‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 183 sur 198 · Acclamatum est: fiati fiât! (dictum vicies-terties · texte numérisé non relu

Acclamatum est: fiati fiât! (dictum vicies-terties

2. La réunion électorale composée de tout le peuple, de tous les clercs et des prêtres, était saisie par Tun de ces derniers, qui provoquait les désignations; anssitêt qu'un nom semblait obtenir l'adhésion générale, le prêtre président posait à troif reprises la question : Est-il digne ? tin ordinationibu» eorum, clamant e dicunt : dignus etjustus est. » (Anibros. Epist.CX, 3 , De Dignitate sacerdot.)

prédominait encore.

Evidemment, dans la basilique de SiccinuB. Les gesta que nous venons d'analyser ne oi 4'St mentionnent aucune réclamation ; Paccord le plus parfait régnait entre '^ ^Ulï^:!!^^ Augustin et ses ouailles. Aussi l'assemblée se sépara-t-elle en poussant vingt-huit fois, — octies decies — ce cri : Excutdi, Christe ! Eradium conserva. Cependant même avec un texte aussi pacifique, qui consentira à croire que, lorsque Augustin dit : Je désire que votre volonté soit consignée dans les registres de PÉglise : voluntatem vestram gestis ecclesiasticia confirtnaiam volo; il entend faire allusion à une simple et oiseuse formalité? C'est toute la question que je poserais, si cela était possible, au canoniste Tabaraud et à Ernest Renan.

L*éTéqiie de Rome.

Oh en était

la centralisation

catholique

du temps

de Sulpice.

Que la hitarchie,

telle que nous

la connaissons,

n'existait qiCd Pitat confus.

Il faut que je revienne, avant de finir, sur la série hiérarchique. Telle que je l'ai dressée en vue de mettre en relief la vraie situation de l'épiscopat au moment où Martin en fit partie, un personnage important y manque, — d'autant plus ciurieux à étudier qu'il aura plus tard ce caractère spécial de rester sujet à l'élection après que le régime électif sera devenu entièrement étranger à l'Église. Je veux parler du pape. Il est bien certain que je n'avais pas le droit de le mettre sur ma liste puisque mes documents ne le montrent qu'à l'état de vague embryon'. D'autre part, je n'ai vraiment pas non plus le droit de totalement l'en exclure, car s'il n'existait point de nom, il avait commencé à exister de fait. N'est-il pas d'ailleurs une preuve finale et décisive de ma thèse sur les conditions variables et mouvantes du vocabulaire hiérarchique à la fin du IV* siècle? Assurément, tout ce que je viens d^exposer démontre que si le christianisme politique ou catholicisme touchait à sa maturité, il restait néanmoins fort éloigné de cette organisation savamment serrée et concentrée qu'il devait acquérir. En tout cas, une forte dose d'illusion est nécessaire pour la représenter comme occupant déjà^ toute l'échelle sociale et descendant, par des chemins combinés et fortement unis, du pape aux curés de village, aux vicaires et aux desservants pour venir enfin s'appuyer sur une large base d'ordres monastiques. Ce que j'aurai à dire du monachisme notamment n'est guère propre à éveiller l'idée < d'ordre >. C'était une

1. I. Ursatius et Valens... a Julio, romanae urbia epiacopo, veniam popoace*

runt. (Chr, U, 36, 7, 23.) II. Ut apud Damasum„ urbia ea tempestate epiacopum, objecta purgarent.

(Chr, II, 48, I, 26.) m. Regreaai Mediolanum, aeque adversantem sibi Ambroaium reppereront {Chr. U, 48, 4. 9)

2. Lire aur ce aujet dans la Revue des queetions hisioriquee les articles du R. P. Smedt, directeur des BoUandistes, et de M. Paul AUard. Ce n'est pas du quatrième siècle que daterait la hiérarchie, c'est du prsmisr et par rintervention de Jésus.

NOTES ET NOTULES 5l5

troupe grouillante, bruyante, indisciplinée, plutôt hostile que sympathique à la hiérarchie. Les rangs intermédiaires de cette hiérarchie elle-même, bien que très distinctement désignés, restaient confus à force d'être variables. Quant au chef suprême qui, sous le nom de pape, en Qu'o/i condensera un jour toute l'énergie entre ses mains, actuellement ne discernait dépourvu de tout titre spécial, sacerdos coronatus comme tous ses nullement collègues, sans fonction ni dénomination distincte >, quels yeux de lynx ., ^^}"^^è^ faudrait-il pour distinguer sa naissante supériorité? ""^ ^^^^ ''

En tout cas, ce n'est pas notre Sulpice qui se chargera de cette Que Sulptce, découverte. Le nouveau système sacerdotal lui apparaît exclusivement ^ ^oot cas, représenté par la puissance des évêques. Cette puissance, loin de la f^ ^^ soupçonna diminuer, il trouve moyen de l'amplifier, encore qu'elle soit déjà ^"*^' considérable. Mais, pas un instant, il ne songe à la ramasser en une main unique; et les contemporains ne sont guère plus clairvoyants que lui. Nul ne soupçonne que l'unification déjà presque complète du dogme et du culte, exigera, à bref délai, la création d'un organe central. Chaque évêque parait suffire très bien à diriger chaque diocèse. La réunion de tous les évêques en concile semble, à son tour, pourvoir très suffisamment à la direction de l'Église universelle ; et les prévisions ne vont pas plus loin.

Cela ne veut certes point dire que toute la constitution de l'Église // ne connaissait d'alors soit résumée par la puissance épiscopale. Fustel de Coulanges ^«^ ^^ hiques, l'affirme; mais c'est là une généralisation trop hâtive, qui confond le ig^"^ oitre eux. temps des Mérovingiens avec celui des troisièmes Flaviens : c L'évêque commandait à tous et n'avait à obéir à personne, » dit M. de Coulanges. Il avait à obéir à ses électeurs, et il leur obéissait, je crois l'avoir démontré. Tout le long du siècle, ce fut l'opinion publique, cette nouvelle-née, qui gouverna les choses religieuses, en employant plus ou moins les procédés démocratiques ou représentatifs. Néanmoins, cette réserve faite, il n'est point douteux que le pouvoir épiscopal semble être seul en ligne, et que, s'il existe des différences entre un évêque et un évêque, elles sont trop multiples et trop variables pour favoriser nettement la mise en vedette d'un chef suprême.

Renan croit que, dès la fin du second siècle, la supériorité de l'évêque Motifs politiques de Rome sur ses collègues découla « du simple fait» que l'administra- et géographiques tion impériale ne reconnaissait pour épiscope d'une ville que celui qui pour que correspondait avec le pontife romain. Le fait est exactement observé ; ^ '"^ ^ * mais il n'est pas simple. La portée incontestable qu'il possédait l'inique de Borne vers i6o sembla s'évanouir presque complètement cent ans plus tard, ratât inaperçue. quand l'administration impériale se mit à résider soit à Constantinople,

I. Il n'assiate ni de sa personne, ni par délectation, à ce concile de 38 1, dont j'ai parlé pins haut et qui décida un point si capital du dogme chrétien. Les canons du concile ne lui furent pas même communiqués, en sorte que le prétendu pape resta longtemps sans savoir que TEsprit-Saint était définitivement Tégal du Fils et du Père.

5l6 PETITS ESSAIS

soit à Milan, soit à Trêves, et jamais à Rome. Pendant cette période, tel patriarche d'Antioche, d'Alexandrie ou de Byzance approche de rhégémonie de bien plus près que le pontife romain i. Je ne veux pas dite que Rome se trouva entièrement découronnée; ce serait exagéré. Mais il est bien clair que l'empressement à s'incliner devant l'homme qui la dirigeait religieusement s'imposait avec moins de force aux imaginations, à mesure que le chef de l'État s'éloignait davantage de cette antique capitale pour se rapprocher des frontières menacées.

La question d'orthodoxie n'est pour rien dans ce phénomène purement politique et géographique. Les sentiments de Basile le Grand, par exemple, ou ceux de son ami Grégoire de Nazianze, sont bien connus en matière théologique; ce qui n'empêche pas Basile de railler impitoyablement^ les orgueilleuses prétentions de l'évêque de Rome et Grégoire de les traiter par un dédaigneux silence. Dans l'énorme collection de ses lettres et de ses homélies, il n'y fait pas une seule fois allusion. C'est aussi le cas des iSy épîtres de Synésius, qui pourtant parlent de tout. Aux yeux des Orientaux, la suprématie du pontife romain n'existait pas. En a-t-on une idée plus nette en Occident, où son acceptation semblait devoir aller de soi? J'ai mentionné ailleurs les vigoureuses résistances, sur ce point, de Cyprien de Carthage, qui proclamait la parfaite égalité de tous les évêques. Le temps a marché depuis lors, mais sans introduire aucune modification bien sensible dans les esprits, en dépit de faits nombreux qui eussent pu les éclairer. Je ne connais rien de plus caractéristique que la manière dont Sulpice rend compte de l'incident qui, en 347, amena les Ariens selon la formule de Rimini, condamnés par le concile de Sardique, à s'adresser à Julius, évêque de Rome, pour se faire réconcilier (CAr. II, 36, 7, 23). Cet appel attestait l'habitude persistante et grandissante de tourner les yeux vers cla Ville» dans les circonstances^ difficiles. Sulpice ne dit pas un mot indiquant qu'autour de lui ce progrès de l'hégémonie romaine ait été aperçu. La lente révolution qui s'accomplissait en ce Textes sens lui échappe. En racontant le voyage entrepris par les ascètes de la Chronique d'Espagne pour se justifier des accusations d'Ithacius, il montre bien plaçant cet Mque Pnscillien allant à Rome et demandant audience à Damase. Mais il U ' rJ^iMliti ^^^^^^^^ ^^'^^ ^^ même phrase que les pèlerins tentèrent aussi de se

f^^^ I. Quand Théodose, résolu à faire triompher Tunité manu miliiari, rédige

tous les autres, ]^ rescrk dont J*ai parlé page 408, pour désigner c U foi » que le peuple doit suivre» il ne s'embrouille pas dans les conciles et dans les canons, il dit : « Soumettez-vous à la religion de Damase et de Pierre, » définissant ainsi le dogme par des noms d'hommes et plaçant sur un pied de pleine égalité Tévêque d'Alexandrie et l'évêque de Rome, les deux prélats les plus en vue. S'il eût écrit dix ans plus tard, il aurait certainement déclaré qu'il fallait suivre la religion d'Âmbroise.

2. Dans sa 229* épttre, il dit : c J'ai failli lui écrire d'homme à homme pour l'inviter à ne pas prendre l'orgueil comme une prérogative de sa dignité. » Et il cite un vers d'Homère qui accentue le sarcasme.

NOTES ET NOTULES Siy

faire écouter par Ambroise, et aucune diftérence n'est indiquée entre les deux démarches. Aux yeux de Sulpice, elles s'équivalent, ce qui marque, je pense, que, devant l'opinion gauloise, Rome et Milan tenaient, religieusement parlant, un rang égal sans suprématie d'un siège sur l'autre >.

Cette suprématie existait cependant et même elle était sentie, sinon Et ctptndant comprise. Non seulement Priscillien, plus sagace, plus attentif ou plus la suprématie intéressé que Sulpice, — Damase était Espagnol, — la proclame quand ^« ''^^* rottiain il écrit à ce prélat : t Tu senior omnium.., omnibus senior et primus;» ^' desstne, et qu'il exalte c la gloire du siège apostolique » ^ ; mais on constate, par des indices répétés, que les décisions du prélat romain, malgré les oppositions africaines et les railleries orientales, prennent peu à peu une valeur universelle. Pontius Paulinus put s'en apercevoir à l'accueil Textes et faits qu'il reçut à Rome après s'être laissé élever à la prêtrise contre les à Vappui, règles que Sirice I venait d'édicter. Cette vigoureuse réprobation, qui atteignait indirectement de plus grands encore que Paulin, est bien un acte véritablement papal.

C'est qu'en dépit de la courte vue des contemporains, l'édifice Mardu hiérarchique, élevé pierre à pierre pendant quatre siècles, allait bientôt ^f^ l'évolution recevoir son couronnement selon les vraies données de l'histoire. p^P^^^' Développé à l'encontre du pouvoir politique, le christianisme, graduellement accru et fortifié par la lutte, était devenu à son tour une machine Comment , pleinement politique : le Catholicisme. Dès l'an 3i i,-* après le triomphe les hommes d'Etat remporté par lui sur la puissance impériale, — il commence à copier P^j^"^ . . l'Empire, à se modeler d'après lui, à lui emprunter ses noms, à s'appro- "* ^tfiTpJîle! prier ses formes et, finalement, à prétendre à commander comme lui à VOrbis Romanus; ce à quoi il ne tarde pas à réussir mieux que lui. Le mot de Prétextatus : c Je me fais chrétien si vous me faites évêque Lt mot de Vettius de Rome, » et qu'on a cité cent fois comme une cynique boutade, n'eut Prétextatus, certainement pas ce caractère, — s'il a été dit réellement. Jérôme est

1. S'il y avait nne tapériorité, les apparences étaient en faveur de Milan. C2ette ville avait pris une situation tout à fait prépondérante par l'effet de la loi que Renan invoque au profit de la seule Rome, à savoir le séjour de la cour impériale. Milan profitait aussi de ce qui, le plus souvent, milita au bénéfice de Rome, réminence personnelle de son pontife. Ambroise est un homme de premier ordre, bien supérieur en intelligence et en vertu à Damase. Aussi y eut-il, en moins de cinquante ans, six conciles tenus dans cette véritable capitale religieuse de rOccident. Dans les incidents de l'affaire priscillianiste, c'est invariablement à Ambroise que s'adressent le clergé et les conciles d'Espagne. Pour atténuer la portée de ce fait, un des récents historiens de l'Église, l'abbé Rohrbacher, n'hésite pas & affirmer qu'Ambroise était le délégué et le nonce du pape.

2. Senior a déjà ici le sens qu'il prendra dans toutes les langues néo-latines, spécialement dans l'espagnole (cf. Traciatus ad Damasum^ 34 et 42). Le langage de Priscillien a d'autant plus de signification que l'hérésiarque espagnol ne ressentait qu'une sympathie fort médiocre pour les côtés centraliste et hiérarchique du Christianisme.

