‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 189 sur 198 · Quid mis praestantius acumine^ exerciMione et doctrina f · texte numérisé non relu

Quid mis praestantius acumine^ exerciMione et doctrina f

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louanges dont il vient d'accabler Priscillien, il remarque que tous ces mérites iîirent corrompus pravo studio. Or, je n*ai point Pintention, ni aujourd'hui ni plus tard, de vider pour mon compte le problème de l'hérésie de Priscillien. Là où les critiques allemands, en quelque sorte professionnels, se sont montrés divisés i, comment oserais -je risquer mon absolue incompétence? Le fait d'ailleurs n'a rien d'urgent, au point de vue où je suis placé. Cela seul m'intéresse qui me servira à établir :

i^ Que, hérétique ou non, l'accusé de Trêves ne fut pas poursuivi pour hérésie ;

20 Que l'accusation relative aux mœurs eut pour source de misérables calomnies inventées par des scélérats et rabâchées par des imbéciles. Il ne me coûte rien de faire application à notre Sulpice d'un tel terme, pris au sens étymologique et classique, de faiblesse mentale ou inaptitude à surmonter les insanités régnantes, ainsi que je l'ai précédemment expliqué ^ ;

30 Que le crime de magie, seul nettement inscrit dans le verdict d'Ëvodius et fort aggravé par le fait de réunions c nocturnes », spécialement terrible en droit criminel romain, se présentait cependant avec une vraisemblance tellement faible, qu'il passa à peu près inaperçu. Pour Athanase, il avait partout retenti pendant de longues années. Pour Priscillien, la Chronique mise à part, on n'en rencontre aucun écho immédiatement contemporain, les coupables bavardages de Jérôme, ex mago episcopum» s'étant produits plus de trente années après l'affaire. Maintenant, quant à ce qui concerne ces trois points pris en eux-mêmes, le premier sera dans un moment vidé par ma note sur le manichéisme. L'affligeante absurdité du second ressortira du simple rapprochement des termes employés par Sulpice pour l'attester. Enfin, relativement au troisième, fe l'aborde tout de suite, avec cet unique objet de consigner ici textuellement, sous sa forme primitive, l'incrimination de sorcellerie, ainsi que la réponse, textuelle aussi, qu'y fit Priscillien. A ce sujet, relevons d'abord le langage curieusement dubitatif adopté par Sulpicef A vrai dire, il ne prendra en cette matière un air de certitude que lorsqu'il résumera le jugement du préfet du prétoire

1 . Voici ce que j*ai retenu de lectures péniblement faites avec le peu d'allemand et de hollandais que je possède : Herman Haupt {Çorrespondentshlatt weaideiUschen Zeiischrift, 1889), une autorité fort sérieuse» je crois, a traité plus à fond le problème des doctrines de Priscillien, et il estime qu'on ne saurait relever dans les tractatua aucun point de divergence avec l'orthodoxie catholique. C'est ^ussi l'opinion que M. Brandt a exposée dans un remarquable article du Theologrisch Tijdschrijf, de Leyde (juillet 1891). M. Loos, au contraire, dont l'opinion semble être d'un poids égal à celle de M. Haupt, explique, avec infiniment d'égards et de précautions d'ailleurs, qu'en Priscillien c l'ascétisme paraît s'être uni avec une gnose cosmologique qui pouvait passer pour dualiste aux yeux de jugea malveillants >. (Theolo^che Litteratur Zeitung', 1890.)

2. Voir t. I, p. 307, petit essai sur Fides, le paragraphe intitulé : Comme quoi Sulpice n'est pas aussi stupide qu'il en a l'air.

Que la question

de savoir

si Priscillien

était hérétique

ne nous importe

guère.

Indication

des points

qui nous touchent

réellement.

Les mœurs.

La magie.

C'est en termes

dubitatifs queSulpice soulève cette accusation.

Comme quoi

Uspratiqua

de sorceUerie

courante

n'étaient pas rara

parmi le clergé.

entre magie et astrologie.

Qae

tous Us hommes

instruits

étaient un peu

astrologues

ou

mathématiciens.

de Maxime. Notre présent texte, en effet, magicas artes, n'afiSnne nullement qne Priscillien ait pratiqaé les arts magiques dès son adolescence; il dit simplement c qu'on le crut», creditum est. Et cette précaution oratoire, indice manifeste d'un état d'esprit hésitant, nous la voyons se renouveler à chaque accusation grave, sauf le grief général d'hérésie toujours admis avec une aveugle précipitation. C'est là un détail d'autant plus digne d'attention que le soupçon de magie était très fréquemment soulevé contre des membres du clergé, ainsi que je l'ai établi en racontant le procès d'Athanase. J'aurais même pu ajouter que fort souvent ces suspicions étaient fondées. Un des canons du concile de Laodicée décide c que les clercs chargés des offices sacrés ne doivent être ni magiciens ni enchanteurs, et qu'il leur est interdit de fabriquer des phylactères i >. Le concile de Laodicée eut une grande importance disciplinaire; c'est pourquoi je lui ai emprunté cette inhibition. Mais il m'eût été facile de la prendre en plusieurs autres places analogues; et sa fréquence prouve suffisamment que le fait qui y est prévu ne présentait rien d'exceptionnel. Évidemment, la très antique similitude entre prêtre et sorcier au point de vue des menues pratiques de la magie quotidienne, n'avait pas été effacée par l'avènement du nouveau culte; et des clercs, en très grand nombre, faisaient peu de différence entre le repas eucharistique par exemple et les anciens sacrifices, ou bien entre l'immersion baptismale et les pratiques averruncatoires d'autrefois. Quoi qu'il en soit, pour ce qui concerne Priscillien, c'est moins de magie qu'il s'agit que d'astrologie ou divination par les astres. L'évêque d'Avila ne songeait pas trop à se défendre d'avoir étudié une c science > qui, après tout, faisait partie de l'éducation encyclopédique. (Cf. 1. 1, p. 190, et le présent volume, p. 142.) On apprenait à connaître les signes du zodiaque et les constellations avec le dessein de se rendre compte de l'influence exercée par les corps lumineux sur la destinée humaine. En d'autres termes, l'astrologie judiciaire, comme ou l'appela plus tard, était tenue pour une partie considérable de la cosmologie; et elle avait fini par accaparer le nom de mathématique.» Établir le rapport entre les heures de nativité et les positions célestes correspondantes, c'était être « mathématicien >. Ainsi s'expliquent certains passages des onze traités, qui laissent entrevoir que Priscillien se piquait de n'être pas ignorant en ces nobles matières. Peut-être même s'était-il fait un système concernant l'action libératrice du Christ à l'égard des fatalités cosmologiques inhérentes à la portion matérielle de notre nature. C'est ainsi qu'il proclame, d'après le prophète, que c Dieu seul est capable de resserrer le lieu des pléiades et de rouvrir les barrières d'Orion s. Comme il connaît le mécanisme du firmament, seul il peut < renverser la roue de la génération et, par son baptême réparateur, vaincre le four

I . Qi*od non opporteai sacria officiia dediios vel clericùg, magos amt incaniatorêê emiaUra aut facera phylacteria, (Can. 36, Labbe, 1. 1, col. 1346.)

NOTES BT NOTULES 623

de nativité '. Cela signifie, je pense, que^ Jésus nous a fourni le moyen

d'échapper au péché^ condition inévitable de notre nature matérielle, en

nous faisant baptiser; et s'il a pu opérer cette profonde modification,

c'est que la puissance dont il est doué en tant que dieu lui a permis de

changer la situation des étoiles dans le ciel, laquelle précédenmient

dominait notre être corporel et lui imprimait sa direction. C'est la

science astrologique acceptée et utilisée pour en faire honneur à la

divinité ^. Que cette théorie ne soit pas strictement orthodoxe, on ne

saurait le contester ; mais qu'elle puisse être représentée comme donnant

à PriscUlien une attitude excentrique au milieu des croyants de son

temps, c'est ce qui me semble insoutenable. L'ami le plus intime et le

plus fidèle d'Augustin, Alypius, plus tard évêque comme lui, resta

longtemps attaché à l'astrologie. Augustin lui-même s'en mêla un peu,

comme le démontre une anecdote de ses Confessions relative à un

concours littéraire où il souhaitait vivement gagner le prix. Mais, je le

répète, entre astrologie et magie, il y avait un abîme. C'est pourquoi, Aussi PrisdUien

même en écartant l'atténuation que je viens de signaler, Priscillien pou- s'avouatt-il

vait s* avouer astrologue ingénument, naïvement, et y mettre quelque ingénument

gloriole. Mais la seule idée qu'on pût le montrer au doigt comme un ^^roiogut,

magicien, ou plutôt un maleficus, — or, telle est bien la portée des

dénonciations d'Ydace, — le remplissait d'horreur et de fureur. On s'en Mais Pidée

rendra bien compte en lisant les lignes suivantes, empruntées textuelle- tTitre suspecté

ment à VApologeticus et que je cite à titre de conclusion de la présente ^^ maléfice

notule: lui faisait horreur .

c Cependant, un nouveau grief, damaable si on Texécute ou seulement si on Citation textuelle rénonce, a été allégué. Jusqu'ici, en effet, personne, sous prétest» d'hérésie, Je sa réponse n'avait fait parvenir à mes oreilles cette accusation de crime de sacrilège. Cest ^ ^ ^^nx pourtant ce qu'a osé Ithacius, en parlant d'incantations magiques pour sanctifier ^^ ^accusaient. ou consacrer les prémices des fruits, et aussi de sacrifices expiatoires ou conséoratoires offerts au soleil, ainsi qu'à la lune» avec la dégustation et l'emploi d'un onguent sacré par le maudit, et qui va en diminuant en même temps qu'eux'.

1. Ipsa êstqui, êicwi êcriptum est in profeia, solua potenw est colHgerê vin" culnm Pleiadoê 9t Orionis septa reserare, sdsns demutationam firmamenti et diatmens rotctm geniturae reparatiane baptismatie diem nostrae naHvitatis evicit»

2. Paret (£«1» J?e/orif»ator, etc.) dit que Priscillien s'est donné à l'astrologie comme à une branche d'études généralement abordée; mais ce qu'elle avait d'antichrétien l'en dut tenir toujours un peu éloigné. U avait lu les ouvrages qui en traitaient, notamment celui de Firmicus Matemus : Libri Matheseoa, On retrouve en effet assex fréquemment dans les onze traités les façons de parler de ce personnage amphibologique, à qui on attribuait en même temps que son traité d'astronomie une dénonciation furibonde présentée aux fils de Constantin pour les inviter à mettre à mort quiconque refuserait d'adopter la religion chrétienne.

3. C'est-à-dire, je pense, un onguent dont le charme cesse d'opérer an concher du soleil et selon les diverses phases de la lune.

