‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 180 sur 198 · Car iis sont vos grands-prêtres. >(§ i · texte numérisé non relu

Car iis sont vos grands-prêtres. >(§ i

3. La Didaché parait avoir fourni les élémentB principaux du livre VII des Constitutions apostoliques, compilation qui, sous sa forme actuelle (cf. Concilia de Labbé, 1. 1*0 1 date, au plus, du v* siècle. Ce petit livre est absolument authentique et sans retouches postérieures à Tan 3oo. C'est en le lisant que je me suis rendu compte, pour la première fois, de la façon dont le christianisme pénétra dans les masses. La prédominance de renseignement moral sur le dogme y est complète, comme aussi Tabsence de toute théologie et de toute métaphysique. Je dois d'avoir fait cette lecture à mon cher ami Edmond de Pressensé. Je cherchais alors des ressemblances entre les mœurs religieuses primitives et la tentative de Priscillien, pour remettre en honneur la liberté de prophétie et le rOle de l'inspiration individuelle. Je trouvai autre chose et j'en fus très frappé. Je considère ce précieux petit document comme renversant la plupart des vues de Renan sur la précocité de la hiérarchie ecclésiastique. La Didaché n'a été publiée qu'en i883. Bile a été traduite et commentée fort soigneusement par M. Bonnet-Maury, qui croit qu'elle date, selon les parties, de l'an i5o à l'an 190. Mais, dans une lettre que Pressensé m'écrivait à ce sujet je lis : < La date assignée par M.Bonnet- Maury n'est pas acceptée généralement. Il la reporte, je croif,près de soixante ans trop tard. >

PETITS BSSAIS

L'Episcopat

grandit,

mais ViUction

se renforce.

La diaconie

devient

fonction spirituelle

ei néanmoins

reste soumise

d ViUction

populaire.

laos ne participant à Pœuvre commune que par voie d'adhésion. Cependant, loin de diminuer l'influence du principe électif, le mouvement de séparation et de triage entre clerici et laici l'augmente et le fortifie. La diaconie embrassant des intérêts plus considérables, on attache un plus grand prix au choix des diacres et des épiscopes. Visiblement, ces fonctionnaires ont désormais une part marquée dans l'activité religieuse proprement dite, par suite de la disparition presque totale des évangélistes giro vagues. Néanmoins, certains signes, auxquels il n'y a pas à se tromper, indiquent la perâstante influence de l'ancienne origine. La jalousie de l'électeur vis-à-vis de son élu, inhérente au système électif, se lit à chaque ligne dans les écrits de cette période. Le pseudo-Clément, dont les lettres contiennent la première formule du droit divin des évêques, laisse voir combien cette théorie avait de peine à se faire admettre. Il écrit aux Magnésiens : c Ceux qui ont servi sans reproche le troupeau de Jésus- Christ., et qui ont reçu de tous un témoignage avantageux, il n'est pas juste de les rejeter du ministère. Cependant vous avez chassé des fonctions quelques personnes qui vivaient bien'. » Cette phrase, en constatant que les Magnésiens avaient destitué leur évêque, atteste en même temps qu'ils l'avaient élu.

Les lettres apocryphes d'Ignace, où la prépotence de l'Épiscopat est hautement soutenue en même temps que le corps presbytéral y est représenté comme ayant reçu toute l'autorité des Apôtres, marquent, cinquante ans plus tard, que le principe électif fonctionne encore avec une grande vivacité. Ignace, ou plutôt l'écrivain inconnu qui abrite sous le nom de ce martyr vénéré les théories qu'il veut fsdre accepter, recommande bien aux Smymiotes d'obéir à leur évêque comme Jésus obéissait au Père. Mais voici sur quel ton il formule son avis : c Je ne vous donne point ces préceptes comme si j'étais au-dessus de vous... Je vous parle comme à mes maîtres, car j'avais besoin que vous m'eussiez préparé au combat en m'inspirant la foi, la patience et la constance. > {Epist, ad Ephes., ibid,, p. 41 5.) Il dit aussi: c Vous ne devez pas user d'une trop grande familiarité avec votre évêque... ; ne méprisez pas sa jeunesse » (p. 43 o). Ce langage montre toute la persistance de l'ancien point de vue; c'est bien ainsi qu'on parle à des électeurs. Les diacres et les évêques, naguère préposés aux seuls intérêts matériels, sont arrivés à être aussi les représentants des intérêts spirituels. De la donnée vague que tout choix est nécessairement voulu de Dieu, on a fini par tirer une ébauche de l'ordination. Désormais, les clerici sont teb par l'effet d'un c ordre » divin; le -cîeros résulte d'un triage opéré au sein du laos, par voie supra-humaine. En un mot, l'institution sacerdotale se fonde comme il était nécessaire et inévitable. Il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais de religion sans sacerdoce. C'est une

