‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 39 sur 198 · PROLÉGOMÈNES XLIX · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES XLIX

Je dis donc qu'au moment où Maxime conçut et exécuta son plan de pronunciamiento, — un fait que personne n'a expliqué et qui est vraiment difficile à expliquer, — nous avons le moyen d'évaluer avec une certitude relative l'état de l'armée qui allait lui servir d'instrument. La Notttia consultée nous apprend que la Bretagne — ou plutôt les quatre Bretagnes, c'est-àdire l'Angleterre actuelle jusqu'aux frontières d'Ecosse — étaient gouvernées militairement par un dux ou haut commandant, ayant sous ses ordres trente et un préfets et tribuns de Légion et de cohorte. Seize d'entre eux veillaient plus spécialement à la garde de la longue muraille, valli lineam, élevée contre les incursions des Pietés et des Scotst II n'est pas certain, mais il est probable que chacun de ces ofl&ciers supérieurs disposait d'un nombre de soldats réglé en correspondance avec son grade. Je dis que cela est probable parce que, en 383, l'organisation militaire de l'île devait se ressentir encore de la régularité et du bon ordre établis, quinze ans plus tôt, en Bretagne, par le général Théodose'. Dans la Notttia, nous trouvons, outre le dux Britanniarum, la mention d'un cornes directement responsable des limites maritimes, alors que le dux pourvoyait surtout à la défense intérieure contre les sauvages du Nord. Quant à la mission du comte, elle embrassait tout le détroit de la Manche, tant en Gaule qu'en Bretagne, son objet étant la répression des pirates saxons qui exerçaient leurs pilleries et

imités en ce point par Técole historique c régénérée i , traitent cette matière) consulter p. 643 la notule intitulée : Maximum intra Britaunias,

I. Animiea Marcellin, analysant évidemment les rapports du général, affirme qu'il opéra de fond en comble une réforme militaire et civile.

L PROLÉGOMÈNBS

leurs ravages sur les deux rives avec une impartialité parfaite. De là, le titre de Cornes littoris saxonici. Pour mieux remplir son rôle de policier maritime, le comte saxon résidait à Rutupis, port alors célèbre, situé sur la côte de Kent et exclusivement employé par l'administration militaire. C'est là que Théodose l'ancien avait débarqué avec ses quatre cohortes romaines en 367. Sous les ordres du comte étaient placés neuf tribuns, préfets et praepositi, qui, additionnés avec les subordonnés du dux Britanniarum, portaient à quarante le nombre total des officiers de haut grade pour l'île entière. Je ne me permets aucune évaluation, le rapport numérique entre chefs et subordonnés indiquant les éléments* probables de cette première force insurrectionnelle, que nos textes désignent par une locution vague « les soldats de Bretagne » . En admettant, avec le douteux Gildas, que Maxime ait entraîné réellement «tout soldat armé», — même écartée la fameuse jeunesse bretonne, qui devait peupler TArmorique après avoir épousé les onze mille vierges de sainte Ursule, — les troupes transportées d'Angleterre sur le Bas-Rhin ne laissaient pas, on le voit, d'être considérables. Toutefois, il ne faudrait point se hâter de chercher uniquement dans ce fait Texplication de ce qui advint. Le territoire continental envahi par le nouvel élu des soldats était tout autre chose qu'un pays abandonné ou négligé. Aucune partie de l'Occident, au contraire, ne présentait une telle concentration de forces, la répression des incursions germaniques ayant été, dans cette partie de l'empire, le gros souci des empereurs pendant deux cents ans.

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