Eh bien! je déclare que celui-là q^ lit, qui articule, qui croit, qui accomplit, qui accepte ou qui imagine de semblables horreurs, non seulement doit être onoihema maranatka, mais encore mérite d*6tre passé par le s^laive, car il est écrit : Vous ne laUseres ptu vivre les sorciers ! Qu'ils gfardent donc pour eux leurs abominables inventions et leurs interprétations hérétiques dignes de la géhenne! Qu'ils acceptent, si cela leur platt, les mensonges des schismatiques, à volontés capricieuses I Ni eux, ni personne ne réussira à renverser le tabernacle du Christ, le temple de Dieu que j*ai élevé dans mon cœur i. »

Anathimt Si cette adjuration parait manquer du côté du style et de la correc-

qieu /itlmine tion, on ne saurait lui contester Péneipe et la sincérité. Il est certain,

contre Us sorciers, çjj ^^^^ ^^g^. q^^ Pévêque d'Avila, comme tous ses contemporains,

n'éprouvait aucun doute à l'endroit des plus absurdes prétentions de la

magie. Ce bizarre onguent, fabriqué par le diable, ces agissements

délétères, suffisants pour anéantir les fruits dans leur primeur, nous

rappellent les opinions d'Augustin sur la sorcière de la VIII^ Églogue.

Pas plus que les Pères du concile de Tyr, Priscillien ne s'avise de nier

la puissance magique; tout comme Athanase, au lieu de tourner en

ridicule la peur des magiciens, il se défend de toutes ses forces d'être

l'un d'eux. D était bien évident que, sous ce rapport, le siècle allait rester

semblable à lui-même, et que le jour où ces imputations — grotesques

à nos yeux, normales et courantes pour l'époque — seraient portées

devant un tribunal, la stupide peur, la haine et l'avarice aidant, elles s'y

verraient traitées comme des crimes énormes et châtiées avec la dernière

cruauté. D'aiUeurs, même en supposant la probité des juges, est-ce

qu'on n'a pas vu dans le procès d' Athanase que le manque absolu de

réalité du délit entraînait le manque absolu d'efficacité des preuves

H ne savait pas d'innocence? Priscillien, au surplus, semble avoir appelé lui-même sur

Vu'eA sa misérable tête la main du bourreau, quand il invoque avec une espèce

^^^^di' "" ^^ ^™ ^® ™®* ^ TExode : // ne faut pas laisser vivre les sorciers.

^^J^* Cette vieille parole juive était dès lors assurée d'une longue destinée.

sa propre mort (^^* supra, p. iBy sqq., les fondements hMiques de la magie,) J'ai,

vu*// dicritatt,

I . Comme je ne me fais pas d'illusion sur la façon dont j*ai traduit cet étrange passage, d'ailleurs tout spécialement g&té et embrouillé, j'en vais citer in extenso le texte original, heureux de donner un échantillon du charabia de Priscillien. Certes, le mouvement et la chaleur sont loin d'y faire défaut; mais, grand dieu! quelle grammaire!

InUr qnae iamen novum dictum et non dicam facto, sed et reUdUme dam» nàhile nec uUo cmte hoc heretico auctore prolatum sacrUegii nef as in anres nostras legens Itacius indunit magids praecttntaUanibns primUivomm fru' ctuum vel etepiari vel consecrari opportere gustatus ungueniumque maledicti Soli et Lunae, cnm quibue déficit, consecrandufn : qnod qni legU, prohUU, credidit, fecit, habuit, indumii, non solum anathema maranatha sed etiamgladio Persequendus est, qnoniam scriptum est : maleficos non ainetis vivere. Sibi itaque habeant adinventiones hereticorum nefarias et dignas gehennae imter' pretationes, sibi teneant scismaticorum calumnias multivolas voinniates: tabernaculum Christi et templum Dei quod est in nobis nemo convellet»

pour ma part, pu mesurer sa redoutable influence lorsque, dans ma première jeunesse, j'entrepris de chercher les éléments d'une biographie du Diable à travers les procès de sorcellerie. Tout un coin de ma mé- lln^apasHi moire en est resté malade. C'est une histoire affreuse, qui s'ouvre vers '<

la fin du vrai moyen âge, avec les tribunaux de l'Inquisition, — la ^^''^^^j^ magie était devenue l'hérésie par excellence, ou plutôt chaque magicien ^^'^ ""^ '

était hérétique, chaque hérétique était magicien, — et qui se poursuit jusqu'à la veille de la Révolution. Pendant tout ce temps, la sinistre mais il a été. formule ne cessa de faire des victimes : d'abord par les mains du juge U premier frappé, monacal, ensuite par celles du juge parlementaire, non moins crédule ** ^^P^ chrétien, et tout autant féroce. Peut-être devrais-je dire plus féroce, quand je me ^„^^\t r remémore certains épisodes de l'époque où le maléfices non patiaris ^^ justke, vivere était un brocard de palais.

PbRPIDIAB ISTIUS TAB£S PLER AQUE HiSP ANIAB (Chr, II, 46, 7, 1 3). Étendue — C'est en ces termes, évidemment exagérés, que Sulpice caractérise la ^^ la propagande rapide extension des doctrines de Priscillien. J'ai remarqué ailleurs que P'^^^^^^^* l'auteur dé la Chronique fait un usage très arbitraire de l'adjectif ^^Wque. U n'y a pourtant pas à mettre en doute la prodigieuse influence que le jeune Espagnol sut très vite conquérir sur ses concitoyens, ce qui rend vraiment ridicule le mot de c conjuration > que Sulpice emploie pour expliquer le fait. Singuliers conjurés que ces hommes riches, puissants. Les traités instruits, qui, révoltés par les basses mœurs des ministres de la religion Pexpliqiunt à laquelle ils sont dévoués, dépensent leur argent, emploient leur crédit ^otaautrment et usent de leur science acquise et de leurs talents pour donner à ^^i^J^^„f l'Église espagnole plus de dignité, d'instruction et de moralité ! La cons- ^u^/j chronique. piration qu'ils dirigent consiste, en effet, d'abord à payer d'exemple en redoublant de sévérité et d'austérité; ensuite, à répandre ouvertement | leurs principes et leurs maximes dans des écrits publics'. Un fait décisif est la conduite d'Hyginus, le vieil évèque de Cordoue. Trompé par de fausses indications, Hyg^us, qui vivait dans le voisinage des évèques amis de Priscillien, les dénonce à leur métropolitain Ydace de Mérida. Il n'est pas douteux qu'il existait dans l'attitude générale des ascètes et dans quelques détails de leur conduite de quoi éveiller les défiances du clergé officiel, par suite d'un radical désaccord avec les mœurs régnantes. Au premier moment, Hyginus avait donc pu croire à un danger pour la hiérarchie, les tendances à la fois populaires et réformatrices du groupe que dirigeait Priscillien étant manifestes. Seulement aussitôt que l'honnête prélat eut été mis en situation de juger les choses de plus près, il cessa de blâmer le mouvement; même il s'y associa de

I. PriBciUien nomme Asarbus et Tiberianus comme ayant rédigé, en accord avec lui, de nombreuses professions de foi : « quamvia Jrequentibus lihellis locuHfidem nosiram... cum Tiberianoet Asarbo, nulla sécréta sectamur, >(3, 7 et 4, 4.)

toutes ses forces, ayant sans doute dès longtemps expérimenté par luimême la déplorable déchéance du clergé espagnol. C'est ce que Sulpice, que dominaient des idées préconçues d'hérésie, exprime par les mots turpiter depravatus^ lesquels, sous sa plume, signifient — imagination tout à fait absurde — qu*Hyginu8 se serait fait gnostique.

ÙésûgréabU UlTRO QUAM OPORTUIT... LACB8SENS (Chr. II, 46, 9, 19). —

accueil Voici la première apparition de l'un des représentants les plus actifs de Vun^r^nmt ^'^^<^^^^^ officielle dans la personne d'Ydacius, évêque d'Emerita ou ^^^^officUl ^ Mérida. Sulpice salue ce personnage par un blâme très aigre. La légitidt rorthodoxie, °ùté des agissements d'Ydace n'est point par lui contestée; mais il taxe avec dureté les façons bruyantes, exagérées et emportées de ce iieià-bras théologique. C'est à son intolérante violence que notre auteur attribue les succès chaque jour plus marqués de la propagande hérétique. Cette manière d'apprécier les acteurs du conflit, en se montrant, au fond, plus antipathique aux défenseurs de la bonne cause qu'à ses adversaires, Sulpice la maintiendra jusqu'au bout dans sa narration. Sur ce nom d'Ydacius et sur la perpétuelle confusion qu'on en fût avec celui d'Ithacius qui va venir tout à l'heure, je renvoie à mes notes au texte latin, p. 114, et aussi à mon commentaire du Dialogue III. Il ne faut pas oublier que la narration qui présentement nous occupe serait incompréhensible en plusieurs points si on ne la complétait avec le chapitre 20 de la Vita Martini, le chapitre 6 du dialogue II et les chapitres 1 i-i3 du dialogue III. De là les lacunes nécessaires de mon exposé actuel. Évidemment je ne pouvais déplacer en totalité des matériaux aussi considérables.

Les assertbns HeRETICI COMMITTBRB SE JUDICIO NON AUSI (Chr. II, 47, 2, 24.)

de Priscillun Sulpice af&rme que les c hérétiques » n'osèrent pas soumettre leur

en disûccord ntc çj^yg^ ^ ^à justice du concile qui avait été réuni à Saragosse expressé-

ceUesdeSulptce. ^ -' , . . ..." ^ . .-, ^ 7^ tn 1 j

ment pour les juger. Pnscillien, au contraire {Tractatus I), refuse de

reconnaître que la réunion de Cesaraugusta ait eu un semblable objet. Sans expliquer pourquoi les évêques avaient été convoqués, il constate que ni lui ni les siens n'assistèrent à ce synode ; qu'ils n'eurent pas même la pensée de s'y présenter, tant ils se sentaient désintéressés. (Schepss, 35, 19.) c Aucune accusation, dit- il, n*a été portée contre «quelqu'un de nous, personnellement, non plus que contre nos ten- > dances ou contre notre genre de vie. Nul parmi nous n'a été assigné » ni même n'a eu crainte de l'être. » Cette déclaration, au premier coup d'œil si précise, heurte avec une telle netteté les assertions de la Chronique, qu'en dépit de notre dessein de nous abstenir ici de tout commentaire détaillé, il est indispensable de rechercher brièvement le sens réel de ces deux récits contradictoires. Il semble qu'on en devrait conclure : ou bien que Sulpice disposa d'informations gravement erronées, ou bien que Priscillien a très audacieusement dissimulé la vérité.

