‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 178 sur 198 · IV. Impositione manus desiderata (Vitat XIII · texte numérisé non relu

IV. Impositione manus desiderata (Vitat XIII

Lt catéchumène

est un candidat

au baptême.

les rites, il y avait des précautions prises et des épreuves à subir. Au surplus la pratique de l'initiation préalable était familière au polythéisme gréco-romain, où les vérités morales prenaient volontiers le nom de < mystères », En ce point l'innovation chrétienne — elle fut considérable — consista à ouvrir toutes grandes, et pour tout le monde, les portes du sanctuaire. Le catéchumène était un candidat au baptême, baptismatis candidatum, conmie il est dit de Martin.

Au IV* siècle, cette candidature pouvait se prolonger très longtemps; seulement sa durée ne résultait plus des difficultés élevées par les règlements d'admission, mais plutôt du peu d'empressement des récipien* daires; c'est la question du baptême retardé. (Voir plus bas Baptizatus), Il n'est pas contestable que la règle apostolique indique que l'immersion régénératrice devait avoir lieu aussitôt après l'adhésion à la Foi. Philippe accorda le baptême à l'eunuque de la reine de Candace après une conversation de quelques minutes (Acta Apost,^ 7, 38 ; voir ibid,, 17, 33, le geôlier de Philippes, qui est baptisé en un clin d'oeil avec toute sa famille). Quand les fidèles commencèrent à être inquiétés, il parut sage d'entourer l'initiation de mesures graduées, propres à écarter les indiscrets et les traîtres. La conséquence fut cette série de degrés, reproduite plus haut, et qui se retrouve encore au iv» siècle. (Voir concile d'Elvire et Augustin : De Symb. ad caiechum, IL) Seulement, il ne s'agit plus d'obstacles à franchir, mais d'un classement relatif au degré d'instruction.

Dans l'intervalle, la question de savoir s'il était préférable de recevoir le baptême plus tôt ou plus tard avait été discutée ; mais l'idée de l'administrer immédiatement après la naissance était trop contradictoire avec le système de préparations compliquées dont on avait contracté l'habitude, pour pouvoir seulement être posée. Nul ne doutait qu'il ne fallût que le néophyte fût en possession de ses facultés intellectuelles, de façon à diriger son choix. Ce n'est que lorsque le dogme du péché originel aura été formulé que le baptême des nouveau -nés pourra paraître indispensable. Au début du iii^ siècle, Tertullien conseille de ne pas se hâter : c Qui comprend bien les obligations du baptême craindra plutôt de le recevoir que de l'ajourner. > Il a évidemment en vue ce principe qui ûdt de l'acte baptismal une adhésion réfléchie et personnelle à l'Évangile. Mais ce fut pour des motifs très différents que la ligne de conduite qui découlait de cette maxime de Tertullien prédomina pendant tout le iv^ siècle. Chacun songeait, surtout parmi les grands, à se conserver plus longtemps la faculté de pécher avec moins de péril.

La régénération ne s'obtenait que par le baptême, comme cela Les baptêmes résulte de notre premier texte'. Néanmoins, on s'éternisait dans le retordis.

I. I. Necdiim regeneratut in Christo (Vita, II, 8). II. Ad baptitmum convolavit (Vita, III| 5).

Pourquoi

les grands

et les riches

restaient

dans

le catichuminat

jusqu'à l'heure de la mort.

Caractère essentiel

de la cirimonie

baptbmaU»

Le fidelis

ou chrétien

complet.

Raisons politiques et économiques

d'ajourner ce sacrement.

catéchuménat. Les meilleurs avouaient ouvertement qu'ils réservaient la cérémonie baptismale comme une suprême ressource pour opérer un lavage final. En attendant, on péchait tout à son aise. On pouvait même être hérétique sans danger; cela du moins semble résulter d'un passage très curieux de Sulpice, racontant le concile de Rimini. Les évêques homoiousiens ou semi-ariens avaient rédigé une lettre où leurs opinions se trouvaient insinuées. Ils la publièrent après l'avoir fait signer par l'empereur Constance, qui resta dans le catéchuménat jusqu'à l'heure de sa mort. Or Sulpice leur attribue le calcul suivant : si, grâce au nom du chef de l'État, la lettre passait sans objection, tout serait pour le mieux; si le public y découvrait l'hérésie, on en rejetterait la faute sur l'empereur, faute vénielle venant d'un catéchumène, toujours supposé ignorer le mystère de la foi : Quia etiam ium catechutnenus sacramentum fidei merito videreiur potuisse nescire.

Le baptême, outre plusieturs autres rites inutiles à rapporter ici, impliquait un serment de fidélité au Christ, analogue à celui que les jeunes conscrits prêtaient à l'empereur. Jérôme écrit à Héliodore: c Recordare tirocinii tut diem, quo Christo... in sacramenti verbo jurasti. » Ce serment, on en retardait le plus possible la prestation. Le nombre des personnages aussi pieux qu'iUustres, qui ne reçurent le baptême que dans un âge avancé, ou même à l'heure de la mort, est considérable. Constantin et Constance sont dans ce cas; Valentinien II mourut étant encore catéchumène ; Théodose fut baptisé à quarante ans, Paulin à trente-cinq ans^ Augustin à quarante ans passés; mais le cas le plus étonnant de tous est celui d'Âmbroise. Quoique appartenant à une famille très pieuse, et bien que lui-même très occupé de religion, il n'était pas encore baptisé quand le peuple de Milan le força à quitter sa haute charge de consulaire de Ligurie pour devenir évêque.

Lorsque le catéchumène avait passé par les cérémonies du baptême, et qu'il devenait ainsi chrétien complet, il prenait le nom de fidelis. Ce terme est employé comme S3monyme de baptizatus dans les canons des conciles et dans le Code Théodosien, c Fidelis qui integrum suum baptismum acceperat, > dit le canon LXX du cpncile d'Elvire, cité partiellement plus haut. (Cf. le titre De Apostatis, lib. XVI du Codex Theodosianus,) Ce concile d'Elvire (Grenade), le plus ancien de ceux qui ont promulgué des canons disciplinaires, date au plus tôt de la fin du IIP siècle. L'abbé Duchesne a démontré qu'il ne pouvait être postérieur à la persécution de Dioclétien; seulement, il existe une similitude complète entre ses prescriptions et celles qu'adopta le concile d'Arles, en 314. En ce temps-là, l'Eglise n'était nullement préoccupée de hâter le passage du catéchuménat au baptême. Il y avait même des raisons pour ne pas insister sur ce point. Beaucoup de fonctions étaient inabordables pour les fidèles et pouvaient être occupées par des catéchumènes. La participation des partisans du nouveau culte à la vie sociale et politique se trouvait par là facilitée. Mais, dans le courant du siècle, le

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dogme avait marché. C'est en 404 qu'Augustin établit en ces termes Tout est changé la damnation des enfants morts sans baptême : < Le Seigneur a dit : celui par la théorie qui croira et sera baptisé y sera sauvé; celui qui ne croira pas sera à'Aogustm condamné. Si donc, quand les enfants sont baptisés, ce n'est pas en ^^^1^' *-"■ vain, mais véritablement qu'on les tient pour croyants, il s'ensuit que, non^bapt^à. s'ils ne croient pas, ils seront condamnés; cependant, comme ils n'ont rien fait de mal pendant leur vie, ils n'ont rien pu ajouter au péché originel; on doit donc dire que la peine à laquelle ils seront condamnés sera la moindre de toutes; néanmoins^ il y aura une peine >. > Le conseil donné deux cents ans plus tôt par Tertullien pouvait désormais avoir des conséquences terribles. Aussi voit-on Pévêque d'Hippone faire campagne contre les baptêmes retardés^ et déclarer qu'on doit adresser des exhortations au peuple, afin qu'il prie pour les catéchumènes en vue de leur inspirer le désir de la régénération : Ut eis desiderium regenerationis inspiret, écrit-il à Cécilien, ancien préfet d'Italie >. En résumé, au quatrième siècle l'institution du baptême ne différait encore pas sensiblement de l'initiation antique, — sauf bien entendu ce point capital, ^è]^ signalé à propos du catéchumat, de la libre admission des foules^ là où n'entraient naguère que des privilégiés. Le commencement U baptlm de réforme opéré par rinfluençç d'Augustin préparait aussi cet admi- dèslanabsance rable usage du nom de baptême, consistant à doter le nouveau-né d'un ^^^^ ^ ^^^ ^' patron à Imiter, ce qui le rattachait à l'histoire antérieure, et à vénérer, ce qui assurait sa culture morale et le poussait vers im avenir plus noble et plus relevé.

dumot^Clerusy^,

ERLS, CLER1CU9, De tous les mots que la langue grecque a fournis au vocabulaire Significations cLERicATus. chrétieu, — à vrai dire, elle les lui a tous fournis, — clerus est le seul qui ^ 'l^"^" présente quelques difficultés étymologiques 3. On le trouve antérieurement au christianisme dans le sens de sort, lot, héritage, parfois collège

1. c Ac per hoC| quia nihll ipsl maie vivendo addiderant ad originale peccatttm, potest eorum merito dici in illa damnatione minima poena, non tamen nuUa. » {Episi, CLXXXIV, p. 628 de la traduction.)

