‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 47 sur 198 · LX PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LX PROLÉGOMÈNES

débuts et la fin de Gratien. En cinq années, de TEmpyrée à Tabattoir. Après les brutalités de son père, il apparaît comme une fleur de civilisation". Le mot d'Ausone « nopa seculifata » n'est pas une exagération poétique. On le retrouve sur les médailles, et mieux encore dans Ammien Marcellîn. Ce témoin impartial s'exprime comme si la sécurité, la prospérité, le bon ordre, se trouvaient fondés pour toujours. Gratien était beau, éloquent, instruit, affable. Il aimait ses maîtres. Il avait su, à son heure, se montrer fort courageux. Ce n'est pas un crime d'être servi par des conseillers médiocres et par des agents malhonnêtes, quand on commande à tout un monde. C'est à peine un péché véniel, à vingt ans, de s'engouer de sauvages pittoresquement vêtus et adroits chasseurs. Cependant je ne vois pas que les gens aient été ni très surpris ni très émus, et leur indiflférence présente un mystère qu'il nous va falloir déchiffrer. Sans doute, la légitimité n'avait pas encore poussé des racines bien profondes. Néanmoins, cette soudaine reviviscence des anciennes mœurs prétoriennes était faite pour surprendre, et on aurait pu s'en alarmer. Au cours du siècle précédent, les élections tumultuaires avaient été si nombreuses, — un empereur par chaque trois années, — que le dégoût en était venu. L'élévation du César Julien à l'Augustat avait eu bien plus le caractère d'un conflit de famille que d'une révolte. On croyait que l'armée avait épuisé sa dangereuse sève électorale; et voilà qu'elle retombait dans son péché avec cette aggrava-

I. Cf. Themistius, OratioXVIIoù. l*admlration pour la beauté de Gratien est poussée jusqu'à l'indécence.

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