Je ne crois cependant pas que l'option puisse être posée en termes aussi absolus. Ainsi, quant au but véritable du concile de Saragosse, il me paraît non douteux que l'intention d'examiner les opinions des Priscilïiani^tes ne fut pas ouvertement avouée. De même, je pense que cette assemblée prit bien garde de mettre sur la sellette et de condamner telles ou telles personnes nominalement désignées. Le langage de Ct disaccord, Priscillien ne va donc pas contrera véhté, en ce sens qu'il exprime iîdè- moinsradicûl lement la physionomie extérieure des faits. Les ascètes étaient alors ^^^^ "^ '< P^^^^ fort loin de pouvoir être traités en hérétiques, comme les qualifie ^prtmitr Sulpice. Un tel mot n'avait pas encore été prononcé, on n'avait pas ^^ ^' ' même songé à le prononcer. Partisans de la vie austère, Priscillien et ses amis demandaient simplement qu'un régime plus strict devînt la règle de tout le clergé. Sans doute, leurs paroles et leurs actes avaient pu, dès cette époque, pécher par défaut de prudence; mais l'ascétisme était alors trop populaire, il rentrait trop profondément dans la tendance générale, pour qu'un congrès épiscopal osftt le condamner publiquement. D'autre part, il n'est guère douteux non plus que, si l'intention de juger, de blâmer ou de punir n'avait pas été affichée, elle existait pourtant, bien que dissimulée, chez tous ces évêques qu'exaspéraient des prédications et des agissements dont ils ne pouvaient pas ne pointsentir la menace. Seulement, nul d'entre eux n'avait une suffisante hardiesse pour s'attaquer directement aux chefs connus et aimés de l'agitation ascétique, et c'est ce détail, pour le dire en passant, qui donna un peu plus tard tant d'importance à Ithacius, l'évêque débouté, dévergondé et fort, en gueule. Pour le moment, Priscillien avait donc le droit strict de dire : < pas tm de nous n'a été personnellement accusé à Saragosse. >

Ce n'est pas tout : les membres du concile se gardèrent soigneusement aussi de formuler avec quelque précision les griefs dont, au fond, leur cœur était gonflé. On n'a qu'à se reporter à ce qui a été dit (p. 559) des canons de 38o. Les évêques votèrent ime série de dispositions générales, quelques-unes dirigées contre le goût des dévotions clandestines, d'autres concernant la lecture de livres, non canoniques sans doute, au milieu d'auditeurs laïques des deux sexes ; mais toutes assez vagues pour ne donner prise à aucune demande d'explication directe. En revanche, il restait toujours possible de les accentuer et de les colorer quand l'occasion deviendrait favorable ; c'est effectivement ce qui fut fait plus tard de la plus dangereuse façon. Le seul acte significatif du concile est représenté par la mission donnée à Ydacius de Mérida de veiller pour le compte des évêques et au besoin d'agir en leur nom. 11 avait rédigé un mémoire (monitoire ou commonitoriuni) que le concile eut l'air, officiellement, d'ignorer, puisqu'il ne lui fut rien emprunté pour la rédaction des canons ; — sinon peut-être un blâme contre l'usage des Apocryphes. Mais il est bien clair que le mandat solennel dont l'auteur de ce mémoire fut revêtu devait inévitablement donner de la force et de l'importance aux griefs dénoncés par lui. Point curieux à noter, c'est

Il risttlU surtout

de la différence

des points de ftte;

ainsi que des dates de rédaction.

En tout cas, il ne laisse soupçonner

ni la sincérité

de Sulpice

ni celle

de Priscillien,

PrisciUien qui nous renseigne sur le commonitortutn de Pévêque de Mérida; c'est lui qui nous apprend que l'assemblée s'occupa de lectures imprudemment et irrégulièrement faites; c'est lui qui constate que Damase, évêque de Rome mais né en Espagne, avait exigé qu'aucun jugement ne fût rendu à Saragosse contre des absents qui n'auraient pu être entendus : Ne quid in absentes et inauditos décerner entur. Ces constatations, en montrant la faible capacité de Priscillien dans l'art de dissimuler, établissent par sa bouche même que les c priscillianistes » ne restèrent pas aussi étrangers au concile que la déclaration, citée plus haut, du tractaitts primus le donnerait à croire. En résumé, l'ensemble des circons^nces est tel qu'on peut dire que s'il y a eu des inexactitudes de la part de l'évêque d' Avila« elles se ramènent au fait de n'avoir tenu compte que de la surface des événements, leur physionomie apparente étant propre à l'aider dans une polémique que leur examen approfondi aurait contrariée. Après tout, quand on est c partie» dans un débat, c'est presque un droit de passer sous silence ou d'éviter de mettre en relief les points susceptibles de tourner à votre désavantage.

En ce qui concerne les déviations que Sulpice a fait subir à la vérité, si elles sont considérables, si elles ont eu des conséquences funestes, elles ne furent en aucune façon intentionnelles. Notre auteur ne les aurait pas commises s'il avait lu les opuscules de Priscillien. Très évidemment, elles résultent de ce que, devant une suite de faits qu'il connaissait d'ailleurs assez mal et voulant rendre compte d'une situation qui avait plusieurs fois varié, il Is^ décrit non pas comme elle s'offirait à sa date» mais telle que l'opinion courante la représentait au moment où fut rédigé son petit livre. Cette double appréciation a été très bien comprise et rendue par M. Loos : c Qu'il y ait eu chez Priscillien, dit>il, de petites invrai-

> semblances, je ne saurais le nier; néanmoiiis, je crois son rapport

> plus exact que celui de Sulpice. > (Theologische Littérature etc.)

Je n'ajouterai qu'une observation. La matière, si on voulait la vider, exigerait de longs et minutieux développements ; mais je dois être bref. Notre auteur, il n'y a pas à s'y tromper, ne savait à peu près rien des incidents qui troublèrent l'Église espagnole et rendirent nécessaire la réunion du concile. Mais il en connaissait le caractère essentiel et il le marque à l'aide de l'épithète toujours usitée par lui quand il veut imprimer une flétrissure : foeda certamina. Nous connabsons, nous, ces luttes honteuses, grâce aux trois premiers tractatus, et l'aspect en est effectivement assez peu relevé. Parfois même, elles tournent en avilissantes bagarres où, d'évêque à évêque, s'échangent les invectives et les coups en pleine église. L'état de lamentable bassesse où était tombé le clergé espagnol s'y reflète péniblement. On comprend, par ces détails, combien était urgente et salutaire la réaction tentée par les ascètes; et aussi combien elle dut paraître insupportable aux membres de ce haut clergé qui l'avaient rendue nécessaire. Ainsi s'expliquent la haine, les fureurs, l'âpreté sanguinaire qu'on vit bientôt se développer avec une

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violence effroyable. C'est de cette façon qu'une simple dispute sur la discipline se transforma en d'acharnées et mortelles batailles qui firent hypocritement surgir la question de foi, d'hérésie et de magie. Mais où irais-je si j'essayais de pénétrer actuellement dans le dédale d'intriguesi de ruses, de perfidies, d'appels à la force, de recours au bras séculier, dont Sulpice se détourne avec dégoût? Je me borne à remarquer que, de tous ces faits, le dernier seul a été distinctement retenu par lui. C'est, dans son opinion, le grief capital; et comme les deux partis s'en étaient rendus coupables tour à tour, il les frappe l'un et l'autre d*une même réprobation. Hors de là, ses souvenirs vacillent. Je suis porté à croire qu'il n'avait pas lu les opuscules de Priscillien et, qu'au contraire, ceux d'Ydacius lui avaient passé, plus ou moins rapidement, sous les yeux. En ^ erreurs tout cas, la nature déloyale et méprisable des agissements de ce dernier de la Chronique ne lui avait .pas échappé, et il le témoigne en termes tout à fait expliquia explicites. Mais s'il a entrevu par quels côtés les ascètes méritaient de . ^^ la sympathie, — Martin, on le yerra, allait très loin dans cette direc- * ''J^îoW/ tion, — toujours le gnosticisme, avec les confuses horreurs qu'il impliquait, vint contrepeser ce premier mouvement. Et il en fut de plus en plus ainsi à mesure que le temps s'écoulait et rendait plus lointaines les impressions favorables du vieil évêque. Cest vers 4o3 ou 404 que la Chronique et les Dialogues furent rédigés. Si ma patiente investigation autour et en dedans de Sulpice avait atteint le but que je me suis proposé, je crois que le lecteur rencontrerait peu de difficulté à se rendre compte de bien des incohérences, par suite de ce perpétuel passage — dans l'appréciation des mêmes événements et des mêmes hommes — r d'un point de vue très bienveillant à une façon de juger pleine de malveillante animosité.

d'esprit de son auteur.

ITHACIO SOSSUBBNSI NE60TIUM DATUM (Chr. II, I, 47, 3, 3). —

Ithace, évêque d'Ossonoba, prend maintenant les rênes. Bien qu'il n'ait fait son apparition qu'après Ydace, c'est lui qui sera le représentant principal et authentiquement officiel, negotium datum, de l'épiscopat espagnol. Il est à remarquer que Sulpice le met toujours de moitié, implicitement mais sans erreur possible, dans toutes les appréciations défavorables qu'il a portées sur l'évêque de Mérida et sur son zèle intempérant. On va l'entendre un peu plus bas (47, 16) accouplant ces deux énergumènes et les montrant aussi impudents et aussi démesurés l'un que l'autre dans leurs agissements de persécuteurs '. Toutefois la primauté et l'initiative continueront pendant quelque temps encore à appartenir à Ydacius. Ainsi, c'est lui qui obtiendra de Gratien, ou plutôt de la camarilla qui entourait ce premier des rois fainéants, un édit de

Sur Ydacius et Ithacius,

pour assigner à chacun d'eux

U rôle qui lui revient.

1 . Sur la perpétuelle confusion que les compilateurs commettent au sujet dnrdace et d*Ithace, lire p. 1 14 la note placée au bas du texte, en attendant Tartlcle où j'ai soigneusement débrouillé cette peu importante mais agaçante matière.