2. c Si vous voulez entendre toute la vérité, souffrez que je vous dise qu*il est une chose en vous qui me fait une très grande peine, c'est qu'à votre âge et avec l'honnêteté de votre vie, vous soyez encore catéchumène, comme si les chrétiens, en devenant plus fidèles et meilleurs, n'en étaient pas plus capables de mieux gouverner i'Ëtat. * {Epist, GLI.)

3. I. Maziminus nonnullarum ecclesiarum clericos vezavit {Chr, II, 32, 2, i3.) II. Ab infimis etiam clericis laederatur. {Vita, XXVI, 5.)

m. Clericis inter se ecclesiae illius dlscordantibus. {Epist. III, 6.) IV. De familiaritatibus virginum et monachorum atque etiam clericorum* (ZHa/.I,9, I.) V. Si quis clericus fuerit effectus, dilatât fimbrias suas. {Dial, I| 211 3.) VI. Saevit in clericos, grassatur in laicos. {Dial. II, 16, i.) VII. Brictio... qui nihil unquam ants clericatum, habuisset. {Dial. II (III), |5, 2.)

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de prêtres; mais, surtout, comme indiquant un privilège émanant de Dieu. ^ Le seigneur fit deux parts, xXiqpov;, ime pour son peuple et une pour les autres nations, » dit Mardochée à Esther (X, 10). Ces significations rentrent les unes dans les autres et, de fait, les écrits apostoliques prennent le clerusy tantôt comme l'héritage spirituel que les fidèles ont reçu du Christ, tantôt comme la part choisie, le bon lot, le sort désirable qui échoit à quiconque adore le vrai Dieu. Tous les croyants, en général, étaient du clerus, par comparaison avec les sectateurs des idoles. Le mot est quelquefois employé au pluriel et désigne les fidèles. Pierre invite les presbytres d'Asie- Mineure à ne pas tyranniser les xXripoi I. La signification de collège se présentera plus tard, quand le xXYjpoc apparaîtra comme une élite par comparaison au reste Satpice des chrétiens ou Xa6(. Le mot clerus, qui se lit fréquemment dans les ne l'emploie pas, écrivains du IV« siècle, ne se rencontre pas dans Sulpice; c'est clericatus qu'il emploie, les formes en atus étant alors très à la mode. Les gradations qui firent passer le mot clerus du sens de profession de la foi chrétienne en général, au sens de clergé, ou corps des agents chargés tk son temps du ministère divin ont été indiquées ailleurs. Cette dernière signifiderus cation avait, dès longtemps, pris le dessus; mais, c'est seulement a cessé de signifier g^^ jy^ gi^cle qu'elle devint officielle. Un rescrit de Constantin, portant d""ndH ^* ^^*® ^® ^'^^ 3 19, et rédigé en vue de concéder certaines immunités ^^^ ' aux ministres du culte chrétien, débute ainsi : < Qui divino cultu impendunt (id est qui clerici appellantur) ab munerihus excusentur. » Clericatus Godefroy signale cette définition comme reproduite par une lettre de ou ensemble Constantin, qui se lit dans V Histoire ecclésictëtique d'Eusèbe, sous la ^^/^i^^ date de l'an 323. L'incise de 319 s'y retrouve en grec ainsi formulée : d'adnUnlstrer ^®^* qu'on a l'habitude de surnommer clerici. Ce texte est capital ; il le service divin marque la séparation authentique entre clercs et laïques. Le clerus ne pour le peuple, se compose plus de la communauté totale ; il ne compte désormais dans son sein que les membres de la diaconie, ou ministère. Ces membres Les clerici sont le clerus par excellence, les clerici et aussi les ecclesùistici^ car I par opposition ils incarnent Vecclesia comprise comme un corps qui gouverne le peuple V aux laici. ^j^g fidèles, les laici. Les mots clerus et clericus sont désormais exclu-

sivement réservés à ce corps. La séparation s'accentuera considérable- A la fin du siècle ment au cours du siècle. Il n'était pas clos quand l'évèque de Rome il est décidé Sirice posait en doctrine que le sacerdoce n'est pas chose terrestre, que le sacerdoce ^j^^ céleste. < Nul ne doit regarder l'ordination comme un fait humain; le sacerdoce vient du ciel, > disait-il. «

Cependant l'identité entre christianus et clericus ne disparut que lentement de la langue, même officielle. Sulpice, par une certaine tendance hostile à la cléricature, n'ofi&e guère d'exemples en ce sens; mais ils abondent dans les constitutions de Gratien, de Théodose et jusque sous

I . < Nequc ut dominantes in cleris, » ce que Sacy traduit : c Non en dominant aur Théritagé du Seigneur, »

vient du ciel.

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Réglementation de Pordination.

HoTïonus (Codex Theodosianus, t. IV, p. 411 tipassim). Pour empêcher la corporation des boulangers de se dissoudre sous prétexte de dévotion, Théodose déclare qu'il ne sera tenu aucun compte c du privilège de chrétienneté », christianitatis privilégia; christianitas signifiant clericatus (De pisioribus, t. V, p. 179). Honorius emploie christiani conune équivalent d^ecclesiastici, (Voir ibid.. De Post-limi' nio,) Sulpice se sert du mot cîericus principalement pour désigner les membres inférieurs du corps clérical attachés à divers titres aux églises (textes III, IV, VI).

On remarquera au texte VI l'opposition bien indiquée entre clercs et laïques; et aux textes V et VII, la preuve que le cléricat pouvait être une source d'enrichissement. En dehors de notre auteur, les documents énumérant la série des ordres mineurs au iv« siècle sont aussi confus que nombreux. J'ai dû toucher un peu à ce fouillis à Toccasion des exorcistes (voir t. III). Hors ce point spécial qui concerne la biogpraphie de Martin, la question est sans intérêt pour nous. Il suffira de rappeler ce qui fut décidé à Sardique, en 347, par un concile où prédominaient les Occidentaux et qui fut provoqué et dirigé par l'éminent espagnol Osius. L'assemblée émit vingt et un canons ayant pour objet la discipline épiscopale. Le treizième fixait à trois les ordres mineurs par des régla établies, lesquels tm évêque devait avoir passé avant d'être élu: lecteur, diacre, prêtre : c Ut non prias ordinetur episcopus nisi et lectoris munere et officia diaconi aut presbyteri fuerit perfunctus, utper singulos grctdus adscendat eut culmen episcopatus. » Ce canon nous fixera sur le problème de l'éligibilité de Martin, qui avait refusé de se laisser conférer le diaconat. Néanmoins, il ne faut pas que le ton si ferme de ces déclarations synodales nous éblouisse. Même quand elles sont œcuméniques, comme celle qui vient d'être citée, on les viole sans cesse, soit parce qu'elles se trouvent en désaccord avec les usages locaux et la tradition du pays, soit parce qu'on ne les connaissait pas généralement. La lettre de Sirice, citée tout à l'heure et écrite cinquante ou soixante ans après Sardique, avait pour but principal de fixer le système des ordinations et de s'opposer aux irrégularités qu'on voyait continuellement se produire.

Peu de solidité

On a vu que le diaconat ' était classé par le concile de Sardique parmi les degrés indispensables à franchir pour atteindre le sommet de Tépiscopat. Â vrai dire, dans la véritable genèse de la hiérarchie ecclésiastique, le diacre doit être placé avant le clerc, attendu qu'il y eut des diaconi bien longtemps avant la venue des clerici. Le régime des premières

I. L Athanadus qui apud synodum diaconus adfuerat. (Chr. II, 36, i, 26.) n. Temptavit Hilarius, imposito diaconatus ofiicio, sibi eum arctius impli-

care et mîniaterio vincire divino. {Vita, V, 2.) III. Ad Aurelium diaconam. (Epiât. II.) Cf. Dial. III, 1,4: Diacono et subdiacono; voir aussi Dial. II, i, 2, et 7, 14, Archidiaconus.

La diaconie

souche primordiale

de tout le mouvement hiérarchique.

Caractère

temporel

et économique

des anciens

diacres.

des diaconesses.

communautés chrétiemies ne fut et ne pouvait être que la reproduction des coutumes juives. Elles accordaient une certaine prééminence aux vieillards, aux anciens, presbytert. S'il y avait quelque service commun et régulier à rendre au groupe ainsi constitué, on désignait parmi les anciens un frère qui se trouvait chargé de la diaconie ou du ministère. Impossible d'apercevoir rien de commun entre ces di€u:oni et les choses de la vie spirituelle: aménager les lieux de réunion, préparer les repas communs, encaisser les dons, distribuer Preuve de ce fait les aumônes, tel est leur office s et cela est rendu évident par l'existence par Pexistence des diaconesses i , qui subsistaient encore au iv« siècle, bien que fort diminuées.

