‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 65 sur 198 · PROLÉGOMÈNES LXXXIII · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES LXXXIII

cillien, — en cela pareille à celle de Martin, — n'ayant pas été, disait-on, canonique. Puis, à l'accusation d'être un « pseudo-évêque » vint se mêler celle de Manichéen. Dans les milieux chrétiens à habitudes mondaines et dissipées, on inculpait très aisément les ascètes de manichéisme'. Le parti des évêques, une fois ces griefs formulés, — le dernier pouvait être terrible, — eut recours au pouvoir civil. Ce procédé était alors accepté par tous. Un seul écrivain se révolte contre une pratique aussi déplorable, c'est notre Sulpice. Le noble Augustin devait, quelques années plus tard, solliciter et approuver la répression violente des Donatistes. Seulement, Tarme était à deux tranchants à une époque où l'autorité manquait de base fixe. Les querelles, parfois si meurtrières, entre orthodoxes et ariens l'avaient bien montré. Ithacius obtint tout d abord un rescrit qui chassait les ascètes de leurs églises et les bannissait de l'empire*. Mais les lois de ce genre étaient moins aisées à appliquer qu'à rédiger. Les ascètes, pourtant, courbèrent le front devant celle-ci, sans d'ailleurs avoir eu, à ce qu'il semble, beaucoup à en souffrir. L'énergie avec laquelle ils protestèrent indique qu'on n'avait certes pas réussi à les terroriser. Ils firent à Rome et à Milan un voyage,

1. t Quand ils voient une femme triste et pâle, ils la traitent de manichéenne, » disait Jérôme en parlant des clercs mondains de la société romaine : si quant viderittt pallentêm ei tristemt manicheam vocant (Epistula XI, ad Eustoekium). Cette lettre est un document de premier ordre sur les mœurs du temps. Elle fat prise alors pour le manifeste de ce parti ascétique que Jérôme devait trop souvent trahir. On verra plus loin que les austérités familières aux disciples de Manès furent toujours un cuisant aiguillon pour l'Église par l'ennui de se sentir inférieure.

2. c Eliciiur a Gratiano rescripium quo universi hereiici excedere,.. entra omnëë t€rra$ jubebantur, » (Chr, II, 47, 6.)

Page 1