L'Église

copie l'Empire

et peu d peu

le subordonne.

très capable de l'avoir inventé. Prétextatus n'était pas homme à rire en pareille matière. Nous aurions donc ici l'expression sérieuse, amère et profonde de ce que pensait de la nouvelle hiérarchie ce politique expérimenté et cet administrateur éminent. Bien que polythéiste très dévot, Prétextatus s'était, je crois, rendu compte, mieux que beaucoup de catholiques, de l'immense avenir d'un régime qui, plaçant la religion au-dessus de la politique, et la morale au-dessus des intérêts, visait à dominer la société sans toucher au gouvernement et à dispenser le droit sans juges, sans tribunaux et sans soldats. L'attitude de ce vieil ami de Symmaque dans le curieux dialogue des Saturnales est d'un homme trop réfléchi, trop circonspect et trop austère pour qu'on puisse admettre que ce qu'il aurait convoité dans la situation de Damase, c'étaient les gros revenus, les riches carrosses, les somptueux banquets. S'il a parlé de se faire chrétien, à condition qu'on le nommât évêque de Rome, il a entendu exprimer par là l'idée qu'il se faisait de l'énorme pouvoir dont disposait le nouveau pontife, pouvoir différent sans doute de celui de l'empereur, mais tout près de l'égaler et parfois de le subordonner. Il n'aurait probablement pas su donner un nom à cette nouvelle force sociale. Nul alors ne se doutait de ce que pouvait être une puissance spirituelle. Seulement, Prétextatus, politique consommé et vieux Romain, ne met pas un instant en doute que cette puissance, si elle se développe, ne doive finalement placer le pouvoir réel entre les mains de l'évêque de Rome, car cela découle de toute l'organisation de l'empire.

Sulpice croit bien Sulpice, lui, se montre moins sagace parce qu'il n'a aucune expérience des ai&irés. Le côté temporel de la question lui échappe. Mais c'est surtout parce que le phénomène dont il s'agit lui était déjà apparu ailleurs sous des formes plus nobles et plus propres à lui inspirer S3anpathie que la fastueuse et prépotente éminence du prélat romain i . Le vieil évêque de Tours, morigénant le comte Âvitianus, libérant des condamnés, écartant de sa table un préfet du prétoire, refusant la coupe à un empereur, dictant la modération et la pitié à l'usurpateur Maxime, lui semblait représenter mieux que personne cette haute dignité morale qu'il sentait, lui aussi, être destinée à dominer les hommes et les choses.

A vrai dire, c'est un des aspects caractéristiques du pouvoir spirituel, dans sa première phase, de rester proportionnel à la personne qui l'exerce. Sulpice n'éprouve aucune hésitation à mettre sur le pied d'égalité Damase et Ambroise en leur concédant à l'un et à l'autre de grands mérites en tant qu'administrateurs et directeurs; mais sans oublier que le premier avait été un meneur démagogique, trop influent sur les gens du cirque et trop « supporté des dames > , — le mot est de Tille-

I . Cf. les notes de Viia et des Dialogues, où Ton voit comment Martin fondait, à sa manière, le pouvoir spirituel.

pouvoir spirituel, mais il ne le voit qu£ dans Martin.

NOTES ET NOTULES Sig

mont, — et que le second brillait par la fermeté du coup d'œil, l'adresse à se mettre en vedette et une vigueur de décision non exempte de charlatanisme. On ne peut pas se tromper sur les vrais sentiments de Sulpice quand on lit ce passage du Dialogue I, 25, où, à propos d'une question de conduite publique, il déclare que Martin est moralement supérieur à Ambroise, altioris ingenii virum. C'est ainsi qu'au moyen âge, alors que la suprématie de l'évêque romain n'est plus contestée par personne, on vit parfois de simples moines > prendre en mains le gouvernement de l'Église sans ombre d'usurpation et par le simple effet de leur élévation morale et de leur désintéressement.

Ce dernier mot me ramène à la doctrine favorite de Sulpice — qui Sa doctrine est aussi la mienne — sur l'incompatibilité secrète de la puissance et de ^^ . , .

la richesse avec la prétention de diriger les esprits et les cœurs. Il n'est ''«^«Vflf'WW^ pas douteux qu'elle seule avait procuré la réussite du christianisme * moraU^^^ primitif, comme il est certain qu'elle assurera le succès de la religion de ^^^^ (^ richesse. l'avenir. Quand le nouveau culte entra triomphant dans la vie officielle, cette doctrine perdit beaucoup de son prix : cela était inévitable. Â l'époque dont nous parlons, elle commençait à paraître passablement utopique. }e crois même que, par un concours fatal de circonstances, elle l'était réellement devenue. Néanmoins, elle ne perdit jamais sa Justesse vérité foncière. Il y eut toujours dans l'Église des champions pour la àe cetu vue soutenir. C'est évidenmient sur elle que s'appuyait, en plein xiii« siècle, ^àiffiailU heure d'épanouissement du système catholico- féodal, ce Guillaume jfi,nf^^^atiaut Perrault, théologien moraliste, dont mon savant ami Barthélémy Hauréau a analysé les œuvres inédites. Perrault prétendait que, le jour où Constantin fonda la puissance matérielle du clergé, une voix s'éleva, criant : c C'est du poison qu'on veise à l'Église de Dieu! hodie infusum est venenum Ecclesiae Dei ' I » Là se trouvent l'explication et l'excuse du manque de sagacité de Sulpice.

La papauté a pris, dans l'histoire, deux aspects : par le premier, elle Us deux aspects est une force uniquement spirituelle et morale ; par le second, elle est ^« ^f^ papauté un gouvernement comme tous les autres. Au iv« siècle, représentée par A^*»-'^"*» des évêques romains que Sulpice aurait pu connaître, elle était déjà plus avancée comme pouvoir politique que comme pouvoir spirituel en ce sens que Damase, par exemple, a cent fois, en tant que chef administratif, la valeur qu'on pouvait lui concéder en tant que pontife. Ce sont ces inégalités qui empêchent Sulpice de mesurer exactement le degré de maturité et de concentration auquel venait d'atteindre cette hiérarchie dont je viens de donner une rapide exquisse. L'erreur du biographe de Martin ne doit donc nous causer aucune surprise ; elle ne mérite certainement aucun blâme ; bien plutôt, je serais porté à la louer,

1. Saint Bernard, par exemple, le grand admirateur de Martin.

2. Summa de vUiiê, dans le tome XXVIII des Mémoires de TAcadémie des Intcriptiions.

La doctrine

dt Sulpice

et de Martin

sera

celle de l'avenir.

Comme quoi

la

récente destruction

du pouvoir

des papes

a àé un acte

iminenunent

catholique.

car, en se trompant ici, Soipice se montrait catholique au meilleur sens du mot. Je considère, en effet, que l'œuvre par excellence du catholicisme, celle qui place le moyen âge bien au-dessus des temps antérieuFB et qui lui vaudra la gratitude réfléchie des temps à venir, c'est d'avoir ébauché la constitution d'un pouvoir éclairant les esprits et guidant les cœurs en dehors de toute action temporelle. Que cette œuvre ait été compromise dès le début par des nécessités qui réussirent à l'avilir et à la ruiner ; que la papauté ait dû, bon gré mal g^é, prendre rang parmi les principautés civiles, c'est ce que l'histoire peut expliquer et excuser. Mais comme, au fond, Sulpice et Martin avaient raison, un tel événement, conséquence inéludable sans doute de la dislocation catholicoféodale, fut une déchéance et un désastre. Il le fiit à ce point qu'on pourrait dire que la destruction de la puissance temporelle des papes, opérée il y a quelques années, a été l'acte le plus hautement catholique qui se soit produit depuis bien longtemps. A coup sûr, les papes n'y retrouveront pas leur influence ancienne ; mais la part de cette influence qu'ils avaient conservée à travers les misères de la politique, qui allait s'y avilissant de plus en plus, ils la reconquerront pour l'exercer dans les limites de ce qui reste de l'ancienne foi. Ils l'ont déjà reconquise d'une façon surprenante. La masse des fidèles, n'ayant plus à rougir des erreurs conunises et des humiliations subies par le roi de Rome, obéit avec joie et entrain à un chef, d'ailleurs tout à fait éminent, qui est rentré dans la pleine dignité de sa magistrature morale.

Que Npithète

sanctus est ici employée à la romaine.

Athanasium virum sangtum {Chr. II, 36, i, 25); et aussi Judi-

CIUM QUO ATHANASIUS DABiNATUR AD CRIMINA QUAB PALSI

TESTES CONGESSERANT. — Sanctus est ici à la manière romaine pour indiquer la piété, la pureté, l'austérité. Dans l'histoire philologique, et aussi nécessairement un peu morale, que j'ai donnée de ce mot, on trouvera des citations de l'époque classique où il est employé de façon à ce que les portraits de Marius et de Tibérius Gracchus, par exemple, prennent une tournure ascétique ou monastique (cf. t. I, Vocabulaire delaSainteféyp, 141-143, et surtout p. 216-226). Catholiquement parlant, sanctitas n'est plus du tout le substantif catégorique que les écrivains de bonne époque emploient pour désigner un certain ensemble de qualités morales ; le saint catholique n'est pas davantage un homme dont la vie s'est écoulée dans la piété, la probité, la pureté de cœur et de corps. Ainsi compris, ces deux mots, qui ne cessèrent jamais d'être en usage, pouvaient s'appliquer aux vivants comme aux morts; tandis que la sainteté, cathoUco sensu, est une dignité posthume plus active encore qu'honorifique, s'exerçant par intercession et délégation entre le ciel et la terre. Le Saint, par conséquent, est un homme qui a été appelé, après sa mort, à figurer dans la cour céleste et à y participer à la puissance de Dieu en le représentant auprès des hommes vivants. Évidemment, du temps de Sulpice, Athanase ne remplissait aucune de

NOTBS ET NOTULES D2I

ces conditions qui, d'ailleurs, n'étaient alors ni connues, ni formulées, les écrits de notre auteur en ayant fourni la toute première esquisse. Les mots virum sanctum demandent donc à être pris ici au sens classique, et j'ai dû le constater. Mais, d'autre part, ils ont eu, au point de Bnf retour vue paléographique et typographique, une histoire qui mérite d'être sur ia signification racontée avec un peu plus de détails. Flaccius lUyricus, éditeur primitif ^" i^tSatnt - , -,, . ^.^ ' r ^ ' -^xii^j •5- catholico sensu.

de la Chronique^ était fort mexpert à la lecture des manuscrits, ainsi

que je l'ai noté ailleurs en m'appuyant de l'autorité de M. Halm (cf. Sitzun^richte der kônigl. Bctyer. Akadem, der Wissenschaften, i865). D avait déchiffré de la façon la plus inattendue les deux vocables qui nous occupent. En relisant (su^^a,p.79) la note sous-paginale où je les reproduis cafaC'Sitnile d'après le manuscrit unique de la Bibliothèque vaticane, on s'étonnera peut-être que virum sanctum ait pu être changé en jurisconsultum. Quoi qu'il en soit, cette singulière inadvertance, religieusement maintenue par tous les éditeurs postérieurs ', non compris Halm, bien entendu, a eu le don de provoquer d'assez amusantes divagations. J'ai cité M. Herbert, le plus récent traducteur français de Sulpice Sévère (collection Panckoucke). Latiniste exercé, de style coulant et bien roulant, M. Herbert se montre tout à fait étranger au vocabulaire latino-chrétien du IV siècle. Dans le cas actuel, son habitude de chercher des équivalents dans le lexique général, sans souci des conditions historiques, l'amène à un gros anachronisme de langage. Faire d'Âthanase un homme savant en droit civil lui aurait paru, à juste titre, une absurdité. C'est pourquoi il se tire d'affaire en attribuant à cet Découverte ouvrier principal de l'œuvre de Nicée une grande connaissance du droit ingénieuse

canon. Pour lui : jurisconsultum égale bon canoniste. Assurément, . « "« A^i ^^^ • t^ »?. ^ »^ 1 . j . «ton canoniste

Athanase peut être signalé comme n'étant pas étranger a ce qm devien- antérieur

dra — plus tard, bien plus tard — la science canonique, puisqu'il fut a la création

Fauteur des premiers € canons » investis de l'autorité générale que du droit canon,

donnent à leurs travaux les conciles œcuméniques. Mais qualifier

d'expert en un ordre de connaissances encore à naître celui qui en a

élaboré les éléments primordiaux, c'est trop raccourcir les distances.

Autant vaudrait appeler € bon canonnier» le moine Roger Bacon,

inventeur probable de la première formule pour fabriquer la poudre.

Des c canonistes », il n'y en aura que six ou sept siècles après la

mort d'Athanase.

Maintenant, j'ai aussi relevé une autre interprétation encore plus

I . Jérôme de Prato, qui ne connut le codes vaticanus que par Tintermédiaire très insuffisant de son oncle Tabbé Trurio, avait pourtant entrevu la nécessité d'une correction. S'éclairant de cette phrase de saint Hllaire sur Athanase : fidei v€hem€n9 auciar et veri tenax, il supposait que Sulpice avait dû la lire et qu'ensuite il t'était efforcé, en son style plus concis, de la rendre par : virum eontianUm. C'était la modification, aussi ingénieuse que plausible, d'une erreur maaifsste. Mais, sauf Jacob Bernays, nul ne tint jamais compte des observations du «agace oratorien.

Goo^^

inattendue et qui vraiment tient la corde sur toutes les autres. Elle se

lit au tome III de V Histoire de l'Église au IV^ siècle^ par M. Albert de

Broglie. Je m'étais promis d'écarter de ce travail toutes les petites

polémiques se rapportant à nos écrivains contemporains, quand voici

un paquet de notes, prises il y a bien longtemps, hélas! qui me tombe

fortuitement sous les yeux et met à néant mes belles résolutions. M. de

Broglie, après tout, est un historien trop remarquable et son ouvrage a

trop de chances d'être consulté sur une époque que le public éclairé

aurait, selon moi, grand intérêt à bien connaître; je ne me priverai

Comment donc pas plus longtemps d'en signaler les mérites et les beautés. Sur le

Athanase Jurisconsultum de Flaccius, Gibbon, toujours alerte et attentif, avait

fut transformé remarqué que ni la vie ni les écrits de l'évêque d'Alexandrie ne lais-

en ofocat retors ^^^^ apparaître fÛt-ce l'ombre d'une semblable qualité. Mais aussitôt,

tris fort en droit. ^* ^^ Broglie intervient et s'écrie : € Il n'en est aucune, au contraire,

qui soit, chez Athanase, plus apparente ; > et peu s'en faut qu'il ne nous

déclare que le leader du concile de Nicée fut moins théologien que

légiste. Un homme de loi, monsieur; homme de palais; avocat d'affaires,

à la logique incisive ; d'autant plus redouté, qu'il arrivait toujours avec

un dossier de pièces en bon ordre, dûment numérotées et étiquetées.

