie pratique et simple en contraste avec les tendances divagatrices que favorisait l'universelle préoccupation religieuse; un besoin d'activité positive et régulière, dominé par des habitudes de discipline et de soumission qui avaient à peu près partout disparu; enfin, en dépit de leurs mœurs belliqueuses, un très visible goût pour la paix, né du désir d'échapper à cette dure et grossière existence où Mime la guerre était l'unique industrie. C'est à très bon droit que Charleen la majorant magne, qui batailla pendant un demi-siècle, fit mettre dans le protocole ée beaucoup, de son élection à Tempire le titre àHmperator pacificus. Ces divers rJ"^"*'"^// *'^*^^» ^® dernier surtout, s'adaptaient précieusement à la situation noureste minuscule»

> «viluppô in tervigio dello tpirito del mondo la nosione délia vera Ubertà a

> soatanza religiosa, ma délia conscienza de te subiettiva la prodaase libéra nel

> mondo. >

velle; cela n'est pas contestable. Néanmoins tournez-les tous et retournez-les sous toutes leurs faces ; grossissez-les, amplifiez-les, vous n'en ferez jamais surgir quelque chose d'assez marqué pour caractériser un monde, une époque, une ère.

Bossuet dit avec son ample et admirable simplicité : < Le mot d'ère signifie un dénombrement d'années, commencé à un certain point que quelque grand événement fait remarquer. :> Cette définition est claire et valable bien que personne ne l'ait autant méconnue que celui qui avait su la formuler. Essayons de l'appliquer aux temps dont nous nous occupons. Virent-ils ce c certain point > qui mérite le nom d'ère? S'ils le virent, lequel des événements alors accomplis peut servir légitimement à les tous qualifier? Qu'on propose de retirer cet honneur au Christianisme, j'y pourrais consentir; il y a de fortes raisons à invoquer en ce sens; mais le transporter au germanisme, l'idée me paraîtrait une pure plaisanterie si tant d'esprits distingués ne l'avaient favorablement accueillie. Il est donc indispensable de lui consacrer de convenables développements.

L'histoire humaine, vue dans sa réalité positive, ne connaît ni ères, ni périodes, ni époques. Elle s'écoule sans interruption. Ce qui arrive le matin est la suite de ce qui est arrivé la nuit dernière; ce qui est arrivé la nuit dernière résultait étroitement de faits accomplis le jour précédent ; ces faits, à leur tour, se rattachent par une stricte continuité à ceux que la veille avait vus surgir, si bien que, tout ce qui prend forme d'histoire est relié au passé dans des conditions telles qu'un phénomène quelconque, par cela seul qu'il prétendrait à se détacher de tout rapport antérieur, doit irrémissiblement être rejeté hors des choses intelligibles. Cependant l'image de l'histoire ainsi représentée laisserait, si on s'en tenait là, une impression d'uniformité, exacte sans doute quand elle s'applique à l'immense durée des siècles, mais très fausse lorsqu'il s'agit d'un temps plus limité. Il faut spécifier. Au point de vue statique, l'humanité se ressemble toujours à elle-même, puisque douée des mêmes organes, des mêmes instincts, des mêmes penchants, des mêmes facultés, les exerçant sur le même théâtre planétaire, sous la sujétion des mêmes lois physiques et biologiques, elle vit dans un milieu cosmologique qui ne change jamais. < En comparant aux anciennes éclipses la théorie de l'équation séculaire de la lune, j*ai trouvé, dit Laplace, que depuis Hipparque la durée du jour n'a pas varié d'un centième de seconde et que la température n'a pas diminué d'un centième de degré'. > Il est donc clair que lorsqu'on l'envisage sous le rapport de la stabilité de l'ordre matériel, l'humanité, vue au Xiz^ siècle à Londres ou à Paris, ressemble exactement à l'humanité de ces temps préhistoriques sur lesquels nous ne sommes renseignés que par quelques fragments d'os et de silex. L'organisme humain, tant

Ce que c'est qu'une ère.

Définition de ce terme par Bossuet,

Caractère

discontinu

de l'histoire.

Son uniformité

au point de vue

statique.

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