‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 185 sur 198 · Patroîogis de Migne, XII, p. i io3 sqq · texte numérisé non relu

Patroîogis de Migne, XII, p. i io3 sqq

2. LXXXIV : AhstinênUs, Suni in Galliis et HispaniU et AquUania veluti abstinentes qni et gnosticomm et manicheorum particulam pemiciosissimam aeque sequuntur eamdemque non dubitant predicare, séparantes persuasion nibns conjugia hominum etescarum abstinentiam promiitentes, (Migne, t. XVI, p. 1 182 de sa Patrologie.)

NOTES ET NOTULES SSp

L'opinion générale est que Philastrius a voulu désigner les c Priscillianistes >, bien connus de lui, a-t-on dit, car il était leur compatriote. Cette conséquence, la nationalité de l'évéque de Brescia ne soulevâtelle aucun doute, n'est pas rigoureuse. Je la crois, pour ma part, en contradiction avec les dates. Seulement, il est permis d'admettre qu'à une époque plus ou moins antérieure — Philastrius mourut en 38o, au début de l'affaire de Priscillien, et doit avoir écrit quelques années plus tôt — on avait constaté, en Espagne, l'existence d'hérétiques dualistes. Cette interprétation est confirmée par ce que dit Philastrius en son paragraphe LI consacré aux Manichéens, < lesquels, dit-il, passent pour être cachés en Espagne et dans les cinq provinces ^ > Des Manichéens, en effet, à cette date, il y en avait, ou du moins, on en voyait partout.

b) Le second de nos documents est beaucoup plus sérieux et intéres- Les canons sant que le premier. Sulpice raconte que les évêques d'Espagne et ^* Cesaraugusta d'Aquitaine, réunis en concile à Cesaraugusta, condamnèrent deux o'^^^^i^"^évêques et un laïque, partisans de Priscillien, ainsi que Priscillien luimême. Cette assertion est contredite par le second des onze traités découverts par Schepss (ad Damasum), dans lequel Priscillien affirme, à pliisieurs reprises, qu'à Saragosse personne ne fut cité, ni accusé, ni jugé, ni condamné. On y entendit seulement un Commonitoriutn d'Hydace, évêque de Mérida, sur la nécessité de veiller à la discipline ^. C'est là un des nœuds les plus compliqués de l'affaire. Sulpice et Priscillien se heurtent ouvertement. Nous examinerons plus tard cette difficulté. Présentement, les actes du concile — ou plutôt du couvent — nous occupent seuls. Nous possédons le texte des anathèmes lus le 4 octobre dans le secretarium de la basilique de Saragosse (Mansi, III, 663 sqq). Garcias de Loaysa et le Père Mansi contestent absolument que ces huit canons s'appliquent aux Priscillianistes. L'allemand Fuchs considère le point comme douteux. Selon Tillemont, au contraire, < ils s'y rapportent visiblement. > Moi, je leur donne raison à tous, chacun dans le point de vue où il s'est placé. Loaysa et Mansi ont évidemment dans l'esprit les Priscillianistes chimériques qui furent inventés au v® siècle ; et certes, de ces êtres imaginaires, nul ne s'occupa au couvent de Saragosse. Il serait tout à fait absurde d'essayer d'établir un rapport quelconque entre ces criminels, souillés de toutes les impuretés, et les prescriptions du concile, qui ne concernent que

1. Qui et in HispanOa et quiuque provinciis laiere ducuntur; multosque haec faUacia captivare (Heresis LI, ibid., p. 1 176). Les c cinq provinces >, ce n'est pas une région espagnole, comme le croit Péditeur de Philastrius; c*est 1* Aquitaine seconde. (Cf. Cod. Théod,, t. III, p. 3i3, et Desjardins.)

2. In conventH episcopaîi qui Caesaraugusiae fuit nemo e nostris reua foetus est, nemo accusatus, nemo convictus, nemo damnatus, Nullum nomini nostro vel proposito vel vitae crimen objectum est... Datum nescio quod ab Hjdatio commonitorium.*. (Cf. Schepss.)