Sagacité éPesprit Au surplus, cette qualité était si bien connue qu'un historien le nomme

etsoUdité « l'évêque jurisconsulte ». Ainsi parle M. de Broglie % et voilà certes

de critique ^nç démonstration vivement et brillamment menée. Au ton de certitude

de auteur ^^j ^ éclate, on devrait penser que le narrateur, pour appuyer des

cette remarquable ^^^^^^ ^ c^ point précis et circonstanciés, possède lui aussi une ample

opération, provision de documents officiels, avec ou sans étiquettes. 11 n'en a pas

d'autres pourtant que le jurisconsultum de la Chronique; et cette

épithète, d'où son imagination avait su tirer un portrait si complet et

si richement coloré, n'est rien qu'une lourde bourde paléographique.

Longtemps les amateurs d'histoire pittoresque regretteront ce curieux

Athanase, avocat retors, madré, avec sa serviette pleine de fiches sous

le bras.

N'exagérons rien pourtant. Même après la suppression ou plutôt la

transformation du mot c jurisconsulte >, il ne manque point de détails

singuliers et émouvants dans la biographie de l'évêque d'Alexandrie.

S'il ne fut pas homme de palais, du moins une partie de son existence

se passa-t-elle à lutter contre un verdict aussi erroné qu'inique et à fiiir,

de ville en ville et de pays en pays, poursuivi conmie un criminel de

Athanase droit commun. Feuilletés au vol, les textes contemporains qui s'occupent

criminel de droit du conflit arien, semblent presque exclusivement consacrés à ces trois

commun,

adonne d la magie ^ ^ Athanaee serait là, devant eux, Tévêque jarîaconsalte, comme rappelle an noire, ^ historien {Chr, II, 36). Il arriverait, suivant sa coutume, les mains chargées

» d'un dossier de pièces officielles, étiquetées, classées avec un soin méticuleux. » Il prendrait pour les confondre la précision de l'homme de loi et la logique » simple de l'avocat. Ces qualités étaient si bien connues que... etc., etc. » (Suit la citation de FlacciUs.)

Goo^^

questions : Athanase a-t-il violenté et maltraité le prêtre Ischyras ; a-t-il sacrilègement détruit les vases saints et réduit en ruines l'église mêlécienne où ce prêtre officiait dans la Maréote ? A-t-il tenté de séduire et, n*y réussissant pas, a-t-il pris de force une veuve ou vierge sa pénitente? A-t-il enfin mis à mort Pévêque Arsène, — mélécien aussi; les partisans de Mélécius semblent avoir été, au cours de ces querelles, tout autant excités que ceux d' Arius ; — et du cadavre de cet Arsène avait-il détaché un bras pour le dessécher en vue d'abominables pratiques magiques? Ces trois chefs d'accusation, le dernier l'emportant de beaucoup sur les deux autres, furent admis comme fondés par le concile de Tyr en 335. A partir de cette date et pendant de longues années, toute assemblée, — synode, concile, conciliabule ou couvent, — qui se réunissait dans l'empire, débutait invariablement par demander à chacun de ses membres s'il souscrivait ou ne souscrivait pas à la sentence portée contre Athanase : in damnationem Athanasii subscribere» J'emprunte cette formule au récit de Sulpice qui, tout écourté qu'il soit, U dogme la reproduit à plus de dix reprises. Les difficultés concernant la subs- de la

tance diverse ou pareille, semblable ou ressemblante^ du Père et du consubstantialiti Fils, ne venaient qu'après; ou plut/^t, le problème de la culpabilité de . . iti-fj l'évêque d'Alexandrie les contenait toutes. A ce jeu, il devait arriver et ^'Athanase. il arriva que le grand fondateur du dogme de la consubstantialité finit par contracter, bon gré mal gré, la physionomie d'un homme toujours assis sur la sellette et sans cesse occupé à se défendre contre d'humiliantes incriminations. C'est ce qui excuse ou du moins explique un peu l'écart d'imagination de M. de Broglie, un personnage si souvent assailli de réquisitoires, n'ayant pu ûdre autrement que de devenir fort en droit.

Or, moi aussi, partant des tribulations juridiques qu'Athanase avait eu à subir, j'ai essayé de c tirer le portrait » de ce héros de la haute période épiscopale sous des traits où, bien que scrupuleusement historiques, ne manquent ni la nouveauté ni le pittoresque. J'y trouvais l'avantage de rattacher mon développement final sur la mag^e au nom illustre de l'adversaire d' Arius. S'il éveille chez chaqun l'idée d'un penseur transcendant, doublé d'un tribun redoutable ; s'il est pris pour modèle du théologien homme d'État; audacieux dans la lutte; plein de retenue et d'habileté dans les négociations; fort capable d'ailleurs de devenir un très hardi démagogue, ainsi qu'il le fit après l'avènement de Julien; en revanche, bien peu l'ont entrevu sous sa figure de Magus ou de Maleficus, comme on appelait alors les sorciers. Pour les gens Immense notorUU du IV« siècle cependant, cette qualification le désignait plus qu'aucune dece grand Mque autre; et nul n'en sera surpris (cf. supray p. 132-41 et 321-28) si j'ai ^^'Z^'I^Éf"^ réussi à faire exactement comprendre les dispositions générales de l'époque. Rien de plus décisif en tout cas pour les mettre en saillie que l'étrange notoriété qui entoura ce grand nom. N'allez pas supposer qu'il n'y eut là qu'une impression superficielle et fugitive. L'affaire avait eu

ou sorcier. * I

Goo^^

Histoire

du bras itssichi

iT Arsène;

et succh d'horreur

qu*ellt obtint

daant le concile

de Tyr,

Valeur

représentative

de r accusation

contre Athanase,

beau se présenter sous des formes colossalement absurdes, on y croyait tout de même, plus ou moins. Lorsque les prélats dénonciateurs apportèrent à l'empereur, dans un mystérieux coffret, le bras momifié d'Arsène, Constantin, loin de leur rire au nez, ordonna très sérieusement qu'un concile serait convoqué, constitué en tribunal et placé sous la haute surveillance du comte d'Orient, Ârchélaûs. Le président de la province de Phénicie, de qui dépendait la ville de Tyr et un légat a latere, représentant direct de la personne impériale, devaient lui être adjoints. Il est à noter que ces précautions exceptionnelles, qu'un évident esprit de défaveur à l'égard d'Âthanase avait dictées, eurent, en fin de compte, pour résultat de l'empêcher d'être écharpé par la populace. Ce fut aussi avec un parfait sérieux que les évêques réunis à Tyr, — les mêmes à peu près, semble -t-il, qui, dix ans plus tôt, avaient délibéré à Nicée, — procédèrent à l'examen des faits coupables reprochés à l'évêque d'Alexandrie. On le laissa d'abord démontrer qu'il n'avait ni violenté I8ch3rras, ni détruit une église qui n'exista jamais. U put aussi victorieusement se défendre d'avoir violé la religieuse mélécienne, cette coquine n'ayant pas même pu le reconnaître, car elle prit pour lui, dans le prétoire, un des clercs témoins au procès. Mais quand il voulut établir par la même méthode qu'Arsène n'avait été ni tué ni mutilé, puisqu'il était là, vivant, bien portant et muni de tous ses membres, une protestation violente s'éleva. Encore sous l'impression de la sinistre boîte qui venait d'être portée autour de la salle avec son bras humain desséché, — à l'indicible dégoût et à l'horreur intense c des âmes religieuses et aussi des âmes viles 1, dit Socrate, — l'assemblée ne permit pas à l'évêque d'achever sa démonstration. Un crit sortit des poitrines : L'Arsène ainsi présenté n'est qu'un fantôme évoqué par les prestiges magiques d'Athanase ; ce sorcier a osé tromper les juges par ses fantasmagories; c il ne doit pas rester en vie, > hurlaient les plus exaltés; et la foule s'unissait à ces cris de mort. Toute l'énergie du comte d'Orient fut nécessaire, aidée encore de la peur qu'inspirait le légat impérial, pour arracher le malheureux évêque à ces furieux '.

Voilà les incidents qui, relevés par la Chronique, ont servi de base, selon la constante habitude de ce commentaire, à mon troisième et

I. c Fragor omnium refiente attollitur, magum esse Athanasium, et decipère intuentium oculos conclamatur; nec dehere, nullo modo, ialem hominem vivere. > (Socrate, Hist. ecclés.j I, 23.) Socrate était pourtant favorable à Athanase. Soromène, qui l'était aussi, constate de même la quasi-unanimité du mouvement : c Tum accusatores, ium multitudo vociferari cepU Atkanasium, velut prœstigiaiorem, penitus e medio to^lendum, » (II, 24.) L'intervention de la multitude, outre qu'elle confirme bien ce que j'ai dit des violentes habitudes de la vie publique religieuse, marque nettement l'opinion courante vis-à-vis de ces questions de sorcellerie. Au surplus, tous étaient c multitude » en cette matière. Croiriez-vous que le grand Augustin cite la Vin* Églogue de Virgile comme une preuve que les magiciennes pouvaient faire passer une moisson d'an champ dans un autre champ ?

dernier « petit essai > sur les développements graduels de la magie. Seulement, comme ce travail a pris des proportions fort étendues, — la situation et l'importance des arts magiques, au iv« siècle, n'était pas un petit écheveau à débrouiller, — et qu'il appartient moins à ma présente enquête sur Sulpice Sévère qu'à l'étude spéciale que îe compte publier sur Priscillien, je l'ajourne pour laisser la place à d'autres matières plus urgentes, me bornant à le résumer très sommairement. On a vu que la magie, purement religieuse à ses débuts, avait ensuite été placée sur un pied de concurrence avec la religion, pour enfin se transformer, par l'appui des textes bibliques et évangéliques, en une catégorie de délits sut generis aussi faciles à qualifier qu'impossibles à définir. C'est l'état où elle avait atteint au iv^ siècle, avec cette circonstance nouvelle que des tentatives venaient d'être faites pour y introduire certaines distinctions € scientifiques > et une sévère méthode de classement. Par exemple, Tacte imputé à Âthanase constituait un cas de magie noire ou € goêtie >, selon les définitions de Jamblique. On ne doit pas oublier, en effet, que sur ce terrsdn les philosophes de l'école néo- platonicienne firent souvent assaut d'activité avec les chrétiens et les dépassèrent. Ils traitent les mêmes chimères avec autant de sérieux, en employant des formules plus classiques et des noms un peu différents. C'est par eux que fut dressée la première esquisse d'une liste de toutes les variétés de magie,

— la divine, la surnaturelle, l'humaine, la démoniaque, la cérémonielle,

— si passionnément étudiées plus tard dans leurs livres par les érudits de la Renaissance italienne. Je ne voudrais pas afirmer qu'à l'heure où écrit Sulpice, l'art de classifier eût atteint le degré de perfection que devaient lui donner l'Inquisition et les Parlements. Mais les principales lignes étaient posées; notamment l'existence d'une magie salutaire, légitime, bienfaisante, à côté d'une magie dangereuse, funeste et criminelle. Jamblique (De Mysteriis Egyptiorum) formule cette division en termes qui, d'ailleurs, n'ajoutent rien à ce qu'avaient dit les autres théosophes de la même époque et Platon lui-même. A l'aide des esprits intermédiaires, l'homme peut s'unir soit avec le principe bon, soit avec le principe mauvais; entrer en commerce avec lui, se le concilier, moyennant certains rites soigneusement observés; ce dernier détail explique le nom générique donné à la magie cérémonielle. Spécifiquement, on appelait goêtie, yo^tefa, les relations avec les êtres méchants ; théurgie, OeouprCa, le commerce avec les bons. Suidas ajoute bien à ces deux termes celui de pharmacie, 9ap(t(xxi(a, exprimant l'action de qui fut prendre une préparation rendue mortelle par voie d'incantations^ mala carmina, disaient les Douze Tables; mais ce n'est pas là une branche distincte : c'est l'empoisonnement pur et simple. La théurgie correspondait donc à ce qu'aurait pu être sous le Christianisme l'invocation des anges en vue d'obtenir quelque avantage matériel. Elle s'adressait aux bons démons. La goêtie, au contraire, en l'absence des démons mauvais bien caractérisés, avait dû recourir à l'évocation des

Pourquoi

pajournt

mon

troisième essai

sur la magie;

et sur la place

inorme qu'elle occupa à cette époque.

Comment

lu

nAhpldtoniciens

Pitudièrent scientifiquement.

Delagoitie ou magie noire.

Us quatre crises de sorcellerie dans Ammien.

L'affaire d*Athanase, vrai prélude

de celle de Priscillien.

morts, qu'elle obligeait, par contrainte, à obéir à ses sommations. C'est même pour cela qu'elle avait reçu son nom, lequel se rapporte aux gémissements entendus autour des tombes lorsque les sorciers y pratiquent leurs rites affireux '. Le bras desséché d'Arsène rangeait Athanase parmi les goûtes.

