I. Cf. Lambertini» De CanonUatione, I
Goo^^
chiffire s'amplifiait, plas se minimisait le mérite, qui fut incomparable. Je n'éprouve, pour mon compte, aucune espèce de doute sur cette question. Le célèbre essai d'Henri Dodwell, De Paucitate mariyrum, lequel souleva tant de scandale quoique l'auteur fût un chrétien très pieux, s'est tenu au-dessous de la vérité tout à fait stricte. Cela ressort avec éclat précisément des travaux accomplis en sens inverse, par exemple, ceux de M. de Rossi. Mais ce débat statistique que je vais Qi^îU gagnent dans un moment tirer au net, je ne veux pas l'aborder sans redire qu'il en grandeur me paraît, au fond, insignifiant quand on se propose d'apprécier les à mesure résultats obtenus. La vérité, c'est qu'ils gagnent énormément en <l^'on^ dégage noblesse et en gloire, ces résultats, à mesure que décroît le nombre de exagérations ceux par qui ils furent acquis. Aussi n'ai-je ressenti aucun chagrin à numériques. voir le chiffre d'abord colossal des martyrs, soumis au triage d'une critique un peu attentive, y laisser successivement ses centaines, ses vingtaines et même ses dizaines de mille pour se réduire peu à peu à quelques milliers.
Le rôle du martyr, dans son admirable beauté, a exercé sur les âmes Les annales une action aussi élevée que profonde. Les annales martyrologiques sont martyrologiques principalement composées d'illusions puériles, de fictions ridicules et ^^^"^ rtmpUes de mensonges très grossiers. Une des raisons de mon attachement pour '^" " ^Jm^"^ Sulpice, c'est l'énergie sobre et concentrée avec laquelle, écartant toute ^^^^ admirable, fantasmagorie arithmétique, il caractérise ce plus grand triomphe de la dignité humaine, majore unquam triutnpho (32, 5, 25). Quant aux procédés par moi suivis pour en arriver aux conclusions que je viens de dire, Pexposé qui va suivre permettra de les apprécier dans leur plan essentiel et de les vérifier sans grand effort d'attention.
Au premier coup d'œil, deux points nous frappent dans cette étude : le vague extrême des informations dont on dispose, la facilité plus extrême encore de ceux qui les emploient à affirmer, sans preuve aucune, les choses qui auraient le plus besoin d'être prouvées. Ce double trait, caractéristique de toute l'histoire des persécutions, y apparaît dès le début. Dans un écrit récent entrepris avec la plus ferme Impossibilité intention de se placer sur le terrain positif, M. l'abbé Henri Doulcet, poar les écrivains presque aussitôt après avoir déclaré qu'il ne s'agit que d'une question his- orthodoxes torique, aborde le problème de la classification des persécutions en citant cmematite une phrase de Bossue t où il est dit que la première crise, au lieu de un ton vraiment se placer au règne de Néron, devrait être rangée sous celui d'Hérode, historique. ce méchant roi ayant fait égorger tous les petits juifs de l'âge de Jésus'. Nous avons déjà vu que les sept jeunes Macchabées étaient tenus pour des martyrs catholiques. Le même honneur, en remontant
I . Essai sur les rapports de l'Église chrétienne avec l'Étatromainy par Henri Doalcet. C'est dans aa sixième Élévation sur les mystères que Botsuet exprime cette appréciation, qu'il avait d'ailleurs empruntée à la Cité de Dieu : •Rexfuit Herodes, etc. > (XVIII, 32). M. Doulcet pense que « le problème historique > se trouve ainsi exposé « avec autant de précision que d'éloquence » (p. 2).
traditionnelles.