56o PETITS ESSAIS

d'insignifiantes déviations rituelles et disciplinaires. En revanche, si on se représente Priscillien et les amis qui Pentouraient sous leur véritable physionomie, il est certain que ce groupe d'ascètes, plaçant l'austérité des mœurs et l'exaltation de la piété au-dessus de tout, même des règles hiérarchiques, tombe très directement sous le coup des inhibitions, des admonitions et des blâmes prononcés à Saragosse. Le canon I laisse deviner Tezistence de communautés pieuses qui tenaient des réunions consacrées à la c lecture », lectto^ mot qui pouvait signifier des pratiques fort diverses d'édification. Des alieni viri, c'est-à-dire des nonclercs, y assistaient ainsi que des personnes du sexe féminin. C'était là un double grief. Le canon II condamne l'habitude de jeûner le dimanche et aussi l'excès des exercices religieux en temps de carême. Le canon V parle de prêtres qui négligent leurs fonctions pour vivre comme des moines, ce qui est une idée commune à Priscillien et à Martin. On entrevoit dans le canon VI qu'il existait un mouvement assez prononcé de résistance contre les évêques mondains et dissipés, et ce mouvement s'étendait bien au delà du foyer ascétique espagnol que le concile a l'intention de détruire. Personne, autant que Sulpice, ne s'en fit Toigane emporté et passionné. Dans le canon VII, le fait de ne participer qu'en apparence au repas eucharistique et de rapporter chez soi sa part de la Cène n'a guère d'autre explication que le dégoût éprouvé par les ascètes d'avoir à communier avec des hommes légers et adonnés au monde. Un seul détail s'écarte quelque peu des prescriptions disciplinaires. Je le relève dans le canon VIII, dirigé c contre ceux qui cherchent à retenir les hommes dans le célibat ». Au suiplns, le texte complet des prescriptions de Saragosse sera reproduit. Je viens d'en dire tout ce qui était nécessaire pour fournir la preuve que dans ce concile il ne fut pas un instant question, soit de gnosticisme, soit de manichéisme, soit de mœurs condamnables, soit de magie.

Unt lettre c) En 385, Magnus Maximus, devenu maître de la préfecture des

d'Ambroise, Gaules et menaçant d'envahir l'Italie, la mère de Valentinien II, Justine,

ifique de Milan, e^yQya Ambroise, évêque de Milan, auprès de l'usurpateur pour obtenir

ambassadeur ^^ remise des restes mortels de Gratien. Cette ambassade fut bnisque-

de Justine ment terminée par un ordre brutal de départ; et Ambroise prenait ses

auprès de Maxime, mesures pour regagner l'Italie, quand il rencontra le vieil évêque de

Cordoue, Hyginus, premier dénonciateur des Priscillianistes, puis

devenu ensuite leur ami. Des gardes le conduisaient en exU. C'était

un vieillard malade, mourant, et à ce point maltraité, qu' Ambroise

essaya d'obtenir pour lui quelques adoucissements, — un manteau et

un matelas. Mais les gardes, qui n'ignoraient point les sentiments de

haine de leur maître pour l'évêque de Milan, poussèrent grossièrement

Hyginus devant eux, après avoir écarté Ambroise avec tout aussi peu

de cérémonie. Ne paterentur extrudi senem, extrusus ipse sum, dit

NOTES ET NOTULES 56l

Ambroise dans son récit, et c'est là Pintérêt du document '. Il parle, en effet, des condamnés sur un ton qui exclut absolument l'idée qu'il aurait pu les croire coupables de maléfice et de débauche. Il se fût exprimé tout autrement s'il avait accordé quelque autorité à la sentence de Maxime. Mais personne ne l'avait prise au sérieux; Ambroise, moins que personne, parce qu'il était mieux renseigné. Il n'aurait pas non plus, en ce cas, ressenti une si vive compassion pour les souffrances d*Hyginus. La tendresse n'était point son fort; et, très certainement, un évêque, ami et complice de Manichéens perdus de sorcelleries et d'impuretés, n'aurait à aucun degré éveillé sa pitié, eût-il été cent fois plus malheureux.

d) Peu de temps après l'exécution des PrisciUianistes, Maxime crut Une autre lettre devoir communiquer à Sirice, évêque de Rome, les actes du procès en adressée à SirUe, lui adressant une lettre par laquelle il se faisait gloire d'avoir mis un ^^^àeRomt, terme aux crimes des Manichéens. Ces crimes, disait-il, ont été démon- matre tartufe très c non par des arguments et sur des soupçons douteux ou incer- t'empereur ' tains, mais par des aveux recueillis juridiquement > '. Cette lettre de MagnusMaximus, Maxime est en pitoyable style, les phrases s'y tiennent mal, mais elle n'a été contestée par personne. Quelques-uns pourtant ont mis en doute qu'elle s'appliquât directement à l'afifaire de Priscillien. Ce sont, en vérité, des excès de scepticisme historique qu'il n'y a aucun intérêt à discuter. Le mérite de l'épître impériale consiste en ceci : que c'est le juge même qui marque avec précision les motifs juridiques de l'arrêt. Sulpice parle des opinions gnostiques des accusés comme ayant été le grief principal, la magie et les pratiques déshonnêtes n'étant mention, nées par là que surérogatoirement. Aussi, soutient-il avec énergie que l'affaire eût dû rester une cause purement ecclésiastique. Son blâme contre les évêques, c'est que leur lâcheté (incoftstantia) a laissé l'usur* pation du pouvoir civil changer une causa fidei et morum en une poursuite criminelle. Or, Maxime, dans sa lettre, ne parle pas de Gnosticisme, mais de Manichéisme ; et l'on verra plus loin la diiOférence con« sidérable qui séparait ces deux imputations sur le terrain du droit pénal romain. Pour le pape, la distinction était encore plus sensible. Sirice, comme tous les grands chefs du catholicisme de ce temps, se souciait fort peu du Gnosticisme, à peu près disparu; au contraire, il nourrissait une animosité spéciale contre les Manichéens qui pullulaient à Rome et

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