D'autre part, se produisaient à peu près vers la même date et en très grand nombre des incidents qu'a recueillis Ammien Marcellin et racontés par lui avec amour. Il nous montre les poursuites contre les suspeèts de magie, se multipliant en Orient et en Occident; et les lois s'enrichissant de textes de plus en plus durs et féroces avec le dessein d'épouvanter et d'anéantir les sorciers. Le penchant vers les € arts curieux > n'avait pas cessé de s'accroître : aries noxiae, nefandae^ ainsi que les qualifie Ammien. Les magiciens remplirent donc l'empire chrétien d'un bruit continuel. Seulement, sous la plume du vieux soldat resté fidèle au polythéisme c comme il faut > de la haute société romaine, tout un côté du tableau nous échappe, le plus nouveau et le plus profond peut-être, car l'écrivain laisse à l'écart les éléments de sombre poésie apportés dans la question par la Bible, les Evangiles et la propagande manichéenne. Ammien ne connidt guère que le délit de divination coupable, l'envie criminelle de pénétrer l'avenir afin de se procurer des héritages, spécialement l'héritage impérial. On n'imagine pas avec quelle fréquence et aussi avec quelle sottise inouïe, ce mobile surexcitait alors tous les rangs sociaux, amenant les scènes les plus plaisantes du monde. Je n'hésiterais pas à m'engager à vous faire rire quand je vous exposerai d'après lui les quatre crises de sorcellerie, à cela près que le comique en est vite effacé par les horreurs de l'issue. Il faut Ûre comme type l'histoire de Barbation, Maître de l'infanterie, brave soldat, bon général, rendu imbécile par un essaim de guêpes qui s'était posé sur le toit de sa maison. On s'amuserait de bon cœur de ce grotesque aspirant à la pourpre et de sa femme Ass3nia, si leur folie ne prenait fin au milieu d'une mare de sang (cf. xvili, 3). Dans l'affaire d' Athanase, au contraire, les apparences restent toujours lugubres. Les pratiques magiques, s'y mêlant à la religion et à la débauche, laissent entrevoir ce que le tnalefecium avait de plus sinistre ; et c'est grâce à cette coloration bien marquée qu'il pourra utilement me servir de prélude à l'exposition détaillée du procès de Priscillien.

Les erreurs

de Sulpice

sur les faits

et les doctrines.

CoNSTANTiNUS... APUD Sardicam (Chr. II, 36, 5, II). — C'est à l'occasion de cette bévue, qui prolonge de dix années la vie de Constantin, que mon prédécesseur, Charles Sigonius, s'écriait : quam veUem hcmc partetn nunquam attigisset Suipicius/ Ce regret que notre auteur ait abordé l'histoire de la querelle arienne alors qu'il devait commettre maintes erreurs en la racontant, je suis très loin de le partager.

I . Sic dicta a pianctu qui fit circa sepulchra (Suidas ad verbum p. xn. 2o3).

Il est certain que la Chronique ne servira de guide à personne en ce

qui regarde l'exacte exposition des faits et des doctrines. En revanche, Elles

les méprises de cet ordre sont largement compensées par la représen- st compensent

tation si vivante, si réelle, si animée qu'on y trouve de la vie publique . P^'^ ,

religieuse de ce temps-là. Un peu plus haut, Sulpice accuse Constantin J^J^^fP^^^^''^

d'avoir persécuté, dès le début de son règne, les évêques orthodoxes : ^reUgUuse!^'^

vim persectUionis exetcuit. Les faits qu'il signale eurent, au contraire,

lieu dans les dernières années de la vie de Constantin, et la persécution

consista uniquement à exiler Atbanase en vue de pacifier la ville

d'Alexandrie.

A Julio, Romanae urbis... veniam poposcbrunt (Chr. II, 36, Upapauti 7,23). — Le concile de Sardique proclame l'absolution d'Athanase et, se fonde; par suite, frappe d'exclusion ceux qui l'avaient condamné. Ce concile, ^ Sulpice si l'on en croit Sulpice, eut pour résultat que les chefe des € Arriens >,"***" ^"^' P^^se voyant séparés de la communion, s'adressèrent à l'évêque de la € Ville » pour être réconciliés : a Julio, Urbis episcopo, veniam popos- y ^ cerunt. Cet hommage à la sug^éjoatie ou à la pij^^tie du siège romain ' '

est constaté, mais non compris par Sulpice. Il n'était pas le seul de y> — ^ son temps à ne point discerner la formation graduelle d'un pouvoir ^ central placé aux mains de l'évêque de Rome.

PHOTINUS VERO... INITIUM CHRISTI ex Maria PRABDIGABAT Oùen^toï/cai/te (Chr, II, 37, 4, 6). -* Il est fort possible que Sulpice ait tiré ses informa- de la vierge Marie tions sur I^otinus du De Fide, rédigé par Ambroise en 377 ou 378, sur <»« f^* ^^^' la demande et pour Tusage de Gratien (cf. Migne, t. XVI, col. 548), et où on lit une phrase semblable à celle que nous commentons. Priscillien (dans Schepss, 38, 1 3) se donne beaucoup de mal pour établir qu'il blâme les photiniens. Rien de plus obscur que ce qui a été dit sur l'erreur spéciale de Photinus. Je n'ai nulle envie de l'éclaircir en analysant le De Fide, Sans doute, iniiium Christi ex Maria signifie que Jésus était né de Marie et de Joseph, non du Saint-Esprit. La seule chose qui m'intéresse, c'est, tout en indiquant une des lectures probables de Sulpice, . «, d'attirer l'attention sur le fait que le nom delà mère de Jésus se trouve prononcé dans la Chronique sans être accompagné ou suivi d.'£^lcun ' des termes de révérence que l'on avait déjà pris l'habitude de lui ' consacrer.

A ce goint de vue^ la dififérence est frappante entre Jérôme ou Au- Rapports étroits gustin par exemple, et^rpîcè.'Of, c^èsf un des objets de notre travail tntre ce culte de marquer le de^ré exact de développement auquel telles formes de ''

dévotion, de croyance ou de pratique, destinées' à devenir essentielles, '« ^ «^'« «'^ wi/itt. étaient parvenues vers l'an 400, particulièrement celles qui se rapportent au culte des saints. De toute évidence, la divinisation graduelle de la vierge Marie rentre, à ce titre, dans mon sujet. En général, même, on s'imagine qu'elle doit être considérée comme tenant le premier rang.

Goo^^

PBTITS ESSAIS

Antériorité

évidente de uluind.

Que Sulpice ignore les innovations

apportées par Augustin

chronologiquement autant que dogmatiquement, dans cette institution qui fut la véritable religion populaire du moyen âge. Un écrivain hautement compétent, M. Hamack, affirme € que Marie y joua le principal > rôle; elle seule était parvenue à être une grandeur dogmatique». Il y a là une erreur de perspective, la proposition étant vraie ou fausse, selon l'heure où on la place. Quand Sulpice écrit, la sainteté catholique, en tant que fonction céleste, est déjà très avancée. De fait, Martin et son biographe en parachèvent la construction; tandis que le culte de Marie posait à peine ses premières assises, et je crois bien ne point me tromper si j'ajoute que Jérôme ni Augustin n'avaient pas encore (4o3) émis leurs opinions sur ce sujet. On sait que leur vie dépassa, pour l'un de quatorze ou quinze ans, pour l'autre de vingt-cinq ans et plus, la date probable de publication de la Chronique. A ce propos, je dois me reprocher, spécialement à l'égard d'Augustin, de n'avoir pas assez — en violation de ma règle de la stricte contemporanéité — marqué, quand je le citais, qu'il appartint, comme autorité chrétienne, beaucoup plus au V® siècle qu'au iv«. On a vu q"^ Sttlp^'cr "** ^(\nj^t^f\nnajMaji^\^^f\n^ '■" "léché original Jcf. t. I, p. 134). On peut ajouter que notre auteur

^Ox

S^-JV

resta^itiang^ aux principiaux mobiles de la piété..nouveUe, presque

tous imaginés ou systématisés par le puissant écrivain des Confessions.

lamîa dévotion L'action quasi magique des sacrements; l'idée^uejajnort du Christ

aie dogme. ^9^^^]^^^^^ ^^ « payement » fait à Dieu en'ëcliange du salut, idée qui

exaspère tant aujourd'hui lés universalistes d^AmeHqûeTIa possession

immédiate de Dieu par la vue et par la jouissance qu'on en tire si on est

sauvé ; les peines infligées temporairement aux réprouvés du Purgatoire ;

enfin, et cela rentre dans notre objet actuel, les assertions emphatiques

concernant la pureté perpétuelle de Marie et l'état intact dans lequel ses

organes sexuels furent laissés par la conception et la parturition, toutes

ces données, familières à Augustin, Sulpice les ignore. La dernière, au

surplus, si capitale dans le système qui visait à déifier la Vierge, ne fut

vraiment réglée que par la décision du concile œcuménique de 428,

condamnant l'opinion de Nestorius. La nature divine du Christ, disait

cet évêque de Constantinople, fut toujours séparée de sa nature

humaine. Or, il était clair que si les deux natures coexistaient sans se

mêler, Marie avait dû donner naissance non au Dieu, mais à l'homme.

On pouvait donc dire « mère de Jésus >, mais non pas c mère de Dieu »,

Que la déification deoioxoç. Évidemment, ce n'est que lorsqu'on eut décidé que le Verbe

de Marie était uni à la chair, que chair et Verbe faisaient un seul Christ, qu'il

fut possible devmt possible d'attribuer à Marie de véritables fonçtignskde déesse.

seulement après tt f * x • t' ~^r"7 — ^^— -^-x^

sa reconnaissance ï^*"™*^^ remarque, avec toute raison, que le mot Oeoroxoc devînt un

officielle drapeau aussi âprement contesté et aussi passionnément défendu que

comme mère l'âfioDuaioc de Nicée. Mais ce fait nous transporte bien au delà de l'époque

de Dieu, que présentement nous étudions. Voici, en effet, approximativement

esquissée^ la marche que suivit la formation de ce concept :

Pendant la période proto-évangélique, celle que représentent tradi-

tionnellement les écrits attribués aux disciples, Marie passa pour avoir donné le jour à Jésus le plus naturellement du monde et en: conséquence de son mariage avec Joseph. Dans les opuscules immédiatement posté- Formation rieurs (Évangiles de l'enfance), Marie continue à être représentée graduelle comme l'épouse dé Joseph, de qui elle a eu plusieurs enfants : seulement, ''* ^* concept il est dit, à propos de Jésus, que ce fruit de son ventre a été conçu sans la participation du père putatif. Un peu plus tard, on se hasarde à affirmer que Marie ne fut déflorée ni par la conception de Jésus ni par celle de ses frères et sœurs. C'est à peu près à cette date qu'Irénée établit le célèbre contraste entre Héva et Maria : la première, séduite par les- paroles d'un ange qm voulait l'éloigner de Dieu; la seconde, invitée par le discours d'un autre ange à porter Dieu dans son sein (cf. Bréviaire romain, Été, p. 14). De là devait partir l'habitude de considérer la mère de Jésus comme ayant été désignée par Dieu dans son discours au serpent de l'Éden : c Celle-ci t'écrasera la tête, ipsa conteret caput tuutn (Genèse, III, 1 5). Cependant, au cours de longues années, aucun indice bien marqué ne révéla la continuation d'un tel mouvement. Il semble que TertuUien, Cyprien, Hilaire n'aient jamais dirigé leurs préoccupations de ce côté-là. Aux approches de la date où Sulpice commence à penser et à écrire, je vois Âmbroise n'éprouvant pas le moindre scrupule à établir un parallèle entre Thécla et la vierge Marie : < Quand Marie t'aura appris à conduire ta vie, dit-il à sa sœur Marcella, Thécla f enseignera le courageux sacrifice de l'existence. 9 II allait même jusqu'à comparer Hélène, mère de Constantin, à Marie, mère de Jésus : nia generatum docuit, illa resuscitatum. Ce sont là de grandes familiarités. Néanmoins, au même moment, le mariage de Joseph était présenté comme une formalité purement extérieure. Dans cette union apparente, Tépoux et l'épouse s'étaient maintenus purs tous les deux, conservant l'un et l'autre leur virginité intégrale. Cette appréciation fut, notamment, soutenue par Jérôme, qui ajoutait que les frères et les sœurs de Jésus n'avaient été que des cousins. Simultanément, l'opposition entre Eve et Marie reprenait faveur et se préparait à revêtir des airs de dogme. On le constate quand Augustin déclare que la femme Son

nous a valu la mort et que la femme aussi nous a reconquis la vie avec premier contact le salut : Heva corrupta secuta est seduciorem, Maria intégra peperit ^*''^ '' dogme, Salvatorem^ , Ces formules se rapprochaient de plus en plus du moment où la participation active de la Vierge à l'œuvre de la Rédemption allait devenir officiellement reconnue. Seulement, de telles nouveautés — où se marque si bien, d'abord, la croissante révérence qui entourait le couple des parents du Christ, ensuite la prise chaque jour plus forte que la Vierge idéalisée exerçait sur les imaginations — soulevèrent aussitôt de très vives résistances. J'en ai trouvé la trace dans mes

I. Voir dans notre 1. 1, p. 141, Tétrange rôle que Priscillien fait jouer à Eve avec le démon Sacla.

Goo^^

53o PETITS ESSAIS

courses à travers le Panarium d'Épiphane, et je crois devoir la relever de préférence à plusieurs autres.