plus haut, a été décerné aux trois compagnons de Daniel que Nabucho-
donosor essaya vainement de brûler vifs dans sa fournaise. Il ne me
serait pas difficile de montrer que plusieurs théologiens autorisés affir-
Caractère illimité ment qu'Abel, tué par Caïn, fut le premier martyr. Ces diverses appré-
et indéfini ciations, qui déplacent à tour de rôle la limite des événements, nous ^HJli^fJiu'H J®**®^* ^^ pleine fantaisie romanesque. Je ne me refuse pourtant pas à reconnaître qu'au point de vue où sont placés ceux qui se les permettent, elles ne sont pas aussi incohérentes qu'il semblerait à première vue. Elles découlent de la haute donnée théologique concernant la pérennité du catholicisme. L'Église n'étant rien autre chose que le plan imiversel ^ de Dieu, la Catholicité débute avec la création. C'est pourquoi dès le commencement du monde il y eut des martyrs, de même qu'il y eut des hérétiques, comme le constate Éptphane. Seulement, on doit opter; et si les considérations de ce genre demandent à être tenues pour sérieuses et valables, il n'y a plus à parler d'histoire. Écartons-les donc sans plus de cérémonie et partons de l'opinion traditionnelle, celle qui voit dans Néron le premier persécuteur, et dans les lamentables victimes de sa cruauté à la suite de l'incendie de Rome les premiers martyrs. Il est assurément plus que douteux que Néron ait eu l'intention de frapper ces misérables à cause de leur religion; il est en tout cas bien certain qu'aucun d'eux ne songea en mourant à rendre témoignage à Jésus; deux conditions indispensables cependant, d'après la Sacrée Congréga-
Tentative tion des Rites, pour constituer le mart3nre. Mais, d'autre part, il n'est pour préciser pas contestable que les e&oyables scènes de l'an 64 mirent pour la
retendue première fois en vedette le nom des Chrétiens, et l'animosité des Juifs des persécutions, ^j^ant les désigna aux fureurs de la foule presque toujours obéies par la complicité plus ou moins spontanée des magistrats. Je montre plus bas que Sulpice a dû se tromper lorsqu'il affirme l'existence de lois régulières portées contre le Christianisme par Néron. Le grief principal, presque unique, des apologistes consiste en ceci que leurs coreligionnaires sont frappés sans motif légal et sans forme de procès. La vérité, c'est que pendant cette période la < persécution > ne fut jamais une € poursuite », pas même dans le cas des martyrs de Lyon« Elle prit toujours la forme de l'émeute. Pour s'exercer, elle n'avait donc pas besoin de lois.
Quoi qu'il en soit de ce détail, û nous acceptons pour date de début la « tribulation >, dXt^/u, de l'an 64, et pour date de clôture l'édit de capitulation rendu en 3 1 1 , la crise se trouve resserrée dans un espace de 247 années, au cours desquelles se sont produits tous les faits intéressant réellement la martyrologie générale. Même ainsi délimité, le champ de recherche reste très vaste, sans compter que l'ivraie et la mauvaise herbe y foisonnent, que la confusion y est extrême et qu'une épaisse obscurité l'enveloppe. Par bonheur, pour qui veut l'embrasser dans un coup d'œil d'ensemble, une merveilleuse ressource vient s'offirir grâce à laquelle les plus grosses difficultés sont atténuées ; je veux parler du monu-
mental ouvrage des pères BoUandistes ' . Mais d'abord il faut vous présen- Emploi ter ces glorieux travailleurs que je me permettrai d'appeler mes maîtres. <'" g^^"^ ouvrage Naturellement, il existe entre nous quelques divergences, par exemple *'" Bollanduta en ce qui concerne la Sainteté en général. En revanche, nous sommes ^^ aisément unis dans une commune vénération pour la Sainteté catholique^ et ce notre champ serait ma plus chère ambition qu'il fût dît un jour de moi, leur humble de recherche. collègue laïque, que je les ai aidés dans leur tâche auguste, ne fût-ce que pour une part minuscule.
