PROLÉGOMÈNES XXXI
façon de présenter Tavènement de Gratien, « ère nouvelle de bonheur et de joie', » comme si Ton sortait d'un enfer. Je crois bien qu'il ne s'agit là que des impressions du personnel officiel. Le sénat était épouvanté et humilié; les clarissimes ne dormaient plus; les hauts bureaucrates passaient leur vie à trembler; pour tout ce monde, le règne de Valentinien avait été le plus cruel des cauchemars.
Il se produisit un mouvement de détente incroyable et dont Gratien profita. Autant le père était redouté et haï, autant le fils se vit choyé, adulé, adoré. Il y eut bien, selon un usage invariable, des exécutions sanglantes pour faire un peu de place dans les rangs administratifs. Si l'on prend pour valables des autorités fort suspectes 2, la hache et les supplices auraient fonctionné de façon à donner momentanément au comitatus du nouvel Auguste l'aspect d'une troupe de tigres commandés par un agneau. Mais il me paraît qu'un dernier apurement de comptes, ordonné par Valentinien, sans qu'il ait eu le temps d'y présider, a été endossé à son fils. Je tiens notamment pour inadmissible l'opinion beaucoup trop facilement acceptée que le général Théodose (alors dux africanus) aurait été mis à mort sur l'ordre de Gratien 3. Les
I . c Unus in ore omnium Gratianus, potestate imperator, virtute Victor, Augustus 3anctitaie, pontifex religione, indulgentia pater, aetate filius, pietaie utrumque, > (Aasone, Gratiarum Actio,)
3. « Theodosius Theodosii postea imperatoris pater et plurimi nobUium oecisi. > (Uieronymi, Chronicon ad annum 3js)-
3. < Instimulante et obrepente invidia, jussus interfici apud Carthaginem. > {Oroaii Hiêtoriar, VU, 38.) De la date d'un discours de Symmaque rapprochée de celle fournie par Jérôme et Orose, il ressort que Théodose l'ancien fut tué, au plus tard, en janvier 376. Gratien n^aurait pas eu le temps d'envoyer de Trêves Fordre de mort.
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