Contemporain et ami de Jérôme (voir plus haut ce que je dis de leur triste campagne contre Origène), Épiphane classe dans la soixante-dixneuvième des hérésies de son étonnante collection, les partisans de la Comment Pex-Juif divinité de Marie, qu'il appelle collyridiens. Or, ces partisans ne sont Epiphane que des femmes ; de misérables femmes arabes qu'il traite avec le derqualifiait ^àtt mépris ' : € Saisies de démence furieuse, dit-il, elles ont introduit dtdiaboliqiu j^^ric dans leurs dévotions comme on eût fait d'un Dieu: Mariam pro Deo introducere student. C'est là une entreprise stupide et vaine; mab plus encore impie, blasphématoire, abominable, diabolique, l'esprit pervers ayant pu seul Pinspirer : diabolicum opus et spiritus immundi doctrina. > Elle va, en outre, très directement contre les idées de Jésus, qui disait à sa mère : < Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi? » J'ai exposé plus haut le peu de cas que l'on faisait des femmes, quelles qu'elles fussent, dans le milieu judéo^hrétien. Épiphane est le représentant attardé de cette ancienne opinion, et il l'expose avec une remarquable radesse. Certes, Marie était vieige (il lui concédait ce point) et digne d'être honorée, mais non adorée. Le prophète ÉHe, lui aussi, resta vierge; de même, l'apôtre Jean ; de même, Thécla ; ce n'est pas un motif pour les adorer. Dieu a défendu qu'on adorât les anges; à plus forte raison, cette loi s'applique-t-elle à une iemme bien connue pour être la fille d'Hannah, engendrée par elle dans des conditions pleinement humaines, à savoir, comme tout le monde, moyennant de la semence d'homme répandue dans un sein de femme : non praeter hominum naturam sed, sictU omnes, ex semine et utero tnulieris (Hères. 79}. Ainsi parlait l'évêque de Constance en Chypre ; et le latin du Père Petau est un peu moins grossier que le grec de ce juif, plus familier avec le Testament hébreu qu'avec la littérature de l'Hellade. Ce détail de la biographie d'Épiphane a, d'ailleurs, sa signification. Converti d'hier, fortement attaché aux principes du plus strict monothéisme, il se révoltait contre la moindre apparence d'un retour vers les penchants anthropomorphiques des c Gentils». Sulpice, lui, Sulpice, lui, était dans un tout autre état mental, on le sait. Bien loin ne dit point de mal d'éprouver des répugnances pour le culte des Saints et pour l'emploi du culte de Marie; rituel des images (les deux horreurs d'Épiphane avec l'adoration de il hgnore. ^^ Vierge), il travaillait de son mieux à propager l'usage des figures pieuses sculptées ou peintes ; et à procurer une situation céleste aux hommes éminents par leur sainteté. Cependant, et le fait n'en est que plus remarquable, ni dans la Chronique, ni dans la Vie de Martin, ni dans les Dialogues, on ne trouve un mot en l'honneur de la c mère de Dieu»; ce qui prouve bien qu'il ne connut pas Marie comme telle.

I . Mulierea in Arahia hanc vanitatem invexerunt, ni in nomê» semp$r virginis CoUyridem quamdam sacrificant.

NOTES ET NOTULES 53l

Quand il en parle, c'est par son nom tout sec qu'il la désigne. Nous verrons Martin, imitant Épiphane, la mettre couramment sur le pied d'égalité avec Thécla.

Les amis des généralisations hâtives pourraient être portés à voir dans ces remarques un indice précurseur des difficultés que devait soulever, au pays de Gaule, la divinisation de Marie. En ce cas, ils ne manqueraient pas de rappeler qu'à la veille du concile qui allait proclamer dogmatiquement l'immaculée conception, un prêtre français < antimariolâtre 3 assassina M^^ Sibour pour le punir d'avoir favorisé la nouvelle déesse. La vérité, c'est que l'adoration de Marie, — occidentalement parlant, car le culte de la panaggia orientale a un autre caractère : elle n'est ni < reine du ciel > ni < mère des douleurs >, — cette adoration, dis- je, ne s'est largement développée qu'en Italie et en Espagne, surtout par voie populaire; le clergé éclairé se montrait prudent, même défiant, sans doute, parce qu'il redoutait une déviation trop visiblement contraire au principe de l'unité divine. Dans une lettre Ce qu'en a pensé intime adressée à M. d'Eichthal, Auguste Comte suppose que, 4 sous Auguste Comte.

> l'impulsion des croisades, le catholicisme tendit spontanément à se

> transformer en positivisme, d'après la prépondérance croissante de la

> Vierge sur Dieu. » Ce mouvement fut arrêté par la Réforme protes^ tante ; ou plutôt, pendant qu'il disparaissait totalement de certains pays, ailleurs, en France sans doute, il était comprimé et altéré. En revanche, l'Europe méridionale le vit se développer jusqu'à devenir capable de faciliter le passage du régime catholique au régime positif. Je ne suis pas trop disposé à accepter une telle appréciation comme historiquement valable. En tous cas, je préférerais de beaucoup la formule, à la fois plus réservée et plus nette, que le grand penseur sut donner ultérieurement à sonidée, quand il dit « que la Vierge servira peut-être un jour d'intermé- » diaire entre le régime moral de nos ancêtres et celui de nos descen- :> dants, en se transformant pour personnifier l'Humanité. » Il est certain que jamais l'amour universel, dont la poursuite gît au fond de toutes les grandes religions, ne rencontra un plus suave S3rmbole. L'adoration des peuples occidentaux, lorsqu'elle se tourna vers la Vierge-mère, venait de quitter cette Rome que, naguère, elle avait si profondément chérie (cf. passim mes notes sur le culte de Rome et d'Auguste), moins, il est vrai, pour la tendresse de sentiment qu'elle éveillait que pour la sécurité, la prospérité et la gloire qu'elle avait toujours procurées à ceux qui se couvraient de son nom. L'image' qu'on se faisait de Rome, d'ailleurs, resta toujours assez vague et indécise; et, sa providence n'étant pas directe, ne put jamais être complètement appréciée. La vierge Marie, au contraire, eut bientôt une histoire, laquelle. Efficacité partant de la conception de cette créature idéale pour aller jusqu'à et bienfait son entrée au ciel ou «Ascension», fut comme le double di^ du culte dt Mai ie l'histoire de son fils. Elle devint alors l'espoir de tous, depuis ^^ f^^H^^l^ l'humble affligé dont elle était la consolatrice jusqu'au noble cheva-

le moyen âge.

Goo^^

lier qui rappelait «sa damei. Ce phénomène moral se reflète vivement dans les délicieuses litanies que l'Église récite encore : Reine des anges, Reine des patriarches, Reine des prophètes, Porte du ciel. Étoile du matin, Étoile de la mer, disent-elles pour marquer les titres de Marie comme Vierge très puissante. Mais à côté et bien au-dessus de ces qualificatifs, elles en ajoutent un autre exprimant son incomparable douceur :

Virgo singularis

Inter omnes mitis^ *

cette douceur illimitée, infinie, par où Marie pourra voir son nom se confondre avec la désignation que le langage courant applique à la bonté universelle, l'Humanité. Il faut, en effet, un être féminin pour incarner convenablement cette providence que créa le lent et opiniâtre labeur des hommes, et qui se compose de toutes les Et comment notions de savoir et de vertu élevées jusqu'à l'excellence morale. Quand la Vierge-mère on le contemple sous ce jour, d'ailleurs parfaitement réel, le culte pourra devenir décerné à la Vierge apparaît comme la conception la plus pure, la plus umanit , élégante, la plus enveloppante, la plus poétiquement humaine d'un temps où la beauté morale et la poésie affective surabondaient. Le mot de Denys cité plus haut : < Si je ne savais qu'il n'y a qu'un Dieu, je l'aurais adorée t ; — notez qu'il date très bien les œuvres du subtil et passionné Aréopagite, ainsi que la vraie naissance du culte de Marie; il n'aurait pu être prononcé avant le vi« siècle ; après il eût choqué toute la chrétienté ; — ce mot, dis-je, ne me paraît nullement entaché d'exagération. Si on veut le bien comprendre, et ainsi se réconcilier avec tant de manifestations qui nous paraissent aujourd'hui déplacées et exorbitantes, il n'y a qu'à considérer dans un véritable esprit historique l'immense efficacité qu'obtint l'adoration de la Vierge pour adoucir les duretés, apaiser les violences, ennoblir les brutalités, redresser et contenir les rudesses et les grossiers penchants d*une époque si dure, si violente, si brutale et, par certains côtés, si basse et si rude. Sous sa forme traditionnelle, ce culte n'est plus sans doute qu'une < superstition », au sens de chose qui subsiste matériellement quand l'esprit s'en est envolé; une très fade superstition à peine admise encore par les enfants et les intelligences restées enfantines ; mais autrefois il fut ime soiurce élevée et jaillissante de civilisation et de moralité. C'est le privilège de l'histoire positivement conçue de pouvoir pénétrer, goûter et célébrer les conceptions anciennes en rappelant ce qui les rendit fécondes ; et aussi, bien entendu, en n'oubliant pas que si, par impossible, quelque prétention à l'hégémonie se réveillait en elles de façon à les rendre agressives, sur-le-champ il les faudrait traiter comme de malsaines survivances, déplaisantes intellectuellement et dangereuses socialement.

In BASILICA martyruM (CAr. II, 38, 5, 1 3).— J'ai signalé supra Le martyrium, 32, I, 8 le mot martyrium au sens spécial d'édicule consacré au culte ou chapelU d'un martyr. Eusèbe, qui a tant influé sur la formation du vocabulaire ^^ ^^^ chrétien, ecclésiastique, ne connaît guère d'autre terme ; et il l'emploie si bien avec sa signification païenne qu'il lui arrive fréquemment de le suppléer par le mot ikusiastherion, lieu de sacrifices. Aussi longtemps que le législateur sévit contre les associations tout en tolérant les collèges funéraires, le martyrium avec son autel où s'abritaient les restes du héros mort en confessant Jésus (cf. Ambroise, Epist, 85) avait été le centre naturel de toute pratique cultuelle. Quand la liberté fut concédée, il devint naturellement le lieu de réunion préféré de la communauté, c l'église ». A la fin du iv« siècle, pas d'église qui ne soit munie des reliques d'un martyr éponyme sur le modèle des anciens Dêmes de l'Attique; et jusqu'au milieu du moyen âge, on trouve des textes où les églises sont appelées non pas église, mais martyria. Ces faits mettent // marque en évidence le rôle capital joué par le martyr dans la transition de Nnfluence l'ancien culte au nouveau et son influence sur la liturgie, rôle et influence ^" martyr que Renan attribue, bien à tort, aux gnostiques égyptiens. Cependant, . .. ,j^^^^„* avec la puissance et la richesse qu'apporta au Christianisme le succès liturgique. officiel, on put viser au luxe dans les constructions; et les martyria élevés sur les splendides modèles des portiques royaux, ^affiXixT) axoâ, qui depuis l'empire servaient de lieu de réunion dans les grandes villes, prirent aussi le nom de basiliques. Eusèbe l'utilise, et, pour Sulpice, c'est l'unique synonyme d^ecclesia. Dans le cas présent, il s'agit évidemment non d'un édicule, mais d'une construction plus considérable, les scènes si vraies et si plaisantes que Sulpice décrit ici ayant eu évidemment besoin d'un assez ample théâtre. Tant d'allées et de venues, soit de la part de l'évêque Valens, soit de ceux qu'il emploie pour mystifier le crédule et tremblant Constance, supposent à elles seules un assez vaste espace, sans compter les courtisans qui entouraient le roi, circa regem. Je profite de l'occasion pour revenir sur ce dernier mot dont une note sous-paginale (p. 84) a déjà esquissé l'histoire. Rex, pour désigner le chef de l'État, l'empereur, est d'un usage tellement général au iv« siècle qu'il serait superflu de citer des exemples. Le texte le plus décisif est celui que j'examine actuellement et où Sulpice place les deux mots dans une même phrase en les appliquant au même homme : pauds qui circa regem (Constantium) erant metu trepidi,,. imperatori Constantio anxio, primus Valens nuntiavit. L'adjectif regalis n'est Rexerregalis pas moins fréquent. Le Code Théodosien en fait un usage continuel, au IV* siècle, Drepanius Pacatus caractérise l'élévation de Magnus Maximus à la pourpre en disant que les Bretons le revêtirent regali habitu. L'emploi du mot rex a de l'importance dans les opuscules. On a vu comment Sulpice, indigné contre Darius qui avait voulu être adoré, flétrit à cette occasion « la sottise de tous les rois». Ce langage n'aurait eu rien de hardi pendant le haut empire, et nul n'eût alors songé à prêter à l'écri-

Coup éP œil

ritrospeaif

sur le nom de roi.

Nuance

particulière

de ce mot

dr heure

oà

Sulpice Pempbie.

Et comme ^uoi

le sens

qu'il y ajoute

rfest pas douteux,

vain rintention de comprendre les empereurs dans son invective à l'adresse des Reges. Depuis Texpulsion des Tarquins, le nom de Roi — quoi qu'en ait dit Fustel de Coulanges, dont les observations à cet égard ne sont pas fondées — était exécré, et les Césars abandonnaient dédaigneusement ce titre, soit à leurs clients, les petits princes de POrient, soit au < Grand-Roi » barbare des Parthes. Il en fut de même après l'invasion. Le titre d^imperaior ou de paviXeu; fut alors exclusivement réservé aux Césars grecs, tandis que les chefs goths et francs étaient appelés en latin reges (pTirac). Mais Sulpice écrit entre ces deux périodes, à égale distance de l'une et de l'autre. Les Sassanides et les autres rois orientaux étaient devenus étrangers à l'histoire de l'Occident depuis la fondation de Constantinople et le partage de l'Empire. Les Germains et les autres peuples barbares qui assaillaient le monde romain n'avaient pas encore fondé d'États. Dans toute l'Europe civilisée, on ne connaissait de souverains que les Empereurs romains. Or, ceux-ci, depuis Dioclétien, avaient adopté Tinsigne extérieur de la royauté, le bandeau blanc, et bien qu'ils continuassent à porter officiellement le titre d^imperator, il devait arriver, et il arriva fréquemment, que, dans le langage écrit ou parlé, on les désignait par le mot plus court de rex. C'est ce que fait Sulpice ; il appelle les chefs de TÉtat indifféremment, au gré du caprice de sa plume, impercUores et reges. Évidemment, il n'aurait pas pu se prévaloir de ce subterfuge, que son expression sttUtitia regiim omnium laissait en dehors les empereurs romains. Les passages dans lesquels il exprime son sentiment sur la monarchie en tant que régime à mettre en parallèle avec une constitution républicaine, ont donc bien la signification sciemment méprbante que je lui ai attribuée dans mon petit essai : Sulpice et la Politique. Il parlait ainsi en face des Césars, qui étaient encore à cette époque les seuls souverains du monde civilisé. Impossible d'imaginer que, dans sa pensée, il ait voulu placer hors d'atteinte les souverains qui régnaient alors à Rome et à Constantinople. Son intention, bien marquée au contraire, est de flétrir Arcadius et Honorius.

Pour Sulpice, VMquedeRome

est un hique comme Us autres.

Lesivichés

elles

circonscriptions

ethnicO'gauloises.

