‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 166 sur 198 · I. Channingt sa vie et ses auvres, p · texte numérisé non relu

I. Channingt sa vie et ses auvres, p

NOTES ET NOTULES 36l

en qui il voit son unique ennemi. Si un être à ce point absorbant et troublant, auteur du péché, ministre de la punition, n*est pas essentiel dans la religion de l'incarnation» qu'est-ce donc qui est essentiel et quel autre biais pourrait-on prendre pour ne pas s'occuper de lui, sinon de cesser de s'occuper du Christ? J'ai dans mon dossier un sermon de M. Beecher Stowe, le mari, je crois, de l'admirable femme qui a écrit la Cabine de Voncîe Tom; il y est traité des textes sur lesquels se fonde le dogme de l'éternité des peines. Le prédicateur ne conteste pas cette loi terrible que le Diable a pour mission d'appliquer. Une telle discussion lui parait être hors de son droit. Il se borne, après Que Pobligation avoir constaté l'insurmontable réalité dogmatique, à confesser à ses '^^ croire à Vtnftr auditeurs, dans un langage morne et désespéré, qu'atissi souvent que J^^!^ ce sujet s'offre à ses méditations, il éprouve du trouble et de l'efiroi pj^ta^s jusqu'à en devenir malade : it makes me seek, dit-il. Les continuateurs jusqu'à Us rendre actuels de Channing, les disciples de Parker, les universaUstes se sont malades, rendu compte de cet état des esprits; et, comprenant, d^autre part, l'impossibilité d'ignorer le Diable quand on veut maintenir l'Écriture intacte, ils ont résolument eu recours, pour franchir l'obstacle, à cette très ancienne méthode de l'allégorie, autrefois familière à Origène, à Âmbroise et à Augustin (cf. supra, p. 264). Cependant, comme nous Les universalistes sommes en Amérique, milieu peu favorable à la transcendance, loin sortentd'embarras de compliquer le procédé au moyen du double et du triple sens : le *" 7^^^ b^I/*^"' mystique, l'historique et le moral, on le ramène tout uniment à l'inter- da^miiaphorls. prétation philologique et littéraire. Lorsque Jésus dénonce c le diable et ses anges », c'est pour lui une manière de flétrir la hiérarchie judaïque, les scribes et les pharisiens qui se mettent en travers de la bonne nouvelle. De même, quand ses apôtres fulminent contre Satan, leur ifs démons, dessein réel est de stigmatiser l'État romain, persécuteur du Christia- Satan nisme en lui infligeant un nom populairement abominé. Les démons, ^Itfeu&ernel le Shéol, la Géhenne, le ver qui ne meurt pas, le feu inextinguible ^^^à de l'enfer, autant de tropes et de métaphores que le public contem- d^r/^Wriaue porain n'avait aucune peine à saisir. Il ne saurait donc appartenir à de pures formes de langage d'empêcher la foi chrétienne de s'adapter aux exigences des temps nouveaux. J'ai entrevu quelque chose de loin- De l'erreur tainement analogue dans les Tractatus de Prisciliien; tout au moins, de ceux qui croient M. Paret, commentateur sympathique et subtil de ces traités, affirme-t-il irouver ce système que, pour l'hérésiarque espagnol, le Satan est une figuration des ins- ^""^ tincts pervers de l'homme, si bien que l'idée entière du diable se trouve J^p^cillkn volatilisée en un pur symbole. J'aurai peut-être à démontrer que M. Paret s'est trop vu lui-même dans l'ardent évêque d'Avila, quand il lui prête la physionomie d'un théologien allemand, prêchant le christianisme éthique, actuellement à la mode en terre germanique'. Le

I. Voir sur ce aajet un travail que j'ai publié dans le journal U Temps, 35 et 26 février 1893, à Toccasion du livre de M. Paret dont voici le titre: PrUcillianus, êin Reformator, Paret, Wurzbourg, 1891.

IV* siècle et le xix* se ressemblent, c'est ma doctrine, mais pas à ce degré, principalement sur ce point-là. Je le montrerai ailleurs. Présentement tout ce que j'ai voulu indiquer, c'est que la question du Diable n'est pas aussi dépourvue d'actualité qu'on pourrait le croire au premier abord.

Histoire In Christianos csudblissimab questiones... {Chr. II, 29, positive 3, 26}. — Sulpice étant le premier qui ait donné une forme systémadu Martyr, tique à la série des persécutions, ainsi que je l'établirai tout à Theure, ~~ j'ai dû chercher à me faire une opinion motivée sur ce sujet, aujourd'hui

i«r coup d'œil. encore traité comme un problème historique non résolu. Soit qu'on l'étudié au point de vue du classement des étapes successives de cette grande crise, soit qu'on l'examine en ce qui concerne le nombre approxi- La martyrologU matif des victimes, il se produit de singulières hésitations. Les gens se ginéraU, regardent du coin de l'œil, celui-ci redoutant de passer pour avoir fait des concessions à l'impérieux parti pris des orthodoxes, celui-là craignant de heurter par trop de positivité historique des opinions dès long- Qui cette question temps enracinées dans les esprits les plus émancipés. Quant à moi, j'ai demande pris une position si accentuée vis-à-vis du Martyr in génère, abstraction d être traitée f^dte de toutes les circonstances de détail; j'ai exprimé si nettement inSpendMce ^^^ admiration pour ce résurrecteur de la Sainteté antique, vrai fondateur de la Sainteté catholique, qu'il m'est permis de négliger les précautions oratoires et de résumer en très peu de mots le résultat historique et numérique de mes impartiales études sur la martyrologie générale :

a) Impossible d'exagérer l'importance et l'influence du Martyr dans les succès de la nouvelle religion; tout ce qui a été dit reste plutôt insuffisant, même les apologies catholiques viciées par leur trop d'étroitesse ;

h) Impossible, d'autre part, d'imaginer un amas plus monstrueux de fables absurdes et de faussetés préméditées que celui qui forme l'ensemble de l'histoire martyrologique.

Contnu quoi Lcs apologistes catholiques ont fini par déconsidérer ce si noble côté les martyrs de l'évolution chrétienne en insistant avec une malheureuse opiniâtreté n^ont rien d perdre sur trop de faits insoutenables, plus particulièrement sur le prétendu très ""«jw'te^^'^"' grand nombre des martyrs. Sanctitas, est ens supra naturam; la sainteté c'est d'être au-dessus de la nature, disent les théologiens ^ Le martyr est le plus étonnant des saints. Si au lieu d'être une élite il était une foule innombrable, sa surnaturalité se trouverait, pour ainsi dire, évaporée ; car c'est principalement du surnaturel qu'il a été remarqué que pour frapper l'attention il doit être rare. On n'a pas su voir que plus le

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