63o PETITS ESSAIS

proscription contre les ascètes, sous prétexte de pseudo-épiscopie et de manichéisme. J'ai tant parlé des évoques, soit dans les prolégomènes, soit dans les petits essais, que je dois renoncer à exposer en détail l'état du personnel épiscopal au point de vue priscillianiste. J'indique seulement la composition des deux camps :

Sur Us Mquts Du côté des défenseurs de la hiérarchie, Sulpice ne désigne nominaqui composaient tivement que Ydacius, Ithacius, Ruiîis et Magnus. Mais à chaque mot les deux camps, g^^ langage atteste que, selon lui, la prélature hispano-gauloise tout entière était absolument hostile aux ascètes. Sans doute, Rufus et Magnus, nommés infra (5i, 7), semblent avoir exercé une influence plus spécialement directe sur l'esprit de Maxime à l'heure où l'usurpateur songeait à entreprendre l'extermination générale de l'ascétisme et la spoliation des très riches chefs des ascètes. De même Ydacius et Ithacius assument invariablement, cela n'est pas douteux, l'initiative des actes d'agression, se mettant ainsi en vedette par leur haine contre Priscillien. Mais ni ceux-ci ni ceux-là n'agirent jamais spontanément et de leur personnelle autorité. Toujours ils exécutèrent les décisions adoptées ; toujours ils suivirent le plan tracé par la majorité des mem- Prtufa riitirits bres de l'épiscopat. En vingt passages, Sulpice affirme ce fait; nulle que Sulpice ^^^t pourtant sur un ton aussi décisif que dans le Dialogue III, alors "^d^ii ^^'^^ décrit les hésitations feintes ou sincères de Maxime à la veille entre Ithacius d'engager à fond tme persécution sur grande échelle, tant en Gaule et tous les autres qu'en Espagne. C'est alors, en effet, que notre auteur constate qu'un évéques. certain Théognistus fut seul parmi les prélats de l'époque à faire opposition à cet abominable projet. Il est donc certain que le camp antipriscilHaniste était composé, sinon par la totalité, du moins par la très grande masse des évêques. Ce détail est important à noter. • Du côté des adhérents de Priscillien, Sulpice ne nomme que Salvianus, Instantius et Hyginus, tous les trois, à l'en croire, condamnés par le S3mode de Saragosse. Un des disciples du réformateur, Latronianus, qui fut exécuté à Trêves en même temps que son maître, a vu aussi son nom recueilli par la Chronique. Mais Sulpice ne semble pas avoir su qu'il était évêque. C'est Jérôme (Catalogus scriptorum) qui nous apprend que ce Latronianus fut à la fois poète distingué et membre de l'épiscopat. Maintenant, outre ces quatre indications, les tractatus, et surtout le compte rendu du concile de Tolède (en l'an 400), permettent d'affirmer que les évêques Galiciens ou Lusitaniens attachés aux opinions de l'ascète d'Avila — quelques-uns de grande et vénérable autorité, comme Symphosius — étaient assez nombreux.

Ce point ainsi sommairement fixé, je reviens, pour finir, aux deux noms d'Ydace et d'Ithace. Si on les a enchevêtrés d'une fort étrange façon, il n'en faut pas accuser Sulpice. Qu'on lise plutôt le passage (5i, 5, i) où il raconte le sort très différent que subirent ces tristes per> sonnages, en les distinguant fort bien l'un de l'autre. C'est en dernier lieu Ithace, nous apprend -il, qui resta chargé de toutes les malédic-

tions, lorsque le sentiment public enfin soulevé contraignit Pépiscopat à se renier lui-même dans la personne de son porte-parole favori. On a depuis, avec plus d'habileté que de probité, utilisé cet incident pour transformer Févêque d'Ossonoba en un bouc émissaire chargé des sanguinaires violences commises au cours de Tannée 382. Je montrerai ailleurs ce que vaut cet ingénieux expédient. Il me suffît pour le moment de remarquer que Sulpice, qui savait très bien de quels éléments la prétendue c faction itfaacienne » se composait, a pris soin , . ., ^ j ^ ^ ytA.1^ ' j j I» i5i 1 le droit d'affirmer

de constater qu'ithacius, quand on essaya de l'accabler sous les respon- au*U n'avait agi

sabilités, naguère assumées par lui mais non de sa simple fantaisie, se que sur mandat. retournait contre ses anciens mandants, et leur criait : c Je n'ai rien fait que vous obéir ^ > Cette nette réplique consolide et complète mon commentaire de la formule negotium datum. Seulement c'est là une vérité qui ne deviendra tout à fait évidente que lorsque j'étudierai les opuscules martiniens.

Et comment

ce persécuteur

sanguinaire

avait

Per Dblphinum hepulsi (Chr, II, 48, 3, 1). — Je relève ce texte uniquement pour confirmer ce qui a été avancé plus haut sur la juridiction parfois très étendue des évêques, et sur cette tnanus Eccîesiastica qui allait, dit Augustin fepistula ad CecUianum), jusqu'à l'application des verges et du fouet. Ici Delphinus, correspondant de Pontius Paulinus, accomplit un acte de souveraineté municipale qui sent déjà son moyen âge. (Consulter relativement à cette matière Codex Theodosianus, 16, 10 De Paganis; — et aussi de Lenonibus,) Peut-être ne s'agissait-il que d'interdire l'entrée des églises. Mais, même en cas de complète expulsion territoriale, il ne faudrait pas s'étonner.

TURPI SANE PUOIBUNDOQUE COMITATU (Chr, II, 48, 3, 4). Voir aussi plus bas: nudum, orare solitum. — Ce tableau, d'un carnaval effronté, dont la troupe impudente et efiîrénée des ascètes aurait donné le scandaleux spectacle aux habitants des environs de Bordeaux, est bien le passage le plus imprévu et le plus singulier de toute la narration. J'y crois reconnaître le type primordial de ces racontages, à la fois très niais et très venimeux , dans la fabrication desquels la malice c cléricale > excellera plus tard, pendant des siècles et des siècles, et qui lui serviront à préparer la ruine de ses ennemis. Mais les éléments de la méthode remontaient très haut.

J'ai raillé Sulpice quand il représente les « priscillianistes > comme ayant formé dès le début ime conspiration ténébreuse nouant au sein de l'ombre ses noirs complots. Il faudrait pourtant se garder de ne voir dans ce détail qu'un sujet de plaisanterie. Depuis bien longtemps les préventions les plus hostiles remplissaient l'imagination romaine au regard des faits de cet ordre. La société secrète avait pris rang parmi

I. In êoê reiorqtteb^t quorum id mandata et consiliis effeceratt 5i| 3.

La manus eccîesiastica et les ascètes.

Le carnaval priscillianiste.

Lointaines

origines

des récits

de cette espèce.

les bêtes noires les plus détestées pendant la dernière période républicaine ; et toujours s'y mêlait quelque élément de religion ou de superstition, même quand il s'agissait uniquement de politique ou de socia- Im Bacchanales lisme, comme dans la conjuration de Catilina. Mais c'est surtout vers de l'an 186 le souvenir du grand procès des Bacchanales que l'esprit se reportait, ofontJ.-C. 2^iQ,,g q^g j^g dévots de Dionysos ou Bacchus épouvantèrent l'Italie (186 av. J.-C.) par les déportements et les forfaits qu'ils avaient jusque-là su cacher sous le couvert de leurs mystères religieux. La République se sentant gangrenée, le sénat exerça une répression impitoyable, et l'admirable exposé que Tite-Live traça de cet épisode était resté dans toutes les mémoires. On le citait, on le copiait, même en des circonstances^ qui ne le méritaient guère; si bien que, peu à peu, l'affaire des Bacchanales Imit par consacrer je ne sais quelle identité entre le fait de Terreur dévotion secrète et les promiscuités les plus infâmes '• Quand s'y ajou- ^ui entourait l'idée tait la circonstance que ces rites avaient été célébrés pendant la nuit, de conventicule l'horreur soulevée prenait des proportions effrayantes. Naturellçment, f*octanu. ^j^^ ^^^^ manière de juger ne se modifia pas, bien au contraire, à mesure que le monde gréco-romain, assommé de mythologie classique, se voyait chaque jour envahi par les c religions >, parfois aussi répugnantes que bizarres, venues d'Orient. Or^ les premiers développements chrétiens se placent précisément à la même date. Eux aussi ils tombèrent sous le coup de la sinistre formule : nocturnos conventus, car la haine populaire et la persécution officielle contraignaient les fidèles du Christ à se cacher. L'accusation courante fut donc dirigée contre eux et aussitôt Les chrétiens admise sans difficulté. U n'y a qu'à voir la peine que se donne Minucius accablés d'abord Félix — l'auteur distingué, délicat et d'habitude hautement dédaigneux ^amputations de VOctavianus — pour réfuter la stupide fable de la tête d'âne. A vrai absurdes ^if^^ 1^3 imputations absurdes ou horribles constituaient un procédé et horribles, régulièrement appliqué à tous les nouveaux venus sur le terrain religieux. Et ce procédé, loin de s'user et de s'affaiblir par l'abus qu'on en Us faisait, alla grandissant et se généralisant. Les chrétiens, pour leur

retournent ensuite compte, après en avoir subi durement les atteintes, ne manquèrent pas contre de le retourner contre leurs pr^res dissidents. Vainement chacun leurs dbsidents. pouvait juger que l'ensemble de l'Église en souffirait beaucoup, comme SpédaUnunt on ^^ voit par un aveu caractéristique d'Eusèbe. Les attaques flétriscontre santés dont on accablait telle secte hétérodoxe étaient prises par le les ffiosUques public, hostile ou trop indifférent pour se donner la peine de distintt les manichéens, guer, comme enveloppant la totalité du personnel chrétien, sur lequel planaient ainsi et sans cesse de déshonorantes rumeurs. (Historta Eccles., IV, 8.) Mêlées ou non de quelques réalités, ces malpropres calomnies atteignirent d'abord de préférence les groupes variés et

I. Quum vinum animas et noM ot mixtiJeminU mare* aeiatis Unerae mo/oribuê, discriman omna pudoris extinxissent,.. Corruptelae omnis generis,,, Sfupra promincua, etc., etc. (XXXVIII, 4.)