LiBESIUS QUOQUE USBIS ROMAE ET HiLARIUS PiCTAVORUM

EPiscoPi DANTUR EXILIO (Chr. II, 89, 7, 27). — Cette formule ne permet pas d'admettre que celui qui l'a rédigée ait, un seul moment, supposé qu'il existait une différence dans le degré de dignité entre HÛaire et Libère, celui-ci évêque de Poitiers, celui-là évêque de Rome. — Le tour de phrase par lequel Sulpice mentionne plus bas Hilaire et Rhodanius, l'un comme évêque des Poitevins, l'autre comme grand-prêtre toulousain, atteste curieusement un fait très utile à noter. Je veux parler de l'identité existant entre les circonscriptions ecclésiastiques et les circonscriptions administratives, ces dernières identiques elles-mêmes, du moins en Gaule, aux vieilles circonscriptions ethniques et nationales. Rien de plus propre à établir concrètement que

la grande incorporation romaine fat une préparation du Catholicisme. On verra plus bas comment la Civitas ou peuplade de César devint la Civitas administrative de Fempire, pour se changer en circonscription ecclésiastique sans perdre son cadre traditionnel, si bien que vers 35o environ les hauts dignitaires du nouveau culte purent être désignés par des termes purement ethniques et que chacun comprend alors ce que veut dire : Episcopus Pictayorum,

Antistitem (Chr. II, 39, 7, 29). — Ce Rhodanius sur lequel Sulpice Les affinités donne quelques détails, parce qu'il était de sa province natale, est par de rorganisation lui qualifié antistes, terme éminemment païen. Mais il ne faut pas cathoUque expliquer le fait par les façons de parler polythéistes de notre auteur, ^^^l^ome ^ lesquelles seront signalées à maintes reprises. Il s'agit ici d'un usage ^^ d* Auguste, général. Classiquement, antistes désigne un dignitaire religieux de rang élevé. En langage chrétien, à partir des premières années du iv« siècle, antistes se dit des membres supérieurs de la hiérarchie ecclésiastique, même dans les textes législatifs ^ Sans doute, le titre le plus usité pour dire évêque était sacerdos summus ou sacerdos tout court. Mais précisément, nous avons ici une preuve de cette vie en commun des deux cultes sous les seconds Flaviens, trop souvent inaperçue ou niée, et qui exerça sur le Christianisme une considérable influence. Les deux religions étant également protégées et vivant côte à côte, la nouvelle adopta, comme cela était inévitable, le vocabulaire de son aînée et aussi sa liturgie et sa hiérarchie. Sous ce dernier rapport le fait est plus sensible en pays grec, par suite de la plus grande synonymie des mots. Ainsi, l'archevêque ressemble presque lettre à lettre à cet àpxiepc^c qui, en Asie, était le chef provincial du culte de Rome et d'Auguste. (Cf. l'article Asiarque, par G. Perrot, dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Saglio.) Quand on parle de religion officielle sous l'Empire, c'est, en effet, ce culte qu'il faut avoir présent à l'esprit, car il était, dans tout VOrbis Romanus, le seul vraiment universel, vraiment populaire, le seul régulièrement organisé. Si l'on veut comprendre la promptitude avec laquelle le régime catholique adopta des arrangements territoriaux, qui ensuite bravèrent les siècles, c'est de ce côté qu'il faut regarder. Dès les premiers jours de la liberté conquise, au concile d'Illiberis (Grenade) on voit les Pères de cette assemblée signer : Osius, évêque de Bétique ; Decentius, évêque de Léon; Erexés, évêque de (^arthagène; Liberius, évêque de Mérida. Or, ces quatre provinces venaient d'être créées par Dioclétien. Il les avait naturellement munies de tous les organes qui constituaient la religion augustale, et les catholiques s'étaient , empressés de les adapter à leur usage. En Gaule, on trouve im évêque

I . AntiiiiUm qui sanciUatêm haptismi illicUa usurpattone gêminavêrit in êmeêrdofio mdiguam êssê cênsêmuê, (Cod. Theod. XVI, 6.)

fait ici du mot antistes.

Uuniymaliti dans chaque civitas où résidait un flamen Augusti. Ces diverses

etPinfiuence circonstances, plus amplement expliquées ailleurs, se reflètent toutes

dtuculuprowfia j^ns l'emploi courant du mot antistes pour marquer Tidée de sacer-

par l'emploi ^q^q^ Sulpice qualifie ainsi le prêtre païen d*un < locus » de la

Gaule centrale: antistes loci^ avec lequel Martin entre en conflit

dans une de ses expéditions contre les sanctuaires polythéistes.

Locus pouvait alors désigner aussi bien toute une région qu'un petit

village. Il est donc fort possible que Vanthtes du chapitre XIII

de la Vita ait fait partie du clergé électif, chargé de diriger ce

culte de Rome et d'Auguste qui, avec un si étonnaijt succès, avait

englobé, sans les froisser, toutes les religions populaires du monde

gréco-romain.

Viota des Ariens, QUAM UNIUS LITTERAB ADJBGTIONE CORRUPERANT (Chr, II, 40, I, 14).— Nulle part la question du iota fatidique n'a été aussi nettement exposée. Ce chapitre est vraiment très remarquable, bien plus clair que tout ce qui a été écrit sur le même sujet. La comparaison avec une peinture, si elle est de Sulpice, constitue une vraie trouvaille

Valeur de Cexposi comme moyen de ruiner la doctrine des < homoiousiens >. Dans les

de Sulpice,

Les

quatre formules.

Encore le mot sanctus.

Il ïCa rien de ripithète homérique.

questions de ce genre^ de telles images saisissent les esprits simples bien plus fortement et bien plus vite que les arguments. Or, c'est pour eux que Sulpice écrit, étant im simple lui-même. Voici quelques formules bien nettes prises à la source.

A Nicée, il avait été dit : le flls est de même substance que le père ex TTjç ovfffac toO iraTp6c; ce qui fut rendu par l'adjectif composé ô|jLoovaio{ (cf. De Decretis Nicaeni Synodi^ 17-20, d'Âthanase; et aussi Hilaire, De Trinitate, IV et VI, où il cite une lettre d'Arius).

Arius disait: le fils ne procède pas du père; il a été créé, il fut on temps où il n'était pas : y)v icotc Sire oux' ^v (Epist, Arii ad EusMum Nicom.j dans Théodoret, I, 4). Arius ajoutait : le fils n'est point égal au père, et non plus il ne lui est pas semblable : ovôà yàp iforiv tdoz akX oxt^ï d(Aoo^ioç (Thalia), Ainsi Thomoousie, c'est la parfaite égalité, la similitude et l'égalité de la substance. L'anhomoousie, c'est la négation de toute similitude. Le fils n'est pas semblable, àv6{jLoio;, disaient les Ariens absolus. Aussi ne lui accordaient-ils le nom de dieu que par métaphore, àXtiOivoc Seiç Arii Thalia.

Ut sanctus Hil arius in epistolis {Chr, II, 40, 5, 3). — Il y a ici une évidente interpolation. Ce qui caractérise le mot sanctus au sens catholique, c'est d'être une préfixe inamovible avec im deg^é d'adhérence sans analogie et sans précédent. Il ne s'agit point, en effet, d'un adjectif attributif de certaines qualités morales ; pas davantage d'un adjectif simplement épithétique, comme nous l'avons vu pour Athanasium virum sanctum; ce n'est pas non plus l'épithète homérique marquant une particularité de tempérament, de rang ou de

costume, laquelle, une fois constatée, reste invariable, quelles que soient les circonstances. Égisthe est ot{jLV{icûv^ même lorsqu'il assassine; Hector est xopuSatoXo;, même à l'heure où on célèbre ses obsèques. La préfixe sanctus participe sans doute un peu de ces significations ; mais elle est encore quelque chose de plus. N'acquérant sa valeur que lorsqu'elle est placée avant le nom, elle fait alors tellement corps avec ne sera connu que lui que, chez nous, on les unit par un tiret comme pour les noms com- lorsque la fonction posés et que, dans les autres langues néo-latines, elle se fond par moitié pour s'y coller plus étroitement. Il est permis de voir dans ces détails l'indication d'une dignité à l'abri de tout accident humain, inamovible dans sa forme comme elle est surnaturelle dans sa constitution initiale. Par l'histoire des mots ayio;, sanctus, heatus, j'ai montré que cette inamovibilité ne fut acquise que lorsque la fonction qu'elle caractérisait se trouva bien définitivement déterminée. C'est pourquoi il n'y a aucun doute que Sulpîce n'a point écrit en Tan 400 sanctum Hilarium. S'il l'avait écrit, il faudrait traduire non pas saint Hilaire évêque^ mais le saint évêque Hilaire,

Son vrai sens

sera

définitivement

constituée.

* OSIUM... IN EAMDEM PERFIDIAld CONCESSISSE (Chr. II, 40, 5,

28). — La citation des lettres d'Hilaire est, en efiFet, douteuse. Il est plus probable que Sulpice avait sous les yeux le premier traité de Phœbadius ou Fégadius Adversus Arianos, où cet évêque affirme qu'Osius (ou Hosius) signa la formule de Sirmium ou de Rimini. « On voudrait, ^ dit-il, nous convaincre en invoquant l'autorité d'un homme qui soutint » si admirablement la vérité à Nicée et à Sardique ; mais je ne l'admets » pas. Si Hosius a soutenu un dogme erroné pendant près de quatre- » vingt-dix ans, pourquoi admettre qu'il est dans le vrai après quatre- > vingt-dix ans ? > Proejudicatae opinionis auctoritas nihil valebit, quia contra semetipsam ipsa constitit, » (Cf. t. XXIII de la Patrologie de Migne.) U semble bien que Sulpice avait ce passage sous les yeux. La chute du < g^and Osius», comme les Nicéens aimaient à appeler l'évêque espagnol, avait été obtenue, — de même que celle de Libérius, si étrangement passée sous silence par Sulpice, — par une pression administrative très savante. Au iv^ siècle, théologie, administration, politique, se tiennent étroitement. C'est pourquoi il est absolument indispensable que f essaie de donner une idée un peu nette de l'organisme bureaucratique impérial, afin de mieux faire comprendre les récits de Sulpice, dans leurs parties les plus neuves et les plus personnelles, par exemple en ce qui concerne ce concile de Rimini sur lequel il fournit des renseignements si vivants et si curieux au point de vue du parlementarisme catholique. Impossible de s'en faire une idée si l'on ne sait ce qu'était un préfet du prétoire, et en quoi consistait Vevectio publica ou poste gouvernementale. Plus loin (chap. 46-51), les luttes parlésquelles l'Hispano-Gaule fut déchirée, à la veille du procès de Priscillien, resteraient bien confuses, faute d'éclaircissements de ce genre. Je tiens

La perfidie \. i

d'Osius II

expliquée 1 1

par une pression I |

gouvernementale.

Pourquoi

ce commentaire

ya multiplier

les notules

^s fonctionnaires et Us fonctions.

notamment le chapitre 49 comme inintelligible pour qui ne sait pas quelle était l'organisation de la préfecture des Gaules, ou en quoi consistaient les fonctions d'un maître des offices, d'un vicaire et d'un proconsul.

Ce qui c'était

qu'un consul

et un

préfet du prétoire

vers j6o.

Taurus,

préfet à poigne

théologique.

La préfuture des Gaules

et Us diocèses des Gaules.

Tauro praefecto imperat... promisso consulatu iChr. II, 41, I, II). — Les deux charges ici désignées, l'une que remplit Taurus, et l'autre qu'on lui fait espérer, avaient été parmi les plus hautes; mais elles ne ressemblaient plus à leur passé. Le consulat, autrefois égal au rang suprême, était devenu une distinction purement honorifique; très recherchée pourtant, comme on le voit dans notre présent texte, bien qu'elle ne donnât pas la moindre parcelle de pouvoir, et que, souvent, elle ne procurât pas môme la gloire un peu creuse de se voir inscrit dans les Fastes. Pontius Méropius Paulinus, l'ami de cœur de Sulpice, avait été consul. Mais on en nommait plusieurs dans l'année et le premier seul prenait place sur la liste. La préfecture du prétoire, dangereuse rivale de la puissance impériale quand, sous le Haut-Empire, elle embrassait la totalité de l'administration civile et militaire, moins diminuée pourtant que le consulat, avait cependant, elle aussi, fort baissé. D'abord, au lieu d'un seul préfet, il y en avait quatre depuis la tétrarchie dioclétienne : celui d'Orient, celui d'Asie, celui d'Italie et celui des Gaules. Ensuite, ces quatre préfets n'entretenaient plus aucun rapport avec l'armée. Ils étaient de simples magistrats civils. C'est ainsi que Taurus, préfet du prétoire d'Italie, — et qui, à ce titre, gouvernait trois diocèses embrassant les vingt -huit provinces d'Italie, d'IUyrie et d'Afrique, — développe ici toute son activité pour amener quelques centaines d'évêques à voter sur une question de dogme dans le sens souhaité par l'empereur. Ce métier de préfet à poigne théolog^que n'a rien de bien relevé. Mais c'est un des aspects caractéristiques du temps que nous étudions. (Voir sur les préfets du prétoire mentionnés dans les Opuscules, Vit a, XX, 4, 1.9.) Je commence ici à donner des renseignements sur le haut personnel administratif contemporain de Martin et de Sulpice. On comprendra bientôt l'utilité de ces notes pour apprécier l'entourage du saint et de son biographe. Il faut remarquer qu'en langage administratif, le diocesis^ grande juridiction immédiatement inférieure à la préfecture, prit, en langage ecclésiastique, un sens tout différent. UOrhis Romanus était divisé en quatre préfectures, qui se subdivisaient en douze diocèses. Pour rester chez nous, la préfecture des Gaules comprenait trois diocèses, dont le premier s^appelait diocesis septem provinciarum; c'était la. Gaule proprement dite. Le mot grec diocèse n'entra pas dans la langue courante de l'Occident; ou plutôt le langage ecclésiastique lui donna de très bonne heure une signification exclusive qui oscilla longtemps entre l'acception de district territorial correspondant à im évêché et de petite circonscription désignant le territohre d'une paroisse. (V. Epist 1, 9, 10, et Epist, III, 6, 16.)

