Despeciissima pars servientium , dit Tacite (Hist. V
ThiorU
de Pa<it$t\af
impietas,
ou manque
de respect
envers les Dieux.
Refréner les négateurs
elles
blasphémateurs
publics,
ce n'est pas
persécuter,
La police
des mœurs
et l'intolérance.
Que les chrétiens
furent haïs
comme impies.
Nul ne songeait à les convertir.
Leur crime est
d'être athées
c'est-à-dire dt
braver les Dieux,
Qui brave les Dieux menace PEtat,
amis, Panathème lancé par Cléanthe contre Anazagore, les disputes sanglantes de village à village en Egypte, racontées dans des vers de Juvénal qu'on nous cite jusqu'à la nausée, tous ces faits sont des délits d'irrespect, à^asebeia, comme l'indique clairement l'étymologie grecque de ce mot assez mal rendu par impieias. Après comme avant notre ère, Vasebeia est un manquement à l'obligation de vénérer les personnes divines quelles qu'elles fussent et quel que fût leur degré de divinité. En cela consistait alors l'unité de religion. Refréner les négateurs et les blasphémateurs publics, ce n'est pas «persécuter». L'application de ce mot à de semblables cas est abusive ^ On n'a pu y songer que dans un temps comme le nôtre, où la disparition de toute foi profonde a répandu les opinions les plus absurdes en matière de tolérance. Lorsque Tibère fit rendre, par le Sénat, un décret contre ceux qui pratiquaient les superstitions égyptiaques et judaïques, cette mesure fut prise par tout le monde pour ce qu'elle était réellement, un règlement de la police des mœurs ', analogue à ce qui avait été fait, en i86 avant J.-C, contre les adhérents des Bacchanales. On y vit si peu un acte de persécution, que cet empereur fiit, au contraire, entouré d'un renom de libéralisme religieux. C'est ainsi que les écrivains chrétiens des premiers siècles sont tous d'accord pour lui attribuer une sympathie tellement prononcée à l'égard de Jésus, qu'il aurait voulu, affirment-ils, le faire proclamer Dieu 3. L'anecdote était fausse, mais elle fut généralement acceptée comme vraie, ce qui lui laisse toute sa valeur pour notre thèse. Elle prouve, en efifet, que la cause la plus générale, la plus, directe, la plus constante des persécutions qui commençaient déjà à se produire, doit être cherchée, non dans le désir de voir les chrétiens abandonner Jésus, mais dans la colère qu'excitait leur refus d'accorder aux autres Dieux, notamment à la divinité de Rome et d'Auguste, la déférence que Ton jugeait due à tous les êtres divins ou divinisés. Ce refus était, tenu pour une bravade athée, propre à irriter le ciel; et ainsi s'expliquent les hurlements de mort de la populace quand survenait un fléau public. Les poursuites juridiques qui succédèrent aux émeutes n'eurent pas d'autre cause; les magistrats considéraient que le scandale de l'impiété chrétienne troublait l'ordre et menaçait la discipline, ce qui était, d'ailleurs, pleinement exact. Mais *quant
1 . L'empereur Claude, qui aimait les Juifs, leur recommande, dans un édit porté en leur faveur, de prendre garde c de ne pas mépriser les religions des autres».