NOtBS ET NOTULES

confus qu'englobait Fépithète de c gnostiques. > (Voir supra ce qui est dit sur Simon de Gitto et sur le diacre Nicolas.) Mais à l'époque où nous sommes, ce n'était plus guère là qu'un souvenir très brouillé, à l'occasion duquel les gens instruits eux-mêmes divaguaient à qui mieux mieux, comme nous l'avons montré pour Jérôme quand il place auprès de Priscillien un prétendu Marcus dont Irénée avait, deux cents ans plus tôt, raconté les prestidigitations. La vérité, c'est que les grands calomniés du iv« siècle ce sont les Manichéens, simplement parce qu'ils étaient très redoutés. Maintenant, outre ces motifis d'ordre traditionnel, quelques-uns antérieurs au christianisme, qui faisaient que Timputation contre les mœurs des c mal pensants > était une pratique systématique et comme de style, il existait d'autres raisons, celles-ci d'ordre doctrinal, qui auraient suffi à rendre le fait inévitable. Je veux dire que si les Romains n'avaient pas connu cette pratique, les chrétiens se seraient vus dans la nécessité de l'inventer, parce qu'elle résultait pour eux d'un pointde foi très impérieux. Aussi, n'a-t-elle faibli réellement que lorsque le dogme lui-même se sentit ébranlé. Je dis faibli, je ne dis pas disparu. Même de nos jours, tout catholique renseigné exactement sur les vérités de sa croyance n'a pas plus le droit de supposer que des hétérodoxes ou des incrédules soient vertueux, que saint Augustin ne se reconnaissait la liberté d'admettre un mérite moral quelconque fût-ce chez les plus nobles représentants du polythéisme. Souvenez-vous de la théorie fondamentale de la grâce. Sans elle, pas de vertus d'aucune sorte : la chasteté, la sobriété, la pudicité, aussi bien que la charité ou la piété, sont surnaturelles. Formées en suite d'ime intervention divine, elles ne naissent que par l'effet du bon plaisir de Dieu. Or, comme l'hérétique offense la Divinité par ses opinions, ce bon nlaisir lui est nécessairement refusé '. Ainsi privé de la grâce, nulle vertu quelconque ne saurait trouver place en lui; à plus forte raison la plus difficile de toutes, la continence. En proie au péché originel, contre qui rien ne le défend, il tombe quotidiennement dans des prévarications de toute catégorie, en particulier celles qui sont connues sous le nom de péché de la chair. Nous avons vu le doux, l'honnête Sulpice, accuser Satuminus de c forfaits innommables >, nefaiidis criminihus, bien que cet évêque gaulois n'eût commis d'autre acte digne de blâme que de s'obstiner dans ses convictions semi-ariennes, alors qu'Hilaire venait de ramener tous les autres prélats de la Gaule à de plus orthodoxes sentiments. J'ai montré Jérôme, Ambroise, Augustin, même Chrysostome, suivant la méthode de Sulpice ou lui en fournissant des exemples. Sur ce chapitre

I. Je récite : c D, Pouvons-nousrde nous-mêmes, observer les commandements, pratiquer les vertus chrétiennes et éviter le péché ? R, Non, nous ne le pouvons pas sans le secours de la gr&ce de Dieu. — D, Qu'est-ce que la grâce? J?. C'est un don surnaturel que Dieu nous fait gratuitement pour opérer notre salut. — D. Que sommes -nous aux yeux de Dieu sans la grâce? R, Nous sommes ses ennemis et dignes de Tenfer. » {Catéchisme de Périgueux.)

Comme quoi Us calomnies de cet ordre

étaient d'obligation dogmatique.

Source

nécessairement

sumatanlU

dts

vertus chrétiennes»

Le mécriûnt coupable a priori

et, mime, "-apable de tout.

Surprenante

application

que Sulpice fait

de ce principe.

Comment ce quHl attribut

d Priscillien est plus fou et sot

que criminel.

nfluence

du Panarium

sur les bruits

de cette espèce.

les plus modérés deviennent violents, les plus tendres sont des bêtes féroces, ne sachant ce que c'est que retenue, mesure ou justice. Il allait donc de soi que puisque Sulpice estimait Priscillien hérétique, il devait, ipso facto, le considérer comme capable de toutes les abominations et coupable de tous les méfaits. Les bruits les plus immondes, les plus déraisonnables, j'ajouterai les plus sots, notre auteur les recueille sans que son esprit de mesure, son équité, son libéralisme en souffrent le moins du monde. C'est ici qu'il faut se donner le spectacle déplorab le des deux courants par lesquels ce cerveau était bouleversé. Quelques lignes plus haut, dans son admiration pour l'intelligence, l'éloquence, le savoir, la charité, le dévouement, la piété de l'évêque d'AvÛa, on l'a entendu déclarer que cet homme eût été absolument parfait s'il avait montré un peu moins de vanité. Puis, tout à coup, sans incident explicatif ni transition aucune, il le fait apparaître sous l'ignoble figure d'un débauché qui ne prend même pas la peine d'être hypocrite ; recherchant l'inceste pour mieux aiguiser la volupté ; pratiquant l'infanticide avec une audace moins imprudente que stupide. Les excès par lui conmiis s'étalent publiquement, alors que son évident intérêt commandait tout au moins la dissimulation et l'h3rpocrisie. Ce contraste choquant ne contribue pas peu à me confirmer dans l'idée que le portrait de Priscillien fut revu à deux dates diflférentes : la première se rapportant au verdict d'Evodius, la seconde aux souvenirs d'Eluza et de Martin. J'avoue, au surplus, que même après cette interprétation, je reste confondu que Sulpice ait pu enregistrer sérieusement de pareilles invraisemblances. Les ascètes, sous le coup d'un décret du pouvoir politique, se rendaient en Italie pour solliciter l'appui et gagner le concours de deux grands évêques. Au milieu de griefs divers, ce sont leurs mœurs, tmprobi mores, qu'oiT a surtout mises en cause. Or, voici que dès la première ou la seconde étape du voyage, sous les yeux hostiles de Delphin qui vient de leur interdire en termes outrageants l'entrée de sa ville épiscopale, ces quêteurs d'absolution n'imaginent rien de mieux que de se livrer à de bruyantes orgies où la promiscuité des sexes et des âges, comme aux Bacchanales, et le stupre des vierges aidé du concours de leurs mères, conune chez les gnostiques, se voient couronner par l'avortement pratiqué c avec des herbes >. Cette façon de se ménager l'indulgence et la faveur de Damase et d'Ambroise ne dépasse-t-elle pas les limites de l'absurdité? Assurément, si on l'admettait, ce n'est pas d'immoralité mais de démence qu'il faudrait taxer Priscillien et ses amis, car ils se seraient conduits comme des aliénés ; et il n'y a pas autre chose à dire de ce passage de la narration de Sulpice.

Maintenant, avant de finir, il me resterait à dégager ma promesse d'opérer un choix dans le tas d'immondices amoureusement colligés par Épiphane. Sulpice qui, certainement, n'en soupçonna jamais toute la puanteur, avait respiré néanmoins quelques-unes de ses émanations. Sa mémoire en resta souillée. En vue donc de faire comprendre le para-

graphe que je commente actuellement, je me suis occupé, pincettes en mains, de procéder au triage annoncé. Seulement il en est sorti une De Panthologit anthologie sadique et pornographique de telle nature, qu'au moment de pornographique la livrer à Pimprimeur l'estomac me manque. Ce sera pour plus tard, la '^ sadique nausée une fois surmontée. 11 me semble, au surplus, que les échantil- ^^ ataraîte- Ions précédemment fournis (cf. p. 36 1, par exemple) peuvent suffire. C'est pourquoi, à titre d'indication précise, marquant directement le mais qi^on mode d'influence exercé par le livre de l'évêque chypriote, je vais tirer n'imprimera pas, de mes notes quelques détails, très inofîensifs, concernant l'habitude de ^^ ^^^ prier c dans des postures indécentes » si durement reprochée par M. de ^^"^ ^^^^ '^'^^' Broglie à l'ascète d'Avila. Il n'y a pas de doute qu'Evodius n'inscrivit jamais sottise pareille — non plus que les turpes feminae mentionnées par la Chronique — dans le libellé de sa sentence. La loi romaine ne connaissait pas des faits de ce genre. S'ils se sont glissés dans la rédaction de Sulpice, c'est le Panarium qui doit en répondre. On peut voir effectivement (Hérésie cinquante-deuxième) comment les Adamiani ou imitateurs d'Adam croyaient que le sommet des vertus ne pouvait s'atteindre qu'à condition qu'on ressemblât par le costume à notre premier père. En conséquence, ils bâtissaient leurs réduits ou lieux de dévotion sur des hypocaustes, comme on appelait alors les calorifères; et nul ne pénétrait dans ces paradis qu'après avoir dépouillé tout vêtement. Qu'on fût homme, femme, auditeur ou docteur, dit Épiphane, pour assister au service divin, il fallait être nu : nudus velut ex matre universo corpore. Telle est l'innocente manie qui a donné naissance au Circonstances nudum or are solitum de notre texte. Les histoires de cette espèce attinuatives

îouissent du privilège de se répandre davantage en raison de leur plus ... ^"o > *

j •••y^'.^xJiAj .j., , . méfait de Sulpice

grande maiserie. Ces imitateurs d'Adam, si prudents à se précautionner ^ pégard

contre les rhumes, avaient obtenu un succès de rire bien marqué; et il de Priscillien. faut rendre cette justice à l'évêque de Constance qu'il n'avait pas, contrairement à son habitude, cherché autre chose dans le cas actuel. Loin de songer à soulever l'opinion contre les Adamiani par des anathèmes, il se moque d'eux : c Eve et Adam ne connaissaient pas les poêles, :> remarque -t-il avec bonhomie; leur nudité n'était point de quelques > heures, mais de toute la vie. > Son désir d'être indulgent s'atteste mieux encore, lorsque, au moment de l'inévitable comparaison finale, au lieu de recourir à sa riche collection d'insectes venimeux et de dégoiUants reptiles, il se contente de dire que les Adamiens ressemblaient à des taupes. Et moi aussi, en terminant cette notule,je voudrais faire preuve, à l'égard de Sulpice, d'un peu de bénignité. Les détails ignominieux qu'il donne sur Euchrocia et sur Procula, l'une fille, l'autre petite-fille de l'un des derniers rejetons de l'ancienne noblesse druidique, l'illustre professeur Delphidius, je m'abstiendrai d'en caractériser la cruelle légèreté. Je remarquerai, au contraire, que les t historiens » qui ont, plus tard, employé cette partie de la Chronique, se sont rendus coupables d'un gros abus de textes, lorsqu'ils présentent comme une assertion ferme,

un renseignement rédigé sous forme très dubitative. La rumeur sur laquelle M. de Broglie, par exemple, s'appuie pour qualifier de c femmes de mauvaise vie > les deux personnes dont nous venons de parler, Sulpice ne Pa nullement affirmée. Simplement, et c'est déjà trop pour sa mémoire, il Ta recueillie, mais sans la garantir. Ces bruits coururent de bouche en honche, Juittn sermone hominum; voilà tout ce qu'il en dit.