MiSSiS... MAGISTRI OFPICIALIBUS (Chr, II, 41, 2, 14; cf. avec DiaL III, II, 7, 10, Magistri, ajoutez officiorum; voir infra ce qu'était ce très important fonctionnaire). — Pour réunir, bon gré mal gré, (KCtti aut coacti^ les quatre cents et quelques évêques occidentaux, le préfet Taurus n'était pas suffisamment outillé, n'ayant pouvoir que sur les trois diocèses administratifs nommés plus haut. Restaient les Gaules, les Espagnes, et aussi les Bretagnes que Sulpice oublie dans son énumération. C'est pourquoi entrent en campagne les magistri officiâtes, agents dont l'autorité s'exerçait sur toute la surface de l'empire, et que nous verrons à l'œuvre plus d'une fois encore (cf. Dial, III, II, 7, 10). Pour faciliter ce raccolement des évêques occidentaux, poussés en troupe vers Rimini, l'empereur leur accordait des provisions de toute nature, annonas et cellaria, et surtout la circulation gratuite sur le magnifique réseau des routes impériales. Sulpice omet ici ce détail, mais il le consigne plus bas, 42, 2. C'est là que nous expliquerons en quoi consistait le cursus publions et Veyectionis copia^ ou droit de voyager aux frais de l'État. Rien de plus propre que cette mise en œuvre de la machine centralisatrice créée par l'Empire pour faire comprendre qu'entre le l®' et le iv» siècle de notre ère a été préfigurée et idéalement fondée l'Europe moderne. Ce n'est que depuis les chemins de fer que ces longs voyages, qu'on verra les personnages de nos opuscules entreprendre avec une si prodigieuse facilité, ont pu recommencer (cf. Dial, I, 2, i3 et Dial. II, 3, 3). — Je compléterai ici ma note souspaginale de page 91 sur la formule administrative : annonas et cellaria. Sigonius prétend que annonas signifie les provisions de bouche : esctilenia et cellaria^ plus la boisson, poculenta. De Prato dit que les deux mots sont à peu près synonymes et désignent tout ce qui se mange et se boit, avec cette différence que les anftonae marquaient le pain et les aliments plus communs et plus nécessaires, cellaria les mets les plus luxueux et les plus délicats. Nous renverrons plutôt le lecteur au commentaire du Code Théodosien, où l'admirable Godefroid affirme que les cellaria consistaient proprement en vin, blé ou autres denrées destinées au boire et au manger; les annonae, au contraire, signifiant l'or, l'argent, les habits, les montures, les domestiques, le bois. C'est pourquoi on appelait de ce nom les salaires des recteurs de province, des comtes militaires, des employés du fisc, etc. {Cod. Theod., t. I, p. 66.)

Le « mattre

des offices »

et la mécanique

administrative.

Gavidium episcopum nostrum (Chr. II, 41, 4, 23). — Gavidius est accepté comme évêque d'Agen par plusieurs autorités, notamment par Bollandus [Acta sanctorum^ i3 janvier). Il le donne comme successeur de Phoebadius ou Fegadius. Le Gallia christiana garde le silence à ce sujet et fait bien, car rien ne justifie cette assertion. En revanche, il y a un Gavidius qui succède à Patemus (dénommé 45, 7) sur le siège de Périgueux. Si donc nostrum voulait dire ici notre évêque j il ne viendrait nullement à l'appui de ceux qui pensent que Sulpice habitait

Les iviques et h pauvreté.

l'Agenais. Le plus probable, c'est qu'il faut interpréter ce possessif par : Tun de nos évêques d'Aquitaine ou bien : l'un de nos amis, du parti ortliodoze. — Quant à la maxime laudiqi4e%attribtto episcopos tant pauperes fuisse, elle n'étonnera pas après ce que nous avons remarqué (t. I, p. 21 3) au chapitre 23 du livre premier de la Chro- Que, sar ce point, nique. Une des grandeurs du clergé, c'est de ne pas être propriétaire, ^ . pensait Sulpice. Ici, l'obligation d'être pauvre est par lui présentée Martin et Sttlpice cQ^me de règle étroite, surtout pour les évêques : ceux qui s'y soumet- ^^^aufond^^^' ^'^^^ ®^"^ dignes d'éloge; ceux qui ne s'y soumettent pas, ils lui font Us y voyaient bonté, il rougit d'eux: dum me temporum piget tcedetque. L'idée jusH, passionnée qu'il se fait des mérites de la pauvreté l'amène à des conséquences assez singulières. Au fond néanmoins, lui et son maître étaient poussés par un instinct puissant, sous l'influence duquel, confusément, mais efficacement, ils élaborent la grande innovation chrétienne : un pouvoir spirituel indépendant. Mieux que les docteurs, ils sentent que ce pouvoir ne sera respecté et durable que s'il se montre désintéressé. Cela était vrai il y a quinze siècles, c'est encore vrai aujourd'hui.

La posu publique DATA EVBCTIONIS COPIA (Chr. II, 42, 2, 25). — Le vaste réseau dans fOrbis des routes de VOrbis Ramante, avec ses relais et ses auberges, muta- Romanus. fiones, manstones (sur ce dernier mot, cf. Dial, I, 2, 23), avait été réorganisé au début du iv« siècle, en vue des seuls besoins officiels; mais il était trop commode pour ne pas exciter les convoitises des particuliers. Les fraudes étaient continuelles, et comme, d*autre part, il coûtait fort cher au Trésor depuis que le ruineux procédé des réquisitions avait été abandonné, il avait fallu le réglementer sévèrement. Tel est l'objet du titre De Cursupublico du Code Théodosien. U contient soixante-quinze constitutions ou lois (t. II, p. Sg à 199). En étudiant ces textes législatifs, on trouve que Vevectio publica représentait la faculté accordée par diplôme ou codicille de faire usage du service postal, cursus publicus, dans des conditions rigoureusement déterminées. Quelques fonctionnaires avaient droit à des € évections t annuelles; d'autres pouvaient en obtenir en des cas spécifiés d'avance; mais ces diverses concessions étaient surveillées avec un soin jaloux. Le maître des offices et le préfet du prétoire distribuaient — ipse emittit — les diplômes de circulation et jugeaient les contraventions commises. Elles pouvaient parfois entraîner la mort (Bœcking, I, p. xiv-xzvj. Seulement, à l'époque où nous sommes, le cursus publicus servait surtout à transporter les évêques vers les conciles, qui étaient fré- . quents^ Cet effet d'épuisement peut surtout être attribué aux tractoriae ou diplômes, dont le titulaire avait droit, outre le transport, à

I. Ut catervis antistitutn juntêntis publicis ultro cUroque discurrentibus par synodas quas appeîlant, dum ritum omnem ad suum trahere conaniur arhUritHH, rai vehicularis suceiderei nêrvos, (Ammien, XXI, in fine.)

NOTES ET NOTULES b^X

être logé et nourri. Elles sont mentionnées dans une lettre de Constantin à Ablavius, en 3 14. On voit ce mécamsme mis enjeu de la façon la plus curieuse dans Tafiaire d*Hilaire. L'empereur Constance ayant décidé que les évêques orientaux devaient se rendre à Séleucie, le préfet du prétoire d'Orient reçut l'ordre d'émettre des cédules en nombre proportionnel. Ces pièces une fois rédigées, le Préfet les transmit aux vicaires de chaque diocèse, lesquels, à leur tour, les firent parvenir aux présidents de chaque province; et ainsi s'explique la phrase : data evectionis copia per vicarium et praesidem. Je prie qu'on remarque l'expression adesse compellitur qui caractérise bien la césaropapie régnante. La présence des évêques au concile était obtenue par injonction de l'empereur. Or, rien n'avait été ordonné pour Hilaire, puisqu'il était étranger au pays et que le concile de Séleude ne regardait que l'Orient. Mais il était évêque et se trouvait présent en Phrygie. Les fonctionnaires phrygiens le font donc partir comme tous les autres, sans considérer sa situation d'exilé, son hostilité connue, et bien que sa participation au concile dût être contraire au but que se proposait le chef de l'État. C'est le triomphe de la consigne administrative. Tout ce maniement de la poste gouvernementale est un des aspects les plus modernes de ce iv« siècle qui se montre moderne par tant de côtés. Voici donc les évêques mis en mouvtment per vicarium et président, par le vicaire et le président ^ Mais ces deux qualificatifs demandent à être expliqués. Nous sommes dans la portion orientale de l'Empire qui était divisée en cinq diocèses, composant la préfecture du prétoire d'Orient (cf. Bœcking, 1. 1, p. 9 et 167). Chacun de ces diocèses était gouverné par un vicaire, en entendant bien que ce mot ne signifie pas un délégué provboire du préfet du prétoire, — en ce cas, il ne serait appelé vices^agens, — mais un haut fonctionnaire chargé d'administrer plusieurs provinces. Dans le cas présent, Hilaire étant exilé en Phrygie, c'est le vicaire d'Asie qui est ici désigné, car la Phrygie était l'une des onze provinces de VAsiana diocesis. Quant au praeses mentionné dans notre texte, il s'agit du gouverneur spécial de la Phrygie. Nous verrons plus loin que les postes de ce genre étaient remplis par des magistrats dont le nom différait, mais point la fonction: consulares, correctores, etc. Le terme générique était judices. La mission principale de tout fonctionnaire, y compris l'empereur, consistait, en effet, à juger au civil et au criminel. Cela déconcerte nos opinions actuelles; mais si l'Empire

Us billets de circulation et la consigne administrative.

Comment la hiérarchie bureaucratique faisait marcher la hiérarchie ecclésiastique.

Ce que c'était

qu'un vicaire

et un président.

I . Le mécanlBine administratif a d'assez utiles côtés pour qu'on ne craigne pas de le montrer sous ses aspects ridicules. L'aventure d'Hilaire, enrôlé malgré loi et contre les intérêts de l'empereur dans la troupe épiscopale que rassemblent les hauts bureaucrates, est un trait de ce genre et de plus fort caractéristique. Avec son à-propos habituel et sa manière spéciale de lire les textes, M. de Broglie renverse la situation en racontant qu'Hilidre sollicita un billet de circulation t que le gouverneur n'osa pas lui refuser >.

Lt riginu

parlementaire

et le

pouvoir politiqui

Le dogme

a la majorité

des voix.

Des rapports du mot civitas

avec les anciennes tribus

celtiques et les ivichés.

inaugura la séparation de Tadministration et de Parmée, jamais il ne pensa à séparer l'administration de la justice. Le vicarius^ étant chargé par diplôme personnel, ordine codtcillorumy d'administrer civilement un groupe considérable de provinces, venait dans la hiérarchie immédiatement après le PP et était supérieur de beaucoup aux praesides et autres gouverneurs provinciaux. Il prenait rang parmi les judices majores. Au-dessous, commençait la catégorie des fonctionnaires de second ordre, judices minores. On peut voir dans Vita, XX, 7, 2, qu'il existait une troisième catégorie, celle des judicum infimorum. (Sur les présidents^ cf. Diah III, 1,8, 6, et l'article Avitianus.)

Catbsvatim in partem altbram concessum {Chr. II, 43, 4, 19). — Rien de comparable à ce tableau que trace Sulpice pour donner une idée du régime parlementaire appliqué à la théologie. Ce n'est pas moD affaire d'établir les multiples nuances de l'hérésie arienne. Il y eut, tout le long du débat, des prélats influents, mondains et très habiles, qui considéraient comme la vraie sagesse de ne rien décider. Le symbole de Rimini fut leur triomphe : un triomphe tout politique. Us n'étaient pas sectaires; ils représentaient ce qu'on appelle l'esprit de gouvernement. Au surplus, avec des différences dans la manière de se conduire, Constantin, Constance, Valens, se ressemblent sous ce rapport; ils menacent et frappent, non pas tant pour faire réussir un dogme que pour qu'on se tienne tranquille. A Rimini, ni les orthodoxes, ni les ariens, ni les semi-ariens ne furent contents. Us avaient été tous plus ou moins dupes. Sulpice semble avoir soupçonné cela.

AUCTORITATEM SALTEM EX NUMERO SUMERENT (Chr. II, 44,

2, i). — Le discours de Taurus invoquant son propre intérêt, l'hiver, l'interminable durée des délibérations, et enfin l'argument du nombre pour amener les évëques orthodoxes à signer la quatrième formule de Sirmium, est un chef-d'œuvre de réalité et d'exactitude. Le côté comique de la situation est remarquablement exprimé, bien que l'écrivain n'ait certes pas l'intention de faire rire ses lecteurs. Sulpice n'a point ajouté de grandes lumières à la question dogmatique, ce qui importe assez peu quand on songe aux subtils rabâchages dont tout ce débat fut rempli, grâce aux prétentions de Constance à la théologie. Mais les peintures de la vie parlementaire catholique, si curieuses et si vivantes, où les rencontrerait-on ailleurs que dans la Chronique? et qui souhaiterait de les voir remplacer par des dissertations sur le dogme, comme on en trouve en surabondance dans tous les écrits du temps?

Paternus a Petrocoriis {Chr. II, 45, 7, 7). — Cette façon de désigner l'évëque des Périgourdins est plus caractéristique que les exemples relevés supra 39, 7, 2. Les civitates ou nations celtiques avaient conservé jusqu'au début du iiP siècle les noms traditionnels de

Goo^^

leurs villes chefs-lieux. Même après Tan 200, on trouve Vesonna pour ville centrale des Petrocorii, Samarobriva pour celle des Aw&ianenses, etc. Mais à mesure que s'accomplit la transformation de la tribu en civitas, on voit disparaître les noms des villes, qui sont remplacés par des noms de peuplades. Au iv^ siècle, le fait est devenu général. Ammien Marcellin dit, au lieu de Samarobriva « Ambiant, urbs inter alias eminens*y comme Sulpice: * Petrocoriis t^ pour Vésonne (Périgueux) ; et plus loin Ambianensium civitas pour Amiens. Ce changement, qui se produisit vers 25o, — M. Héron de Villefosse a trouvé des bornes milliaires peu postérieures à cette date portant Pictones au lieu de Ltmomum, Poitiers, —jette parfois de l'obscurité dans le langage des écrivains du temps. Sulpice oiire des exemples où l'on hésite à décider s'il a voulu parler de la ville ou de la province, le mot civitas pouvant recevoir également les deux acceptions (cf. Vita^ IX, 12). Ce Patemus est le premier évêque connu qui ait occupé le siège des Petrocorii. Mais vers le ix« siècle on vit surgir un autre fondateur, saint Front, délégué direct de saint Pierre et natif de Palestine. J'ai parlé déjà plusieurs fois de cet intéressant représentant de l'hagiographie fabriquée.

