XLIV PROLÉGOMÈNES
aimait à vivre au milieu de vivaria remplis de fauves de toute espèce. Quand on voulait lui plaire, il fallait lui dire que ses flèches étaient comme animées d'un instinct divin et qu'elles atteignaient toujours le but. Ammien, si bienveillant, va jusqu'à le comparer à cet affreux Commode avec qui, certes, il n'avait aucune ressemblance'. Évidemment, le sang acre et sauvage du maître de Miette dorée montait au cerveau de son fils. Après tout cette manie, innocente encore que coûteuse, aurait pu avoir le mérite de donner au jeune christianissime l'air de virilité qui lui manquait un peu trop, dit Rufin : plus verecumdus quant reipublicae intererat^. Par malheur, pour satisfaire ses fantaisies cynégétiques, il s'associa des collaborateurs que tout son entourage, les courtisans, les dignitaires, les officiers romains, les officiers germains s'accordèrent à détester.
On rencontrait alors sur divers points de l'Europe des hommes de race incertaine, les Alains, que leur union volontaire ou forcée avec ces Huns, dont l'apparition venait de causer tant d'effroi^, rendait plus particulièrement odieux. De taille haute et svelte, blonds de chevelure, les Alains n'étaient certes pas d'origine hunnique. Ils avaient habité pendant
I . Henri Martin, dans une des méprises réitérées qu'il commet en racontant les événements qui vont nous occuper, Aggrave à plaisir le langag^e d* Ammien quand il met sur le compte de Gratien lui-même ce que le vieil historien-soldat avait attribué à Commode, à savoir qu'il aurait tué cent lions en une seule matinée (Histoire de France, I). Il est vrai que les phrases d' Ammien sont fort entortillées et ne supportent pas d'être lues trop vite ; ou alors on les lit de travers.