Vadmimstratlon ITA CORHUPTO Macbdonio (Chr. II, 48, 5, 14). — PriscîUien tt la religkm. ayant échoué à Rome et à Milan dans sa tentative pour échapper aux persécutions d'Ithace, voyant ses amis chassés de leurs églises et leurs ouailles partout traquées comme des bêtes fauves au nom de l'empereur, se décide lui aussi à rechercher le concours de ce c bras séculier > si souvent condamné dans les Tractatus. H est au moins égal en habileté de parole à Ithacius; il lui est supérieur par la probité et la sincérité; peut-être, en outre, l'emporte-t-ii de beaucoup sur le parti hiérarchique par les richesses dont il dispose et par l'ampleur avec laquelle il sait les prodiguer. Il cherche alors des protecteurs à la cour; et bientôt il en trouve de très puissants et de très résolus, notraiment le c maître des offices > Macedonius, dont Sulpice dénonce la vénalité. Avant d'aller plus loin, il me semble opportun de parler un peu plus explicitement de ce personnage et de sa fonction '. Nous avons vu au chapitre 40 un de ses prédécesseurs rassemblant de gré ou de force — acciti aut coacti — tous les évêques d'Occident et les rabattant vers Rimini comme un gibier, avec ordre de ne les rendre libres Quelques que lorsqu'ils auraient voté une formule rédigée par Constance. Nous spécimens retrouverons à maintes reprises ces c agents du maître >, qui sans cesse pros(h remplissaient de leurs exploits les diverses contrées de l'empire. On les pographiques, redoutait fort ; et ce n'est pas un des moindres mérites de Martin qu'il sut un jour se moquer d'eux. Le magister officiorum avait, en réalité,

I. Je crois utile d'emprunter quelques notices à un travail par mot abandonné ou ajourné, mais dont les débris pourraient actuellement n*être pas sans à propos. Le lecteur, s'il s'en rencontre un disposé à fouiller ces chaotiques recherches avec Tespoir d'y trouver les éléments d'un tableau exact et souvent neuf du iv* siècle; — ils y existent, je le crois en vérité, quoique ça n'en ait pas l'air; — ce lecteur, donc, est prié de se reporter à la page 261 du tome I, petit essai intitulé : Les éditeurs de Sulpice, Il y verra que j'avais exécuté une galerie de portraits, englobant tous les personnages entrés peu ou beaucoup en relations avec Martin et Sulpice. C'est de cette prosopographie, comme on disait au xvi* siècle, que proviennent les croquis qu'on va lire; tous, d'ailleurs, sauf un, afférents aux c Six Chapitres >. Ils n'ont certes rien de bien intéressant sous leur forme biographique et quasi technique; mais ils aideront, ce me semble, à donner une valeur concrète et positive à certaines assertions générales, celle entre autres qui regarde le fond invariablement et toujours presque exclusivement religieux des agitations de cette époque, ainsi que la rapidité, parfois foudroyante, avec laquelle ces incidents s'accomplissaient.

Goo^^

80U8 ses ordres, la plus grande partie des schoUie de la garde palatine; et il tirait de ces espèces de collèges les sujets les mieux préparés à remplir des missions d'administration ou de police. On les appelait curiosi ou agentes in rébus. Quand nous verrons Martin saisi des plus vives appréhensions à la nouvelle que plusieurs tribuns, munis du droit de glaive, cum jure gladiorum, allaient être expédiés en Aquitaine et en Espagne, on peut être assuré qu'il s'agissait de fonctionnaires appartenant au bureau (officium) du c magister », s'il m'est permis d'user, moi aussi, de ce terme caractéristiquement abréviatif. Passés maîtres en exécutions et confiscations, les curiosi ne lâchaient guère la proie qu'ils avaient une fois happée (cf. Ammien, XV, 7).

Il y a plusieurs Macédonius cités dans les lois du Code Théodosi^n qui datent des règnes de Gratien, de Théodose et d'Honorius. J'ai eu à m'occuper de l'un d'eux qui correspondit avec Augustin à titre de comte d'Afrique. Ses lettres sont d'un très honnête homme. Le nôtre, en correspondance avec Symmaque qui lui écrivît fréquemment (cf. Otto Seeck, lib. III, ,VII et X), était à ce qu'il semble cornes largiiionum sacrarum, lorsque, pour la première fois, il eut à s'occuper de Priscillien. Sulpice lui donne donc un titre qui ne lui appartint que postérieurement (cf. Codex Theod.^ XI, 20). La Chronique lui reproche d'être vénal, sans d'ailleurs fournir de ce fait aucune preuve. La violence avec laquelle Macédonius fut attaqué après sa disgrâce donnerait plutôt à penser qu'il avait soutenu les ascètes par sympathie d'opinion. Les fonctions qu'il remplissait sont toujours terriblement périlleuses en temps de troubles. Impossible d'éviter les froissements et les mécontentements. Un passage de la vie d'Ambroise par Paulin de Milan prouve que Macédonius s'était attiré d'implacables rancunes. Sulpice \tvLT fait écho en répétant, sans trop penser à mal, ce qu'il a entendu dire.

. On vient de voir que le magister officiorum était ministre de la police générale. J'ai montré ailleurs que le cursus publicus dépendait en partie de lui par la distribution et la surveillance des diplômes de circulation. C'est ce qui le fait qualifier par Niebuhr de ministre des postes {Corpus Byxantinum^ I, p. xxx). Il dirigeait, en outre, les fabriques d'armes de trait. Enfin, rien n'empêche de lui donner le titre de ministre des affaires étrangères; car, seul, il recevait les ambassadeurs et leur dictait les formules d'audience, ainsi que, du reste, il faisait vis-à-vis de quiconque voulait approcher l'empereur. Cette dernière prérogative lui a valu d'être appelé par Cujas cprévost de l'hôtel », comme on disait en France sous les Valois- Angoulême. Ce dut être en qualité de maître des cérémonies ou maréchal de la cour qu'il facilita les démarches que Sulpice attribue à Priscillien : ita Macedonio corrupto rescriptum eliciunt. Tant de pouvoirs spéciaux, réunis dans une seule main, supposent, en effet, une influence considérable, surtout si le titulaire est habile homme. Us entraînent aussi de terribles res-

Lemnattrt

des officts »

tt sa curio;i.

Extraordinaire

complexité

des pouvoirs

de

ce fonctionnaire;

ponsabilités, et les responsabilités finissent toujours par coûter gros à et comment celui qui s'en est chargé. Au lendemain de la chute de Gratien, Macéils finissaient donius, sous le coup d'une accusation capitale, tenta, pour échapper au souvent ^^^ q^j j^ menaçait, de se réfugier dans une église. Mais l'entrée lui ''^^^?c«/ui ^^ ^^^ durement refusée. Le t notaire > Paulin a tiré de ce détail la qui les exerçait, preuve qu'Ambroise était prophète. Il rapporte que, sous Gratien, Macédonius ayant fermé sa porte à l'évêque de Milan qui venait intercéder auprès de lui, l'impérieux prélat lui cria : < Toi aussi, tu viendras vers l'église; elle ne sera pas fermée; cependant, tu n'y pénétreras pas. > Cette prédiction se vérifia, ajoute Paulin (Vita Ambrosti, § V). Mais je crois bien qu'Ambroise ne nuisit pas à sa réalisation et fut prophète à bon marché. Quoi qu'il en soit, Macédonius, frappé par une sentence sénatoriale, in foro senaforutHj fut exécuté en 385 pour crime de majesté.

Us proconsuls VOLVENTIO PROCONSULE {Chr, II, 49, i, 2i). — Ithace, battu non ^autrefois dompté, redouble d'audace et s'agite pour ramener à lui la bonne foret ce qu'ils étaient tune; mais ses efforts vont se heurter contre le proconsul Volventius.

\ au IV* siècle.

devenus Seulement ce personnage et sa fonction sont une des plus indéchiffrables

énigmes du récit de Sulpice. Un proconsul donné, puis retiré aux Espagnes (cf. infra, 49, 4, 3, proconsulem kabere desierani) dans l'espace de quelques mois ! Le fait, s'il était exact, serait singulièrement inusité. Sous la République, les proconsuls avaient charge de gouverner celles des provinces où résidait un corps de troupes. Pour exercer cette fonction absolument souveraine, point n'était besoin d'avoir passé par le consulat. Il y eut de tels actes commis par les proconsuls, que ce mot en conserve aujourd'hui encore une physionomie sinistre. Mais Auguste s'étant attribué la direction des provinces occupées militairement, les proconsuls perdirent le commandement des armées, n'en portèrent plus les insignes et devinrent, eux aussi, des chefs purement administratifs. Le proconsulat donc n'était plus qu'un souvenir; néanmoins, il en restait quelques privilèges. Placés au premier rang des judices majores, les proconsuls viennent, dans la hiérarchie, immédiatement après le préfet du prétoire, et avant le vicaire. Ils sont illustres, si bien que les empereurs ne se soucient pas de les multiplier. Sur deux cents et quelques fonctionnaires, matricules dans la Notifia, on compte deux proconsuls inpartihus Orientis et un seulement en Occident, pour l'Afrique. Que la Sulpice affirme qu'il y en eut un quatrième en Espagne, du nom de bataille religieuse Volventius. Nulle trace, d'ailleurs, de ce fait et de ce nom que notre dtyeaait présent texte. Godefroid, d'ordinaire plus difficile, juge l'autorité suffipresque toujours ^^^^^ l^^ Espagnols, dit-il, ont été gouvernés par des comtes, puis par bureaucratique. ^*® vicaires, ensuite par des proconsuls, et de nouveau par des vicaires parce que cela a plu aux empereurs (Cod. Theod.,IX). Bœcking est de moins bonne composition. L'assertion de la Chronique ne lui parait pas suffisante pour contrepeser le silence universel : pro valido argumenta

Goo^^

non agnosco, déclare-t-il; et je suis porté à me ranger à son avis. Sulpice a écrit les « Six chapitres », en s'en fiant à sa mémoire, sans notes ni matériaux. J'ai indiqué ce détail ; je le reproduis, car il exprime tout à }a fois et son péché et son excuse, yuoi qu'il en soit, combien sont ici frappantes les conséquences du régime césàropapique ! Ce n'est qu'hier qu'Ydacius, agissant pour tous les évêques, mettait en déroute le parti ascétique, aidé dans cette œuvre par un édit de l'empereur Gratien. Les chefs couraient vers Rome et Milan pour implorer protection ; les adhérents plus humbles se dispersaient terrorisés. Or, aujourd'hui, Valter ego d'Ydacius, celui qui l'a remplacé par la supériorité de son ardeur et de sa hardiesse, Ithacius^ s'entend accuser, à son tour, de troubler les églises; la magistrature le menace de ses rigueurs, atrocem executioftem; et tout cela en vertu d'un autre édit, portant, lui aussi, la signature du jeune cchristianissime >. N'est-ce pas le chef-d'œuvre de ce Effets singuliers procédé de gouvernement qui, à partir de la Réforme, redevint un idéal du règim de libéralisme, et dont plusieurs Éta^s modernes ont poursuivi la reconstruction en faisant mine d'accomplir un immense progrès? Mais le point qui nous intéresse, c'est l'effet que dut produire sur le public fidèle et sur le personnel ecclésiastique cette subite transformation du champion de la majorité épiscopale en agent de tumulte signalé à toutes les sévérités de la police. Évidemment, les conservateurs ne purent manquer de se dire que le règne de Gratien avait trop duré.

