‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 30 sur 198 · XXXVIII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

XXXVIII PROLÉGOMÈNES

monie nocturne, comme cette disposition atteignait les mystères d'Eleusis, Pretextatus, alors proconsul d'Achaïe, réclama au nom de la vieille religion, déclarant que la suppression de ces mystères rendrait « la vie invivable » pour les Hellènes ' ; et Valentinien, qui ne changeait pas aisément d'avis, se crut obligé de céder. A Rome, le collège des pontifes délibérait et rendait ses décisions avec pleine sécurité; des sacrifices avaient lieu tous les jours; et les fêtes de la Mère des dieux venaient d'être célébrées avec un éclat sans, pareil, lorsque Gratien frappa de sa réprobation toutes ces pompes. Sans les déclarer précisément criminelles, il supprima les subsides qui en faisaient un service d'État; il interdit au Trésor de payer plus longtemps les émoluments des Vestales et des appariteurs sacerdotaux; il déclara acquis au fisc les immeubles que la piété polythéiste avait légués aux corporations religieuses; en dernier lieu, il fit enlever de la salle du sénat ou curie l'autel et la statue de la Victoire. C'était la contre-partie violente de cet élan de civilisation libérale qui avait marqué les premiers temps du règne. S'il fallait en croire Zosime, la série de ces mesures, que les lettres d'Ambroise seules nous font connaître, car il n'y a pas de textes législatifs, aurait été inaugurée par le refus, quelque peu mélodramatique et nullement en accord avec les manières réservées de Gratien, de revêtir la robe de grand pontife. Pendant quatre siècles, ce titre avait

I. Loi de septembre 364, Code Théod., IX, 16, 7, contre les sacrifices noc* turnes. Pretextatus, proconsul d*AchaIe, dit Zosime < toOtov sfv] tov vopiov a6tcoTov Toîç 'E).Xr,<ri xaTa<rTT^(i6iv tov p{ov. » (IV, 3.) Je cite le texte grec pour justifier mon néologisme. Ici < hellènes > équivaut à polythéistes.

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appartenu aux empereurs; il les constituait chefs officiels de la religion nationale. Zosime place Tacte de Gratien à un moment invraisemblable. Il pourrait bien avoir inventé l'anecdote afin d'écouler un calembour qu'il jugeait exquis'. Ce qui n'est pas douteux, — le fait a causé assez de bruit et a été vraiment trop raconté, -f- c'est l'enlèvement de cette symbolique statue de la Victoire qu'Auguste avait placée dans la salle des délibérations du sénat. Ce fut en cette circonstance qu'Ambroise décerna pour la première fois à Gratien le titre de roi « très chrétien » qui devait orner plus tard le protocole de la Maison de France^. Au surplus, ces diverses mesures ne paraissent pas avoir coûté beaucoup de réflexion et de peine à leur auteur responsable. Il ne les prit pas, il les laissa prendre. Des influences très diverses s'exerçaient autour de lui et sur lui sans qu'il tentât aucun effort pour leur résister ou les faire concorder. Ainsi s'expliquent les contradictions extraordinaires de sa politique religieuse. On pourrait le montrer, en 378 et 379, accordant la liberté de culte et de réunion à toutes les confessions chrétiennes ^ ; pour la leur

1 . Le calembour n^est pourtant un peu net qu*en latin, et encore pour le g^oûter faut-il être au courant des événements que je vais raconter tout à Theure : « si princBps non vuU adpûllari pontife» maxitnus, brève Afaximus pontifex fiet.*ÇL\v, IV, p. 761.)

2. Les Mérovingiens et les Carlovingiens sont toujours appelés Chrisiianitas tua par les papes (cf. Ducange ad verbum), La qualification de christianissime, bien qne parfois décernée à Pépin et à Charlemagne, ne devient fréquente qu'à l'égard des Capétiens (Mabiilon, De Re dipiomatica, II, 3 etpassim). M. Valois, dans une lecture récemment faite k l'Institut, ms paraît avoir établi que ce saperlattf ne fut admis comme titre héréditaire exclusivement réâsrvé aux souverains français, qu*à la fin du xiv* siècle.

3. Suidas, verbo TpaTiavo;, affirme l'existence d'un rescrit de Gratien proclamant la liberté du culte excepté pour les Manichéens, les Euncniens et lei

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