Or jamais, sauf dans quelques sectes hérétiques, le Christianisme ne voulut accorder aux femmes un caractère sacerdotal quelconque. En revanche, elles pouvaient très bien accommoder la cène, suivre les détails extérieurs, soigner les pauvres. Au cours de Passez longue période pendant laquelle le droit d'enseigner et de prophétiser appartient à tous, les diacres n'ont qu'une besogne administrative, comme, au surplus, les épiscopes, ou surveillants des diacres, ainsi qu'on le verra plus loin. Letrosne cite un texte où le diacre est qualifié d'un mot équivalent à celui d'économe, ce qui dut se produire après que les épiscopes, considérablement grandis par l'exercice de leurs fonctions financières et administratives, les sous-déléguèrent à des subordonnés. Tout diacre, ainsi muni d'une situation privilégiée, pouvait aisément usurper la suprématie dans les groupes; et on voit par l'E^ts^u/a CXLVI de Jérôme que le cas se produisait fréquemment. Une des rédactions des Constitutions apostoliques dit que le diacre est l'oreille, l'œil, le cœur et l'âme de l'épiscope. Ceci confirme ma discussion sur les origines économiques des évêques (voir infra^ p. 100), mais doit être considéré comme un fait postérieur. C'était la partie la moins noble, mais la plus pratique, de l'œuvre commune. En face des hérésies et des persécutions, elle en deviendra la partie essentielle. Tel est l'état de choses représenté dans les très anciens documents : Actes des Apôtres, Lettres dites épiscopales de Paul; Lettres de Clément Romain et d'Ignace; surtout la Aidax^ Tûv 'Aico(rt6X(dv. Dans ce manuel ecclésiastique d'une si haute antiquité, — c'est peut-être le seul texte authentique parmi ceux que je viens de citer, — on voit les diacres arriver à leur charge par l'élection et sans qu'elle implique ni le droit de baptiser, ni la prédication, ni la prière. Je ne me permets de trancher aucune des controverses entre les canonîstes de Rome et les docteurs d'Augsbourg, non plus qu'aucun des débats, survenus entre philologues et éiudits, sur les questions d'attribution et de date. La thèse catholique sur l'institution divine du

Les diacres

agents élus

et tenus

hors du service

divin.

I. Sulpice n'emploie jamais diaconissa^ mais les équivalents Vidua et Virgo, Voir ces mots à V index ^ et cf. avec J. Pinii Tractatus de Ecclesiae diaconissie, 1. 1 de septembre des Acta Sanctarum,

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quUls deviennent au IV* siècle.

sacerdoce et de Tépiscopat peut être fondée ou ne Têtre pas. Les épitres douteuses de Clément, d'Ignace, de Polycarpe rentrent dans les écrits pseudépigraphiques ou sont authentiques. On pourrait citer tel critique, qui a changé trois fois d'opinion sur les lettres pseudo-ignatiennes. En toute solution je trouve mon compte, n'ayant besoin, pour le but que je poursuis, que d'être fixé sur les dates oscillant entre l'âge des apôtres et la phase où l'épiscopat se trouve pleinement organisé, comme dans les écrits d'Irénée d'abord, et de Cyprien ensuite. Mais à l'époque où Martin refuse le diaconat (texte I), les choses ont marché et se sont considérablement modifiées. Le clergé est organisé en une corporation représentant exclusivement l'Église et placée en dehors de l'ancienne ecclesia, devenue la foule des fidèles, laici, ou ^IxxXtXy populares, comme les appelle Sulpice >. Le clergé a pour chefs, souvent tout-puissants, les anciens épiscopes ou surveillants généraux des services, les évêques. Les diaconi sont les adjudants des épiscopes tant pour le spirituel que pour le temporel. Les écrivains contemporains de Sulpice les représentent comme des ministres — c'est la traduction de diaconi, •* qui remplissent auprès de leur chef épiscopal soit les fonctions de < notaires > ou secrétaires en temps de S3rnode, soit toute autre occupation vicariale ÇELM^n^Histoire ecclésiastique, chap. 14). Martin, évidemment, se sentait peu apte à remplir un tel poste ; les tra- Pourquoi Martin vaux de l'exorciste étaient bien mieux à sa portée et correspondaient «/wj d'être à ses aptitudes. Les diacres étaient, d'ailleurs, subordonnés aux prêtres, ordonné diacre. comme on peut le voir dans les canons 39-41 du quatrième concile de Carthage, qui leur interdit de parler et de s'asseoir dans l'assemblée presbytérale sans y être autorisés. Les opuscules nous montrent qu'il Les sous-diacres existait des sous-diacres (Atnatore subdiacono), dont la condition paraît «^ '^^ archidiacres avoir été assez dure, du moins si on en juge par les canons 3 et 4 du concile d'Elvire. L'archidiacre mis en scène au début du dialogue II est évidemment chargé du maniement de l'argent et des provisions : € Les archidiacres avaient la haute main sur la distribution des revenus et des traitements. » (F. de Coulanges, Institutions mérovingiennes, p. 5 16.) Il est pourtant certain que ces grades hiérarchiques étaient assez pisu fixés en Gaule. Sulpice n'a aucun scrupule d'appeler l'archidiacre du dialogue II, diacre tout court dans la suite du récit. Le traité De septem Ordinibus, attribué à tort à Jérôme, mais qui est de son temps, ne connaît pas les archidiacres.

dans les Dialogues.

PRES8YTCR, Notrc tcxtc I, tiré par Sulpice du livre de Daniel, image exacte de la

pRESBYTSRii/M, vle reUgicuse juive un peu avant Jésus, confirme ce qui a été dit plus haut pRcsBYTERATos. g^y jg fégimc prcsbytéral primitif. A vrai dire, ce régime est immémorial Antique origine

du prabytère.

1. « Nec tamcn huic crimini miscebo populares. » {Dial. I, 2,6.)

2. I. Susanna... a duobas presbyteris appetita isdem preabyteris deferentibus.

(Cfcr.ll, I, 5, i3,)

La situation

du TcpsvévTSpo^

ou prêtre

dans l'Église

primitive.

Nature de ses fonctions.

Qu'elles étaient

surtout économiques.

et universel. On ne citerait pas une tribu sauvage quelque peu organisée qui lui échappe, sachent, sheick, senor, etc. De notre temps, où la seule vérité généralement admise, c'est le progrès, — que l'on suppose, d'ailleurs, beaucoup plus mobile qu'il ne l'est, — comme les traditions ont perdu leur poids et leur prix, et que l'activité et l'inspiration individuelle prédominent, le jeune homme est roi. Au contraire, quand il existe des croyances communes, dès longtemps pratiquées, la jeunesse doit apprendre à les connaître et à les mettre en œuvre more majorum. Elle se tient dans l^attitude d'infériorité d^un écolier devant le vieillard. C'est celui-ci qui dirige, ordonne et conseille, parce qu'il possède le secret et connaît les ressorts de la loi principale, la tradition, c Les plus vieux » — telle est la traduc- : tion bien exacte du comparatif i irp£<r6^Tepot — n'étaient pas nécessairement des hommes avancés en âge ; ils n'étaient pas non plus chargés d'une fonction bien précise. Désignés par leur respectabilité autant que par le nombre des années à la déférence de VEcdesia^ ils y exerçaient, quelque peu vaguement, un rôle de direction et de surveillance, comme cela résulte des nombreux S3aionymes du mot presbytre : hégoumène, prohégoumène, pasteur, épiscope.

L'importance de l'hégouménat ou du presbytorat devait être relative à l'étendue de la communauté, le caractère de délégation s'accentuant à mesure que les délégués se détachaient davantage du reste des membres. Je ne crois pas, par exemple, que les églises auxquelles s'adresse la lettre I de l'apôtre Pierre fussent bien nombreuses. Il parle à tous les frères en général, avec quelques avis plus directs destinés aux anciens, entre autres celui-ci : c Je fais appel aux presbytres moi qui suis leur copresbytre », dit -il; et il les engage à paître le troupeau de leur mieux en veillant à ses intérêts, — en épiscopant, — avec dévouement et non par un sordide amour du gain. » Nous nous bornerons à donner ce détail sur le presbytérianisme primitif. On le retrouve, d'ailleurs, dans les écrits évangéliques avec une persistance et uniformité de rédaction qui n'ont pas été assez remarquées ^. Cette perpétuelle précaution contre les appétits de gain montre que les délégués de l'époque apostolique avaient un caractère beaucoup plus économique que sacerdotal. Paul

H. In vico Ambatiensi... Marcello... consistent! presbytero mandaverat. {Dial. m, 8, 4.)

III. Pro Bolemni consuetudine, aient episcopus visitare ecclesias suas moris

cet. {Episi.l, 10.)

IV. Condacensem diocesim visitaret... clericis inter se ecclesiae illius discor-

dantibus. {Epist. III, 6.) V. Cogi non potuit ut eum a presbyterio submoveret. (Dial. III, i5, 7.)

1 . Vltala veius écrit toujours presbyteri là où Jérôme traduit : senes. Cf. Codex Luffdunensis ; in Numéris, i et passim.

2. Aux versets 5 et 8 de la prima Pétri, gfénéralement considérée comme authentique, il faut joindre: Timoth, I, 4, 10, et 9, 2.

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emploie le mot oixov6{&oc, dispensator, au même titre que celui d'épiscope; et comme ces termes équivalent, eux aussi, à preshyter^ on peut en conclure que les presbytres n'étaient nullement des prêtres. Il y a eu d'immenses discussions pour établir l'identité primitive de Pépiscopat et du presb3rtérat. On ne conçoit pas que la question ait pu faire doute. L'épiscope est im presbytre chargé d'une certaine surveillance, et il arrivait souvent que plusieurs presbytres « épiscopaient 1 en un même lieu {Epist, Pauli ad Philipp. I, i ; cf. Act, XX, ij'yjac. V, 14). On peut voir sur ce texte le commentaire de Jérôme, qui attribue les modifications subies par le régime de l'égalité à l'influence du diable : instinctu diabolico. Je n'insiste pas ici sur la question d'élection qui va être traitée à l'occasion des évêques.