Les BoUandistes ne sont pas des jeunes gens; ils naquirent en 1625 ; Esquisse jamais pourtant ils ne se sont montrés mieux portants et plus vigoureux '"»* appréciation qu'aujourd'hui. Ils ont eu à subir les redoutables colères de l'Inquisition ^ ^"" d'Espagne ^. L'orage suscité en 1770 par la politique dynastique de la maison de Bourbon et qui supprima, provisoirement, cette iameuse Société de Jésus, dont presque tous ils étaient membres, faillit les anéantir. Vinrent ensuite les terribles remous de l'explosion révolutionnaire par lesquels ils furent atteints au moment où ils commençaient à se remettre du coup que l'ancien régime leur avait porté. Néanmoins, ils ont survécu à tant d'épreuves accumulées; si bien qu'il vous est loisible présentement d'aller les visiter dans leur studieuse retraite de la rue des Ursulines, à Bruxelles. Presque tous Flamands, sauf peutêtre un Françab je crois, ces pionniers à la vie dure se présentent sous les espèces de 65 volumes in-folio de 800 à 1,000 pages chacun, mieux imprimés, mieux rédigés encore qu'ils ne l'étaient jadis. C'est de ce colossal recueil qu'on peut redire le mot que le savant abbé Duchesne a appliqué à un document, le Hieronymianus 3, source et fond de toute martyrologie : crescit eundo.
Le père Heribert Rosweyden, lorsqu'il conçut le plan des Acia Plan primitif , Sanctorum, leur avait assigné des proportions plus modestes. 16 vo- exécution première lûmes, estimait-il, devraient suffire pour contenir à la fois les c vies '' extensions de saints * connues que l'on ramènerait au texte original en les expur- ^^ ^a^prodigieux géant de leurs altérations, et auxquelles on joindrait les < vies » recueil, ignoréea du public que certaines localités et que certaines congrégations sont seules à connaître. Rosweyden voulait que les Acta
1. Acta Sanctorum qttotquot ioto orhê coluniur.,, Colleffit Joannes Bollandut Societatis Jesu theologus, etc.
2. Il fant lire le curieux morceau où le père Papebroch raconte comment son travail fut tout à coup interrompu par un brutal coup de tonnerre venu d'Espagne et qui prohibait quelques-uns des volumes des Acta, 11 s'agissait de susceptibilités analogues à celles que j'ai exposées dans mon tome premier concernant la prétention des Cannélites à avoir le prophète Élie pour fondateur : Cum persiréperei àb Hispania brutum illud fulmen. La décision des inquisiteurs était si violente qu*en en prenant connaissance le pape Innocent XII se demanda si jamais les livres de Luther et de Calvin avaient été condamnés avec autant de rigfuenr.
3. MartyrologUêm Hiéronymianum adfiuem Codicum ediderunt Jos.-Bapt. de Rosst et Ludov. Duchesne.
Jean Bolland,
fimdûteur
de l'hagiographie
systématique.
Ejffrayante
complexité
de son travail
et de celui
de sa successeurs.
