XII PROLÉGOMÈNES
ment comparer à un hercule forain et que les Juifs tenaient pour un incomparable héros. En histoire, deux facteurs fournissent la trame essentielle; très dissemblables, se contrariant l'un Tautre, aussi indispensables Tun que l'autre. Le premier, c'est la masse sans nombre et sans nom des « tout petits » dont l'activité, automatique et -que rien ne suspend, élabore la matière historique, comme le ver de terre, dit-on, fabrique sans relâche cette portion de la croûte terrestre où se développe la vie végétale. Non que j'accorde la moindre attention aux banalités démocratiques sur le « peuple » , agent prétendu supérieur de chaque groupe d'événements. J'y songe si peu que mon second facteur s'appelle le grand homme; second seulement par l'ordre chronologique, bien entendu; et tout autant essentiel que le premier. Celui-là aussi, il faut prendre garde de le surfaire. Pour lui assigner sa place réelle, il suffit de se rappeler que la tâche la plus haute, la plus !
parfaite, la plus féconde, qu'ait jamais accomplie tel penseur, tel artiste, tel savant, fût-il un créateur de \
génie, ne lui appartient que dans une mesure infini- |
ment restreinte. Sur loo parties dont on pourrait supposer qu'elle est formée, si le grand homme en a fourni lo, c'est le bout du monde. Les 90 autres restent au compte d'une collaboration plus ou moins antérieure, plus ou moins actuelle, presque toujours èxtraordinairement antérieure. Chaque fois que la critique s'attaque à ces problèmes de priorité, invariablement elle découvre d'abord que les précurseurs ont été nombreux; ensuite que ces précurseurs eux-