PROLÉGOMÈNES LXV
qu'à ce point de vue, le poste de Rutupis offrait des avantages considérables. Mais, je le répète, il n'explique pas tout.
Quand on songe que ce travail profond et souterrain fut exécuté par un aventurier qui avait porté la souquenille d'esclave, sans gloire de famille, sans aucune de ces actions d'éclat qui procurent le renom, sans titre élevé dans la hiérarchie, sans ressources pécuniaires, on est bien forcé de lui attribuer des facultés hors ligne et aussi de lui chercher des collaborateurs. Nous avons signalé les dangers créés par la conduite étourdie, incohérente, niaisement apathique du petit empereur. Les ambitions s'étaient éveillées ; les matériaux d'un bel incendie se trouvaient très opportunément réunis. Encore fallait- il une remarquable prestesse de tête et de main pour mettre le feu à ce combustible, de façon à en tirer un profit individuel. De toute évidence, Maxime avait les dons d'un conspirateur de premier ordre; et ce n'est pas assez dire. Étant donné son vil point de départ, pour en arriver à être acclamé Auguste et à coiffer le diadème, il eut à faire montre d'une force d'esprit, d'une puissance et d'une persistance d'activité vraiment extraordinaires. Sa capacité d'intriguer et de combiner, son art de conduire et de séduire, attestent un vrai meneur d'hommes. Cela n'est écrit nulle part, mais se lit distinctement tout le long des cinq années que dura ce singulier météore politique. Les contemporains n'eurent qu'une vision très confuse de son étrangeté. Ils ne comprenaient rien à cet homme, doué de qualités intellectuelles alors fort rares et manquant des mérites