PROLÉGOMÈNES XIII
mêmes virent leur portion de besogne préparée et facilitée par des initiateurs dont l'existence est aussi incontestable qu'impossible à préciser. Et cela est vrai de tous les ordres de travaux, même de la grande science abstraite dont les méthodes et les résultats nous rendent si glorieux. Les notions précises qui mettent l'ordre universel à la portée de la plus humble intelligence se présentent, en effet, comme un colossal monument construit au cours des siècles par l'immense foule anonyme que l'on trouve à l'origine de toutes les industries et de tous les arts. Sans doute la haute théorie scientifique exige l'intervention, qui est, du reste, très peu fréquente, des hommes de génie mais ceux-ci ne doivent point s'en faire accroire. Ils n'auraient rien pu produire sans le travail préliminaire accompli par les milliers d'ouvriers anonymes que pressait le besoin d'expliquer, tellement quellement, les phénomènes dont ils étaient entourés. C'est ce qui a fait dire que la science était un simple prolongement de la sagesse commune systématisée. Par là, chaque grande individualité se trouve la débitrice de ces foules, sur lesquelles elle va exercer sa direction. Il ne s'ensuit nullement, d'ailleurs, que l'énergie .de ses prises en soit diminuée. Connaître son temps, le résumer en soi, en ressentir profondément les tendances, être capable de l'engager dans les voies qui lui sont positivement ouvertes et, par suite, lui faire produire la quantité et l'espèce de progrès dont il est susceptible, voilà le grand homme. L'office qu'il remplit consiste à donner à la masse cette impulsion en avant à laquelle si absolument elle répugne. Le