fussent plus complets que les collections telles que la Légende dorée de Jacques de Voragine, et plus exacts que le fameux Sanctuarium de Boninus Mombritius ou que les Vifae à la manière de Laurent Surius. Ces recueils, choix arbitraire de biographies rangées au hasard à la suite les unes des autres, étaient d'une utilité nulle au point de vue liturgique. Pour éviter ce désordre, les Acta Sanctorum se modelèrent sur les Calendriers martyrologiques, lesquels, à tel jour donné, indiquent toutes les vies des saints dont la fête tombe ce jour*là. Avec ce système, il était possible d'obtenir des résultats pratiques dans la limite des i6 volumes primitivement fixée. Mais quand la responsabilité de l'entreprise, — par suite de la mort de Rosweyden, qui, du reste, l'avait à peine entamée, — passa aux mains de Jean Bolland, tout commença à changer de face. Jaloux de réaliser scrupuleusement le plan tracé par son prédécesseur, c raconter toutes les vies des saints qui ont un culte sur un point quelconque de l'univers, > Bollandus, — donnons à son nom la forme sous laquelle il l'a rendu célèbre, ^ se mit en communication avec les centres les plus divers et les plus éloignés du monde catholique, demandant partout des documents soit manuscrits, soit imprimés, soit rendant compte de la tradition orale. Le résultat fîit tel que l'énergique père, écrasé par les pièces de tout ordre qui lui parvenaient de cent lieux divers, pour ne pas plier sous le faix se vit contraint de prendre un lieutenant. Au surplus, outre la prodigieuse moisson de textes nouveaux procurée par sa vaste correspondance, Jean Bollandus avait adopté une résolution destinée à compliquer l'œuvre dans une mesure qui l'aurait certainement effrayé s'il eût pu la prévoir. Alors que Rosweyden comptait n'admettre que les c vies > authenti* quement originales, — principe hardi qui, on le verra plus loin, appliqué quelque peu sérieusement, aurait inutilisé la moitié peut-être, le tiers à coup sûr, des i6 volumes, — Bollandus, cédant à son penchant pour les légendes populaires, non seulement les accueillit, mais les rechercha avidement; et cela nous a valu la conservation de traditions intéressantes et quelques morceaux très ciurieux. Il fit plus encore, il décida de composer lui-même des notices, puisées çà et là sur les saints qui, tout en jouissant d'une grande notoriété, n'avaient pourtant jamais été biographies. De son côté, le père Heinschenius, le premier des collaborateurs que s'adjoignit Bollandus, introduisit une innovation considérable. Très érudit et animé d'un esprit étonnamment scientifique quand on songe aux matières qu'il traitait d'habitude, ce savant homme voulut que chacune des pièces admises dans le recueil fût accompagnée d'un appareil critique complet, même parfois fort compliqué, et de commentaires très étendus. Les conséquences de ces divers changements au plan primitif ne furent guère longues à se produire. LtsActa Sanctorum n'avaient pas encore épuisé les saints des six premiers mois de l'année que déjà le nombre de volumes fixé tout d'abord par Rosweyden se trouvait dépassé. Le mois de janvier, que le père Bollandus publia en
1 63 5 y n'occupait que deux tomes ; février et mars en eurent chacun trois ; mai en exigea sept. A propos de ce dernier chiffre, il est curieux de constater que les pères rédacteurs le prirent pour une exception c Operosior hic tnensis et sanctis feaifidior, » disaient-ils dans la Préface, ne se rendant pas compte des inévitables développements qui devaient résulter de leurs nouveaux procédés. En réalité, la prétendue La eoUection, exception devint une règle qui, à son tour, fut bientôt très notablement *«" ^^^^ occuper violée : jum eut sept tomes, juillet sept, août six, septembre huit, '*^* volumes, octobre douze, et on peut affirmer que novembre, actuellement sur pii^^il^xanu. chantier, se montrera plus exigeant qu'octobre. Au fond et depuis longtemps les matériaux avaient pris des proportions pour ainsi dire illimitées. On s'en serait