Ithace, néanmoins, réussit à se soustraire à tout danger immédiat; on va voir comment, dans la notice sur Grégorius; et cela aussi est bien caractéristique. Vainement soutenu par le préfet du prétoire, il aurait succombé, si l'influence énorme dont disposait le concert des évêques ne s'était employée pour lui. Avec un stupéfiant aplomb, sous les yeux mêmes de la cour, à Trêves, le prélat qui occupait le siège de cette capitale fournit au fugitif une cachette sûre, en se moquant àantagister offUiorunt et de ses curiosi. Il est vrai que l'évêque Britannius se serait bien gardé d'agir ainsi, s'il n'avait su qu'un complot était noué qui, d'un jour à l'autre, allait éclater comme la foudre, ruinant Gratien, ses favoris et ses ministres tout en même temps.

qui place

la religion

entre les mains

de VÈtau

Gregorium PRAEFECTUAi ADiiT {Chr. II, 49, 2, 25). — Ainsi donc, U

pour résister au problématique Volventius, Ithace obtient l'appui du f*^^ff^ ^'JU prjioirt préfet de la préfecture des Gaules^ personnage, lui, très réel, avec un état civil bien constaté, et dont le pouvoir s'étendait sur toute une moitié de l'empire d'Occident. La préfecture des Gaules, en effet, comprenait trois diocèses et embrassait, pour parler comme la Notifia, les dixsept Gaules, les cinq Espagnes et les quatre Bretagnes. Grégorius avait donc tout droit d'intervenir dans les troubles qui agitaient la clergé d'outre-Pyrénées. Il prend parti en faveur des évêques mondains contre les ascètes; cela aussi était de règle. Excepté sous Julien, ne l'oublions pas, l'administration ne cessa jamais, au iv» siècle, de mettre la main

des Gaules

battu

par le « maître

des offices »

dans ? affaire

de Priscillien,

dans les questions religieuses grandes ou petites. Elle aurait eu de la peine à faire autrement, car son intervention était sans cesse sollicitée par le clergé, bien que Martin s'en indigne et que Sulpice multiplie à ce sujet ses plus énergiques réprobations. Ils étaient seuls de leur temps à penser ainsi. Dans le cas présent, nous voyons le préfet du prétoire complètement annihilé par un fonctionnaire de cour, le magister officiorum. L'incise, erepta cognitio Hispaniarum vicario, n'est pas facile à expliquer, car elle se rapporte à la question si embrouillée du proconsul donné et retiré (cf. supra, 49, i, 21, et injra, 49, 4, 2).

VicARio Hispaniarum (Chr. II, 49, 4, 2). — Le Vicaire des Bspagnes, qui vient d*arracher au préfet du prétoire Taffaire des Priscillianistes, s'appelait Marinianus. Ce nom n'est pas dans Sulpice, mais le Code Théodosien nous apprend qu'en 383 le titulaire de ce poste se nommait ainsi ' . On peut tirer de ce fait d'assez utiles lumières pour expliquer les hauts et les bas qui se produisirent si bizarrement au cours Un yicairt du conflit entre évêques et Priscillianistes. Marinianus était Espagnol des Espagnes et né en Galice, le pays où la bataille avait commencé (Gallaecia, Otto païen etpartuan Sceck propose de lire ainsi ce nom, parfois écrit Galatià), Marinianus es asc e , ^^^.^ certainement polythéiste : il compte parmi les correspondants de Symmaque, si savamment catalogués et biographies par M. Seeck. L'idée de le faire corrompre à prix d'argent, comme cela résulte implicitement du contexte de la phrase 49, 3, 29, ne paraît guère plausible, quand on sait que Marinianus était prodigieusement riche. Zosime raconte qu'en l'an 409 il paya à Alaric trente mille écus d'or (lib. V, 45, p. 81) pour racheter son fils. Quand donc l'instruction (cognitio) de raffaire engagée contre Priscillien par le préfet Grégoire fut enlevée à ce magistrat et déférée au Vicaire des Espagnes par l'influence de Macédonius, on pourrait peut-être croire que Sulpice dit vrai en attribuant au magister officiorum un mobile bassement intéressé. J'ai remarqué ailleurs que rien n'était moins certain. En tout cas, pour ce qui concerne Marinianus, il est bien plus rationnel de trouver l'explication de sa conduite dans le penchant tout naturel des païens à se ranger toujours du côté des hérétiques. C'est le système qu'avait suivi Julien, et il n'est pas besoin pour le comprendre de supposer une grande profondeur de malice. Le culte nouveau, devenu officiel, visait ouvertement à

I. La loi 14 De Accusationibus lui est adressée. Elle porte la date de janvier 383 et renouvelle une antique prescription en vertu de laquelle nul ne doit être entendu comme accusateur dans une affaire capitale, s'il ne s'est préalablement soumis à subir la peine dont l'accusé est menacé. Tel va être précisément tout à l'heure le cas d'Ithacius. Mais Godefroid croit à tort que cette loi se rapporte aux crimes et aux mouvements des Priscillianistes (Cod, Théod,, t. 111, p. 2 1 , col. 3). S'il entend par là les faits qui précédèrent et suivirent le procès de Trêves, c'est inadmissible. Marinianus est le destinataire des lettres a 3 et 29 qu'on Ut dans le livre III de Symmaque.

la domination et ne reculait pas devant la tyrannie. Nicéens et Ariens se persécutaient tour à tour, ayant chacun en vue de concentrer la force publique et l'opinion au profit de leur dogme. Il suivait de là que les polythéistes, également haïs et menacés par les uns et par les autres, devaient souhaiter d'abord le respect du principe de liberté de conscience, ensuite s'associer à tout ce qui pouvait empêcher la concentration du pouvoir entre les mêmes mains. L'avènement de Julien fut U une délivrance pour les orthodoxes : on leur restitua leurs sièges, leurs conflit religieux églises, et tous les biens dont les Ariens les avaient dépouillés. C'est à ^ ce point de vue que dut se placer Marinianus, puisqu'il était comme "^fppricii"^ Symmaque, Praetextatus, Themistius et beaucoup d'autres, imde ces au point de yue fidèles de l'ancien culte, doués de tant de mérite et appuyés par de si des bureaucrates grandes influences, qu'on leur confiait les plus hauts postes en dépit de qui y prirent part. leur religion. Priscillien luttant avec ses amis contre la hiérarchie épiscopale en Espagne, Marinianus n'avait rien de mieux à faire que de soutenir les c Priscillianistes^» . Pour moi, je crois voir très clairement que le préfet du prétoire Gregorius était c un clérical », comme Macédonius était un c libéral > dans la mesure où le mot peut être appliqué au parti ascétique. En dessaisissant Gregorius et en faisant passer l'affaire aux mains de Marinianus, sans complicité, sans entente secrète, sans corruption d'aucun genre, le c maître des offices » rendait un service éminent à l'évêque d'Avila et à ses adhérents, car il savait par avance que le Vicaire le traiterait avec faveur (cf. Otto Seeck, p. cxxii). En tout cas, mises à part ces considérations qui restent hypothétiques, il est bien clair que Marinianus et Macédonius ne manquèrent pas de mener la vie très dure à Ithace ; et il en résulta une indicible irritation dans les milieux ecclésiastiques. C'est là qu'est la vraie source de l'accusation de vénalité. Je n'en veux pour preuve que les termes dans lesquels notre auteur l'a formulée : per libidinetn et potentiam patêcorutn cuncta ihi venalia erant. Ibi, c'est la cour de Trêves où tout était vénal par la licencieuse prépotence de quelques hommes (49, 3, 28). Si tel de mes lecteurs avait des doutes sur l'interprétation générale que j'ai donnée (prolégomène IV) des ressorts secrets qui firent réussir l'usurpation de Magnus Maximus et des motifs réels qui l'avaient provoquée, je le prie de méditer ce texte. Il contient la pure expression du sentiment catholique sur le gouvernement de Giatien. C'est un trait que je signale ; je ne le commente pas : il faudrait pour cela recourir aux passages décisifs de la Vita et des Dialogues que j'ai autant que possible réservés. Après avoir lu attentivement ces mots : Libidinetn et potentiam paucorum, chacun se rendra compte que Sulpice luimême a connu le vrai fond de la situation. L'empereur ne gouvernait plus et il laissait gouverner contre ses propres opinions. C'est à ce point de vue que se sont mis les initiés catholiques, lorsqu'ils apprécient avec sympathie Thomme qui renversa le gouvernement par lequel ils se jugeaient trahis. Plus d'un quart de siècle s'était écoulé qu'Orose, simple

Texte marquant

la vraie cause

du renversement

de Gratien.

et stupide écho des rumeurs accréditées dans les cercles bien pensants, disait encore de Maxime qu'il fut courageux, probe, digne d'être empereur : c Strenuus quidem et probus atque augusto dignus, nisi.., » C'est ainsi que s'exprime Sulpice au chapitre XX de la Vita Martini.

Ctqut^iUU PrO NaRSBTE COMITE ET LeUCADIO PSAESIDE {DicU, III, II, 18).

qu'un* comte* — J'introduis ici ce texte, étranger à notre Chrofiique, parce qu'il est et ce que Citait ^^jj^ p^^j. préciser un point intéressant. Au dialogue II, un jour que le qu un praeses. q^i^^ Gallus, ami et commensal de Sulpice, exposait devant im auditoire d'ascètes aquitains les relations qui, à certaine époque, se nouèrent entre le vieil évêque de Tours et la c reine », épouse de Maxime (cf. supra, p. xciv), on ne manqua pas de lui objecter que de telles intimités concordaient mal avec le propositum de Martin» lequel consistait à n'approcher jamais les personnes du sexe féminin. La remarque semble Véritables motifs fondée, répond Gallus, à cela près qu'il faut voir les circonstances. De ^< quoi s'agissait-il? De tirer des captifs de prison, d'obtenir le rappel

la première visite d'e^ii^s nombreux, de faire restituer leurs biens aux victimes de la ^ confiscation'. Certes, de tels objets valaient bien qu'un trop rigou>

la cour deTrhes ; '^^^ P^^^ ^^ ^^^ restât momentanément inappliqué. Ainsi parle Gallus, et il nous renseigne par là sur les véritables motifs qu'avait Martin en 383 de se poser momentanément en courtisan de Maxime. Un peu plus loin, reprenant la même question, Gallus affirme que le généreux évêque avait à cœur de sauver de hauts fonctionnaires qui s'étaient sauver de la mort, montrés passionnément attachés à la fortune de Gratien^. Il n'y a pas à de l'exil contester que ces passages, grâce aux détails bien précis qu'ils présen- ^ tent, ne laissent planer aucun doute, et c*est là leur intérêt, sur les vrais

''' ^^j^^^f^^ motifs du premier voyage que Martin fît à Trêves, au lendemain de la bureaucrates l'évolution. Le dîner intime et le grief spécial qui pesait sur Narsès et amisdeGratièn, Leucadius suffiraient à eux seuls pour supprimer sur ce point toute hésitation. J'ai donc cherché à savoir si ce couple bureaucratique avait été mentionné ailleurs que dans nos opuscules. Sur Narsès, le Code Théodosien nous fait connaître un fonctionnaire ainsi nommé qui était cotnes et castrensis sacri palatii. Mais, comme c'est en 416 qu'est placée cette indication, il saute aux yeux qu'un homme déjà assez mûr en 383 pour jouer un rôle dans la politique, n'a pu, trente ou trente-cinq ans plus tard^ tenir sa place parmi les Castrenses, milice privilégiée et très active du palais impérial. Sulpice est, de tous les écrivains de son temps, celui qui emploie avec plus de fréquence le titre de comte, sans autrement le caractériser. En tout cas, sur ce qualificatif et sur ses applications, je renvoie à une note détaillée concernant le cotttes Avitianus qui administrait les Tourangeaux alors que Martin était leur évêque.