I. Episi. I, § 44, p. 362 de l'ancienne traduction française. Paris, 1716.

Goo^^

NOTES ET NOTULES 3o5

des utopies les plus répandues et les plus déraisonnables de notre

temps. Le ciel me garde que personne puisse voir dans mes recherches

sur les débuts économiques, administratifs et démocratiques de Tépis-

copat Pombre d'une intention critique. J'aimerais autant passer pour DtP absurdité

avoir dit qu'un mammifère peut exister sans poumons ou sans foie, de l'hypothèse

qu'une religion sans prêtres. Ça me rappelle les comiques déclarations <''«"« religion

de Garibaldi devant le Congrès de Genève : qu'on doit détester les *^ ^'*''^^-

coures et pratiquer la rélizion dé Diou, Je ne suis pas de cette école.

Je dis seulement que, même après l'évolution sacerdotale arrivée à

presque maturité, le principe électif ne s'en trouve pas encore très

sensiblement affecté. La diaconie a gardé son sens d'emploi confié par

l'assentiment populaire. Vous êtes diacre, ou épiscope parce que le

peuple vous a désigné pour cet office. De même qu'il vous a élu, de

même il peut vous casser aux gages. Ne l'oubliez pas, quand vous avez

à lui donner des avis.

4. Je suppose que, dans la période mal documentée, mais très active, AUernaace qui réunit la fin du ii« siècle avec les temps très bien connus du ^^^'f^^^. ni« siècle, il y eut accroissement de l'influence cléricale, —le nombre ^^ att!!I*sUclT'^ des clercs ayant fort augmenté,— avec tendance à concentrer le pouvoir entre les mains du presbytre principal ou épiscope. Les hérésies et les persécutions durent activer ce mouvement de condensation. De là, des faits contradictoires qui se produisent presque simultanément dans les récits d'élections. Tantôt l'évêque s'arroge, sans qu'on lui résiste, toute la capacité électorale; c'est alors la pure ordination. Tantôt le peuple et le corps des clercs inférieurs désignent, acclament et imposent l'homme de leur choix. Le premier cas est plus fréquent au 11^ siècle ; au ili« siècle, c'est le second cas que l'on rencontre presque constamment. Cyprien fut élu de cette façon par le peuple de Carthage, et le fait est d'autant plus curieux que le nouvel évêque devait être le premier, parmi les docteurs non apocryphes, à formuler la théorie du pouvoir épiscopal. < Toute l'Église est dans l'évêque, disait-il, inepiscopo Ecclesia, » Mais ses idées de suprématie ne lui firent jamais perdre le souvenir de son origine. Toujours il parle respectueusement du suffrage populaire, et lorsqu'il raconte une élection survenue à Rome de son temps, il dit : t Corneille vient d'être fait évêque, sur la proposition de tout le peuple présent et avec l'assentiment des anciens et bons évêquesi.» Ainsi, le cleros pose la candidature, le peuple élit, et les évêques — ils étaient seize à Rome — confirment le choix du peuple.

1 . c Cornélius factus est episcopas de clericorum pêne omniam testimonio, de plebis, qui tune adfttit, suffragio, et de sacerdotum antiquorum et bonorum collegio. » Il faut bien que cette application du principe électif ait été générale, et que les résultats en aient été remarqués, car Lampriède affirme qu'Alexandre Sévère songea à faire nommer les hauts magistrats par ce système : c Quum id Christian! facerent in predicandis sacerdotibus qui ordinandi sunt, cur non fieri in provinciararà rectoribus quibus fortunae hominum comitantur... >(H. A., 45.)

:>oo

Lu droits

du. peuple

selon Cyprien

de Carihage.

Les canonistes

modernes et Renan

considèrent

niection

comme une raine

formalité.

Faits

qui permettent

d'apprécier

cette opinion.