Il paraît s'être écoulé un temps considérable pendant lequel les églises ne connurent pas d'autre hiérarchie. Mais la situation apparaît très modifiée à la fin du ii® siècle. On le voit dans les lettres, fausses ou vraies, de Clément et d'Ignace, qui font autorité pour cette période. £n tout cas, cinquante ans plus tard, on trouve dans les écrits de Cyprien de Carthage le tableau d'une vie hiérarchique où les presbytres, devenus des prêtres, sont soumis à l'épiscope, devenu lui-même évêque au sens moderne. De l'ancienne égalité, il ne reste plus que le droit pour les prêtres de conseiller le détenteur de la puissance épiscopale, droit nettement reconnu, d'ailleurs, par Cyprien, beaucoup plus préoccupé de combattre l'hégémonie naissante de Rome et de soutenir l'égalité entre évêques que de diminuer le prestige des prêtres >. La part qu'il leur fait dans le gouvernement des églises n'est pas à dédaigner. Aucune décision ne doit être prise, aucune ordination ne doit être accomplie sans le concours du preshyterium, ou synode diocésain, composé de tous les clercs des ordres majeur, mais où les prêtres dominaient, ainsi que le nom l'indique. Nous verrons plus loin que le mot presbytertum est employé par Sulpice {Dial. III, i5, 5) pour indiquer la dignité de prêtre, alors que, selon la langue du temps, il aurait dû dire presbyteratus, comme il dit diaconatus et episcopatus. Cette dérogation spéciale à l'habitude, si répandue de son temps, de se servir des substantifs en atus pour désigner la dignité est une preuve de plus que Sulpice lisait l'Écriture dans le texte grec. HpiffS^tepiov, en efiet est le mot pour marquer, en grec, le grade |ou la fonction d'un prêtre.

L'opinion de Cyprien sur l'autorité légitime du presbytérat se retrouve à l'époque qui nous occupe, sinon respectée en fait par la grande masse des évêques, du moins très hautement proclamée par les meilleurs de l'épiscopat. (Cf. August. Hom, 56 et la Lettre de Sirice, où cet

Prtsbytra

épiscopaux

ou prêtres

suryeillants.

Comment ils acquièrent la supériorité.

UEpiscope

devenu chef

des presbytres.

Ceux<i forment le Conseil consultatif

des Épiscopes,

1. Le sena primitif de presbyter garde encore au iv« siècle toute sa portée. PriscilUen, écrivant à Damase dont il proclame la suprématie, lui dit : «. Senior omnium nostrorum, tu es le plus prêtre de tous les prêtres.»

Les prêtres

enfin chargés

du seryice divin.

Création des paroisses que Sulpice

appelle des diocèsa.

Curieux tableau

du régime

paroissial

dans

les Dialogues.

On croirait

lire un récit

de notre temps.

évêque de Rome annonce que Jovinien a été condamné : preshyterio f€u:to.) Au surplus, depuis Cyprien, des faits étaient survenus, qui avaient notablement relevé la situation des prêtres. Ce qui constituait le pouvoir épiscopal dans son essence, c'était le droit exclusivement réservé aux évêques d'accomplir les fonctions sacrées, telle que la présidence eucharistique, la prédication et certains actes de juridiction. Au cours de la persécution de Dèce, surtout pendant celle de Valérien (on a grand tort de les toujours confondre), beaucoup d'évêques étant en fuite ou en prison, force fut de confier ces fonctions aux prêtres restés libres, et ce régime provisoire devint très vite permanent et régulier. Les paroisses sont nées de là, Sulpice les appelle diocèses (cf. ce mot à V Index) ; il s'agit de petites circonscriptions territoriales plus étroites qu'un diocèse de nos jours, mais elles en reproduisaient, en petit, l'organisme essentiel et elles étaient dirigées par un presbytre faisant fonction d'épiscope : c'est le curé et la cure de l'époque moderne. Moréri, citant Thomassin, dit, avec ce bel aplomb de la science orthodoxe : c Les curés sont aussi anciens que l'Église ; les Apôtres en établissaient. > Non, les cures ne datent pas du \^^ siècle, mais elles sont certainement du iv® siècle, et le régime dont les opuscules nous représentent le paisible fonctionnement (cf. texte I) est bien notre régime paroissial contemporain. Nous y voyons Martin visitant assidûment ses diocèses^ même au milieu de l'hiver. C'est au cours d'une de ces tournées pastorales qu'il trouva la mort. On croirait lire un récit d'hier. Il s'était rendu à Condat pour régler un désaccord survenu entre les clercs de cette église. Le contrôle et la surveillance de l'évêque étaient, en e£fet, de règle et de droit : c pro soletnnt consuetudine. » Les prêtres étaient placés par l'évêque à la tête des paroisses, et pouvaient, par lui, être destitués (cf.' texte IV). Sulpice fait honneur à la modération de Martin de n'avoir jamais éloigné c de son lieu >, c'est-à-dire de sa cure, un ecclésiastique quelconque. On le suppliait de punir Brice qui s'était rendu coupable de plusieurs crimes; il n*y consentit pas, mais la phrase de Sulpice implique qu'il en avait certainement le pouvoir : « Ut eum a preshyterio suhmoveretl > {Dial. II, i5, 7.) On voit ici le mot presbyterium avec un autre sens que celui qui a été indiqué plus haut. Il ne signifie pas le coips du clergé paroissial ou diocésain, qui devait devenir plus tard un organe constitué sous le nom de c chapitre >. Il marque le poste confié à un clerc qui a reçu le rang de prêtre. Martin, quand même il l'eût voulu, n'aurait pu dépouiller Brice de la prêtrise; mais il pouvait lui enlever sa cure, dirait un canoniste moderne >.

I . Le contexte de la fin du chapitre où rindttlgence de Martin est constatée invite à donner le eens de prêtrise au mot presbyterium. Sur ce point de droit, le Code» Theodosianus ne laisse pas de doute qu'un jugement épiscopal ponvait prononcer la déposition ou la destitution : depositus vel exauctoreUus. Je lis au titre II du livre XVI : é Quemcumque clericorum, indignum ojffhio suo episcopus

La cléricature était donc susceptible de prendre fin comme toute autre fonction; et de même qu'un soldat, qui cessait d'être soldat, redevenait sujet aux charges si redoutées de c la curie >, de même un prêtre redevenait c curiale » s'il cessait d'être prêtre.

BPKcopu» Dans les écrivains du iv« siècle, le titre épiscopal est désigné par Histoire prUnitivt une riche série de mots : episcopus », sacerdos summus, plus souvent ^^ ce mot. sacerdos tout court, praesul, antistes, pontifex, ces trois derniers tirés du vocabulaire polythéiste. Sulpice n'a pas employé pontifex; il applique antistes au prêtre païen d'une localité rurale (Vita, XIII, i); praesul est dit de Martin après sa mort et considéré comme fonctionnaire céleste (Dial, III, 17, 3); sacerdasy qui appartient beaucoup plus, selon moi, au polythéisme qu'au judaïsme, est d'un emploi extrêmement fréquent. Bien plus fréquent qû!episcopus, qui, étant le premier par l'ancienneté» est aussi le seul qui ne contienne aucune ressouvenance païenne ou juive. Rien dans le personnel de la synagogue, rien dans le Sa signification catalogue si varié des servants des très nombreux cultes et mystères pfoto<hritien/u gréco-romains, ne se rapproche de l'office de l'épiscope. Ce mot a été ^conmiau^ pris, comme celui d^ecclesia, dans le dictionnaire politique grec, où il signifie un magistrat chargé de quelque inspection (cf. Suidas, verbo Episcopus, et le Corpus inscriptionutn graecarum). Cette origine est très congruente avec les constatations déjà faites à propos des diaconi et des Presbyteri, Je vais seulement un peu plus les accentuer.

I . Dans ce conseil d'anciens, jouissant tous d'une autorité égale, on choisissait tel membre jugé apte à remplir certains services spéciaux impliquant, par exemple, la surveillance sur les diacres et les diaconesses qui préparaient la Cène, servaient à table, approvisionnaient VEcclesia^ soignaient les malades et distribuaient les aumônes; d'où le nom ôi^epû scopus, textuellement reproduit par notre mot d'inspecteur. C'est la seconde forme de la diaconie. Il y a dans l'épître I de Pierre — authentique ou non, elle est très ancienne — un passage où le caractère de ce nouvel office est mis en relief: c Je fais appel aux anciens d'entre vous (Presbyteri), moi leur co-ancien (co-presbyterus).., paissez le troupeau de Dieu autour de vous, surveillant — mot à mot episcopant — non par un sordide amour du lucre, mab de bonne volonté. » {Epist. 5, i-3.) Tel est le langage de Pierre : il en ressort que l'épiscope avait surtout des

Us apôtres

mettent

les Episcopes

surtout en garde

contre Vamour

de Pargent.

judicaverit et ab ecclesiae ministerio segregaverit ; aut si qui projessum sacras religiouis sponis dereliquerit continua sibi eum curia vindicet,* (T. VI, p. 86.)