1. Temporis necesaitate cogi ut claasos carcere Hberaret, etc. (Dial, m, 1 1»7).

2. Quorum ambo Gratiani partes fecerant pertinacioribus studiis. (Dialog. lU, II, 18.)

NOTES BT NOTULES 643

Quant à Leucadius, tout aussi peu connu que Narsès, il ne peut me servir qu'à constater qu'en Gaule onze provinces sur dix-sept étaient régies par des praestdes. Notre homme gouvernait donc une de ces onze c Gaules > au moment où Gratien fut renversé ; même il s'avisa, chose peu commune, de le défendre contre les attaques de Magnus Maximus. J'ai fait remarquer, à propos du terme consularis, que les recteurs provinciaux, s'ils différaient par le nom, se ressemblaient parles attributions, ayant pai'sils devoirs et pareilles prérogatives. Cependant, le mot employé de préférence comme terme générique était praeses, bien que dans l'échelle hiérarchique les présidents fussent inférieurs aux consulaires. Ces derniers, sachez-le, étaient c clarissimes > ; les autres, c perfectissimes i tout uniment. Au surplus, je confesse que ces nuances ne sont pas des plus sûres. La valeur relative des titres n'avait rien d'immuable ; souvent elle variait selon les fantaisies de l'Éternité Impériale. C'est pourquoi, dans mon commentaire, j'ai relevé, autant qu'il m'a été possible, les usages suivis sous Gratien et sous Théodose. Après tout cela seul m'importe, comme on le verra au tome III, de rendre sensible pour mon lecteur la couleur spécialement aristocratique des personnages de l'entourage de Martin, en se ressouvenant qu'en ce temps-là, le haut clergé mis à part, tous les aristocrates étaient bureaucrates.

Maximum intra Bsitannias sumpsisse imperium (Chr. II, 49, ^> 7)* — Britannicis, les Bretagnes, comme plus haut les Gaules, les Espagnes^ c'est-à-dire les circonscriptions administratives gouvernées par un consulaire ou un praeses. D'après la liste de Vérone, qui est du début du iv^ siècle, le territoire méridional de l'île soumis aux Romains se divisait en quatre provinces : Maxima Caesartensis, Flavia Caesariensis, Britannia prima j Britannia secunda. Il y avait donc quatre Bre^tagnes^omme il y avait dix-sept Gaules, comme il y avait cinq EspagnesTCes détails précis, et quelques autres de même nature qui vont suivre, ont le mérite de dissiper le faux jour jeté sur l'épisode de Maxime, même par les écrivains, très rares, d'ailleurs, qui en ont parlé avec attention. Gibbon, par exemple, toujours fort soigneux, mais ici pressé du désir de faire une allusion piquante, présente le soulèvement de 383 comme une première manifestation de ce penchant i la révolte dont les' hl[Ei!ants des îles Britanniques devaient donner tant et de si bruyantes marques. Seulement, les faits dont il s'agit n'ont réellement rien à voir avec l'état d'esprit insulaire. Ils sont Rpmains^ exclusivement Roifiains^ étroitement limités aux soldats envoyés du continent pour garder les quatre Bretagnes que je viens d'énumérer. La coopération de la jeunesse indigène n'est pas autre chose qu'une fable très ultérieurement inventée d'après quelques mots amphigouriques du bizarre Gildas. Je l'ai déjà remarqué, et la présente note va maintenant le démontrer.

Ce premier point ainsi fixé, vient ensuite un autre détail fort important à régler, celui qui concerne le lieu exact où débarquèrent les troupes

Ltucaditts

et le protocole

de la hiérarchie

administrative.

Ces nuances

nous intéressent

pour caractériser

Pentourage

de Martin,

De la prétendue

révolution

ithnique

et politique

opérée

par Maxime

en

Basse-Bretagne.

Goo^^

où ûbordèrent

les révolta

en j8j.

Fixation diclsiyt soulevées. Nous le connaissons par Zosime, et il est en accord avec la dupoiatdelacôie donnée que, seule, les textes sérieux autorisent. Les lé|^0nft.u]&^re- ^.\ -i^-vi » tagnCj jiniguement composées de ces soldats jorna^ns fort exactement qualifiés d*extdes par Drep^ius^Ëa^atus, visaient à établir un empereur de leur choix. Elles avaientTSetoute nécessité, dû se concerter plus ou moins directement avec les troupes continentales, ce qui implique comme stricte conséquence qu'en quittant la rive bretonne, les insurgés se donnèrent certainement pour but de joindre la partie des côtes où leurs corévoltés de terre ferme occupaient des postes réguliers. C'est bien, au fond, ce qu'entend dire Zosime, quand il mentionne celle des embouchures du Rhin, où se tenait la Classis gertnanica^^ ajoutant aussitôt qu'à leur débarquement les nouveaux venus furent acclamés et accueillis de façon à ce que les deux troupes ne firent plus qu'une --' V seule et même armée. Ces simples et solides indications ne pouvaient

^ ^ ^évidemment pas être adoptées par les hommfis>>4!imagination qui,

"^^^dans des vues de vanité locale ou de race ^t -propagèrent l'hypothèse de Pourquoi la conquête et de la colonisation du pays armorique en 383 ^ Selon le roman eux, Maxime aborda auxl>6uches de la Rance, à Saint-Malo, lieu extrêde la conquête élément bien choisi, si le dessein de l'envahisseur était d'entamer son de la colonisation ^^^^P^^^ ^^ se rendant maître de la future petite Bretagne, Èritannia de l' Armorique ^tnor. Et comme ce roman avait pour point de départ l'existence d'un les fait descendre grand nombre de jeunes natifs de l'île parmi les forces de Maxime, quoi d Saint'Malo. de plus plausible que de réserver à ces précieux auxiliaires, entre tant d'autres terres que l'on allait conquérir, le sol le plus rapproché de leur berceau d'origine? La manière dont s'exécuta cette capitale opération, — dans laquelle Conan Mériadek ou Meriadogh ou Murdhog, c lieutenant > de Magnus Maximus, joue un rôle de premier ordre, — nous est connue par des récits extraordinairement abondants. On n'a que l'embarras du choix. Seulement, outre leur manque total de base historique, il est impossible de faire concorder entre elfes cervèrsions, où le mensonge — souvent ignare et idiot — s'est donné carrière en prenant pour

1. Tatc ToO Pi^vou irpo9b>piiLMY]aacv éxSoXoAc» IV, 53, p. 760 de rédition deiSgi : Romanae historiae scripioras Greci minores,

2. Les plus anciennes indications en ce sens se rencontrent dansVHisioria Britonum de Nennius, ix« siècle, et dans Geoffroy de Montmouth, xn* siècle.

/ Le fond pratique de Tinvention vise — comme toutes les fables que j*ai signalées en examinant la question de révangélisation des Gaules — à établir Textrême antiquité du christianisme celtique ou gaélique. Chaciy^ voulait »vqi][ *té le preigisrjL^ se convertir, et, par ^uite, à convertir les voUinSjiJ^onan, ses soldats

> et leurs fiancées (cf. tn/ra) étaient de vieux chrétiens en 383. Par malheur, les prétentions se heurtaient entre elles. Ainsi, sur le point de la côte où Maxime aurait débarqué, Aleth en ce temps-là, plus tard Saint-Malo ou Saint-Maclou, régnait une légende radicalement contradictoire à celle de Conan. Maclou était un natif du pays de Galles, en Clancarvan, qui, dans son ardeur apostolique, traversa la Manche pour arracher T Armorique aux ténèbres du paganisme où elle était ploni^ée ; seulement, c*est en 520 que l'affaire se passa.

guide unique les tendances avouées ou secrètes de chaque narrateur. Ce Aventures serait un gros et très inutile travail de démêler les intérêts divergents fantastiques qui, selon le temps et le pays, ont inspiré ces inventions. Il y en a qui ^^ ,

font de Conan un souverain-né, plutôt protecteur qu'allié de Maxime. ConanMiriadeck. D'autres, possédant par grand hasard quelques notions exactes sur Pétat de VOrbis Romanua à la fin du iv^ siècle, prétendent que le chef breton fut revêtu par l'usurpateur du titre de dux de cet Armoricanus Trcicius dont j'ai essayé (cf^p. LV) d'indiquer les exactes limites. Or, dans le nombre des régions que le général armoricain devait protéger contre la piraterie barbare, se présentait en première ligne la Lyonnaise troisième, ainsi qu'on appelait alors le territoire péninsulaire qui commençait à Tours '. Il allait de soi que, pour cette partie du Tractus Armoricanus, Conan reçut des pouvoirs spéciaux, sans quoi il n'aurait pu fonder la prodigieuse lignée de ducs, de comtes et de rois dont les historiens nous ont transmis la liste. Encore si 1' c histoire > locale eût été seule à Succks universel accueillir favorablement d'aussi singulières informations ! l'orgueil parti- de cette fable culariste surexcité excuse bien des choses. Mais cette fable, — archi- d'origine fabuleuse, elle ne contient pas un atome de réalité, — a pris rang de britannique, fait authentique et officiel dans tous les livres destinés à renseigner le public, depuis Moreri, auteur du premier grand dictionnaire biographique connu (1673), spécialement estimé, ajuste titre, d'ailleurs, pour ses généalogies, jusqu'à Bouillet, dont l'ouvrage est le plus usité de notre temps et qui, vraiment, le mérite, c Maxime, dit ^ipifixi, permit à Conan Mériadoc d'établir un royaume > lequel dura jusqu'à ce que Clovis et Chilpéric « obligèrent ces rois de se contenter du titre de comtes». Suit alors, avec un appareil typographique convenablement solennel, la série des souverains de la Bretagne ^. Bouillet, moins exalté au point Coup d'œil

sur la manière

1. La NotiHa civitatum Galliae, comme d'ailleurs la Notifia dignitatum, ^onttios icrtvains attribue la ville des Turones pour métropole à la Lugdanensis III, bien que ''^"^ traitée placée de l'autre côté du fleuve, sur le territoire de TAquitaine seconde. Ce depuis détail, qui intéresse la situation de Martin, est discuté dans un petit essai du . ^^^^^"^nce tome m, où je recherche si notre saint remplit les fonctions d'archevêque et en W"'^ «^J jours, porta le titre.

2. Voici textuellement reproduit l'imposant début de cette liste:

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