Cyprien n'admet rien de définitif que praesente plèbe, A toute élection il faut: universae fraternitatis suffragium, ou bien plebeiumjudicium. Les évêques et les clercs sont des témoins ; les laïques sont les électeurs ; le tout, bien entendu, dominé par le jugement de Dieu, car l'intervention mystique est en permanence. Cette opposition entre le testintoniutn clérical et le suffragtum populaire est si décisive que les orthodoxes (Bellarmin, Baronius, etc.) écrivent le passage de Cyprien en renversant les termes; ils donnent le suffirage aux clercs et le témoignage au peuple. D'après eux, tout le pouvoir du peuple se réduisait à la simple faculté d'être présent et d'y rendre témoignage pour ou contre le candidat ■.

Pour juger ce débat, on n'a qu'à se reporter à l'élection même de Cyprien, où la foule imposa sa fantaisie au clergé, alors que Cyprien n'était pas même baptisé. A peu près vers le même temps, Fabien» inconnu de tous, se voyait désigner comme devant monter sur le siège romain par la multitude pour l'unique motif qu'une colombe se posa sur sa tête au moment du vote. Des candidats très nobles et très illustres étaient présents, dit Eusèbe ; personne n'avait jamais pensé à Fabien. Mais la colombe changea tout 3.

Voici maintenant deux anecdotes en sens inverse : Phédime, évêqae d'Amasie, ne pouvait décider Grégoire (plus tard connu sous le nom de Thaumaturge) à se laisser ordonner : nonpoterat virutn cul scicerdotiutn adducere. En désespoir de cause, il a recours au procédé suivant: Grégoire étant loin de lui, par conséquent ne le voyant pas agir, il conjure Dieu de les regarder l'un et l'autre, chacun en leur place; puis il consacre Grégoire par des paroles, faute de pouvoir lui imposer les mains. Et c'est ainsi que le Thaumaturge devint, malgré lui, évêque de Néo-Césarée 3. Un peu plus tard, Grégoire procédait à son tour à une

1. Cf. Tabaraud, Traité de Vélectitm des évêques. Renan dit aussi que t Facclamation populaire n'était qu'une formalité >. {L'Église chrétienne, p. gS.) Tabaraud, qui résumait Tensemble de l'histoire ecclésiastique sur ce point» a pour excuse que l'Église, sans aucun doute, a fini par être gouvernée aristocra* tiquement; mais Renan, qui est censé ne pas dépasser l'an 180 dans ses recherches, comment l'excuser de présenter une tendance qui n'aboutira que beaucoup plus tard comme un fait acquis dès le u« siècle ? Cette tendance est encore dénoncée violemment par Grégoire de Nazianze, quand il raconte qu'Athanase avait été élu par les votes libres du peuple entier, en dépit de c la méthode perverse que l'on voudrait faire prévaloir » (OreUio, 3i, 8, 9). Très certainement, au iv« siècle, les évêques, ces futurs aristocrates, sont des représentants, au sens démocratique du mot. (Voir dans Blondel, Apologia pro sententia Hieronymi, plusieurs faits qui établissent le caractère populaire des élections épiacopales.)

2. c Quo spectaculo populus incitatus in consensu cœpit exclamare : dignum esse, » {Historia ecclesictsiica, VI, 39.)

3. c Lod manus impositionist adhibet serfnonem, Deo consecrans qui cor* pore coratn non (tderat, * (Gregorii Episcopi Nysseni Opéra. Paris, 1657, t. II, p. 544, où se lit une homélie sur Grégoire le Thaumaturgie, dont je parle loi^' guement dans les Quatre Vies.}

NOTpS ET NOTULES ^J

élection presque aussi extraordinaire. Les épiscopables étaient fort rares et d'assez médiocre qualité à Comana, diocèse voisin de Néo- Césarée. Tous se disputaient la faveur de Grégoire, chargé de faire Les élections un choix parmi eux. En le voyant hésiter, un des candidats, pensant se ^< Corneille moquer, lui dit: c Pourquoi ne pas élire Alexandre le charbonnier? > ^^^^^^^goire Ce nom frappe Grégoire. Il mande Alexandre. L'homme était pauvre * ^^«f^^g^' et débraillé : « Vir in extrema paupertate et neglecto corpore; ^ mais sous cette apparence grossière, Grégoire devine un ascète, un homme instruit en Dieu; sans hésiter, il le consacre évêque. Je dois confesser que le document dont f ai tiré ce fait n'a qu'une bien faible valeur historique. On en jugera, car j'ai dû, à un autre point de vue que celui qui présentement m'occupe, l'analyser très amplement. Mais, enfin. Tillemont et vingt autres, y compris Renan, ont traité la vie de Grégoire le Thaumaturge comme une pièce de poids. Pour un instant, je fais comme eux.

