PROLÉGOMÈNES LXXIII
parvenus, il s'en faut, à ce degré de fonctionnarisme où le serviteur public tient à devoir de s'incliner automatiquement devant tout possesseur de facto du pouvoir politique, dès le lendemain d'une révolution. Sulpice Sévère parle d'un membre de l'épiscopat qui, précisément à cette date, se cachait à Trêves pour échapper à un mandat d'arrestation et qui guettait la marche de l'usurpateur ^ Or, Ithacius, tel était son nom, n'avait pas abandonné précipitamment son diocèse d'Ossonoba en Lusitanie dans le seul objet de se soustraire à vme poursuite judiciaire. Cette poursuite même, il ne se l'était pas attirée par des actes purement personnels. Représentant officiel et accrédité d'une des factions religieuses qui déchiraient la péninsule, sa fuite était la conséquence de la défaite momentanée que son parti venait de subir; aussi ses démarches clandestines avaient -elles pour but unique de rendre à ses collègues et mandants leur ancienne prépondérance. La révolution survenue dans le haut personnel politique leur ouvrait des chances d'autant plus certaines qu'évidemment ils avaient contribué à la faire éclater. La crise religieuse espagnole est, en effet, le vrai nœud du complot si bien mené par Magnus Maximus, et dont Gratien venait d'être la victime. Il n'y a que l'intrigue cléricale inspirée par les passions théologiques et soutenue par les liens puissants de la hiérarchie qui puisse expliquer l'étonnante unanimité du soulèvement en Bretagne ; la com-
I. c Uhaeius siatuii nùvi imperaioris ctdveftium exspectare, * (Cf. in/ra, p. 1 10 et p. 637 »qq.)