PROLÉGOMÈNES LXXI
fortuite présence au palais de Milan de Justina, la belle théologienne. En Orient même, Théodose venait de trancher Talternative par son rescrit unitaire de 38o et en installant manu militari Grégoire de Nazianze sur le siège de Constantinople. Cet habile Espagnol avait compris que, désormais, pour un homme d'État désireux de faire son chemin, le premier devoir était de se déclarer Nicéen à toute épreuve. Maxime, non moins Espagnol et beaucoup plus habile que son ex-patron, savait cela sur le bout du doigt. Avant de revêtir le paludamentum teint en pourpre, il s'était fait baptiser par un prêtre bien pensant. On aimait, chez les grands, à retarder cette cérémonie; on y gagnait plus de liberté. Constantin et ses fils ne reçurent le baptême qu'au lit de mort. Valentinien if , le lamentable frère de Gratien, était encore catéchumène quand Arbogaste Tétrangla; et ce fut un des grands chagrins de Tévêque Ambroise, bien qu'Augustin n'eût pas encore fait décréter la damnation des petits enfants morts sans baptême ' . Maxime voulut donner le bon exemple. C'est muni de ce sacrement ^ qu'il entra dans Trêves après la promenade maritime et militaire que nous avons racontée. Son premier acte — comme pour
t. Dû obilu Valentiniani II, i. Cf. av«c ce que j*ai dit page i33 de mon tome I et pag^e 468 da présent volume. Au surplus, les baptêmes retardés étaient aossi de règle même dans les familles que nous appellerions bourgeoises, comme Tattestent les C<mfessiofu de saint Augustin.
2. La pureté de la foi de Maxime ne fut niée par personne, pas même par Ambroise, qui le haïssait. Dans ses attaques furieuses, Tévôque de Milan accuse bien Pusurpateur de paganisme, de judaïsme et d'impiété (voir notamment EpisttUa 29); mais précédemment, dans sa lettre 17 à Valentinien II, il avait dit : < Que répondrai- tu à ton frère Gratien, quand il te reprochera d*avoir révoqué * ses décrets en faveur de la religion divine, ce que ne fit pas celui-là même qui » leva les armes contre lui ?» g 1 6.
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avoir auprès de lui des collaborateurs et des amis — fut de convoquer, dans cette capitale de la préfecture des Gaules (Angleterre, France, Espagne), les évêques fidèles à l'orthodoxie.
Eurent- ils besoin d'être convoqués, ne se présentèrent-ils pas d'eux-mêmes, ou vinrent-ils par le simple effet d'un début de règne pour prêter hommage à l'empereur » ? Depuis Constantin, l'Épiscopat avait contracté une certaine allure officielle, résultat inévitable des faveurs reçues, des initiatives prises, des interventions sollicitées, qui firent alors du chef de l'État le pontifex maximus du nouveau culte, comme il l'était du culte ancien. Les évêques s'étaient habitués tout de sui^e à être dotés, convoqués, présidés par l'empereur ; voitures aux frais de ïepectio publica si jalousement réservée d'ordinaire aux grands bureaucrates; défrayés de leurs dépenses par les annones; parfois aussi, morigénés, destitués, emprisonnés, ou tout au moins jetés en exil pour des délits de dogme et de discipline dont l'Auguste se faisait le juge, sous prétexte d'ordre et de police. Les trente -cinq années de règne de Constance furent principalement occupées par ce prince à rédiger des formules de foi. Néanmoins, les évêques, on va bientôt le constater, et je le montre en détail dans mes petits essais*, n'étaient pas
1. Il y avait pourtant le canon 56 du concile de Sardique interdisant les voyages à la cour.
2. Sur le fonctionnarisme administratif et épiscopal on trouvera, dans les Petits essais f noies et notules, des explications que je me suis efforcé de rendre claires et complète;. A défaut de ces détails, la Vita Martini et les Dialogues resteraient souvent fort obscurs. C'est là, d'ailleurs, un aspect très important de Tezistence au iv« siècle, auquel, pour ma part, j'ajoute une extraordinaire valeur préfig^urative.