aperçu bien plus tôt, n'eût été le firein qu'imposaient à la passion chercheuse des successeurs de Bollandus ces décrets d'Urbain VIII dont j'ai parlé (t. I, p. 264) comme ayant rejeté notre Sulpice hors de la céleste enceinte après qu'il y avait paisiblement siégé plus de mille ans. Le dispositif de cette réglementation étant fort arbitraire, — il frappe les saints dont le culte n'est pas c immémorial » ; mais qu'est-ce que l'inunémorialité si les onze ou douze cents ans de possession du biographe de Martin pouvaient être jugés insuffisants? — il en fut fEÛt, dis-je, des applications fort arbitraires, elles aussi; tantôt bénignes, tantôt rigoureuses. Sauf l'infini respect qui leur est dû, je dirais que les pauvres BoUandistes restèrent souvent sans savoir sur quel pied danser '. Ils ne s'en sont jamais plaints, bien entendu; mais parfois, très doucement, ils ont fait remarquer que ces intermittences avaient influé sur leur travail d'une manière fâcheuse '. Il est vraiment touchant d'entendre l'expression de leurs regrets pour tant de saints forcément tenus à l'écart. Aussi ne perdent-ils aucune occasion de supplier le lecteur de Commint se bien souvenir que les soixante et quelques volumes des A cta sont Us BolUmdistes, très loin d'avoir donné place à tous ceux qui y auraient eu droit 3. Ces ^^^^ dédaignés et ces oubliés, ils les classent en deux catégories : les prae- ^j,^.u .-^ ' termissi, ceux sur lesquels on a passé outre sans renoncer à les admettre ^^^^^ ^ ^Ji^^^ plus tard; les omissi, ceux qui ont délibérément été repoussés et peut- fort incommodis être pour toujours. Il paraît qu'il s'agit surtout de saints irlandais, par Nnqmsitton écossais, du pays de Galles, de Comouailles et d'Armorique; d'autres d'Espagne, encore, slaves, syriens, perses, coptes, éthiopiens, même des grecs. Les omis sont innombrables, c innutneri, i dit l'abbé RigoUot, et mani« festement d'aussi grosses lacunes lui fendent le cœur. Quoi qu'il en
1 . C'est pourquoi, par peur d'accident, ils placent au bas de tous leurs travaux la déclaration «qu'ils entendent toujours se soumettre aux Constitutions de 163 S et de 1634: semper protestait sunt auctores Operis de Aciis S4mctorum, se Urbanipapae VIII Constitutiones annis 1625 et 1684 éditas, servaUts velle.
2. Haec quoque severitas aut benignitas in actis deprehenditur; ita ut aliquando plures ezclusi sint qui alio tempbre fuissent adinissi (Proœmium, p. lu).
3. Neqnaquam autem omnium eorum quibus in iisdem locis dandus fuisset (page m du Prommium de Tabbé RigoUot).
Goo^^
soit, nous pouvons maintenant essayer d'exposer en chifires les résultats statistiques de l'œuvre boUandienne.
Da Quant aux dix premiers mois qui, seuls, ont été amenés à terme, j'ai
quelques chiffres relevé 19,464 articles, ou item comme disent les teneurs délivres; et ^^^^^^^ ce nombre, sauf les adjonctions et les suppressions, toujours possirel^is Tvaiit ^^^' ™^^' numériquement sans grande importance, doit être considéré del'ou¥rage comme à peu près définitif. Je le tire des éphémérides mensuelles da BollandisUs, dressées à la suite de chaque mois complet, puis de la grande table compilée à la fin du mois de juin par l'infatigable père Papebroch pour résumer le premier semestre ; enfin et surtout j'ai eu recours à l'index universel de l'abbé Rigollot lequel se trouve dans un volume complémentaire intitulé Auctarium, faisant suite au tome XII d'octobre et formant le tome soixante et unième de la collection totale. Ce grand index alphabétique est accompagné de deux tables felenchij, la première énumérant les saints, les heati et les venerabiles, — voir mon tome I, p. 256, pour le sens de cette gradation, — dont la mémoire est inscrite dans les calendriers et les martyrologes depuis le dernier jour d'octobre jusqu'à la fin de l'année sacrée; la seconde revenant sur les dix premiers mois pour relever : i^ les noms des saints et des beati qui, faute de pièces, ont été oubliés par les hagiographes ; 20 ceux des c serviteurs de Dieu », servi