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de païens à chrétiens qu'il se livre, c'est de chrétiens à chrétiens : les uns qui veulent conserver à la foi nouvelle son efficacité morale et maintenir la pureté primitive; les autres qui prétendent tirer parti des circonstances devenues propices, s'accommoder aux goûts et aux usages courants, vivre enfin selon le temps et avec agrément. Dans le premier camp, on rencontre sans doute des prêtres et des évêques; mais il n'y a pas à s'y tromper, la lutte est principalement engagée contre le clergé ambitieux, fastueux, relâché, et les plus actifs meneurs du second camp sont des laïques. Peut-être y aurait-il plus d'exactitude à les appeler des non-clercs. Inutile de citer les témoignages. Sulpice nous fera pénétrer dans le détail de cette décomposition par des traits précis et multiples où l'on voit que c'est bien parmi le clergé que le mal s'étale avec plus de relief et, par suite, plus de péril. Il est lui-même un de ces laïques de situation particulière qui rêvent une existence religieuse en dehors de la hiérarchie, plus détachée du monde, plus « parfaite » que celle du sacerdoce régulier. Ce point est très important.
Au début, le clergé s'était organisé sur l'idée plus ou moins avouée que les principes recommandés ab initio à tous les disciples du Christ et pratiqués par eux tant qu'ils ne formèrent qu'un étroit troupeau, n'étaient pas à la portée du plus grand nombre. La cléricature avait donc fini par former une élite choisie parmi les meilleurs pour guider, soutenir et surveiller la masse fidèle. Mais avec le cours des années, les nécessités de la vie pratique se faisant sentir, les clercs
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de tout grade, insuffisamment sévères dans leurs rapports avec Fautre sexe, recherchèrent la fortune, ambitionnèrent la propriété et se livrèrent au commerce. L'idéal évangélique, qui tient la virginité pour la plus haute des vertus, considère le mariage comme un mal, acceptable seulement pour échapper au pire, condamne la propriété individuelle et réprouve tout contact intéressé avec le « siècle » , se trouvait, sinon ruiné, du moins fort compromis. Le mouvement ascétique consista précisément à réclamer la réalisation de cet ancien programme. Or, comme ses protagonistes y joignent l'abstinence, les privations, les macérations, le jeûne, la vie plus ou moins recluse, on voit que le plan d'existence rêvé par eux n'était autre chose que le régime monachique. Tous, effectivement, ils sont ou veulent être moines, même ceux qui étaient les plus aptes à rendre des services dans la vie publique. Cette étroite connexité entre Tascétisme et le monachisme s'atteste par des faits nombreux chronologiquement très voisins les uns des autres, se ressemblant quoiqu'ils s'ignorent entre eux et s'accomplissant en dehors de tout concert. Martin, qui aspira à la vie solitaire dès son enfance, montrait, d'autre part, la plus vive répugnance à entrer dans les ordres. Autant qu'il le put, il resta moine, même après être devenu évêque. Jérôme n'accepta la prêtrise que fort tard, sous condition de garder « la liberté de sa solitude ». Ambroise, qui eut recours à de si étranges moyens (cf. p. Sog) pour se soustraire à l'épiscopat, déclarait qu'il voulait « faire profession de philosophie » , ce qui est le terme grec pour dési-
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gner la vie monastique. Pontius Meropius Paulinus, consacré prêtre à la suite d'une espèce d'émeute, ne céda aux violences du peuple barcelonais qu'en déclarant qu'il ne se laisserait attacher à aucune église; et, en effet, la description de sa résidence de Nola donne ridée d'un monastère. Augustin était très décidé à repousser la cléricature lorsqu'on vint l'arracher à sa retraite de Tagaste, où il s'était réfugié avec quelques amis. Quant à Sulpice, peut-être a-t-il reçu les ordres à une époque où nous ne savons plus rien de lui; Gennadius l'affirme; mais cet écrivain lui est très postérieur. En tout cas, Sulpice n'est certainement pas prêtre quand il écrit ses derniers Dialogues; il ne Test pas quand Paulin de Nola lui adresse sa dernière lettre; il ne l'est pas non plus quand Jérôme et le biographe d'Ambroise, tous les deux à la même époque, le qualifient de « serviteur de Dieu » servus Dei; c'est ainsi que dans la langue du temps on désignait ceux qui vivaient hors du monde ^ Les hommes qui entouraient Martin à Marmoutiers, Jérôme à Bethléem, Paulin à Nola, Augustin à Tagaste, Sulpice dans sa résidence mal connue entre Toulouse et Bordeaux, prennent volontiers le nom de moines; seulement, ce mot n'a pas, à beaucoup près, le sens qu'il acquerra plus tard. Tillemont les appelle « des moines laïques », une expression dont on comprendra la justesse quand nous étudierons l'organisation de Marmoutiers.
I. Voir sur ce point mal connu un petit essai du t. III intitulé : Vie religieuse de Martin ; — et aussi l'étude philologique et historique des mots moifocAia et mtmaeterium.
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