XXX PROLÉGOMÈNES
partisan inébranlable de la liberté religieuse, il avait lancé contre la magie des édits qui servirent parfois à opprimer les philosophes ^ Les chrétiens ne l'aimaient pas davantage : d'abord, parce qu'ils aspiraient visiblement à faire prévaloir leurs dogmes par la force, et que Valentinien leur imposa d'une main brutale le principe de la tolérance; ensuite parce qu'il avait épousé en secondes noces Justine, Sicilienne belle et charmante, mais dévouée au symbole semi-arien de Rimini. Or, l'arianisme n'était pas en faveur en Occident. C'est à cause de « cette Jézabel », comme l'appelle Rufin^, l'ami de Paulin de Nola, que Sulpice montre une si aigre malveillance à l'égard de Valentinien en racontant dans quelles bizarres circonstances Martin le visita à Trêves ^. Au surplus, nul témoin contemporain, même Ammien Marcellin si équitable, ne parle avec sympathie de ce terrible homme. Il avait eu beau procurer à la partie de l'empire qui dépendait de lui les bienfaits de la paix intérieure par la liberté et de la paix extérieure par la vigueur de ses armes. Cette heure de tranquillité sociale et politique aurait dû paraître d'autant plus délicieuse que TOrient était fort troublé : on ne lui en sut aucun gré. Même le courtisan Ausone, très réservé d'ordinaire, a une
1. Non pas qu'il y ait rien de fondé dans Topinion fort répandue que la législation contre les magiciens fût une façon hypocrite de persécuter le polythéisme. Valentinien et Valens haïssaient les magiciens, parce qu'ils avaient peur de la magie, en quoi ils n'étaient pas aussi ridicules qu'on pourrait le supposer. Tout le monde croyait à la magie, presque tout le monde s'en servait; pas un complot qui ne fût préparé à l'aide d'opérations magiques. (Sur cette question, capitale au xv« siècle, voir les petits essais passim et plus spécialement çç qui est dit du procès d'Athanase prolégomène vi et p. 524-26.)