I. J'ai déjà relevé (t. !«', p. 123, en note) la série des textes qui expliquent et excusent retendue de ce travail. Il paraît superflu de les reproduire Ici. La singulière animosité manifestée avec tant de persistance par Sulpice contre < les évêques > et l'importance du rôle que je leur ai moi-même attribué dans Tépisode Maxime m'obligent à définir exactement et complètement l'office épiscopal au iv* siècle.

L'afiXofppta péché fafori des Mques,

Les voies qui conduisent d VÈpiscopat n*ont encore rien de mystique au !!• siècle.

PridominMce

absolue de Filection à cette date.

Preuve de ces faits par la AtSa/T)

*AuoffT6Xci)v.

intérêts matériels à surveiller. U en était si bien ainsi, dans la plupart des cas, que cette préoccupation d'abus possibles, causés par l'avidité et l'avarice, se montre à de fréquentes reprises : Paul écrit à Timotfaée que l'évêque ne doit être ni processif, ni ami de l'argent: non Migùh sum, non cupidum; aftXâpYvpov lit -on en grec, ce qui est bien plus expressif. Vaphilarguria est une recommandation fréquente > sous la plume de Paul; son contraire, la cupidité, lui semble la racine de tous les xadML'. omnium malorum radix (ad Timoth,, 6, lo). L'évêque, notez bien ce mot, étant c l'économe » de Dieu, son plus hideux défaut serait l'amour du bas lucre, aischrokerdès (ad Tttum, i , 7). Comme ces épîtres, attribuées à Paul, sont bien postérieures, elles donnent la vraie note jusqu'à la fin du i*'' siècle.

2. La seconde période sur laquelle nous renseignent Clément de Rome, Ignace, Poly carpe, vit paraître la tendance proprement épiscopale, au sens moderne du mot. Clément, dont le penchant tfaéocratique et hiérarchique est manifeste, écrivant aux Corinthiens, sans cesse agités et troublés de disputes, leur vante l'ordre et la règle : mais il prend le ton d'un conseiller, d'un avocat qui discute, n^ement d'un sacerdote qui émet des prescriptions auxquelles l'obéissance est due. Dans sa lettre aux Romains, Ignace, plus épiscopal que Qément, ne représente pas un instant les évêques comme remplaçant, par voie de succession mystique, les Apôtres, mais comme des chefs que la persécution menaçante rend indispensables, et aussi comme des directeurs propres à maintenir l'unité en face de l'hérésie. L'épiscope, dont les écrits d'Ignace donnent l'idée, est un conseiller, un guide, librement accepté pour son mérite propre : c Soyez d'accord avec votre épiscope, > écrit-il aux Éphésiens. Ni Clément ni Ignace ne contestent que les divers degrés de la diaconie résultent de l'élection : diacres, presbytres, évêques ne sauraient exister sans le choix de toute VEcclesia. On n'imagine pas Ignace parlant aux Romains comme il le fait si les sacer* dotes de droit divin avaient existé. Hermas, son contemporain, dans le livre qu'il écrivit à Rome et qu'on lisait si passionnément, ne parle jamais que de prohégoumènes au pluriel, avec le sens de presbytres. Son presbytérianisme est évident. Le gouvernement collectif a toute sa sympathie. L'Épiscopat lui semble n'être qu'une idée d'ambitieux, one source de querelles et d'endurcissement des cœurs. On dirait qu'il avait assisté à quelques-unes de ces scènes de violence électorale, avantgoût de celles qui devaient agiter le clergé romain au iv<) siècle. Cet aspect particulier et trop négligé de l'Épiscopat ne disparut jamais complètement.

3. Dans un document des derniers temps apostoliques, la AtSax^ Tûv 'Aito<Tt6Xa>v, qui marque assez bien le début de la transition au cours

I . Jean Ghrysostome se sentait choqué et humilié de voir faire de la non-avarice, àfiXàpyvptoCi la vertu principale de Tévêque (tit Epist. ad Timoih.t 10).

de laquelle Pintendant, ou épiscope primitif, sera changé en évêque, on relève des objurgations adressées aux fidèles pour les engager à être plus respectueux envers les épiscopes. c Choisissez des évêques et des diacres dignes du Seigneur, — ce sont les Apôtres qui sont censés parler, — ils remplissent, eux aussi, l'office des prophètes et des docteurs. Ne les méprisez donc pas'... » Il apparaît ici très clairement que la fonction religieuse, l'enseignement, la prédication appartiennent encore aux prophètes circulants (apôtres) ; mais que les épiscopes, toujours chargés des soins matériels, ont déjà commencé à remplir un office plus noble et plus relevé. Seulement, comme leur fonction d'intendants laisse planer sur eux quelque défiance, — faire des comptes et faire des sermons ne s'accorde guère, — la Didaché exhorte le peuple chrétien à ne pas céder à ce défavorable préjugé.

4. Il est peu probable que le rôle des évêques intendants se soit beaucoup développé dans le sens économique pendant la période où les communautés chrétiennes furent constamment troublées par la haine populaire. En revanche, comme ils étaient la portion fixe de ces groupes tourmentés qui vivaient en sociétés secrètes, leur rôle de protection et de direction ne pouvait manquer de s'accroître. Le commencement d'existence officielle qui se produisit avec la longue paix des débuts du m* siècle les trouva tout préparés à l'office considérable qu'ils allaient avoir à remplir. Plus de prophètes, plus de docteurs itinérants, mais des diacres et des presbytres déjà plies à l'obéissance. L'évêque possédait seul la totalité du ministère, le droit de parler, d'enseigner, de célébrer les offices, et, en acquérant ces facultés nouvelles, il n'avait nullement abandonné l'administration des intérêts matériels. Or, sous ce dernier rapport, les communautés avaient beaucoup changé. Elles étaient devenues des c églises » au sens de circonscription territoriale ; elles possédaient des c églises » au sens de bâtiment plus ou moins somptueux, servant aux réunions; là où elles ne possédaient pas d'églises, elles avaient au moins des cimetières, toujours accompagnés d'une propriété bâtie. Enfin, point capital, les gens riches avaient pris rang parmi les fidèles et avec eux les subventions abondantes et les revenus réguliers. C'est alors qu'on vit naître la race des évêques affaristes, comme on dit en italien, tels que ce Callistos dont l'auteur inconnu des Philosophumena (lib. IX, 11-12) trace une si curieuse silhouette, qui fait penser beaucoup plus au Belge Langrand-Dumonceau qu'à un pape. Parti de très bas, Callistos s'était fait remarquer par ses aptitudes financières, si bien qu*un certain Carpophoros, chrétien

I. «Élisez-vous des évoques et des diacres, diurnes du Seigneur, hommes doux et désintéressés, véridiques et éprouvés; car eux aussi vous rendent le service des prophètes et des docteurs. Ne les méprisez donc pas. Ils sont vos dignitaires, avec les prophètes et les docteurs. > (s i3.) {La Doctrine des douze Adirés, traduction et commentaire par Bonnet-Maury, p. 10. Voir infra ce que je dis de ce petit livre.)

Modification profonde

de ce régime sous Pinfluence des persécutions,

Véyêque,

resté

toujours économe,

possède la totalité

du

ministère spirituel

au Ut* siècle.

Importance

croissante

de VEpiscopat

au point de vue

financier.

quoique fonctionnaire du palais impérial, lui confia une grosse somme Un hiqut d'argent. Il la manœuvra avec habileté, mais aussi avec trop de haraffariste. diesse. Devenu le dépositaire des fidèles et des veuves, il fit quelque fausse spéculation où s'engloutirent les économies de ses clients. Carpophoros, qui avait partagé les bénéfices, refusa de subir la ruine avec résignation et fit condamner Callistos au bagne, ad metalla Sardintae» Une concubine de l'empereur Commode l'en tira et, par une série d'aventures qu'on dirait empruntées à un roman picaresque, il gagna la confiance de deux évêques de Rome, Zéphirin et Victor. Ce dernier le chargea d'administrer les affaires du clerus romain et lui Callistos confia la direction d'un cimetière. C'était le placer dans son élément de émule de prédilection. Les cimetières constituaient alors d'importantes propriétés. PauldeSamosati. Callistos sut si bien faire qu'il s'y enrichit et devint pape. On pourrait mettre en pendant avec cet Épiscope financier le fameux Paul de Samosate, qui de mendiant devint millionnaire et fiit tout ensemble évêque et trésorier général, ducenariusi. Les personnages de cette espèce n'étaient certes pas le grand nombre dans l'épiscopat; mais il ne faudrait point croire non plus qu'ib fussent absolument exceptionnels. L'amour du gain II n'y a qu'à relever, de période en période, les diatribes, les lamenet Pavarice, tations, les anathèmes que cet incoercible appétit de richesse, prévu ^'^^^ par Pierre et par Paul comme un péché plus spécialement épiscopàl,

^^^' Mdanr^ inspire aux Pères de l'ÉgUse. Sans citer TertuUien, ascète exagéré et le^!I*silcle, satiriste brutal, des hommes de vie pratique et de sens rassis, par exemple Cyprien de Carthage et Denys d'Alexandrie, attribuent la persécution de 25o à l'amour désordonné de certains évêques — episcopi plurimi — pour la richesse. « Au lieu de donner le bon exemple, dit Cyprien, ils courent les foires, cherchant les occasions de lucre, négligent leurs fonctions, ne songent point à soutenir les frères affamés et, pour se procurer de l'argent, pratiquent l'usure et s'emparent du bien d'autrui par la fraude et la tromperie'. Denys, à la même date, et Eusèbe, pour caractériser ce qui se passait cinquante ans plus tard, ne parlent pas autrement que Cyprien. A la veille de la persécution dioclétienne, les évêques ambitieux, avares, processifs, c'est-à-dire ayant tous les vices dénoncés jadis par les Apôtres, ne se comptent pas. L'épiscopat, considéré comme un moyen d'acquérir et de dominer, est une école de fraude et de mensonge : c cutn fraus et simulatio ad summum maîitiae culmen adoleyissent. > (Historia ecclesiastica ^ VIII, I.) Ce défaut ^^ ^^^ choses se passaient ainsi avant la victoire, elles ne durent pas

va croissant après l'avènement

du christianisme i • « Antea pauper ac mendicus ad incredibilem opulentiam pervenit. per frad la vie officielle, tram concuasiones lacrum inaniter captans, pietatem esse quaestum existimans. » (Eusèbe, Historia eccUsiftsHcat VIII, 3o.)

