XXVIII PROLÉGOMÈNES
nément avoir partie gagnée. Je voudrais, à l'aide de matériaux tirés de nos opuscules et qui n'ont jamais encore été mis en œuvre, Tétudier dans cette minute d'éclat où précisément Martin prend son aspect le plus historique. D'autre part, la foudroyante catastrophe qui suivit eut ce caractère infiniment curieux d'être produite non pas uniquement par un retour soudain de l'ancien élec^orat militaire, mais aussi par l'apparition d'un autre électorat, — très différent à coup sûr, puisqu'il s'agit de l'électorat épiscopal, — lequel devait, au cours presque entier du Moyen Age, maintenir à Tétat vivant et agissant le principe du mérite comme seul valable pour décerner les hautes fonction^. Le catholicisme, en effet, construisit sa fabrique sur le fondement de l'élection. On est élu prêtre, on est élu évêque, on sera élu pape, on sera élu chef du Saint -Empire juste au moment où la société politique, civile et militaire livrait tout à l'hérédité ^ Pendant de longs siècles, l'Église va servir de refuge à un procédé partout ailleurs répudié ou subordonné. C'est un fait qui ne rend pas trop commode à justifier la théorie selon laquelle l'avènement du catholicisme aurait été une pure rétrogradation. Mais revenons au procédé héréditaire, connu de nos jours sous le nom de légitimité.
I . Voir infra, p. 5 1 1 , petit essai sur la fondation hiérarchique du catholicisme, § m.
Goo^^
PROLÉGOMÈNES XXEX
Je ne crois pas qu'il ait jamais paru fonctionner avec une plus parfaite plénitude que dans la personne de ce gracieux éphèbe dont un discours de Thémistius et les médailles nous donnent une si charmante idée, Flavius Gratianus, Auguste nominal à huit ans, Auguste effectif à quinze ans, maître des deux parties de Tempire à dix -neuf ans, trois fois consuL Pour acquérir tous ces honneurs, en un temps et sous un régime où rien ne s'obtenait que par la valeur personnelle des individus, il s'était tout juste donné la peine de naître. Il y eut bien un léger accroc quand les légions du camp de Bregetio (nov. SyS) élevèrent à l'Augustat le demi -frère de Gratien. Mais ce fait touchait, non la succession héréditaire, — il lui rendait plutôt un indirect hommage, — mais le droit d'aînesse, qui alors n'existait pas. Et Valentinien II était si jeune (il n'avait que quatre ans), sa mère était si faible, si peu populaire ! 11 n'y avait'pas là de quoi obscurcir le radieux début de règne de notre dauphin. On lui croyait quelques-unes des solides qualités de son père ; on ne lui attribuait, et ce second point était plus exact, aucun de ses défauts. Valentinien I, vrai soldat, chef résolu, passionné pour l'ordre et le bien public, avait une manière d'être juste qui ressemblait à de la férocité. Les païens, surtout ceux du sénat, ne Taimaient guère, car sa foi chrétienne, mise à l'épreuve, dit-on, par Julien, était des plus solides; et bien que