LVIII PROLÉGOMÈNES
Pouvait-on se confier à lui ? S'il adoptait une attitude résolument loyale, il n'était pas impossible de voir tourner la chance, Lyon étant un centre très important. Mais le fugitif avait déjà subi tant de trahisons! Cependant, quand le Consulaire se présenta, protestant que les murs dont il avait la garde abriteraient inviolablement la personne sacrée de l'Auguste, Gratien se sentit un peu rassuré. Il le fut plus encore lorsqu'on le revêtit, détail capital, de la robe de pourpre qu'il avait prudemment abandonnée. Il n'y avait pas d'exemple au iv® siècle d'un Auguste ou d'un César tué dans son costume officiel. Le haut personnel s'assit à un banquet de parade où tous lui prodiguèrent les serments de fidélité. Peut-être étaientils sincères. Le respect pour Thomme, quel qu'il fût, qui incarnait l'État romain, était devenu presque superstitieux. Vers la fin du repas, les acclamations s'échauffaient encore, lorsque la porte de la salle s'ouvrit : Andragathius parut, l'épée au poing. Subitement dégrisés, les fonctionnaires, entre la légitimité et la force, eurent vite fait leur choix. Le misérable enfant fut égorgé devant eux; et avec leur aide, affirmait Ambroise. Longtemps les traces de son sang restèrent sur la muraille ' .
I. Enarraiio in psalmo LX, 5, 24. C'est un réquisitoire, très obscurément rédigé, en vue de démontrer l'impiété de Maxime, et avec l'intention de réagir contre l'opinion régnante en établissant que Gratien < habite dans le tabernacle du Seigneur ». Je cite ailleurs les phrases significatives des paragraphes 1 7 •k 26. Cest Jérôme qui fournit, mais sous une forme bien déclamatoire, le détail des murailles ensanglantées : cruêntaequê manus vestigia pariêtês fui, Lugdiêne^ Ustantur, (Epistula ad Heliodorum, XXXV.)
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CINQUIÈME PROLÉGOMÉNE
I. Contraste et horreur de la destinée de Gratien. — Elle n'éveille ni émoi ni surprise. — Bien qu'inattendue, cette catastrophe fut accueillie comme si on l'attendait. — Qui était Magnus Maximus? — Bassesse d'origine et obscurité de situation de ce meneur de l'aventure. ~ Rutupinus Latro, — Moxime conspirateur à programme religieux. — Son dévouement à la foi et son habileté à tirer parti d'elle. — Esquisse d'une révolution opérée par un chef, tout en même temps homme d'affaires et politicien à idées.— Singulière ardeur des évêques à s'empresser autour de lui.— Omineuse unanimité de ce mouvement, auquel avait pris part Martin lui-même.
II. tA crise religieuse et l'attitude de Martin. — Rapport de cette crise avec les récents succès du christianisme. — Affaiblissement de la vie morale chrétienne quand survient la prospérité temporelle. — Ce fait surtout sensible parmi le clergé. — Les ascètes ou moines laïques. — Leur venue marque l'urgence d'une réaction. — Rôle prépondérant de Martin. — Générale en Occident, la crise est plus ardente et plus dramatique sous son aspect espagnol. — Priscillianus, chef de l'ascétisme, et Ithacius, champion de la hiérarchie. — Ils font tour à tour appel au pouvoir politique. — Péripéties de ce conflit; tergiversations du gouvernement de Gratien. — 1^ hiérarchie, irritée, suscite, ou tout au moins favorise le coup de main de Magnus Maximus. — Quand donc les évêques entourent à Trêves l'usurpateur victorieux, c'est pour participer au profit après avoir été à la peine. — Mais si Martin se rencontra avec eux, ce fut par de tout autres motifs. III. Les deux mobiles du voyage de Martin. — Victimes à protéger contre les persécuteurs politiques.— Ascètes à tirer des griffes de la hiérarchie religieuse. — Identité fondamentale des sentiments de Martin et de ceux de Priscillien. — Le vieil évéque rêve de gagner Maxime à la cause des c saints». — Maxime vise à gagner Martin à sa propre cause. — La politique par les dîners. — La c reine > et la dînette intime. — Le banquet de gala et le refus de la coupe. — Martin, qui croit avoir fait merveilles, sans le vouloir ni le savoir consacre et consolide l'usurpation. — De tyran qu'il était, Magnus Maximus devient un Auguste glorieux et prospère pour cinq années. — Pourquoi les écrivains du temps ont tous supprimé cette période. — Modifications capitales qu'elle vit s'accomplir. — Avènement décisif de l'Épiscopat à la prépondérance politique.
Même en ces temps tragiques on trouverait difficilement un contraste tel que celui qui éclate entre les
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