2. c Habere argentum largiter, velle fundos insidiosls fraudibua rapere, usaris multiplicantibus foenus augere. » (De Lapsis, IV, i.) ^ »

se modifier quand des privilèges considérables furent concédés au clergé. L'autorisation de recevoir des legs devint tout de suite une corne d'abondance. Les biens ainsi acquis étaient la propriété intangible de l'évêque. Il en disposait souverainement : c Celui qui a conquis un siège de grande ville^ dit un observateur impartial, n'a plus à s'inquiéter de l'avenir. Les présents des femmes l'enrichissent; il roule carrosse, ses banquets rivalisent avec ceux de la cour >. .^ Exempt de charges publiques et d'impôts, recevant l'or par vingt sources diflérentes, l'évêque se trouve aux prises avec des tentations auxquelles il était bien difficile de résister. A mesure qu'elles devenaient plus grandes, le personnel épiscopal devenait plus nombreux et, par suite, plus mêlé. On n'a qu'à écouter Ambroise, Jérôme et siutout Sulpice pour prendre la mesure de ce qui se passait. Les Conciles tâchent d'enrayer le mal. Défense à tout évêque de se charger d'exécuter les testaments, dit le concile de Carthage (canon 18); défense de plaider dans des procès d'intérêt (19); défense de s'occuper des intérêts matériels de sa maison (20). Il doit, d'ailleurs, n'occuper qu'un petit logis près de l'église, quelque chose d'analogue à la cellule de Martin à Marmoutiers. Le goût du gain et des affaires était si bien resté le vice général, que Symmaque — bon juge en la matière, car il était fabuleusement riche et mêlé à toutes les entreprises — ne sait rien de mieux pour louer Ambroise que dire de lui : € Qu'il ne parlait jamais pour les financiers. ^ (Epist., lib. III, p. 3 de l'édition Otto Seck.) 3. J'ai dû insister 3 sur ce côté de la vie épiscopale pour rendre L'autre aspect

de la question.

1. < Ditantur obUtionibus matronaram... circumspecte vettili... Epulas pro- ^ fusas in regales superant mensas. > (Amtniani MarcelHni, XXVII, 3, 11.) Cette citation, devenue banale parce qu'elle résume commodément des informations éparses, pourrait être appuyée sur vingt textes différents. L'évêque du iv« siècle, dans les grandes villes, est un ^rand propriétaire» maniant l'argent à pleines mains, riche en terres, en maisons, en bestiaux, en bêtes de somme, en voitures,

en esclaves. La situation de TÉpiscopat, déjà très importante à ce point de vue au m* siècle, a maintenant décuplé. Bernays se donne beaucoup de mal pour établir que Sulpice a, par esprit satirique, confondu les principes et les sacerdotes quand il raconte (Chr, I, 54, 3, i3) les persécutions infligées à Jérémie par les grands de la cour de Sédécias; il n'y a là, au contraire, qu'une fausse vue historique, comme celles qui résultent des idées d'un temps transportées en un autre temps. A l'époque où Sulpice écrivait, épiscopat est synonyme de grandeur, de richesse, de puissance, d'influence; les évêques sont, de fait, les principes du iv« siècle finissant. Précisément, ce qui irrite tant Sulpice contre les évêques, c'est qu'ils possèdent des privilèges que Martin considérait comme dangereux et méprisables, et qu'ils en usent et abusent quand Martin aurait rougi de s'en servir; car toujours il fut aussi peu évêque que possible.

2. Je n'ai guère utilisé, selon mon plan, que des faits occidentaux. L'Orient

peut fournir en ce sens une bien plus riche moisson d'anecdotes. Grégoire de 1

Nazianze disait de ses collègues du concile œcuménique de Constantinople : '

« Ils sont tous avares, avides, pillards. » (Cf. dans Socrate, Historia ecclesiastica, » l'histoire de Sylvain de Troade.)

Que Us hiques

avaient besoin

de sofoir compter

et administrer,

deux qualités

qui manquaient

à Martin.

Fonctions

multiples

et grandes

responsabilités

de l'Episcopat,

intelligibles Pattitude de Martin et le langage de Sulpice. Mais il faut bien remarquer que ce n'est qu'un côté. L'évèque, même austère et vertueux, devait se mêler d'affaires; s'il n'était pas administrateur attei^if et soigneux, sa fonction se trouvait mal remplie. Ces biens, en effet, dont les Callistos et les Paul de Samosate abusaient, les bons évêques en faisaient bénéficier les pauvres et s'en servaient pour le recrutement de leur clergé. Toute la hiérarchie leur était soumise: prêtres, archidiacres, diacres, sous-diacres, ûnsi que la foule des clertci non classés. On les voit défiler dans les opuscules et on s'aperçoit bien que le régime paroissial, qui se développait alors, marche assez mal quand l'épiscope n'a ni la capacité ni le goût de l'administration, comme Martin.

L'évêque n'était pas seulement administrateur : il était juge avec for spécial pour les causes concernant la foi et la discipline. Ses arrêts peuvent en certains cas être sanctionnés directement par la manus ecclesii^stica i . Les causes de droit commun entre clercs et clercs lui appartenaient aussi. De tout temps, arbitre amiable pour les fidèles, même quand il n'était qu'intendant ou économe, cette situation, qui résultait de la naturelle répugnance des chrétiens à se faire juger par des païens, lui fut continuée par les lois constantiniennes. Uaudientia episcopalis se trouva ainsi constituée en un tribunal civil. Et cela allait fort loin, même au iv® siècle. Sous réserve du consentement des parties, la juridiction ecclésiastique, même avant la novelle de Valentinien III (v« siècle), embrasse les questions de succession, de mariage et, par suite, toutes les Causae morum.

Je ne touche pas ici aux affedres criminelles, car les tribunaux séculiers étaient seuls compétents : sauf quant aux évêques, disent les uns ; même quant aux évêques, disent les autres. C'est là une question qui concerne l'attitude de Martin dans le procès de Priscillien; et les opinions théocratiques de Sulpice sur la matière demandent à être étudiées à part. Ce point écarté, le forum ecclésiastique occupe encore un terrain considérable. Aussi voit- on le tribunal de l'évêque entouré d'un personnel nombreux, d'avocats, de greffiers, de chanceliers, tous clertci, mais non pour cela abrités contre la corruption qui déshonorait les mœurs judiciaires de l'empire. (Cf. Socrate,VII, 37.) Cet effet était surtout inévitable là où les évêques, trop occupés, s'en remettalent à leurs prêtres pour les soins de la justice ^. Le cas n'était pas rare dans les villes un peu importantes. A Hippone, qui ne fut jamais une bien grande cité, saint Augustin plie sous le poids de ce qu'il appelle

. I . Augustin (Epist ad Marcellinum) nous apprend que la manus ecclesiastica pouvait aller jusqu'aux punitions corporelles. L'usage du fouet, dit-il, est employé de préférence au chevalet, aux ongles de fer et au feu, par les évêques : < Saepe etiam in judiciis solet ah episcopis adhiberi. >