Id RECTB an PBRPERAM {Chr, II, 45, 9, i5). — Le point de départ Un opposant de l'afiFaire était une question de droit électoral épiscopal. Lucifer avait au IV^ siècle. accordé l'ordination à un épiscope qui ne fut pas confirmé dans son siège. Mais il s'y mêlait, en outre, des questions de discipline, l'évêque de Cagliari ayant blâmé l'indulgence montrée à l'égard des adhérents de la formule de Rimini. Si Sulpice hésite à porter une appréciation ferme sur le fond de l'affaire, c'est que la note dominante du Luciférianisme, c'était l'austérité de la vie et la sévérité de mœurs à exiger du haut et du bas clergé. Ce Lucifer mériterait une notice détaillée, car certainement il exerça une influence sur notre auteur. Il pourrait servir de témoignage décisif à l'appui de ma thèse concernant le caractère démocratique, parfois démagogique, de l'épiscopat, et m'aider à démontrer qu'à cette époque, moderne par tant de côtés, il fut fait une très ample expérience de ce qu'on a appelé de notre temps la liberté de la presse. Au moment où le prend le présent texte, Lucifer luttait avec une intrépidité et une verve inépuisables pour la défense du dogme de Nicée contre les improvisations théologiques de ce ridicule et déplaisant représentant de la césaropapie, l'empereur Constance, lequel élucubra ou couvrit de sa signature quatre et même cinq formules différentes concernant la divinité de Jésus. Mais lorsque Sulpice parle pour la seconde fois de l'évêque de Cagliari, la situation de Lucifer n'était plus la même. En 358, c'est-à-dire après le concile de Rimini, dont Sulpice L'Mqut Lucifo' va à l'instant exposer les actes, l'évêque de Cagliari était devenu l'or- représentant gane de ces intransigeants qui n'admettaient aucune indulgence à l'égard ^ ^f des Ariens ou semi- ariens repentis. En désaccord désormais avec ^'^^^^"^^i^^''^» Hilaire, dont l'édit de tolérance de Julien venait de faire un partisan de

la conciliation, Lucifer protestait contre le synode d'Alexandrie qu avait admis à communion les anciens hérétiques après < satisfaction » préalable et < pénitence > proportionnée. Leurs crimes, disait-il, étaient inexpiables; ceux-là mêmes qui les pardonnaient devenaient aussitôt criminels. Sulpice, on le verra, hésitait soit à blâmer, soit à approuver Sa firociU cette attitude. Il est certain qu'elle s'écartait non seulement des indicatn disaccord ayec tions fournies par Hilaire, mais aussi des sentiments si pleins de man-

^ '"^^"f. suétude qu'exprime Martin dans son curieux colloque avec le Diable au sujet de l'hérésie novatienne (cf. Vita XXII, 3, 17). Quoi qu'il en soit, voici maintenant une question qui nous intéresse de plus près que ces

Point de contact subtiles difficultés de dogme et de discipline. Quand Sulpice prononce, du luàfirianisme comme il le fait plus bas, le nom de Lucifer, et cela au moment où il

avec Pascétisme. y^ s'occuper des Ascètes d'Espagne, a-t-il l'intention de lier le Luciférianisme — il y eut un parti de ce nom — aux agitations qui se produisirent vers l'an 38o de l'autre côté des Pyrénées, et où Priscillien joua le principal rôle? Je n'oserais l'affirmer; cependant la connexité exista très réellement. Malgré la différence des doctrines, — au fond, Priscilr lien attachait peu d'intérêt aux disputes sur le dogme, — il n'y aurait jamais eu de PrisciUianistes si, d'abord, il n'eût existé des Lucifériens ' . Ceux-ci, outre leur prétexte primitif de faire bande à part, résultant d'un excessif exclusivisme dogmatique, étaient les partisans résolus de la vie austère, les adversaires implacables du clergé mondain et relâché. Ces motifs prédominent dans le curieux petit opuscule intitulé : Libellus ^recMin ^, publié par Faustin et Marcellin, deux prêtres contemporains de Sulpice et dont j'ai précédeioment invoqué les curieuses attestations en matière martyrologique. On y constate que, vers la fin du iv^ siècle, le programme Luciférien ressemblait, dans ses parties essentielles, à celui de ce parti ascétique que nous verrons bientôt entrer en scène '. Qii^ Lucifer Sous un autre aspect, Lucifer se recommandait à Sulpice par sa façon

traitait les rois de traiter les personnages royaux. Ses pamphlets contre la politique

plus durement usurpatrice et persécutrice de Constance dépassent en hardiesse et en

que Martin, virulence la fameuse lettre d'Hilaire ad Constantium. Le qualificatif

d'apostat est courant sous la plume de l'évêque de Cagliari : de regibus

apùstaticis. Sa véhémente invective prend directement à partie le chef

de l'État en lui prodiguant les noms outrageants d'Antéchrist et d'Isca-

riote. Il invite les fidèles à fuir l'approche de ce fauteur d'opinions per*

verses : de non conveniendo cum hereticis. Aucune indulgence ne doit

être accordée aux coupables d'hérésie, quel que soit leur rang; plus il

est élevé, plus ils offensent Dieu : de non parcendo in Deum dHin»

Ce qui dut queniihtAs, En même temps, avec des emportements de furieuse agres-

Ixd raloir,

sinon l'attention i . Sur le continuel emploi que Lucifer et Priscillien font des livret de taint de Martin, Hilaire et sur les rapports du Luciférianisme et du PrisciUianiaine, on doit

celU de Sulpice, consulter Paret, PrUcUlianus, oin Reformator, p. 266 sqq. et p. 283 eqq.

2. Faustin et Marcellin, Libellu8 precum ad imperaiores,,, (Patrologie de Migne, t. XIU, col. 81 et suiv.).

sion touchant au délire, Lucifer appelle à tout propos le martyre; il le convoite, il le provoque* Ses diatribes, bien que rédigées en un latin déplorable, péniblement surchargées de citations bibliques, réussissent à nous émouvoir, tant est grande la chaleur qui y circule (vol. XII de la collection de Vienne Lucijeri Calaritani opuscula, éditeur Hartel). Je pense que ces écrits n'avaient certes rien qui ait pu beaucoup plaire à Martin, mais Sulpice, littérature à part, dut les lire avec délice.

HiLARius SEXTO ANNO... OBiiT (Chr. II, 45, 9, 16). — La mort d*Hilaire est indiquée ici comme ayant eu lieu six ans après son retour, lequel prit place à une date à peu près impossible à fixer exactement, tant les textes se trouvent contradictoires. Ils sont examinés ailleurs; mais le résultat n'a qu'une importance secondaire au point de vue de la chronologie si désespérément embrouillée de Martin. L'évêque de Poitiers appartient à la seconde génération chrétienne*latine, celle qui fournit des successeurs aux < Pères » africains. Il était resté païen, ou, du moins, philosophe^ jusqu'à sa pleine maturité, au contraire des écrivains de la génération qui suivit, tous nés de mères baptisées. Quand Hilaire, que tourmentait le doute philosophique, fasciné par les formules transcendantes du quatrième évangile, se convertit, il avait une épouse et une fille qu'il adorait et qu'il continua de chérir après son élévation à Tépiscopat. Ayant bu aux sources grecques, l'étude d'Origène le rendit capable d'initier l'Occident, quelque peu arriéré, aux notions de la haute théologie. Son cœur était d'un apôtre, sa vaillance d'un héros, son entrain et sa fougue d'un tribun. Ses pamphlets contre Constance, le sot persécuteur de l'orthodoxie, peuvent se comparer aux plus virulentes inspirations de l'éloquence populaire des temps démocratiques. La noblesse et la pureté de sa vie furent en accord avec l'ardeur de sa piété, l'intrépidité de son courage, l'élévation de son esprit. Je ne fais pas ici un panégyrique gratuit. Martin, mon homme, était accouru vers lui ébloui par une science qu'il admirait sans l'entendre ; enflammé par des vertus dont mieux que personne il pouvait apprécier Péneigie pratique et vraiment humaine. Je suis convaincu que la persistante aigreur de Sulpice contre c les évoques > provient de ce qu'il avait concentré toute sa capacité de vénération sur Hilaire et sur Martin, se formant ainsi de l'épiscopat un idéal inaccessible. Le fond de son grief, c'est que les évêques gaulois ne ressemblaient ni à Martin ni à Hilaire.'

Les dates de la vie de l'évêque de Poitiers ne sont guère fixes; le point solide, c'est son exil. Il eut lieu un peu après l'arrivée de Jtdien en Gaule (fin de 385, premiers mois de 386). Hilaire parle du futur apostat avec une gratitude si affectueuse, que ces deux hommes émixients avaient dû se voir et sympathiser. Julien résida à Vienne, pas bien loin de Béziers, à peu près à l'heure où Hilaire se faisait condamner par le concile Arien réuni en cette ville. La réputation dont il jouissait dèe lors ^ Julien quitta Vienne en juin 386 — ne permet pas de douter

Esqubst (tun portrait

d'Hilaire dt PoitUrs.

Comment Sulpice

l'admirait d l'égal

de MarUn,

Julien et la date

delà

condamnation

d'Hilaire,

qu'il n*eût 6té élevé à l'épiscopat cinq ou six ans plus tôt. Ces détails vident donc la date de l'exil, puisque Julien essaya de lui épargner cette épreuve et, par induction, celle de son élection. Mais il n'est pas facile de préciser l'époque de sa rentrée en Gaule. Sulpice la place avant la mort de Constance, absque exilii indtdgentiaj dit-il Chr. II, 44-45. Au contraire, Jérôme prétend que l'évêque de Poitiers, comme tous les autres prélats orthodoxes, fut rétabli sur son siège < grâce à l'indulgence du prince ». Les deux assertions peuvent se combiner. Constance ne mit fin à l'exil d'Hilaire, qui le gênait en Orient, que vers les derniers jours de sa vie ; et l'évêque consacra assez de temps à aller de Constantinople en Poitou, — pertnensus est fere orbem terrarum, selon l'ambitieuse formule de Sulpice, — pour que son retour ait paru coïncider avec celui des exilés rappelés par le libéralisme du jeune empereur. 'UOrbis terrarunif en grec x69|ioc, c'est exactement ce que Tertullien (De PalliOf 4) appelle Tota Romanitas; et Hilaire eut, en effet, à traverser l'empire en écharpe : Thrace, Mœsie, Ulyricum, Italie, Gaule méridionale, à peu près l'itinéraire du pèlerin bordelais. Les routes offraient alors d'exceptionnelles facilités (cf. t. III, article Posthumanus), Cependant, une telle « pérégrination > ne se pouvait exécuter en quelques semaines, d'autant plus qu'Hilaire, voyageant en apôtre de la consubstantialité, fit des crochets nombreux. Il s'arrêta aussi longtemps à Rome. Je ne ferai aucun effort pour expliquer les impossibilités qui résultent des textes de Sulpice concernant les relations d'Hilaire, de Julien et de Martin. Je n'ai non plus rien à ajouter à ce qui a été dit de l'hégémonie doctrinale exercée par Hilaire en Gaule. Sulpice la constate avec une enthousiaste netteté : Hilarii heneficio^ Gallias nostras piaculo liheratas» La haute science d'Hilaire ne nous concerne que par contraste avec l'inaptitude théologique de ses deux disciples. Lorsque notre bon thaumaturge se risquera sur ce terrain, on l'y verra faire montre d'une grande faiblesse spéculative. Quant à Sulpice, très habile à narrer agréablement les incidents multiples qui donnent au monde théologique du iv« siècle des apparences parlementaires, son compte rendu du concile de Rimini est vivant, amusant, pittoresque, mais le côté dogmatique lui échappe souvent. 11 avait pourtant sous les yeux un livre perdu (cf. Jérôme, Catalogus scriptorum)^ dans lequel Hilaire résumait ce qui s'était passé tant à Rimini qu'à Séleucie. En revanche, comme il met bien en relief la mortelle lassitude où l'abus des disputes métaphysiques avait jeté les esprits au bout de quarante ans de perpétuels conciles! comme il fait comprendre, parce qu'il l'éprouvait lui-même inconsciemment mais profondément, cette soif de règle, ce besoin d'ordre, conséquence de l'anarchie intellectuelle qui surgissait partout. Ces sentiments s'accentuaient à mesure que les Occidentaux, disons mieux les au point de vue Romains, acquéraient la prépondérance dans TÉglise. A lire Sulpice, populaire, ^^ ^^ ^^^^ compte que le temps des créations dogmatiques est passé. On ne veut plus discuter, on veut conclure et consolider. 11 n'y a pas

Dans quelle mesure

Sulpice

imite Hilaire,

Source réelle de l'orthodoxie

trois dieux, ce serait du polythéisme ; il n'y a pas trois manifestations d'un même Dieu, cela détruirait la base messianique ; il y a un Dieu, père tout -puissant, avec un fils égal à lui, de même âge et de même substance que lui, avec un Esprit- Saint identique au père et au fils, ne faisant avec eux qu'un seul et même Dieu. Cette formule ne doit pas être discutée, mais proclamée d'autorité. Qui ne l'accepte pas est hors de l'Église. Voilà ce que le génie romain avait décidé et ce que l'Occi- Martin et Sulpice dent va faire triompher. En haut, l'affirmation trinitaire donne satisfac- représentent tion aux lettrés qui veulent être monothéistes, et, cependant, ne pas rf^rY^^i^^Micttt subordonner Jésus; c'est le rôle d'Hilaire. En bas, le peuple, qui ne . . ™ -//-/• s'embarrasse guère de croire à trois dieux, dont le plus jeune, le plus agissant, le plus proche de l'homme par sa croix, son sang, ses larmes, deviendra l'universel favori^ en attendant qu'on lui adjoigne des auxiliaires de divers grades, ce qui ne sera pas long; c'est la donnée de Sulpice. Ce raffiné de lettres est peuple autant que l'illettré Martin. Il prend à Hilaire ses affirmations essentielles; il lui prend aussi son goût pour le beau langage et le style soutenu. Mais on peut être très peuple et aimer à bien parler.

PETITS ESSAIS NOTES ET NOTULES

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