Dei, qui ont obtenu la béatification ou la cano- Total des saints nisation à une date postérieure. Cest le chiffre d'ensemble de ces deux martyrs tables qui, additionné avec celui de V index alphabeticus des dix preet noih/nartyrs, miers mois, donne un total de près de vingt mille vies. Mais il £aut tout de suite faire suivre ce constat d'une remarque importante : chacun des item dont je viens de parler n'est pas toujours occupé par un nom unique. Dans certains cas, plusieurs saints s'y trouvent simultanément mentionnés; et, quand il s'agit de martyrs, la mention peut embrasser des groupements allant de deux, trois, dix, vingt, trente à plusieurs milliers et même à des dizaines et à des vingtaines de milliers. Les Comment remploi conséquences de ce fait seront expliquées plus loin. Ces divers détails, de la méthode qui étaient indispensables à l'exposition que je vais présenter permetliturgique tent tout d'abord de mesurer les énormes inconvénients résultés de pour classer ^sl méthode de classement liturgique qu'adoptèrent les auteurs du plan ^a rendu " pnmitif des Acta, Quand les religieux bénédictins voulurent raconter l^ la vie des saints appartenant à leur communauté, éclairés sans doute
Acu Sanctorum par l'erreur de Ros^veyden et de Bollandus, ils suivirent l'ordre chronotrès difficiles logique et rangèrent leurs narrations siècle par siècle. Si les Acta Sanà manier, ctorum avaient été exécutés dans la même donnée, que de peine et de temps épargnés!' Je puis m'offrir en exemple. Pour ma présente recherche je n'aurais eu à manier que les quelques tomes consacrés aux trente-cinq années du i^^* siècle et aux cent vingt et une années du 11^, du iu« et du ivo siècle. Au contraire, avec l'imitation des calendriers et des martyrologes, ce que j'ai trouvé devant moi c'est le chaos. Passer instantanément du volume I au volume XXX, du volume XXX
au volume LX pour revenir vers les tomes marqués d'un seul chifbre et ainsi de suite ; puis^ à chaque nom d'homme et de pays, se livrer à un perpétuel va et vient d'Orient en Occident, d*Égypte en Espagne, d'Espagne en Afrique, d'Afrique en Italie ou en Gaule : quelle pénible gymnastique! Elle s'aggrava pour moi pendant un temps par suite de l'ignorance où j'étais des travaux de l'abbé RigoUot. Jamais personne ne recueillit, comme je l'ai fait alors à mes dépens, la preuve décisive des incomparables services que peut rendre une bonne bibliographie et des pertes de temps que son absence peut causer. La collection bollandienne du Sénat manquait, ou plutôt avait l'air de manquer du 61 me tome contenant le travail de l'abbé Rigollot, sans que rien d'ailleurs m'eût fait soupçonner cette lacune. Je me revois à l'époque où j'entrepris de dépouiller les Acta Sanctorum mois par mois ; et mes cheveux se dressent en pensant que le hasard malheureux, qui avait égaré VAuctarium hors de sa place régulière, aurait pu n'être pas corrigé par un autre hasard, celui-là très heureux, représenté par le père BoUandiste Van den Gheyn — loué soit-il et profusément remercié -— qui m'en procura un exemplaire. Que de fatigues dépensées, que Etcommmt d'heures gaspillées misérablement, cette simple indication m'épargna! cts diffiadtis Et dire qu'il y a des journalistes excessivement spirituels qui se moquent ^ ^^ diminuées, des ouvrages à notes, à tables et à index. C'est sans doute qu'ils ont la ""^il^fj"^^!^ science infuse. Au surplus cette question des difficultés qu'offre à l'étude ^'^ l^i!^^ et aux recherches la classification adoptée par les Bollandistes peut des BoUandistes. se juger d'après le fait que voici : Martin, le premier saint non-martyr bien authentique, celui sur qui repose, comme sur son assise primitive, l'histoire de la Sainteté catholique, reste encore à biographier, alors que la tâche inaugurée par Jean BoUandus s'est assidûment poursuivie pendant plus de deux siècles. Mais voilà, l'anniversaire de Martin tombe le II novembre; c'est pourquoi il a tant attendu. Il devra attendre quelque peu encore.