5. De ce qui précède, il résulte bien qu'avant le triomphe de l'Église La question rien ne fut plus variable que les conditions d'entrée dans le presbytérat des règlements. et l'épiscopat. Y avait-il des règles? En vérité, je ne le crois pas; mais, à coup sûr, si elles existaient, on les méconnaissait sans cesse, et elles étaient perpétuellement renversées par la brusque et impérieuse intervention de l'élément électif. A toute époque, il y a eu des évêques élus par les clercs seuls, le clergé ayant toujours visé à écarter les laïques;

— il y a eu toujours des évêques élus par les évêques seuls, clercs et laïques étant écartés; — mais il y a eu toujours aussi des évêques élus par la foule seule, toùc oxXouc, ainsi que dit le concile de Laodicée, qui proteste contre ce fait comme un abus, et, en protestant, le constate'. C'est tout ce que je prie qu'on me concède.

Après le triomphe, lorsque les conciles devinrent des assemblées Ayant Nicie légales et obéies, il y eut effort pour édicter un code précisant les il n'y en avait pas, formes de l'éligibilité. Ce travail commença dès Nicée, en 325, et son efficacité fvLt assez médiocre, puisque le siècle se termine par une proposition de Patruinus, — président du concile de Tolède en l'an 400,

— qui tendait c à ce qu'il fût mis ordre à la scandaleuse diversité des élections et des ordinations >. Patruinus demandait qu'on respectât les dispositions de Nicée. Or, la plus essentielle, reproduite en 847 à Après Nicée Sardiques, exige que, pour être presbytre, on ait rempli les fonctions il y en a, de lecteur et de diacre pendant un assez long temps. Pour être évêque, il faut avoir été diacre et presbytre dans le diocèse, théâtre de l'élection, afin que le peuple puisse porter un jugement éclairé. Ces gradés successifs étaient une garantie de la foi, des mœurs, de la doctrine, de la

1. Turbis non este permlttendum... electionem facere. (Labbe, C<mcil, gêner,^ I, col. 1458.)

2. Il «'agit dn treizième canon de ce concile, œcuménique comme celui de Nicée, et d*une importance capitale quant k la discipline. (Ibid.)

on ne les observe point.

à Rome vers l'an sjf-

Damase et Ursinus.

fermeté, de la douceur des candidats i. Étant donnés les progrès de l'organisation hiérarchique, ces exigences semblent constituer un minifnum de précautions. Le cleros, désormais corporation sacro-sainte, entièrement distincte du laos, ne peut se laisser modifier par la masse laïque. Dès que le sacerdoce vient du ciel, comme disait Tévêque romain Sirice, on n'y saurait entrer par une porte humaine et terrestre*. Une Et, néanmoins, — tant était profond et tenace le point de départ démo-

^i«cftOT^jpwa^|w/« cjatique du système presbytéral et épiscopal, — tout le long de ce IV* siècle, époque d'organisation par excellence, on voit le principe électif, bravant les prescriptions les plus formelles, tirer à lui toute la couverture. Rien de comparable, en ce sens, à la lutte électorale de Damase contre Ursinus.

L'un et l'autre, habiles et bien doués, ils avaient pu se créer de nombreux partisans pendant les troubles qui marquèrent l'episcopat de Libérius. Leur aptitude à séduire une foule, à la diriger, à Texciter semblait égale 3; à cela près que Damase se montre plus résolu et plus prompt. Aussi enleva-t-il son siège de haute lutte, triomphant par la terreur et au prix du sang versé à flots A. Le plus curieux, c'est que cette bataille enragée, qui recommença à plusieurs reprises pendant six mois, se ramenait à une simple contestation de priorité. Chacun des deux candidats prétendait avoir été nommé avant l'autre. Toute l'argumentation portait là-dessus. Cherchez ici la trace mystique. Il s'agit d'une pure difficulté électorale. D'après le récit le plus honnête, Ursinus fut d'abord proclamé dans la hasilica Julii, Sur quoi, Damase, qui semper episcopatum ambierat^ se met à la tête des clercs ses amis, appuyés par des cochers et des gens de théâtre, chasse, poursuit, assomme les partisans H^Ursinus, puis^se fait élire dans la basilique de Latran. Ce sont deux pauvres prêtres, ascètes un peu exagérés, mais pieux et probes, qui racontent ces faits de visu^. Un retour offensif des Ursiniens,