2. Cf. Dial, II, I, 2 : c Cum quidem in alio secretario presbyteri sederent... audiendis... negotiis occupati. »

les opérations séculières, c Je n'en ai pas pour mon compte, ajoute-t-il, mais celles des autres ne me laissent pas le temps de respirer. > On pourrait relever des plaintes analogues sur tous les points de l'empire. € Allez trouver le magistrat, > disait Synésius (Druon., p. 36), qui ne comprenait pas qu'on mêlât le sacerdoce et les affaires. S'occuper des affaires de l'Église, de la cité et de son âtne, c'est trop, répétait Jean Chrysostome. Mais la majorité des évêques ne l'entendait pas ainsi. Les hommes actifs et remuants étaient plus nombreux que les mystiques, les contemplatifs et les penseurs; de l'influence, du patronage, ils trouvaient que l'on n*en avait jamais assez. Notez que la situation était séduisante. En la considérant au point de vue mondain, Augustin s'écriait: c Est-il rien de plus agréable, selon le monde, que la charge d'évêque, de prêtre ou de diacre, lorsqu'on s'en acquitte sans zèle et par routine?» Cette impression date de Tépoque où Augustin était converti et prêtre; mais il l'avait déjà ressentie au temps où, professeur de rhétorique à Milan et soucieux surtout d'argent, de femmes et de gloire, il voyait Ambroise régner et gouverner par la parole, humiliant l'impératrice Justine, et courbant devant lui les grands et les puissants bien qu'il fût assez médiocre orateur. Il donne une très curieuse forme au sentiment que ce spectacle lui inspire, quand il dit dans ses Confessions : c Je jugeais qu' Ambroise était un homme parfaitement heureux, sauf son obligation de célibat qui me paraissait bien pénible '.» Il est si vrai que l'épiscopat ne se croyait pas trop chargé, qu'on le voit assumer des besognes et des fonctions qu'aucune loi et même aucune tradition ne lui assignaient. Il s'agite, il intervient^ il se mêle de tout parce qu'il est actif parmi les indolents, convaincu parmi les indifférents. Ainsi, on constate sa présence dans les affaires de la Curie ou corps municipal; quand il ne la dirige pas lui-même, il est assis aux côtés de ceux qui la dirigent. Il s'entremet dans les i^aires de l'administration sans y être appelé. 11 touche aussi au fonctionnement de la justice. Sur ce dernier point, quelques détails ne feront pas inutiles à titre de commentaire explicatif d'un paragraphe fort curieux du dialogue III.

C'était une tradition ancienne que les clercs, les moines, les continents devaient s'occuper des accusés et des condamnés, comme ils s'occupaient de tous les êtres souffrants et de tous les misérables (cf. t. III le petit essai sur Monachus), Or, quelle plus grande misère que de tomber aux mains de la justice romaine ! Cette mission de pitié fut embrassée avec ardeur, même avec excès, dès que le culte persécuté devint le culte favorisé. On peut voir au Code Théodosien les efforts du législateur pour réprimer plus particulièrement les intolérables interventions des

Les charges

et les agréments

des évêques.

Ce qu*en pensait Augustin,

Causes

delà

prépondérance

grandissante

de VEpiscopat,

I . < Ambrotitim feliccm quemdam homlnem quem tantae potestates honorarent (c*eft le moment où Tévêqae bravait Justine), cœlibatUB tkntum ejus mihi laborioBUs vidabatur. > (Confess., VI, '^»)

Lts éviques moines. Les évèques étaient à peine plus discrets. Macédonius, qui

interviennent gouvernait en 400 la province d'Afrique avec le titre de vicaire, écrit

partout à Augustin : t Vous dites qu'il est du devoir de Votre Sacerdoce

Vad^'t'^ti ^'i^t^rvenir pour les coupables et vous vous blessez d'un refus...

de la justice. Comment peut-on prétendre, au nom de la religion, qu'un crime, quel

qu'il soit, doive être pardonné?... C'est l'approuver que ne vouloir pas

qu'on le punisse... Votre Sainteté croit aussi devoir intervenir pour

ceux dont on espère d'autant moins dans l'avenir que, même dans le

présent, ils persévèrent dans la pensée de leurs crimes... J'interroge sur

ce point Votre Sagesse et je désire sortir de mes doutes. > Ce Macé-

donius — cette lettre et quelques autres du même recueil le démontrent

• — était un esprit clair, résolu, un cœur ouvert à la pitié, très dévoué

au nouveau culte, mais pénétré des responsabilités du pouvoir civil.

Il y avait heureusement des hommes de cette sorte parmi les grands

bureaucrates. Augustin, de son côté, était certainement l'évêque le

' plus éclairé, le plus pondéré, le plus capable de raisonnement et de

modération parmi tout l'épiscopat. Sa réponse aux questions du vicaire

impérial est donc très instructive. En voici les passages essentiels:

Curieux dialogue « Lorsqu'il arrive aux évêques de dérober des coupables à votre

entre un sévérité, nous leur interdisons les approches de l'autel afin qu'ils

iUustre ipiscope fassent pénitence. :> Fort bien. Mais l'intérêt public qui demande la

haut /' "" te 'éP'^^ssion des assassins et des voleurs, avait dit Macédonius, que

f' devient-il? Ces intercessions en faveur des criminels pouvaient avoir et avaient fréquemment des suites déplorables. Tel scélérat ainsi amnistié redoublait d'audace meurtrière, sans nul souci d'approcher ou de n'approcher pas de l'autel; et de pauvres innocents payaient de leur bourse et de leur vie l'inopportune charité des évêques. Sans compter que le spectacle répété de ces actes d'indulgence, sans explication ni excuse, produisait inévitablement de démoralisants résultats. Rien de tel que l'impunité avérée pour pousser au crime les êtres pervers qui, Augustin d'ordinaire, 'sont contenus par la peur des lois. Augustin n'ignore rien et tprt]et ^ ^ ^^ cela, il Texpose même en fort bons termes, ce qui ne l'empêche Macédonius» . , , ' , j,,.r^ •* j 1.1

pomt de conclure en disant : c On ne saurait nous rendre responsables

de ces méfaits, car nul n'ignore que nous ne voulons que le bien. » Que faire en face d'un oubli, si parfaitement conscient et réfléchi, de l'intérêt social? Macédonius savait quelle était la puissance des évêques. C'est pourquoi il répondit en accordant la grâce demandée et en prodiguant les compliments. (Epist. CLII et suiv., t. IV de l'édition des Bénédictins.)

Il y eut vers ce temps-là un concile, précisément tenu à Carthage, pour demander que les évêques intercesseurs fussent armés d'un droit régulier d'intervention. Ce détail explique plus que tous les commentaires l'attitude de Macédonius. Après lecture de ces textes, on s'éton* nera moins sans doute de voir Martin (DiaL III, 6) contraindre le comte Avitianus à délivrer d'un seul coup tous les prisonniers qu'il avait fait

Lt Sacerdos ou Eviqae proprement

fonctionnaire.

conduire à Tours pour les mettre en jugement. Au moins Martin avait-il une excuse, c'est qu'il n'était certainement pas apte à mesurer la redoutable portée de ces imprudentes interventions >.

sACEBDos. 6. Il a été expliqué que Sulpice, ainsi que tous ses contemporains, Histoire de ce mot. employaient sacerdos comme synonyme préféré d^episcopus^. Classiquement, étaient sacerdotes les agents religieux les plus divers. Cicéron appelle ainsi les augures; Virgile accorde à la sibylle la qualification de sacerdos. D'autre part, à l'époque où nous sommes, le Codex Theodosianusy dans certains édits (t. III, p. 12 3), s'exprime, lui aussi, comme s'il existait une parfaite identité entre les sacerdotes, les haruspices et les vatidnatores . Il est donc nécessaire de bien marquer la véritable origine de ce mot au sens ecclésiastique. J'ai dit que la synagogue n'avait rien à y voir. En l'établissant avec quelque détail, nous jetterons un peu de lumière sur un nouvel aspect de la fonction épiscopale au temps de Martin.

Chef religieux, maître d'une ample hiérarchie, dispensateur de la vie spirituelle, administrateur de rentes et de biens-fonds, juge souverain au /or ecclésiastique et juge arbitral pour certains cas civils, intercesseur influent auprès de la bureaucratie et de la justice criminelle, mêlé de haut à la vie municipale, Vepiscopus tient partout une place prépondérante en ce sens qu'il n'a pas de supérieur. Cependant on le voit sans cesse prendre des attitudes de fonctionnaire et se conduire en courtisan. L'histoire du mot sacerdos explique cette apparente contradiction par une série de circonstances, qui grandirent le clergé temporellement et le diminuèrent spirituellement.

En 3i3, après la victoire de Constantin et de Licinius, cinq édits concédèrent aux chrétiens tous les avantages de la vie civile, leur

1. Voici an fait d'intervention fort choquant: A Milan, un condamné chargé de tous les forfaits s'évade au moment d'être livré aux bêtes du cirque et ae réfugie dans une église. Stilicon le fait saisir. Mais, assure Paulin, le biographe d'Ambroise, les léopards, au lieu de se jeter sur le coupable, dévorèrent les soldats qui venaient de le leur ramener. Ce miracle épouvante Stilicon; il comprend qu'il a eu tort de ne pas écouter les objurgations d'Ambroise ; l'homme sera gracié. Seulement, comme les crimes commis par ce scélérat avaient dépassé toute mesure et que sa perversion paraissait inguérissable, Stilicon supplie qu'on permette de l'exiler, ce qui fut magnanimement concédé par révêque. (Cf. Vita Ambrosii, § 34.) D'autre part, car il faut montrer le revers de la médaille, voyez, dans la Lettre XLVU de saint Basile, le conilit d'Athanase codtre un tyrannique gouverneur de Libye, ou celle de Synésius de Ptolémaïs contre le féroce du» Andronicns. Les fonctionnaires impériaux étaient souvent de vraies bêtes fauves. Jean Chrysostome les juge ainsi; son seul tort est de trop généraliser cette opinion. Homicides, brigands, voleurs, tels sont les noms qu'il leur donne couramment; quant aux agents chargés de faire rentrer l'impôt, ce sont les pires coquins.