Ces explications une fois fournies sur l'histoire, le mécanisme et l'état d'avancement de l'entreprise bollandienne, je ptiîs maintenant exposer les renseignements statistiques que j'ai obtenus à l'aide des éphémérides soit mensuelles soit semestrielles; mais principalement en usant du gprand Index alphabeticus universalis. Un premier tableau dressé par moi représente la totalité des saintes et saints, martyrs ou non-martyrs, des dix premiers mois de l'année. Un second tableau résume les tables approximatives des saints, dont la fête est située en novembre et en décembre; et ces deux documents additionnés,— i5,66i d'une part, 3,8o3 d'une autre part, — m'ont fourni le chiffre de 19,46^ que j'ai avancé tout à l'heure comme expression numérique du personnel total de la Sainteté'. Mais notre investigation actuelle ne Caraetèrtrestreint
de ttotrt présente
1. 1 5,661 saints et martyrs pour dix mois donnent î,566 fêtes à célébrer ^^ ^^ * chaque mois. 19)464 saints et martyrs pour doute mois donnent 1,613 fêtes pour
concerne pas la masse des saints. Elle n'embrasse même pas Ions les saints dont la date est placée entre l'avènement dn christianisme et l'année 400, époque probable de la mort de Martin. Elle se réfère ezdnsîvement aux martyrs qui subirent le supplice et atteignirent leur céleste dignité entre l'an 65 et l'an 3 1 1 selon qu'il a été déjà expliqué. J'ai donc dû construire un troisième tableau ne s'occupant que des quatre premiers siècles et me donnant d'abord la liste complète des saints» martyrs et non^martyrs, qu'on prétendait avoir vécu pendant cette période. Je dis c qu'on prétendait » parce que ma thèse est que» honnis quatre noms sur lesquels je m'expliquerai', nul personnage. réel et authentique n'exista alors qui se puisse légitimement dasaer parmi les saints, sinon sous forme rétrospective. Avant Martin» il n'y eut pas de saints;
Elle tucottcenu il n^y eut que des martyrs. Mais ce sont là des questions à vider ulté-
qae les sainu rienrement; et je n'y ai touché que pour faire mes réserves. Cette pré- , ^^ . caution prise» je constate que mon troisième tableau donne une somme
praaUrs sucUs, ^^ ^ ^^^ noms» parmi lesquels 639 seulement sont qualifiés martyrs. Les autres doivent être rangés parmi ces prétendus saints qui» n'ayant subi ni la prison» ni la torture» ni le dernier supplice» étaient morts tranquillement dans leur lit. Le chiffire de 639» premier résultat de notre recherche actuelle» a de quoi surprendre après ce que nous avons vu des exagérations martyrologiques. Mais c'est ici qu'il faut se ressouvenir des item à noms multiples dont un seul embrasse» parfois» de très longues énumérations nominatives et de très considérables indica- Esm tions numériques. Comme type du genre, nous allons prendre les deux
d'uni statistique lignes suivantes que les Acta Sanctorum placent au premier jour de des martyrs. j„[a ;
Ammon, Zino, Ptolomens, Ingines, Theophiliu, Milites et Ischyrion martyres Alexandriae in EgyptoIII. sec. — Sezdecim millis martyres in Bi^ypto snb Decio.
Ainsi» sous une seule et même rubrique : sept martyrs connus par
// est leurs noms, plus seize mille martyrs anonymes. Cet exemple» que je
rendu impossible n'ai pas choisi mais qui s'est présenté à moi en feuilletant les sept tomes
par remploi ^q JQÎn^ ^ pourtant cela de rare et de particulier qu'il est susceptible
exorbitant ^'m^e certaine vérification^. Les conséquences que l'édit de Decius
massa anonymes,
chaque mois. Seulement, ce dernier résultat est moins sûr que le précédent, le chiffre de 3i8o3qui affère à novembre et à décembre n*étant qu'approximatif et certainement incomplet quant aux martyrs anonymes. Il est à remarquer que cette statistique mensuelle est en concordance avec le martyrolo^^ hiéronymieo, source de tous les documents de ce i^nre. Le pseudo-Jérôme dédaro, en effet, qu'il n*est pas de jour qui ne contienne cinq cents noms au moins : inira quimgmmtarum nomina ascriptus (p. LXXXIl). Voir infra les e^lications plus détaillées sur lé HieroHymianus.