LU PROLÉGOMÈNES
séduits; aussitôt se présente un autre et bien plus haut personnage, le dux Armoricani tractus. On a exagéré ses pouvoirs. Il ne commandait pas toute la limite maritime occidentale « de Bayonne jusqu'au Rhin » ^ L'Adour est ici de trop, probablement; le Rhin très certainement, puisque la Belgique seconde avait un duc propre. Mais, à partir de la Somme, le commandant armoricain gouvernait militairement la seconde Lyonnaise (Normandie), la troisième Lyonnaise (Bretagne de nos jours), la seconde Aquitaine de Nantes à Bordeaux; puis, pénétrant dans Tintérieur des terres, étendait ses postes sur l'Aquitaine première et la Sénonie. On en a trouvé à Tours, à Rouen, à Paris. Ces deux dernières provinces font sans doute un singulier effet dans un tractus ou district exclusivement créé en vue de la défense des frontières maritimes^. Il faut se reporter à ce que nous avons dit à propos du Littus Saxonicum. Les pirates barbares devenaient plus incommodes à mesure que le siècle avançait et que Tempire baissait. Désormais, les marins Scandinaves ne s'en tenaient plus aux villes et villages de la plage océanique. Sur des bateaux assez forts pour résister à la houle et aux grandes vagues, assez légers pour remonter fleuves et rivières, on les voyait parfois pousser leurs excursions jusqu'à cinquante lieues de la mer. Voilà pourquoi le dux Armoricanus disposait d'un personnel de bureau si considérable, sa
I. Ceat DuboB, Histoire critique de la monarchie française, p. 74 sqq., qui le dit.
3. Cette définition du tractus est mise hors de doute par Bœcking, Notifia^ p. 817.
PROLÉGOMÈNBS LUI
compétence et sa responsabilité ayant dû, peu à peu, s'établir sur toutes les régions sillonnées de cours d'eau navigables. Les incursions étaient toujours inopinées; sur vingt points différents, il devait donc avoir des forces disponibles, capables d'obéir rapidement aux ordres d'un Officium bien centralisé. Ce savant mécanisme aurait pu, à ce qu'il semble, susciter de très sérieux obstacles à Maxime. Le duc armoricain, outre les moyens de lutte qu'il possédait directement, pouvait en plus aviser avec promptitude les hautes autorités militaires, par exemple le Cornes argentoratensis, commandant en chef de toutes les troupes du diocèse des Gaules et qui résidait à Strasbourg. 11 n'en fut rien. La marche de l'envahisseur, pas une seule minute ne se vit entravée. Nous savons, au contraire, que les « légions » — ainsi les appelle Aurelius Victor — acclamèrent le nom du nouvel empereur. Il se trouvait là des corps germains en bon nombre; les noms que relève la Notitia permettent de le supposer. Aucun d'eux ne soupçonna la prétendue tendance antigermanique du mo\ivement auquel ils participaient et que d'ingénieux professeurs devaient discerner quinze cents ans plus tard. On ne vit pas davantage apparaître les conspirateurs païens, non plus que les partisans des «nationalités» celtique, gauloise ou ibérique, ces découvertes étant réservées aux historiens romantiques d'après i83o. Gratien, qui était alors à Milan, franchit les Alpes en toute hâte. La partie occidentale avait deux capitales : Milan et Trêves. L'Augustat de Valentinien II était, je l'ai remarqué, purement nominal. Son frère réglait ou
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