PROLÉGOMÈNES XI
cet ordre. Pour le moment, je me borne à faire remarquer que si les grands morts sont ceux qui se détachent de la foule par Tinfluence exercée sur elle, soit à l'époque où ils vécurent, soit après qu'ils eurent cessé de vivre, Martin a le droit d'être rangé parmi eux. Directement et comme effet immédiat, la christianisation de la Gaule, oeuvre capitale, difficile et qui ne fut commencée que tard, se vit sinon exclusivement exécutée par lui, du moins très hâtée et stimulée par sa prodigieuse initiative. Indirectement et avec plus d'intensité, son plan de vie, ses actes, ses dires et la mémoire qui s'en conserva eurent une action profonde sur le développement affectif et moral de l'Europe catholico- féodale. On en peut encore aujourd'hui discerner les vivaces empreintes. Ces deux points que je m'engage à établir jusqu'à la dernière évidence devraient supprimer toute hésitation, sans compter qu'ils se corroborent par l'absence presque totale de vraiment grandes individualités au temps où Martin émut les cœurs et ébranla les imaginations. En vérité, s'il est loisible de refuser l'importance et la prééminence à un type aussi fortement accentué et aussi universellement contemplé, je ne sais plus comment il faudra s'y prendre pour mesurer le passé avec quelque exactitude.
Ce qui nous trompe dans le cas actuel, c'est une fausse manière d'apprécier les phénomènes sociologiques. La grandeur et la noblesse ne se construisent pas d'une façon uniforme dans tous les siècles et dans tous les pays.' Leur composition varie; il n'y a qu'à se rappeler Samson, que j'ai pu très légitime-