‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 32 sur 198 · XLII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

XLII PROLÉGOMÈNES

santé, il fallait des muscles d'acier et des nerfs à toute épreuve. La paisible culture des lettres, les exercices oratoires, les petits vers, les récréations de dévot, ne sont possibles sur le trône que lorsqu'on est le descendant d'une vieille race royale et que Ton jouit du sûr abri d'institutions plusieurs fois séculaires. Gratien rêva ce mode d'existence précisément parce qu'il se croyait un fils de roi. Or, il avait pour aïeul, non pas un ouvrier cordier, comme on le répète toujours parce qu'on lit mal Ammien ', mais un simple troupier, grimpé d'échelon en échelon au grade de tribun. Son père était un officier de fortune, devenu empereur à la force du poignet et par un coup de dé heureux. D'autre part, le mécanisme politique, vieux et usé en certains de ses rouages, neuf et grinçant en certains autres, n'était nullement propice au far niente; il excluait tout programme de petits plaisirs intellectuels ou spirituels; et Gratien allait bientôt s'apercevoir que ce palais impérial qu'il avait rendu si aimable, n'était pas une tente dressée pour le sommeil. Il commit une autre erreur de conduite, que Zosime et Aurelius Victor ont beaucoup exagérée, mais qui doit avoir eu son importance.

Le fils de Valentinien, élégant, délicat^, raffiné, de mœurs infiniment douces, ne fut jamais accusé d'un acte cruel. De même que son père aimait les juges atroces, lui, choisissait, quand il choisissait, des repré-

1 . c Gratianus major, stirpe ignobili, cognomUiatus est a pueritia prima Punarius. » Cinq soldats n'avaient pu réussir à lui arracher une corde dont il était porteur.

2. c A peine si un gracieux duvet réouvrait sâi joues, » dit Animlen : etiamtunt lanugogenis insuper et speciosa, XXXI, lo.

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