‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 63 sur 198 · LXXX PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LXXX PROLÉGOMÈNES

Tout cela n'allait pas sans une certaine agitation, comme on peut en juger par les circonstances si mouvementées qui marquèrent Télévation de Martin, le thaumaturge girovague, au trône épiscopal de Tours. De toute évidence, cette candidature jaillit de Tâme populaire en s'imposant irrésistiblement aux évêques régionaux, qui la voyaient d'un très mauvais œil. Martin n'était ni noble ni riche comme Paulin, ni grand fonctionnaire hautement apparenté comme Ambroise, ni illustre dans l'éloquence et les sciences comme Augustin. Mais le vieux soldat, avec son cœur de jeune homme, s'était fait en Gaule l'initiateur de l'ascétisme, démocratiquement conçu et propagé. Peu apte à agir sur les esprits par la plume ou la parole; merveilleusement doué, en revanche, pour impressionner par les actes et par l'exemple ; un de ses titres, aux yeux de ceux qui l'élurent, fut son manque total de ressemblance avec le haut et bas clergé tel que l'avaient formé cinquante années de vie officielle. Tout en lui — extérieur, habitudes, pratiques usuelles, costume, degré de culture — offrait de frappants contrastes avec le genre de vie adopté par l'épiscopat gallo-romain. La plus grande partie de son immense popularité découle de là. On s'en apercevra en lisant nos opuscules. L'admiration que Sulpice éprouve pour le vieil évêque de Tours n'est égalée en intensité que par son aversion pour la prélature aquitanique, généralement peu portée vers un régime de simplicité et d'austérité. A tous ces points de vue, Martin était donc un porte -drapeau idéal dans la crise qui agitait TOccident tout entier.

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