2. I. Sacêrdos 5^mmus. (Vita, XXVI, 5.) II. Refrig9rii sattctissimi secerdotis, {Dial. II, 14, 7.)

; L'attitude I des héquis ; expliquée I pur

le culte de Rome et d'Auguste,

Organisation de ce culte.

Son personnel.

reconnaissant les droits de citoyen et leur octroyant une pleine liberté. Cette même année, Constantin accordait aux ministres de la religion chrétienne de tout rang les immunités dont jouissaient les sacerdotes des provinces et les flatnines des municipes. C'était ranger le clergé nouveau dans les cadres du clergé de la vieille observance, et, en effet, titres, insignes, rituel, tout fut adopté et imité. Pour comprendre l'immense portée de ce fait, il faut se rappeler que le paganisme grécoromain s'était alors concentré dans le culte de Rome et d'Auguste, véritable préparation à la catholicité. Pendant les trois premiers siècles de notre ère, l'entraînement qui, depuis longtemps, poussait le monde civilisé vers l'unité théologique, complément naturel de l'unité politique et nationale, se manifesta sous cette forme religieuse la plus répandue ; que dis-je, la seule universellement répandue dans VOrbis Rotnanus, On croirait voir un fourrier qui étudie les chemins, organise un plan d'occupation et essaie les logements pour le compte du catholicbme. Les sacerdotes et les flatnines dont parle l'édit de Constantin — qui agissait en qualité de pontifex maximus — étaient précisément ces prêtres spéciaux, élus avec charge de pourvoir aux besoins de la religion officielle. Il y avait des flamines de Rome et d'Auguste qui représentaient la province ou groupement administratif de plusieurs cités; il y avait des flamines urbains, chaque civitas ou ancienne tribu possédant, presque sans exception, dans son territoire une ville prépondérante; il y avait aussi des flamines municipaux ou ruraux corre^ondant à des agglomérations dt pagi ou de vici. A un certain moment >, ce personnel fut fortement hiérarchisé, ou plutôt fut stimulé en vue d'une concentration plus énergique de certains éléments qui existaient à l'état lâche. Le flamine provincial, c'est4i-dire l'élu de l'assemblée de la province, était supérieur aux deux autres et portait le titre de sacerdos coronatus; une couronne richement ornée lui servait d'insigne. Par exemple, il devait y avoir à Tours un sacerdos coronatus pour la Lugdunaise III, dont cette ville était la métropole.

L'Église catholique, quand elle entra dans les cadres officiels, adopta tout naturellement cette hiérarchie, ces insignes et ces dénominations, en même temps qu'elle réglait autant que possible l'organisation de son personnel d'après les circonscriptions administratives existantes'. La

1. Eusebe, Historia eccUsiaatica, Vil, 14-9. — Mommsen, Histoire Rom., traduct. française, X, 126.

2. Voir les Canons 2, 3, 4, 5, du concile d*IlUberis (Grenade), et cf. Técnde de Tabbé Duchesne sur le Concile d'Elvire et les flamines chrétiens (Bibliothèque des Hautes Études^ yS^» fascicule, p. i5o). Un contemporain de fiiartin, Optât, évêque de Milève, remarquait très bien que, TÉs^lise étant dans l'Empire et non pas TEmpire dans TÉglise, celle-ci avait dû adopter la forme de celui-là. c en s*aju8tant à la disposition des provinces et à la condition des villes. > Tel est, en réalité, le motif qui va me faire, tout à l'heure et ensuite dans mon commentaire de la Vita et des Dialogues, multiplier les détails administratifs et géographi-

seule identification du sacerdos de la cité métropolitaine avec le consu* laire ou le praeses qui gouvernait la province entraînait des conséquences pratiques d'une portée considérable. L'antiquité gréco-romaine n'avait guère connu les prêtres professionnels. Au contraire, les évêques inamovibles semblaient remplir un emploi ; et, de fait, le pouvoir civil les traite souvent comme des employés, les morigénant, les punissant et les destituant autant qu'il était en lui. Nul ne lui en fait reproche. Si le détenteur du pouvoir est orthodoxe, les ariens se plaignent qu'il frappe la bonne doctrine; s'il est arien, les orthodoxes le blâment de soutenir les hérétiques. Mais personne ne conteste son droit d'intervenir la main haute (cf. Augustin, Epist. ad Bonifacium et la note à Chr. II, 39), et ce sont des considérations toutes politiques qui inspirent cette soumission. « Il est nécessaire qup les évêques de chaque 9 pays sachent qu'il appartient à l'évêque de la métropole d'administrer » toute la province ; car c'est à la métropole que tout le monde se rend » de toutes parts pour traiter les affaires. A cause de cela, il nous semble :> bon de décréter qu'il jouira d'une prééminence d'honneur et que, sans 9 lui, les autres évêques ne feront plus rien en dehors de leur diocèse et > de ses dépendances. >

Qui parle ainsi? Un préfet? Non : un concile, et la couleur administrative du nouveau sacerdos ne saurait être mieux indiquée. Aussi la prépotence impériale s'exerce-t-elle en toute liberté. Bien entendu, les grands évêques savaient maintenir leur dignité et même se montrer impérieusement indépendants; tels Ambroise devant le Conseil d'État de Maxime, ou Martin en face de ce même Maxime : imperavit potius quam rogavit, dit Sulpice. Mais le fait d'ensemble, c'est la subordination à l'administration et à l'empereur qui traitent les épiscopes comme des membres du personnel bureaucratique. On n'a qu'à consulter le passage de Chr, II, 41,2, 14, où l'on voit les agents du magister offidorutn pousser les évêques en troupe vers Rimini. Martin lui-même, aussitôt élu, se croit obligé d'aller visiter Valentinien, bien qu'il ne fat pas de la race des courtisans. Mais cette conduite était imposée par la situation générale.

Il faut dire que ce transfert de titres et de cadres, sinon de fonctions, s'était opéré d'autant plus aisément que le culte impérial, maintenu sous les empereurs chrétiens, avait pu, moyennant quelques modifications, être pratiqué par les sectateurs de la religion nouvelle. Les cultes d'État ne se laissent pas aisément supprimer, celui-ci surtout, qui avait — en Gaule tout au moins — une base élective et représentative, où de nombreux et graves intérêts se trouvaient engagés. Chaque homme \m peu important^ bien que chrétien, voulait participer à la formation de

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ou remplaçait |

Us sacerdotes I

corooati. y

Ils sont soumis,

par suite,

au pontifex

maximus

qui est l'empereur.

L'organisation

ipbcopale

reproduit

et prolonge le culte

de Rome,

quea. Ils sont la clef de la fabrique religieuse. Rome n'atteignit pas à sa suprématie par d'autres raisons; c^est pour cela aussi que PriscilUeD, voulant être jugé, se rendit auprès de Damase.

5oo

rCa pas détruit ces anciens cadres.

rassemblée provinciale. Une fois cette assemblée composée, si elle vous choisissait pour flamine provincial, refuser eût été faire injure à l'empereur et peut-être courir quelques risques. Aussi Ambroise est-il La Révolution désolé de voir tant de fidèles accepter la corona sacerdotalis. On avait bien abandonné l'usage des sacrifices; mais les prêtres spéciaux, les réjouissances, les jeux subsistaient. Il fallut même qu'un empereur empêchât, par édits, les catholiques de se faire élire fiamines > impériaux, tant cette c religion > — • je prends le mot au sens de Sulpice (Vita, XI, 3) — de Rome et d'Auguste était entrée profondément dans les mœurs. Le catholicisme n'a jamais su tout ce qu'il lui devait, ou du moins ne l'a jamais dit. Mais quel triomphe de l'esprit de tradition et de continuité ! La tribu celtique du temps de César, devenue la cMtas, conservée intacte au sein de l'aggproupement de cités appelé la province, se retrouvait encore en 17903, avec ses limites absolument semblables, dans le ressort épiscopal et dans la primatie métropolitaine.

Mais combien il est difficile de voir Martin sous la figure d'un sacerdos corooatus;

et de se figurer

Sulpice

appelant Martin :

votre couronne !

Telfe est l'origine de l'évêque en tant que scLcerdas summus^. Les coïncidences que je viens de signaler éclairent très vivement la conduite de l'épiscopat du temps de Gratien et de Maxime, spécialement de Tépiscopat hispano-gaulois. Ces évêques, si menaçants et si soumis, si fonctionnaires et si tribuns, toujours prêts à courber l'échiné ou à prendre hardiment la parole au nom de la population entière, ce sont des sacerdotes élus pour le culte et choisis pour les affaires. Où était TertuUien qui s'écriait d'une voix indignée : c Episcopus non éMjet coronari. -> Uépiscope, devenu sacerdos, est toujours qualifié coroHotus^ personne ou presque personne (cf. troisième concile de Carthage, canon 26) n'y trouve à redire, si bien que le mot corona s'emploie couramment comme titre de respect envers les évêques. Paulin, Jérôme, Augustin, Priscillien disent c corona tua 9, comme aujourd'hui c Votre Grandeur > ou € Votre Éminence » 4. Le législateur ne parle pas autrement que les écrivains ecclésiastiques. Je me demande cependant si Sulpice, parlant à Martin, l'a jamais appelé : votre couronne.

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