1 . On peut voir ici le c6té tout à fait pratique et terre à terre de Tordination, qui a pour vrai principe de faire succéder aux charges par voie d'ancienneté : c'est la stabilité administrative, natureUement de plus en plus recherchée à mesure que la hiérarchie s'organise en corporation. Ambroise, dans un passage où, d'ailleurs, il apprécie fort inexactement les coutumes primitives, dit très bien, à propos du régime électif : « Ut non ordo, sêd mêritum episcopum crearii. •

2. Epist, VI ad diverses episcopos. Cette peur de l'invasion des fonctionnaires civils ou militaires, qui avait si légitimement saisi les Pères de Nicée, dès le début de l'Église dans son rôle officiel, venait d'être énergiquement exprimée par Sirice en 899 (cf. infra),

3. «Damastts et Ursinus supra hominum modum ad rapiendam episcopatus sedem ardentes, scissis studiis conflictabantur, ad usque mortis vulnerumque discrimina.» (Ammien Marcellin, Histor, XXVI, 3.)

4. c Uno die centum triginta septem cadavera peremptorum. » (Ibid.) Ammien était païen et impartial entre les deux rivaux.

5. c Damasus... omnes quadrigarios et multitudinem concitat; armatus fustibus ad basilicam Julii perrumpit et magna caede fidelium debacchatus est... >(S 2.) Faustini et Marcellini Libellas precum (Migne, XIII, p. 82, sqq.).

Vivacité

de leur manière

de comprendre

la

brigue électorale,

Goo^^

NOTES ET NOTULES 5og

tenté quelques mois plus tard, fut réprimé de la même façon. Cette fois, la basilique de Siccinus fut Tobjet d'un siège en règle, où Ton vit Damase, à la tête de son clergé, avec glaives, haches et gourdins, briser les portes, enfoncer la toiture, toujours en compagnie des inévitables quadrigarii et arenarit. Le massacre fut terrible. Le Lihellus precutn évalue les morts à cent soixante-dix i , ce qui dépasse le chiffre d'Âmmien.

Maintenant, on pourrait dire que les agissements démagogiques de la capitale romaine, vieille sentine de corruption, sont peut-être de peu de poids comme indice d'une tendance que j'ai affirmé être universelle. Voici deux cas d'un autre caractère et plus rapprochés de mon sujet : l'un, celui de Paulin, type d'élection presbytérale ; l'autre, celui d'Ambroise, type d'élection épiscopale. Clarissime de naissance, ex-consulaire, Pontius Meropius Paulûius traversait Barcelone, au printemps de 392, pour gagner ses propriétés de Campanie, où il comptait vivre dans une pieuse et molle retraite. Tout à coup, le jour de Pâques, à l'heure où il entrait à l'église, il fut violemment saisi par la multitude et, sur-le-champ, c initié au presbytérat »3. Cela se fit malgré lui, invù tus^j mais le peuple l'avait pris à la gorge. Sa consécration fut opérée sous le coup des violences d'une cohue en délire 4.

Ambroise, consulaire de Ligurie, circonscription administrative dont Milan était la métropole, se rend à la basilique, où le c peuple chrétien », divisé en partis hostiles, était près d'en venir aux mains. Il s'agissait de remplacer l'évêque défunt Auxentius. Orthodoxes et ariens allaient se déchirer. Ambroise les harangue pour les inviter au calme. Sa haute prestance, sa puissante voix, étaient propres à impressionner la multitude. Il allait faire évacuer l'église quand un enfant s'écria : Ambroise évêque^X Ce fut une traînée de poudre. Ambroise, qui n'était pas baptisé, refuse. Le peuple insiste. Pour se disqualifier, Ambroise fait donner la torture à des accusés 6. On n'en tient compte. Il fait venir chez lui des filles de joie 7. c Nous prenons ton péché sur nous, » dit le peuple. Il s'enfuit; mais la foule, aidée par l'administration terrorisée, le rattrape et le tient en garde. Il y allait de la paix publique. Valentinien, voyant le danger, cum populus ad sedittonem surgeret, ordonna à

I. «Tune universi Damasiani imientea in basilicam, centum et sezaginta de plèbe, tam viros quam mulieres, occiderunt... de parte vero Damasii nttUus est mortuua. » (§ 3.)

2. c Nda modo in Barcinonenai civitate..., die Domini, vi multitudinis correptus, presbyterattt initiatus sum. > (Epist. I ad Severum^ § 10. Migne, LXI, p. i58.)

3. c Vi subita invitus, quod fateor, et multitudine atrang-ulante compulsua. » {Bpisi. II ad Amandumt p. 160.)

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